CHAPITRE QUATRIÈME. *M
S'il faut on croire l'assertion d'Edouard Ier, c'était une partie de la prérogative royale d'obliger non-seulement tout homme qui tenait de la couronne un fief de chevalier, mais tout frànc-tenancier de terres d'une valeur annuelle de vingt livres, h prendre le degré de chevalier, et à se fournir d'un cheval bardé de fer, des armes et de l'armure convenables à son nouveau rang. Ceci fait, il était tenu de servir aux frais du roi, aussi souvent qu'il en était requis, tandis que les hommes dont les propriétés étaient moindres avaient le choix de rejoindre ou de ne pas rejoindre l'armée. En conséquence de cette prétention de la couronne, on faisait vérifier de temps en temps, par enquête de jury, le revenu réel de tous les francs-tenanciers de chaque centaine; puis paraissait une proclamation fixant un jour éloigné, avant lequel tous ceux qui étaient assujettis a l'obligation, avaient ordre de la remplir; et enfin le shérifî s'emparait, au nom du roi, des immeubles de tous ceux qui y manquaient, jusqu'à ce qu'ils eussent satisfait en payant une amende pour leur désobéissance. Ces mesures étaient pour les petits propriétaires une source de tracas et de dépenses; quelques-uns parvenaient h acheter un répit momentané, d'autres une exemption entière; et comme allégement poulie reste, le roi de temps en temps suspendait l'obligation pour quelques années, ou la limitait aux possesseurs de revenus plus > élevés ; enfin on en vint a la restreindre à ceux dont les terres étaient estimées à la valeur annuelle de cinquante livres *. Mais ce que les premiers cherchaient a éviter comme un fardeau, devenait un objet de désirs pour ceux dont la fortune était plus considérable et l'âme plus ambitieuse. Communément ils aspiraient a obtenir cet honneur des mains du général sur le champ de bataille, et en vue des deux armées ; et immédiatement, pour faire preuve de valeur, ils couraient au poste le plus dangereux, ou s'engageaient dans quelque folle et romanesque expédition. Les chevaliers de seconde classe s'appelaient bacheliers; mais le
1. Reges Ançliœ consuevimus.... yiginti Hbratas terne... Pari. Writs, i, 219. Les armes devaient être reçues du roi lui-même (à nobis, ibid.) ; mais rien ne dit si c'était de lui personnellement, ou de quelque commissaire nommé par lui. Lus chevaliers étaient tenus de servir ad yadia nostra ad yoluntatem nostram, quandocunque, etc. Mais de ceux qui n'avaient point été fuits chevaliers, il était dit, veniant, si voluerint, ad nostra vadia. Par/. Writ*, i, 267. La punition des défaillants peut se voir, ibid* p. 258. Des exemples d'amendes payées pour un répit ou une exemption se trouvent ibid. 218, 2-20, 221. Elles paraissent avoir été réglées sur le revenu du pétitionnaire, car l'un p.-ive 20 1. pour un répit de trois ans, tandis qu'un autre pour la même somme achète une exemption à vie. Le revenu qui entraînait obligation de chevalerie est du 20, 30, 10, 50 et 100 li<r. Voyez Wriis et Rym. passim.
chevalier-bachelier, s il amenait en campagne une suite cTécuy ers et de combattants équipés comme lui, avait droit de porter son pennon, longue et étroite enseigne terminée en pointe; et s'il était suffisamment riche pour engager à son service, non-seulement des écuyers, mais des chevaliers, il pouvait, avec l'approbation du prince, déployer une bannière carrée, et prendre les nom et honneur de banneret. Cette distinction appartenait naturellement aux comtes et aux barons, qui possédaient plusieurs fiefs de chevaliers; cependant comme elle était exclusivement attachée à la dignité de chevalier, il était interdit, même à eux, de déployer leurs bannières avant d'être admis dans Tordre.
2. Les hoblers étaient une autre espèce de cavalerie, plus légèrement armée, et prise dans la classe des hommes dont le revenu était évalué a quinze livres et au-dessus. Ils montaient des chevaux moins forts, et étaient équipés conformément aux dispositions du statut de Winchester. Dans les armées qui envahirent l'Ecosse, ils formaient un corps considérable ; ils étaient moins nombreux dans les expéditions contre la France l.
3. D'après les noms mentionnés dans le Domesday, il paraît que le tir de l'arc était un exercice favori des Anglo-Saxons ; et il est suffisamment prouvé que plusieurs siècles après la conquête, et l'arc et l'arbalète étaient employés comme armes offensives par l'infanterie*. Sous les Edouards, la supériorité de Parc fut pleinement établie. La longueur moyenne de l'arc était de six pieds, celle de la flèche de la moitié de la longueur de l'arc. L'archer anglais le tenait verticalement; il le tendait a hauteur d'oreille et non de poitrine, et, sans nuire à la justesse du coup, il pouvait envoyer la flèche à la distance de deux cent quarante verges 3. Les écrivains contemporains prétendent que les victoires remportées par les Anglais sous le règne d'Edouard III furent dues a l'usage de cette arme meurtrière, et le roi lui-même le reconnut en partie4. On ordonna, par une proclamation, que tous