‹ Histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 405 sur 563 · CHAPITRE HUITIÈME. i7l · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME. i7l

même journée pour prévenir l'effusion du sang, et les amener à garder la paix jusqu'au retour du duc do Bedford1. Le régent quitta Paris a regret, aborda on Angleterre [20 déc], et convoqua un parlement à Leicester. 11 espérait , néanmoins , pouvoir effectuer auparavant une réconciliation entre son frère et son oncle. [29 janvier 1^26.] Dans cette vue, l'archevêque et plusieurs lords se rendirent auprès do Gloucester, et le requirent de la part du roi de se trouver au conseil à Northampton. Leurs instructions étaient de lui représenter qu'il ne pouvait avoir aucune objection raisonnable à une entrevue avec son oncle en pareille circonstance ; qu'on prendrait des mesures pour éviter toute querelle entre les gens de leur suite ; que Tévêque, comme accusé, avait le droit d'être confronté avec son accusateur, et qu'on ne pouvait pas espérer que le roi le priverait de sa charge avant que l'imputation dont il était l'objet eût été prouvée. Mais des raisonnements n'étaient pas capables de vaincre l'obstination du duc, et il reçut Tordre du roi d'occuper son siège au prochain parlement*. [28 février.] Là les communes, par l'organe de leur orateur, conjurèrent le régent et les lords de réconcilier le duc de Gloucester avec i'évêque de Winchester. Le premier avait présenté un acte d'accusation contre son oncle où, h ses propres griefs, il ajoutait deux imputations qu'à l'en croire il tenait du feu roi son frère : la première était que le prélat avait payé un assassin pour ôter la vie à Henri, lorsqu'il n'était encore que prince de Galles ; la seconde, qu'il l'avait exhorté à usurper la couronne du vivant de son père. Dans sa réponse, Beaufort tâcha ♦ de démontrer que s'il avait personnellement offensé le duc, sa conduite était justifiée par les procédés de ce prince; et aux imputations attribuées à Henri il opposa la confiance et les emplois dont ce roi avait honoré l'homme qui était maintenant accusé d'avoir attenté à sa vie. [4 mars.] Le duc do Bedford et les autres lords prêtèrent serment de juger avec impartialité; mais la ma-

1. L'évèque écrivit le 30 octobre au régent, pour requérir son retour immédiat : c Car, » ajoute^-t-il, « par ma foi, si vous tardez longtemps, nous mettrons ce pays en danger de guerre ; vous avez ici un tel frère! Dieu le rende bon! » Ils entrèrent ensemble dans la Cité de Londres. Bedford paraît avoir favorisé son oncle et blâmé son frère. Quand les citoyens' lui firent un présent de 1,000 marcs dans deux bassins de vermeil, il les remercia à peine. Fabyan, 414, 415.

3. Acts. of Coun. nr, 181-187. Ce parlement fut appelé le parlement dos bâtons. Comme les armes avaient été prohibées, les serviteurs des membres suivaient leurs maîtres avec un bâton sur l'épaule ; quand les bâtons aussi furent prohibés, ils cachèrent des pierres et des Dalles de j;lomb dans leurs manches et dans leur sein : tant iU se méfiaient les uns des autres. Fab. ibid.

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nière dont ou procéda au jugement, nous l'ignorons. Trois jours après [7 mars], le duc et l'évêque consentirent a laisser leur querelle à la décision du primat et de huit autres arbitres, sur l'arrêt desquels on joua la comédie suivante. [12 mars.] Beaufort commença par s'adresser au roi, a qui il protesta de son innocence des imputations relatives à Henri V ; et le duc de Bedford répliqua, au nom du souverain enfant, que le roi n'avait aucun doute de l'innocence de son grand-oncle, et qu'il le tenait pour avoir toujours été un homme fidèle au feu roi, tant avant qu'après son avènement au trône. Alors, se tournant vers le duc de Gloucesler, l'évêque exprima le regret que son neveu eût conçu quelque tiéplaisir contre lui : « Mais, monsieur, continua-t-il, je prends Dieu à témoin que, quels que soient les rapports qui vous ont été faits de moi (peut-être par des personnes qui n'ont pas eu pour moi une grande affection; Dieu leur pardonne!), je n'ai jamais imaginé ni eu en vue rien qui pût causer dommage ou préjudice à votre personne, votre honneur ou votre rang ; et en conséquence je vous prie d'être pour moi bon seigneur dorénavant, car par ma volonté je ne vous donnai jamais lieu d'être autrement, ni n'ai dessein de le faire à l'avenir, parla grâce de Dieu. » Le duc repartit : « Bel oncle, puisque vous vous déclarez ainsi l'homme que vous dites, je suis très-joyeux qu'il en soit ainsi, et pour tel je vous prends. » Alors ils se donnèrent la main, et la cérémonie fut finie. Une pareille réconciliation ne pouvait être réelle; etl'évêque, soit de son propre mouvement, soit que la chose eût été préalablement stipulée, résigna les sceaux le lendemain [12 mai] , et bientôt après demanda la permission de voyager. Il resta néanmoins en Angleterre jusqu'au commencemont de l'année suivante, où il accompagna son neveu, le duc de Bedford, à Calais. Là il reçut l'agréable nouvelle qu'il avait été nommé cardinal par le pape Martin , et fut revêtu des insignes de sa dignité en présence du régent et d'une cour nombreuse 1 .

11 y a lieu de croire que cette querelle entre l'oncle et le neveu venait de la méfiance qu'inspirait h Beaufort l'ambition du duc, qui en mainte occasion avait agi comme s'il ne dépendait pas du conseil, et avait répondu aux remontrances qu'il n'avait de comptes à rendre qu'au roi lorsqu'il serait majeur. Même récemment il avait dit : « Que mon frère gouverne comme il lui plaît tant

1. Voyez le détail dans les Rôles du Parlement, iv, 296, 299. Rym. i, &58. Fab. 416. Kllis, 2, «er. i, 102. '

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