CHAPITRE CINQUIÈME
en parlement ; mais il se rendit sur une proclamation, et fut introduit devant Richard à Oswaldstre. Il soutint hautement son innocence contre son accusateur [23fév.]; et, fléchissant le genou, il dit au roi : « Mon cher seigneur, avec votre permission, si je puis répondre à votre cousin , je dis que Henry de Lancaster est un menteur; et que dans ce qu'il a dit et dira de moi, il ment comme un faux traître qu'il est. » [19 mars.] Richard ordonna d'arrêter les deux parties; et se rendit à Bristol, où, avec l'assentiment de son comité du parlement, il prononça sur les causes et publia des lois dans la môme forme que si les deux chambres eussent siégé. Il décréta môme que ces nouveaux statuts auraient une autorité égale a celle des statuts votés dans le dernier parlement ; que quiconque chercherait h les faire annuler ou rapporter subirait les peines de la trahison; et que tout prélat, avant de recevoir son temporel, tout tenancier de la couronne, avant d'être mis en possession de ses terres, prêteraient serment d'observer toutes les lois, les ordonnances et les' jugements, tant ceux faits . par le roi au dernier parlement que ceux faits depuis la dissolution avec T assentiment du comité, de s'opposer à toute entreprise pour les modifier ou révoquer, et de poursuivre de tout son pouvoir tout homme qui les enfreindrait, jusqu'à ce que le coupable eût subi le châtiment de sa trahison. En même temps on décida que la contestation entre les deux ducs serait- renvoyée à une haute cour de, chevalerie1.
A cet effet, les barons, les bannerets et les chevaliers do l'Angleterre furent convoqués à Windsor. L'appelant et l'intimé furent amenés devant eux [29 avril] : Ilereford persista dans l'accusation ; et Norfolk , tout en reconnaissant qu'il avait parlé irrespectueusement de certains lords, nia toutes les expressions qui paraissaient outrageantes pour le roi. Comme on ne pouvait appeler aucun témoin, et que la confrontation des parties ne faisait pas ressortir la vérité , on résolut de remettre la décision au jugement de Dieu ; et, par sentence de la cour, on reçut les gages de bataille , et on arrêta que le combat aurait lieu à Coventry le
1. Roi. Pari. 372. Rien ne peut dépasser la sollicitude du roi à donner de la stabilité à toutes ces mesures. Les juges lui avaient dit qu'il ne pouvait pas lier ses .successeurs. Néanmoins il en fit la tentative. Par son testament, signé quelques jours avant son départ pour l'Irlande, il légua la plus grande partie de sa pro-
Sriété mobilière à son successeur, mais à la condition expresse de ratifier et 'observer tous les actes des vingt-unième et vingt-deuxième années de son règne ; faute de quoi elle devait être retenue par ses exécuteuro, et être employée à Ta défense de ces mêmes mesures , « même , s'il était nécessaire , jusqu'à la mort. > Rot. Pari, m, 431.
m HISTOIRE D'ANCiIjKTEIUIE.
16 septembre. Au jour marqué, les combattants entrèrent dans la lice, en présence du roi, du comité du parlement et d'un immense concours de peuple. Hereford fit solennellement le signe de la croix , Norfolk s'écria : « Dieu aide au bon droit ! » Le premier, poussant en avant son bouclier et mettant sa lance en arrêt la pointe dirigée vers son adversaire, avança quelques pas : le dernier resta immobile à sa place : et le roi, jetant son bâton, prit, selon le langage du temps, la bataille dans ses propres* mains. Il ne pouvait, dit-il, tolérer un combat, qui, quelle qu'en pût être l'issue, sur deux personnes qui lui étaient alliées par le sang et qui portaient ses armes, en couvrirait une d'une tache indélébile1 . Les combattants furent alors reconduits à leurs places, et attendirent dans l'anxiété la détermination du roi, qui était occupé à se consulter avec le comité du parlement. A la lin, le bon plaisir du roi fut annoncé d'abord à l'appelant, et ensuite à l'intimé. Pour maintenir la tranquillité publique et prévenir les querelles entre les deux parties et leurs adhérents, le duc de Hereford reçut l'ordre de quitter le royaume dans l'espace de quatre* mois, et de rester en exil pendant dix ans ; mais en même temps on déclara qu'il avait fait honorablement son devoir en poursuivant l'appel , jusqu'à ce que le roi eut jpris la bataille dans ses propres mains. Le jugement du duc de Norfolk fut plus sévère. Il eut ordre de quitter le royaume a la même époque, d'aller en pèlerinage à la terre sainte , et de rester banni pour le reste de ses jours en Allemagne , en Hongrie ou en Bohême ; non qu'il ~ n'eût fait honorablement son devoir contre son adversaire, mais parce qu'il avait, de son propre aveu, entrepris d'exciter la dissension parmi les grands seigneurs, et s'était, en public et en particulier, opposé à la révocation des actes du parlement de Glouceeter. De plus , comme il avait été coupable de négligence dans son gouvernement de Calais, et qu'il devait au roi des arrérages considérables, on décréta que toutes ses terres seraient remises aux mains du roi pour être appliquées au payement de ses dettes, à la réserve de mille livres par an pour son propre usage. Enfin, on leur défendit a tous deux, sous peine de trahison, d'avoir aucune communication avec Thomas, ex-archevêque de Çanterbury,
1. Ceci avait été requis, et pour les raisons que donna Richard, par Paynel envoyé du roi de France. Ses instructions étaient de représenter que le dict duc de Herfort est fort proche de la couronne d'Angleterre, comme fils de fils de Roy, et est aussi descendu de la maison de France, et le dict duc de Nortfolc de la maison d'Angleterre. Thrés. des Chart. (ifi.