‹ Histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 279 sur 563 · CHAPITRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME

semblait être arrivé où les Anglais allaient reprendre leur ascendant, et les indigènes être réduits à une complète soumission. Avec quatre mille hommes d'armes et trente mille archers, Richard débarqua à Waterford [oct. 1396]; le duc do Gloucester, les comtes de Rutland et de Nottingham, l'aidaient de leurs avis; et quoique la situation du pays, entrecoupé de lacs, de marais et de forêts, gênât sa marche ; quoique les ennemis, se retirant dans des forteresses inaccessibles, évitassent son approche, cependant, en peu de temps, toute idée de résistance fut abandonnée : les chefs du nord eurent une entrevue avec le roi à Drogheda, ceux du midi vinrent trouver son délégué, le comte de Nottingham, à Carlow;et tous, au nombre de soixante-quinze, firent hommage, promirent do garder la paix, et se soumirent à payer un tribut annuel. Les quatre principaux rois, O'Nial, O'Connor, O'Brian et M'Murchad, suivirent Richard à Dublin, où ils furent instruits des usages anglais par sir Henry Chrislal; consentirent, quoique avec une certaine répugnance, a recevoir l'honneur de la chevalerie, et vêtus de robes d'apparat, furent festoyés a la table du roi [25 mars 1395]. Mais une distinction fut faite entre les indigènes qui n'avaient pas déjà juré fidélité, et ceux qui l'avaient fait et s'étaient révoltés, entre « les Irrois sauvages et les krois rebelles, » comme le roi les appelait. Cependant ces derniers en se soumettant furent pris sous sa protection et obtinrent la promesse d'un plein pardon, moyennant une amende proportionnée. Quoique Richard donnât beaucoup de temps a la représentation, il ne négligea pas la réforme du gouvernement. Les abus furent redressés, les lois affermies, les officiers despotiques destitués, et l'esprit des indigènes reconcilié graduellement avec la suprématie des Anglais *.

Mais tandis que le roi s'occupait ainsi d'établir son pouvoir en Irlande, il fut subitement rappelé dans ses états d'Angleterre. Les disciples de Wycliffe, sous le nom de Lollards, avaient profité de son absence pour commencer une violente attaque contre les revenus et la discipline de l'Eglise. Non contents d'afficher des libelles contre le clergé dans les endroits les plus publics de la

1. Act. du Cons. i, 50, 52. Christel rendit compte de cette expédition à F roissîirt. 11 avait anciennement été fait prisonnier par un des indigènes, homme robuste, qui sauta derrière lui à l'improviste, le serra étroitement dans ses bras, et poussant le cheval en avant à coups de talons, l'emporta bel et bien. Durant sa captivité, il avait appris la langue irlandaise, et pour cette raison fut chargé du soin des quatre rois. La grande difficulté fut de les décider à diner à une table différente de celle de leurs serviteurs, et à porter des chausses et des manteaux garnis de fourrures d'écureuil. Froiss. xi, 24.

33i> HISTOIRE D'ANGLETERRE.

capitale, ils avaient préparé une pétition incendiaire, qui devait être présentée a la chambre des communes. Cette pièce est un étrange composé de fanatisme et de folie. On s'y plaint de ce que, depuis que F Eglise a été dotée de possessions mondaines, la foi, l'espérance et la charité ont été bannies de l'Angleterre ; de ce que le sacerdoce anglais est un faux sacerdoce, parce que des pécheurs ne peuvent ni donner ni recevoir le Saint-Esprit ; de ce que les membres du clergé professent une vie de célibat, mais se nourrissent trop bien pour l'observer ; de ce qu'en acceptant des places dans le gouvernement ils deviennent hermaphrodites, s'obligeant a servir Dieu et Mammon ; de ce qu'ils enseignent la transsubstantiation, qui mène a l'idolâtrie ; et prescrivent la confession, ce qui les rend arrogants ; de ce qu'ils autorisent la guerre et les exécutions criminelles, qui sont contraires a la loi du Christ, loi de miséricorde et d'amour ; et permettent aux hommes d'exercer les métiers d'orfèvre et de fourbisseur, qui sont inutiles et pernicieux sous l'empire de l'Evangile. Il ne se trouva personne pour présenter la pétition ; mais les prélats, alarmés de la hardiesse de ces fanatiques, sollicitèrent la protection du roi [mai], qui, à son retour, à Londres, réprimanda sévèrement les protecteurs des lollards, et ordonna que leurs professeurs fussent chassés de l'université d'Oxford *.

Durant la querelle entre le duc de Gloucester et les favoris du roi, on avait souvent reproché à Richard d'être entraîné par un penchant.secret vers l'amitié du roi de France. A la mort de sa femme, il manifesta plus ouvertement cette inclination, et sollicita la main d'Isabelle, fille de Charles VI, princesse âgée de huit ans [7 juin 1394]. Les ducs de Lancaster et d'York approuvèrent cette union : le duc de Gloucester, qui, en toute occasion, faisait sa cour aux préjugés de la nation en s'opposant à toute alliance avec la France, parvint a la retarder pendant plusieurs mois. A la fin , on acheta son acquiescement par des dons et des promesses; et on signa un traité [9 mars 1796] portant qu'Isabelle épouserait Richard; qu'elle recevrait en dot quatre-vingt mille écus par termes annuels ; que, lorsqu'elle aurait douze ans accomplis, elle serait libre de consentir h ce mariage ou de s'y refuser ; que les héritiers de son corps ne tireraient de leur ligne maternelle aucun droit additionnel a la cour de France ; et que la trêve déjà existante entre les deux royaumes serait prolongée de

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