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ce qu'ils cherchaient probablement, la captivité ou une mort honorable. Les Anglais n'étaient point en état de poursuivre les fuyards. Dès que la résistance eut cessé, le roi traversa le champ de bataille avec ses barons, tandis que les hérauts examinaient les armes des morts et comptaient les cadavres. Puis il appela Montjoie, roi d'armes des Français, et lui demanda a qui appartenait" la victoire. « A vous, sire, » répliqua Montjoie. — « Et quel est, » continua le roi, <( ce château que je vois a distance ? » — 'tOn l'appelle le château d'Azincourt,» fut la réponse. — « Eh bien, » reprit Henri, « que cette bataille soit donc connue sous le nom de bataille d'Azincourt >. »
Le sang versé dans cette journée sortait des plus nobles familles de France. On compta parmi les morts huit mille chevaliers et écuyers, plus de cent bannerets, sept comtes, les trois ducs de Brabant, de Bar et d'Alençon, le connétable et l'amiral de France 2. Les prisonniers les plus distingués étaient les ducs ^d'Orléans et de Bourbon, et les comtes d'Eu, do Vendôme et de Richemont. La perte des vainqueurs monta h seize cents hommes, parmi lesquels était le comte de Suffolk et le duc d'York. Us quittèrent Maisoncelles le lendemain matin [26 oct.], et reprirent leur marche vers Calais. En traversant le champ de bataille, ils tuèrent ceux des blessés qui donnaient encore signe de vie ; et dès qu'ils furent partis, l'espoir du pillage attira sur le lieu des milliers d'hommes et de femmes des villages voisins. Les soldats étrangers avaient emporté tous les objets de valeur : ces pillards indigènes dépouillèrent les morts de kurs vêtements, ef^ laissèrent plus de dix mille cadavres nus sur la terre 3. Le comte de Charolais, fils du duc de Bourgogne, fit enterrer les morts à ses frais. Ceux qu'il fut possible de reconnaître furent inhumés
1. Le roi, dans la conviction qu'il devait ce succès extraordinaire à la protection du ciel, fit venir le clergé et ordonna de célébrer sur-le-champ un service d'actions de grâces en présence de toute l'armée. Par allusion à ce qu'ils avaient échappé à l'ennemi, on chanta le psaume exiv, Quand Israël sortit de l'Egypte; et au verset, Non pas à nous, 6 Seigneur, non pas «nous, mais à ton nom donne la gloire, tous les soldats s'agenouillèrent. La cérémonie se termina par le Te Deum Hall, f. 50.
2. Hardyng calculé qu'il y eut cinq comtes, quatre-vingt-dix bannerets, quinzecents chevaliers et une très-grande quantité de combattants inférieurs, 301. Monstrelet donne les noms de sept comtes et de plus de trois cents grants seigneurs, 230, 231.
3. Et demourèrent sur le champ tous desnuez, comme ils issirent du ventre de leur mère. Id. i, 231. Parmi les morts était le baron de Helly. Id. 230. Liv. 21. Sur les dix mille il n'y en avait, dit-on, que seize cents qui ne fussent pas de noble naissance. Monst. 231.