‹ Histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 172 sur 563 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

[6 juillet]. Des renforts furent envoyés au prince Noir, et son frère, le duc de Lancaster , débarqua avec une armée a Calais [nov.] ; mais Charles avait défendu a ses généraux de hasarder un engagement ; et tandis que les Anglais pillaient le pays, les Français étendaient leurs conquêtes en prenant des villes et des forteresses [1370]. Le prince était avec sa femme et son fils au château d'Angoulême, en proie à la maladie et au chagrin ; il fut tiré de son inaction par la nouvelle jjue les ducs d'Anjou et de Berry s'avançaient de différents points pour l'assiéger avec leurs forces réunies. 11 annonça que ses ennemis le trouveraient sur lo champ de bataille : son étendard fut déployé a Cognac; et son nom avait encore une telle magie, que les princes français licencièrent leurs armées et mirent des garnisons dans les places qu'ils avaient conquises. Dans le nombre était Limoges, capitale du Limousin, qui avait été livrée par la lâcheté, peut-être par la perfidie de l'évoque et des habitants. Edouard, qui leur avait toujours donné des marques particulières de sa faveur, jura par* l'âme de son père qu'il punirait leur ingratitude ou périrait dans la tentative. Un mois fut employé a miner les murs. Le matin, de bonne heure, on mit le feu aux supports temporaires; et à six heures, une large brèche ouvrit une entrée au cœur de la ville. Les habitants abandonnèrent immédiatement tout espoir de dé- • fense; et hommes, femmes et enfants se jetèrent aux pieds du prince, implorant sa merci. Il sembla que l'âme vindicative de don Pèdre eût passé dans le sein du héros anglais : ni prières ni représentations ne purent adoucir son ressentiment ; et l'ordre fut donné de massacrer indistinctement toute la population: «Il » n'y eut pas ce jour-la, dit Froissart, un homme dans Limoges » dont le cœur fût assez endurci ou assez dépourvu de religion » pour ne pas déplorer la scène lamentable qu'il avait devant les » yeux. Plûs de trois mille hommes, femmes et enfants, furent » massacrés. Dieu ait pitié de leur âme ; car ce furent de véri- » tables martyrs ! »

Les chevaliers français qui formaient la garnison , au nombre de quatre-vingts , s'adossèrent à un mur, résolus à vendre leur vie aussi cher que possible ; et les Anglais, mettant pied à terre pour être de niveau avec leurs adversaires, s'avancèrent à l'attaque. Le courage du désespoir balança la supériorité du nombre ; et le prince, qui de sa litière était spectateur du combat , fut si ravi des prouesses des deux partis, qu'il offrit par une proclamation la vie et la liberté de se racheter a ceux qui voudraient se

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rendre. Ceux qui survivaient acceptèrent cette grâce : la ville fut pillée et réduite en cendres l.

Le lecteur a eu souvent l'occasion d'admirer le caractère du prince Noir : les écrivains contemporains le représentent comme le miroir de la chevalerie, le premier et le plus grand des héros. Mais le massacre de Limoges a laissé une tache honteuse sur sa mémoire. 11 prouve, ainsi que mille autres faits semblables, que l'institution de la chevalerie a moins contribué a civiliser le genre humain qu'on ne le suppose parfois. Elle donna bien au courage certains ornements extérieurs, elle régla les règles de la courtoisie, elle inculqua des principes d'honneur, principes souvent erronés ; mais les passions les plus dures et les plus vindicatives échappèrent réellement à son contrôle, et les chevaliers les plus accomplis de l'époque trahirent par moments une férocité de caractère qui n'aurait pas déparé leurs barbares ancêtres du sixième siècle2. Mais la carrière militaire du prince était terminée. Cet effort avait épuisé sa constitution affaiblie ; et d'après l'avis de ses médecins, il retourna en Angleterre, où, loin de la cour et des affaires politiques, il languit six années, égayant la tristesse qui l'accablait, de l'espérance que son second fils Richard (l'aîné était mort) monterait sur le trône et soutiendrait la renommée de sa famille.

Toutes les grandes opérations militaires des Anglais sous le règne d'Edouard semblent avoir été conduites d'après le môme plan , celui de pénétrer au cœur de la France , et de risquer le succès de la campagne sur l'issue d'une bataille générale. Mais la politique de son rival était d'éviter un engagement [juillet 1370]. Sir Robert Knowles, a la tête de l'armée anglaise, put marcher à son gré à travers la Picardie, la Champagne et la Brie, insulter les murs de la capitale, et revenir dans ses quartiers d'hiver sur les frontières de la Bretagne3. Dans une autre occasion [20 juillet 1373], le duc de Lancaster conduisit aussi facilement ses troupes par le centre môme du royaume, traversant la Picardie, la Champagne, la Bourgogne et l'Auvergne, jusqu'en Guicnne4. Mais ces

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