‹ Histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 110 sur 563 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

Le premier Edouard avait été tyran par caractère. Toutes les fois qu'il l'osa, il foula aux pieds les libertés de ses sujets, ou s'empara de leurs biens; et pourtant il mourut dans son lit, respecté de ses barons et admiré de ses contemporains. Son fils, Edouard II, était moins impérieux de sa nature : ses plus grands ennemis ne lui imputèrent aucun acte d'injustice ou d'oppression : cependant il fut renversé du trône et assassiné dans une prison. C'est dans les mœurs et le caractère de leur siècle qu il faut chercher l'explication de cette différence entre la destinée du père et celle du fils. Tous deux régnaient sur des nobles factieux, jaloux de leurs libertés, mais sans égard pour les libertés des autres; et qui, bien qu'ils respectassent le pouvoir arbitraire d'un monarque aussi hautain et aussi violent qu'eux, méprisèrent l'administration plus douce et plus équitable de son successeur. Ce successeur, naturellement débonnaire et indolent , ami des plaisirs de la table et des amusements de la chasse, laissait volontiers à d'autres les soins et les travaux du gouvernement. Mais à une époque où l'on ne connaissait point encore l'expédient moderne de la responsabilité d'un ministre, les barons considéraient l'élévation d'un favori comme leur propre abaissement, son pouvoir comme une infraction à leurs droits. Le résultat fut, comme nous l'avons vu, une suite d'associations, ayant primitivement - pour objet d'éloigner de la personne du prince les mauvais conseillers, comme on les appelait, mais par degrés envahissant les droits légitimes de la couronne, et se terminant par la déposition et l'assassinat du souverain. Quant au rôle qu'Isabelle joua dans cette tragédie, il est sans excuse. Ses craintes pour sa vie, sous lesquelles elle chercha à cacher ses desseins réels, étaient d'une

rir, ibid. 63), Gourney et Ogle le commirent. Mortimer subit la mort: les deux autres s'étaient enfuis du royaume; mais on offrit une récompense de 1001. pour l'arrestation de Gourney, ou de 100 marcs pour sa tète, et une autre récompense de 100 marcs pour l'arrestation d'Ogle, et de 40 1. pour sa tète (Rot. Pari. u{ 54). Ce que devint Ogle, je l'ignore ; Gourney s'enluit en Espagne et fut arrête par les magistrats de Burgos. A la requête du roi d'Angleterre , il fut interrogé par eux en présence d'un envoyé anglais. Les révélations qu'il fit restèrent secrètes; mais on peut supposer qu'elles compromettaient des personnes de haut * rang, car les messagers qui l'avaient en garde reçurent l'ordre de le décapiter sur la mer, lorsqu'ils seraient en route pour l'Angleterre (Rym. iv, 488, 489, 490, 491). Quant à lord Berkeley, il fut interroge à sa propre demande, devant un jury de chevaliers, et acquitté* Le roi néanmoins ordonna qu'il serait rois sous la garde de sir Ralph Neville jusqu'au prochain parlement, pour avoir placé prés de son père des officiers mal famés [Rot. Pari, n, 57). Mais dans ce parlement, à la requête des lords, on le remit eu liberté jusqu'à ce qu'on pùt savoir la vente de Gourney, qui était toujours en vie , mais n'était point encore arrive d'hspagne {Rot. Pari, n, 62). D'après ces mots il est probable qu'Ogle mourut avant l'arrestation de Gourney.

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nature trop frivole pour en imposer aux plus dévoués de ses partisans; et elle ne pouvait pallier sa liaison adultère avec Mortimer en rétorquant contre son époux l'accusation d'infidélité conjugale *. Au bout de quelques années, son crime fut puni par l'exécration universelle. Elle vit son amant expirer sur un gibet, et passa le reste de sa vie dans l'opprobre et l'obscurité.

Je ne dois pas terminer le règne d'Edouard sans parler de l'abolition des templiers. Cet ordre célèbre fut établi en 1118 par le patriarche de Jérusalem, et, dans l'origine, se composait de neuf pauvres chevaliers qui vivaient en commun près du lieu où était situé l'ancien temple, et s'étaient imposé l'obligation volontaire de veiller sur les chemins des environs de la cité, et de protéger les pèlerins contre les insultes des voleurs et des infidèles2. Peu a peu leur nombre augmenta. prodigieusement : ils étaient au premier rang dans toutes les affaires périlleuses; leurs services militaires excitèrent la reconnaissance de la chrétienté ; et chez toutes les nations, chaque année voyait faire des legs et donner des terres aux templiers. Mais la richesse et le pouvoir engendrèrent en eux un esprit d'arrogance et d'indépendance qui exaspéra les autorités civiles et ecclésiastiques. Tant que les chevaliers s'employèrent utilement contre les infidèles, leurs ennemis gardèrent le silence ; mais après leur expulsion de la Terre- Sainte, ils s'abandonnèrent à l'indolence et au luxe, et les bruits • les plus préjudiciables à la réputation de l'ordre commencèrent à circuler et à s'accréditer. Philippe le Bel l'avait plusieurs fois dénoncé au pape Clément V ; et enfin, las d'attendre [12 oct. 1307], il fit arrêter tous les templiers de ses états, et leur interrogatoire obtint de beaucoup d'entre eux la confession des pratiques les plus révoltantes et les plus infâmes. Clément fut mécontent de la précipitation du roi; mais arrêter les procédures, c'eut été se proclamer le protecteur des coupables, et en conséquence il réserva la continuation de l'enquête au siège apostolique. Dans différentes bulles adressées aux souverains de la chrétienté, il détailla les accusations de débauche, d'idolâtrie et d'apostasie portées contre l'ordre ; demanda que les templiers , sur leurs territoires respectifs, fussent mis en prison, et nomma des juges pour examiner s'ils étaient coupables ou innocents 3. En Angleterre et en Irlande, ils furent tous arrêtés le même jour [10 jan-

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