‹ Histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 453 sur 563 · Il est publié dans les Lettres originales de Fenn, i · texte numérisé non relu

Il est publié dans les Lettres originales de Fenn, i

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resta deux nuits sur le Nicolas, pendant lesquelles il passa la plus grande partie de son temps a converser avec son confesseur, écrivit une longue lettre au roi, et subit un jugement dérisoire devant les matelots, qui le condamnèrent à mort. Le surlendemain matin [2 mai], un petit bateau vint bord a bord, dans lequel étaient un billot, une épée rouillée et un bourreau : on y descendit le duc, et l'homme, lui ayant dit qu'il devait mourir comme un chevalier, lui abattit la tôtq au sixième coup. Ses restes furent déposés sur le sable, près de Douvres, et gardés par le shériff de Kent jusqu'à ce que le roi eût ordonné d*les remettre à sa veuve, qui les fit enterrer dans l'église collégiale de Wingfield, en Suffolk'.

Le récit qui précède prouve qu'il existait un parti qui avait juré la perte de cet infortuné seigneur. Sans être découragés du peu de succès de la poursuite au parlement ni de l'évasion do leur victime de Saint-Giles, ils allèrent jusqu'à expédier une troupe année pour l'assassiner en mer. Mais quant aux chefs de ce parti, tout ce que nous savons, c'est que c'étaient des personnes de première considération dans l'état. Quelques écrivains ont attribué ce meurtre a l'ambition déçue, qui ne pouvait digérer l'ascendant du favori dans les conseils de son souverain ; d'autres à la politique du duc d'York, qui jugea nécessaire d'écarter un ministre aussi fidèle avant de prendre ouvertement aucune mesure pour se placer sur le trône. Cette dernière hypothèse a paru confirmée par le fait que plusieurs des seigneurs qui épousèrent ensuite ses intérêts vinrent au parlement de Leicester accompagnés de centaines d'hommes armés2.

La nouvelle de cet événement tragique plongea le roi et la reine dans la plus profonde" douleur. Au bout de quelques jours, le danger' qui les menaçait eux-mêmes les arracha à leur chagrin. Il est difficile de déterminer çi les hommes qui avaient ôté la vie a Suffolk contribuèrent a allumer l'incendie qui éclata, ou s'il fut l'effet spontané de l'irritation de l'esprit public. On venait de recevoir la nouvelle de la défaite de sir Thomas Kyriel : dans . plusieurs comtés, les communes menaçaient de se soulever et de reformer le gouvernement; et la population de Kent fut poussée

1. Will. Wyrcest. 4G9, 477. Croyî. Cont. 525. Deux lettres, dans Fenn, i, 38- 45. On observera qu'il y a beaucoup d'erreurs dans les remarques de l'éditeur sur ces lettres.

2. « Le quatrième jour de ce mois , le comte de Devonshire vint avec trois cents hommes de bonne mine, et le lendemain ray lord de Warwick avec quatre cents et plus. Leycester, le vi mai. » Lettres de Fenn, i, 44, 46.

jusqu'h Tégarement par les bruits réitérés do la vengeance signalée que Henri avait résolu de tirer d'eux pour avoir fourni les vaisseaux qui avaient arrêté son ami [28 mai]. C'était une crise très-favorable aux vues des gens adroits et fourbes, et un aventurier irlandais, dont le nom réel était John Cade, mais qui avait pris celui de Mortimer, cousin du duc d'York, saisit ce moment pour déployer l'étendard de Y insurrection. A la tête de vingt mille hommes/il marcha sur Blackheath [17 juin]. Henri aussitôt congédia le parlement, et, rassemblant ses forces, s'avança vers Londres1. Beaucoup de messages s'échangèrent entre le roi et le faux Mortimer, qui [20 juin] exposa les désirs de ses adhérents dans deux écrits intitulés : « Plaintes des communes de Kent, » et « Requêtes du capitaine de la grande assemblée de Kent. » Il était dit dans les « Plaintes r> que le roi se proposait de punir les habitants du Kent pour un meurtre dont ils n'étaient point coupables; qu'il donnait les revenus de la couronne, et prenait pour son entretien les biçns du peuple; qu'il excluait de son conseil les seigneurs de son propre sang, pour faire place l des hommes de basse condition qui opprimaient ses sujets; que les shériffs, sous-shériflfs et collecteurs des taxes commettaient d'intolérables concussions ; que, dans l'élection des chevaliers du sbire, le libre choix du peuple était paralysé par l'influence des lords, et qu'on avait introduit de nombreux délais et empêchements pour entraver la prompte administration de la justice. Leurs « Requêtes » demandaient que les parents du duc de Suffolk fussent bannis de la cour, et que les ducs d'York, d'Exeter, de Buckingham et de Norfolk, ainsi que les comtes et les barons, fussent employés près de la personne du roi; qu'on punît les traîtres qui avaient tramé la mort du duc de Gloucester, du saint père cardinal, du duc d'Exeter et du duc de Warwick, et qui étaient cause de la perte de la Normandie, de la Guienne, de l'Anjou et du Maine; enfin qu'on fît cesser toutes les concussions, et que les grands concussionnaires, Sleg, Cromer, Lisle et Robert Est, fussent traduits en justice2.

Henri avait levé de quinze a vingt mille hommes, avec lesquels il marcha pour détruire les insurgés ; mais Cade se retira avant l'arrivée du roi [23 juin], et fut poursuivi par un détachement de royalistes sou» les ordres de sir Humphrey Stafford. A Sevenoaks il se retourna contre ceux qui le poursuivaient, les

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