‹ Histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 324 sur 563 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

de l'autre, le roi, redoutant le résultat, envoya l'abbé de Shrewsbury h ses, adversaires avec des propositions de paix, qui, après une longue hésitation, furent rejetées, de l'avis du comte de Worcester : « Eh bien! en avant, bannière ! » s'écria Henri. L'air retentit des cris opposés de «saint George! et espérance, Percy ! » et les archers de part et d'autre déchargèrent leurs flèches, dont l'effet fut des plus meurtriers. Percy et Douglas, qui étaient depuis longtemps rivaux de gloire, et estimés deux des plus valeureux chevaliers de la chrétienté , s'élancèrent, avec trente per- . sonnes de leur suite, au centre de l'armée ennemie. Tout céda devant eux. Les gardes du roi furent dispersés ; le comte de Stafford, sir Walter Blount et deux autres, qui pour tromper l'ennemi portaient les armes royales, furent tués ; l'étendard fut renversé à terre, et le prince de Galles reçut une blessure au visage. Leur but était de tuer Henri ou de s'emparer de sa personne ; mais, d'après le conseil du comte écossais de Mardi, il avait changé d'armure , et faisait son devoir de vaillant guerrier dans une toute autre partie du champ' de bataille. Les deux chefs, déçus dans leur attente, se déterminèrent à revenir en se frayant un passage au travers de l'ennemi , qui s'était refermé derrière eux ; et ils avaient presque effectué leur dessein, lorsque le Northumbre tomba frappé d'une flèche , qui paraît avoir été lancée au hasard , et qui lui perça la cervelle. Avec lui tombèrent le courage et la confiance de ses partisans, qui, dès que la perte de leur chef fut connue , s'enfuirent dans toutes les directions. La bataille avait duré trois heures : les tués et les blessés s'élevèrent du côté du roi à près de cinq mille, et à un bien plus grand nombre du côté des insurgés. Parmi les prisonniers étaient le comte Douglas, le comte de Worcester, le baron de Kinderton et sir Richard Vernon. Le premier fut traité par le vainqueur avec toute la courtoisie qu'on témoignait d'habitude aux prisonniers étrangers d'un haut rang : les trois autres subirent la punition des traîtres» [23 juillet].

Le lendemain de cette victoire, le roi envoya le matin au comte de Westmoreland et a Robert Waterton l'ordre de s'opposer à la

1. Otterb. 242-244. Ypodig. Neust. 560. Hall, f. 22. Rym. vm, 320. S'il en faut croire un manifeste des insurgés du Yorkshire, après que le corps de Henry Percy eut été solennellement enterré, le roi ordonna de l'exhumer, de le mettre au pilori, de le décapiter et de le couper en quartiers. Anq. Sac. n, 3(>6. L'origine de cette histoire , comme le remarque l'éditeur des Àctes du conseil , peut se trouver dans la Chronique de Londres (88), qui nous apprend que le corps fut retiré du tombeau, pour réfuter le bruit que Percy vivait encore.

marche du comte de Northumberland, qui était remis de sou indisposition, et traversait à la tète de ses vassaux le comté de Durham. Mais celui-ci reçut bientôt la triste nouvelle de la mort de son fils et de son frère, et de la destruction de leur parti ; et revenant par Newcastle, dont les portes lui furent fermées, il se retira dans son château de Warkworth, et licencia ses troupes. Sur Tordre du vainqueur, il se rendit avec une faible escorte a York, où il fut reçu avec des marques évidentes de mécontentement. Ses protestations que Hotspur avait agi au mépris de ses ordres, et que les troupes qu'il avait levées lui-môme étaient destinées a rejoindre l'armée royale, ne furent ni admises ni rejetées; mais le comte fut gardé en lieu sûr, quoique en détention honorable , afin qu'il plaidât sa cause au prochain parlement. [8 oct.] Dans l'intervalle , Henri donna l'ordre d'arrêter lady Elisabeth, veuve de Hotspur, força les chevaliers northumbres à lui jurer fidélité contre leur comte , et promit de pardonner a tous ceux qui s'en remettraient à sa merci ».

Quand le parlement se réunit, le comte présenta au roi sa pétition : il reconnaissait qu'il avait violé les lois en donnant des livrées et en rassemblant ses vassaux ; mais il rappelait à Henri qu'au premier ordre il était venu se livrer à York, et avait reçu de lui l'assurance « qu'il ne s'en irait pas tout à fait sans grâce. » [7 fév. 1404»] Le roi avait chargé les juges de prononcer sur la nature des délits que le comte avait confessés; mais les lords, dont un grand nombre avait été secrètement ligué avec lui, ayant dit que le jugement leur appartenait , déclarèrent qu'il n'avait été coupable ni de trahison ni de félonie, mais seulement de contraventions, pour lesquelles il était tenu de payer une amende au bon plaisir du roi. Il jura alors fidélité à Henri, au prince de Galles, aux autres fils du roi et à leurs descendants ; et en retour il obtint pleine remise de toutes amendes et peines. Comme la rumeur publique avait mis plusieurs prélats et lords au nombre des conspirateurs, il déclara solennellement qu'il ne savait rien de défavorable au duc d'York ou a l'archevêque de Canterbury, ou à toute autre personne généralement soupçonnée, mais qu'il les regardait tous comme étant et ayant été de loyaux et fidèles sujets de leur souverain2.

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