CHAPITRE HUITIÈME
vier 1450] t. Soit que l'évêque eut cherché à détourner l'indignation, soit que ce fût une histoire inventée par les adversaires de Suffolk, on prétend qu'il déclara avant sa mort que le favori était un traître, qui avait vendu le Maine h l'ennemi, et s'était vanté d'avoir autant d'influence dans le conseil de France que dans celui d'Angleterre. On jugea nécessaire que le duc (il venait d'être élevé à cette dignité) tînt compte de ce bruit, et dès que le parlement fut rouvert [22 janvier], se levant à sa place, il supplia le roi de se rappeler que son père était mort au service du pays a Harfleur, que son frère aîné avait été tué à la bataille d'Azincourt, que son second et son troisième frère avaient péri à Jargeau, et que le plus jeune avait expiré en France, où il était en otage; que luimême était depuis trente ans chevalier de la Jarretière, qu'il avait passé trente-quatre ans sous les armes, et que pendant une moitié de ce temps il n'avait jamais visité sa patrie; que depuis quinze ans il faisait partie du conseil du roi; qu'il était né en Angleterre; que son héritage et celui de ses enfants et de sa postérité étaient situés dans ce pays. Etait-il donc possible, demanda-t-il, que pour aucune promesse de l'ennemi il devînt un traître ? « C'est pourquoi, » ajouta- t-il, «je supplie votre altesse, de la manière la plus humble que jepuis imaginer, que si quelqu'un m'accuse des faits dont le bruit a couru, ou de toute autre offense contre votre royale personne et votre royaume, il s'avance et me dise a cet égard ce qu'il voudra ; et qu'en votre présence, mon souverain seigneur, je puisse être entendu dans mes excuses et défenses raisonnables, qui, je l'espère, seront si explicites et si claires, que votre altesse et votre royaume seront contents de moi ; car Dieu sait que je suis et serai et ai toujours été fidèle a vous, mon souverain seigneur, et à votre royaume. » A sa requête, ce discours fut inséré dans les rôles 2.
Mais, h cette époque, ses ennemis de la chambre basse formaient un parti puissant, qui était entièrement, quoique secrètement, guidé par les conseils du lord Cromwell3. Quatre jours après que le duc eut si solennellement protesté de son innocence [26 janvier], une députation des communes demanda que, puisque d'après son propre aveu il était soupçonné de trahison, il fut immédiatement conduit à la Tour. Mais les lor&L après avoir consulté les juges, répondirent qu'ils n'avaient pR le pouvoir