CHAPITRE TROISIEME
Htique de la reine et de son amant; et ce soupçon fut confirmé lorsque plusieurs des accusés, même ceux qui avaient été compromis par les aveux du comte, furent mis en liberté sur leur promesse de se représenter à la première occasion l. Pour imposer silence au public, le gouvernement publia une proclamation qui ordonnait aux shériffs d'arrêter et d'emprisonner tout homme qui prétendrait que le comte de Kent avait été exécuté pour toute autre cause que pour celle de trahison; ou qu'il avait été condamné sans être jugé par ses pairs ; ou qu'Edouard de Carnarvon, . père du roi, vivait encore.
[15 juin.] Edouard avait maintenant dix-huit ans, âge auquel ses prédécesseurs avaient été jugés capables de gouverner le royaume ; et Philippa de Hainaut, qu'il avait épousée en 1.328, lui avait donné un fils, le même qui est si célèbre dans l'histoire sous le nom de prince Noir. Il sentait l'état de dépendance où on le tenait, et voyait avec chagrin la conduite passée et présente de sa mère. Il n'était pas non plus sans remords du rôle qu'il avait joué lui-même. Si son extrême jeunesse pouvait l'absoudre du crime d'avoir détrôné son père, il avait donné son consentement à l'exécution de son oncle, dont la culpabilité était pour le moins fort douteuse, mais dont le sang avait servi à cimenter le pouvoir d'Isabelle et de Mortimer. A la fin il confia ses pensées à la discrétion du lord Montaigu, qui aussitôt l'exhorta a briser ses chaînes et a exercer lui-même l'autorité royale. Le roi prêta une oreille favorable à la proposition : le projet fut formé de se saisir de la personne de Mortimer; et l'on arrêta de faire cette tentative pendant la session du parlement àNottingham.
Quand cette époque arriva, Isabelle établit sa résidence au château avec son fils et son favori : les prélats et les barons se logèrent dans la ville et dans les environs. Mais Mortimer avait pris toutes les précautions possibles pour sa sûreté. Une forte garde se tenait dans le château; les serrures des portes avaient élé changées ; et les clefs étaient portées chaque soir dans la chambre de la reine, et placées sous son oreiller. Montaigu jugea nécessaire de se faire un confident du gouverneur, sir William
rium eundo per patriam auctoritate propriâ occupantes, et parùm vel nihil solventes eisdera. Murim. 75. En effet il est évident, d'après les plaintes fréquentes faites en parlement, que tous les princes du sang , et de temps en temps les autres puissants seigneurs, avaient coutume de prendre illégalement des provisions. Voyez Hot. Pari, n, 9.
1. Dans le parlement tenu après l'exécution de Mortimer, ils furent tous acquittés. L'archevêque d'York intenta un procès à ses accusateurs, et fixa les dommages à 1000 1. Rot. Pari h, 31, 32, 54.
Eland, à qui il fit d'abord jurer le secret, et qu'ensuite il informa de la volonté du roi. Eland répondit qu'il existait un passage souterrain, menant de la partie occidentale du rocher dans le château, passage inconnu à Mortimer, et par lequel il introduirait autant d'amis du roi que l'on voudrait. Montaigu fixa l'heure avec ses affidés et partit a cheval ; et le favori, qui avait reçu quelques obscurs avis d'une conspiration contre lui, attribua leur départ à la crainte que leur dessein n'eût été découvert. Dans l'après-midi, il informa le conseil qu'une tentative contre lui et la reine-mère serait bientôt faite par les exilés au dehors , de concert avec les plus intimes amis d'Edouard au dedans, il accusa même le roi d'être au fait du complot, et refusa d'ajouter foi à ses dénégations. [ oct.] Avant minuit, Montaigu et ses compagnons revinrent ; Eland les fit entrer par le passage souterrain ; et ils furent rejoints par Edouard sur l'escalier qui menait à la tour principale. Ils montèrent en silence jusqu'à ce qu'ils entendissent un son de voix dans une chambre attenante à l'appartement d'Isabelle, où Mortimer était en délibération avec l'évêque de Lincoln et ses principaux conseillers. A l'instant la porte fut forcée, et deux chevaliers qui essayèrent d'en défendre l'entrée furent tués. La reine, alarmée de ce bruit, et en soupçonnant la cause, s'écria: «Doux fils, beau fils, épargnez mon gentil Mortimer. » Mais ses craintes ne lui permirent pas de rester au lit. Elle s'élança dans la chambre, en criant que c'était un digne chevalier, son plus cher ami, son bien-aimé cousin. En dépit de ses larmes et de ses exclamations, on s'assura de Mortimer [20 oct.] ; et le lendemain matin le roi annonça par une proclamation qu'il avait pris en main les rênes du gouvernement, et convoqua un nouveau parlement, sous peu de semaines, a Westminster !.
Ce parlement condamna Mortimer [26 nov.]. Les principales charges contre lui étaient qu'il avait fomenté la dissension entre le feu roi et la reine, et faussement persuadé à celle-ci qu'elle ne pouvait retourner auprès de son époux sans danger de la vie ; qu'il s'était illégalement arrogé le pouvoir dont la loi investissait le seul conseil du roi; que, de sa propre autorité, il avait transféré le feu roi de Kenilworth h Berkeley, où il l'avait fait mettre à mort; qu'il avait induit le présent roi à marcher en armes con-
Jl. Voyez Rym. iv, 452, 473. Knyght. '2555, 2556, 2^58. Wals. 130. Heming. 271. Avesb. 8. Dans les ordres adressés aux shériffs , il leur est enjoint de f are choisir, de V assentiment comumu du comté, deux des plus loyaux et capables chevaliers ou sergents.