‹ Histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 379 sur 563 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

de canon et de machines pour la projection des flèches. La Seine restait encore ouverte aux assiégés. Mais bientôt on jeta un pont au-dessus de la ville, et près du pont on amarra un certain nombre de bateaux qui, avec une peine incroyable, avaient été tirés à terre a grand renfort d'hommes et de chevaux. Au-dessous, la navigation fut arrêtée par deux estacades, composées chacune de trois fortes chaînes de fer 1 ; et l'embouchure de la rivière fut soigneusement gardée par une flotte portugaise à la solde du monarque anglais. Deux cents petites voiles, employées à cet usage, apportaient journellement des vivres au camp des assiégeants; mais dans la place, les privations de la famine commencèrent à se faire sentir avant que deux mois fussent écoulés. Douze mille individus furent expulsés de la ville par ordre du gouverneur. Henri défendit de les admettre dans les lignes ; et si l'humanité des troupes en soutint quelques-uns, le reste périt faute d'abri et d'aliments. Le mois suivant, les assiégés vécurent de leurs chevaux; et quand cette ressource leur manqua, ils parvinrent à prolonger encore de dix semaines leur défense, sans autre nourriture que des reptiles et de mauvaises herbes. On a calculé que le nombre de ceux qui périrent de faim et de maladie monta à cinquante mille. Ceux qui survivaient envoyèrent un messager sûr à la cour de France, pour décrire leurs souffrances et demander des secours. Il revint avec des promesses flatteuses, mais décevantes ; il annonça môme le jour qu'on avait fixé pour leur délivrance. A cette nouvelle, tous les yeux étincelèrent d'espoir; on sonna les cloches; on fit des réjouissances; et chaque combattant fut averti d'être sur ses gardes, et de seconder les efforts de ses amis. Le jour vint; il s'écoula, et aucun libérateur ne parut.

Alors le désespoir de la garnison triompha de l'obstination du gouverneur; mais, lorsqu'il sollicita une capitulation, Henri rejeta ses offres , et exigea qu'il se rendît à discrétion [3 janvier 1419]. Le Bouteillier assembla ses troupes, et leur proposa de mettre le feu à la ville , d'abattre la partie du mur qui avait été minée, et de se jeter en masse sur le camp de l'ennemi, où, s'ils ne pouvaient se frayer un passage avec leur épée , ils trouveraient du moins une mort honorable. La connaissance de ce dessein changea la détermination de Henri, qui n'avait aucun désir

1. Une chaîne était suspendue à dix-huit pouces dans l'eau, la seconde à la surface, la troisième trois pieds au-dessus. Monst. 268.

que Rouen fût réduit en un monceau de cendres [13 janvier], H donna aux hommes d'armes la vie et la liberté, à condition qu'ils ne serviraient pas d'une année contre lui ; il requit des citoyens une contribution de trois cent mille couronnes, en considération do laquelle ils conservèrent leurs biens et les franchises de la ville. Les autres forteresses suivirent l'exemple de la capitale, et les Normands se résignèrent à porter la croix rouge , emblème distinctif de la nation anglaise1.

La chute de Rouen se ressentit jusqu'aux extrémités de la France. On devait espérer que les factions opposées oublieraient maintenant leur animosité, et s'uniraient contre l'ennemi commun; mais toutes les tentatives qu'on fit pour les réconcilier furent infructueuses, et chacune se remit à négocier séparément avec Henri. Le duc de Bourgogne demanda un renouvellement do conférences pour la paix ; le dauphin sollicita une entrevue personnelle. Pour des raisons restées inconnues, le jeune prince manqua au rendez-vous2, et le duc, profitant de l'occasion, feignit d'être disposé à accéder aux demandes du roi d'Angleterre , qui se laissa même persuader de prendre en main la conduite de la négociation. On désigna Mantes pour la résidence de Henri, Pon toise pour celle de Charles. Entre ces deux villes et dans une plaine près de Meulan, on fit choix d'un carré de terre, dont un des côtés était baigné par la Seine , et les trois autres furent entourés d'une tranchée profonde et d'une ligne de palissades. Un mât de vaisseau , érigé au centre , indiquait le lieu où les deux rois se rencontreraient, et deux pavillons magnifiques, dressés auprès , leur offraient la facilité de se dérober à la vue des spectateurs. Le terrain en dehors de l'enclos a droite était assigné à la suite de Henri , celui h gauche a celle de Charles , et pour les recevoir, on avait préparé des tentes, que les deux nations s'efforcèrent à l'envi de décorer. Il arriva qu'au jour marqué [30 mai] le roi de France eut une attaque de sa maladie ; mais , dans la matinée, Isabeau, sa fille Catherine et le duc de Bourgogne quittèrent Pontoise avec une troupe de mille chevaux, et Henri,

1 Rym. ix, 654. Tit. lit?. 60-71. Elm. 176-203. Monst. 268, 272-274. On remarqua comme une chose fort singulière que, lorsque le roi fit son entrée à Rouen, il était suivi d'un page monté sur un fougueux cheval de bataille, et portant pour pennon une queue de renard attachée au bout d'une lance. Monst. 273. C'était peut-èirc une allusion à un renard qu'il avait déterré dans son bosquet favori, ce qui avait été regardé comme de oon augure, ou à quelques-unes des nombreuses prophéties en circulation alors et crues généralement.

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