‹ Histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 280 sur 563 · CHAPITRE CINQUIÈME. m · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME. m

vingt-huit années, et comprendrait leurs alliés respectifs. Richard alla en France [27 sept.] pour recevoir la princesse; les rois se donnèrent des fêtes l'un a l'autre dans leurs pavillons, entre Ardres et Calais; la cérémonie du mariage fut faite par l'archevêque de Canterbury [27 oct.], et la jeune reine fut couronnée ensuite [1er nov.] à Westminster avec la magnificence'd'usage

Cette alliance avec la famille royale de France encouragea Richard à exécuter un projet de vengeance qu'il nourrissait depuis longtemps dans son sein. 11 n'avait point oublié les souffrances et le meurtre de ses favoris, ni les insultes faites à sa propre autorité. Jusqu'alors il avait jugé prudent de dissimuler; maintenant qu'il se croyait affermi sur le trône, il résolut d'assouvir sa vengeance sur les coupables, quoique le principal d'entre eux fût un» de ses plus proches parents. De ses trois oncles, le duc d'York seul paraît n'avoir jamais perdu son amitié. Le caractère facile et indolent de ce prince l' éloigna des conseils téméraires et immodérés de son frère Gloucester; et s'il ne déploya pas une grande énergie contre les ennemis de son neveu, du moins il ne leur prêta jamais l'appui de son nom. 11 avait en ce moment l'affection et la confiance de Richard. Pendant le séjour du roi en Irlande, il avait été nommé régent du royaume; et son fils, le comte de Rutland, passait pour tenir la première place dans la faveur royale. Quant au duc de Lancaster, il en avait été tout autrement, lorsqu'on le soupçonnait d'aspirer h la couronne. Mais l'âge avait refroidi son ambition : toutes les sinistres impressions avaient été effacées par des services plus récents; et la donation a vie de la souveraineté de la Guyenne, quoique révoquée plus tard a la sollicitation et sur les remontrances des habitants, prouva combien le roi était disposé à satisfaire les désirs de cet oncle. Constance,| seconde femme du duc, ne posséda pas longtemps l'attachement de son mari, qui le reporta sur Catherine Swynford, veuve d'un chevalier, et gouvernante des deux filles qu'il avait eues de Blanche , la première duchesse. Constance mourut en 1394, et en 1396 il épousa Swynford, après une cohabitation illicite d'environ vingt ans, durant laquelle elle lui avait donné trois fils et une fille, qui s'appelèrent Beaufort, du château français de ce nom où ils étaient nés [6 février]. Ce

1. Byra. vu, 802-805, 811-830, 834-837, 845-847, 848. Wals. 353. Isabelle apporta, outre les joyaux et la vaisselle plate, « robes, tapisserie et autres meubles, tant pour la personne et pour la chambre , comme pour la chapelle, l'escuyerie, panneterie, eschansonnerie, fruicterie, la cuisine et autres offices ; » toutes choses d«»nt Richard donna un reçu à Calais. 7 nov. Thré*. des Chart. 64.

mariage fut regardé comme une honte par les autres princes du sang royal; mais Richard, pour plaire h son oncle, l'approuva, légitima les enfants , et éleva le fils aîné h la dignité de comte do Somerset1 [10 février]. Le duc de Gloucester, le troisième oncle, dédaignait de cultiver l'amitié de son neveu, qu'il savait pourtant avoir cruellement blessé. 11 était toujours le principal moteur de toutes les intrigues, l'âme de toutes les factions qui s'opposaient aux désirs du roi. 11 ne prenait jamais place au conseil que pour en entraver les opérations ; il était le dernier à arriver et le premier à partir; traitait Richard d'un air de supériorité; et souvent lançait, de manière a être entendu de lui, des sarcasmes sur sa prétendue inactivité, le disant bien dégénéré de Fardeur de ses pères» En même temps, la politique du duc était de se faire bien venir des chevaliers qui s'étaient distingués sous le dernier règne, de déclamer contre la paix avec la France; de déplorer la pusillanimité du roi; et de le représenter comme fait pour vivre uniquement dans la compagnie des femmes et des évêques 2. Afin de pouvoir, quant à lui du moins, déployer son

1. Rot. Pari, m, 343. Dans la patente originale de légitimation, et dans la copie inscrite sur les rôles du parlement , il n'y avait aucune réserve de la dignité royale. Dans la copie sur les Patent rolTs, cette réserve existe, mais elle . est en interligne, et d'une encre différente, quoique la main soit presque la même. Dans le double de Henri IV, en 1407, l'exception se trouve sans être en interligne. Voyez sir Harris Nicolas, dans Excerpt. Hist. 153. 11 me semble toutefois que fa patente originale , quoiqu'elle omette l'exception , ne l'en implique pas moins ; car elle explique les honneurs, dignités, prééminences, états, rangs et offices auxquels elle rend les Beaufort aptes , tels que duchés , principautés, comtés, baronnies et autres fiefs tenus , soit médiatement, soit immédiatement, de la couronne. Cela n'équivaut-il pas à une réserve de la dignité royale ?

2. 11 arriva à ce sujet un événement singulier au parlement tenu en 1397. Le 1" février, les communes remirent aux lords un bill pour régler la maison du roi, se plaignant, entre autres choses, que tant d'évêques, qui avaient des seigneuries, et tant de dames avec leurs domestiques, fussent toujours avec le roi, et fussent défrayés à ses dépens. Le lendemain, Richard fit venir les lords, prétendit que le bit! était un empiétement sur sa prérogative , et ordonna au duc de Lancaster de demander aux communes le nom de la personne qui l'avait proposé. C'était sir Thomas Haxey, un ecclésiastique. Le 3 , les communes parurent devant le roi et les lords , témoignèrent leur chagrin de l'offense qu'elles avaient faite, et déclarèrent que leur seule intention était de prier le roi de prendre en considération l'état de sa maison, et de la régler comme il le jugerait convenable. 11 se déclara satisfait, ajoutant que, comme il ne leur demandait ni dixièmes ni quinzièmes, elles ne devaient point se mêler de ses dépenses. Mais on résolut de faire un exemple de Haxey, pour effrayer les autres. Son bill était conçu en ces termes : — Plaise aux communes d'Angleterre considérer les dépenses du roi dans sa maison, à cause de la multitude d'évêques et de dames avec leur suite, et y apporter un remède convenable. Le 5, on nt une loi portant que quiconque proposerait, ou ferait proposer par les communes du parlement ou par toute autre personne, de porter remède ou faire réforme à quoi que ce soit appartenant à la personne du roi, à son autorité, ou à la royauté , serait tenu pour un traître; et deux jours après, Haxey, sur son propre aveu , fut condamné, d'après cette loi faite après coup, à subir la peine de la trahison. Mais on lui fit sur-le-

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