CHAPITRE SEPTIÈME
accompagné do ses frères de Clarence et de Gloucester, partit en même temps de Mantes, escorté d'un nombre égal d'hommes d'armes. A un signal, ils entrèrent dans l'enclos des deux côtés opposés , et se rencontrèrent au centre dans le même instant. Henri salua Isabeau et sa fille , les embrassa , et prenant la première par la main , la conduisit dans le pavillon. C'était la première fois qu'il" voyait sa future. Elle était jeune, gracieuse et belle ; et d'après les instructions de la reine , elle employa tous ses charmes pour faire impression sur le vainqueur. Quoique Henri s'efforçât de cacher ses émotions à l'œil scrutateur de sa mère, il ne put y réussir. C'était assez pour Jsabeau. A dater de ce moment , la fille fut éloignée des conférences. Elle espérait que son absence irriterait la passion du roi , et qu'on obtiendrait ainsi de lui des conditions plus favorables *.
La première conférence fut employée à régler l'ordre des discussions subséquentes. Deux jours après [1er juin], Henri produisit sa demande, à savoir la possession de la Normandie, de ses autres conquêtes et des territoires cédés par la paix de Bretigny, en pleine souveraineté et indépendante de la couronne de France. Au bout de quatre jours [5 juin], les ministres de Charles rendirent réponse. Ils ne firent aucune objection aux prétentions du roi , mais présentèrent de la part de leur souverain huit demandes relatives à des renonciations, à des échanges de territoire et à des payements de dettes. Henri se persuada follement qu'il finirait par obtenir le prix de ses travaux. Cependant on éleva habilement des doutes, on demanda des explications, et les conférences eurent lieu a de plus longs intervalles. Dans tout le mois, il ne s'en tint pas plus do sept; on avait pris jour pour le huitième [3 juillet] ; mais les ministres français n'y parurent point, et Henri s'aperçut que ses propres artifices avaient tourné contre lui. La conférence tenue a Meulan avec tant d'ostentation n'était qu'une feinte : la négociation réelle se suivait entre le dauphin et le duc de Bourgogne, dont les demandes et réponses respectives avaient été portées de l'un a l'autre par l'entremise secrète de madame de Giac. [4 juillet.] Le lendemain de l'interruption des conférences, les deux princes se virent et s'embrassèrent près de Melun, sur la route de Paris. [11 juillet.] Ils s'engagèrent pau. serment à oublier leur ancienne querelle, à vivre en bonne amitié, a concerter les mesures qui pourraient apaiser les dissensions