CHAPITRE HUITIÈME
tcstations ordinaires de loyauté ; puis il se plaignit de ce qu'avant son départ pour l'Irlande et depuis son retour en Angleterre, on avait tenté de l'arrêter pour trahison, et il conclut en assurant qu'il était venu venger son innocence et mettre pour toujours la question au néant. Le roi, dans sa réplique, lui rappela quo depuis qu'il avait déloyalement tué l'évêque de Chichester ses adhérents s'étaient vantés ouvertement de son prétendu droit a succéder au trône, et qu'en conséquence il n'était pas étonnant que les conseillers de la couronne adoptassent parfois dçs mesures de protection; mais il ajouta que pour lui mettre l'esprit à l'aise h cet égard, il le tenait toujours pour bon et fidèle sujet, et pour son bien-aimé cousin. York demanda alors que toutes les personnes « soupçonnées ou accusées de trahison » fussent appréhendées et emprisonnées à la Tour jusqu'à leur mise en jugement ; et le roi répondît qu'on nommerait un nouveau conseil dont il ferait partie, et que toutes les matières à discussion seraient décidées par la majorité de ce conseil Pour le contenter, toutefois, il fit mettre en prison le duc de Somerset; sur quoi York licencia son armée, et consentit a venir dans la tente de Henri, sans armes et tête nue [1er mars]. Les deux rivaux s'y rencontrèrent ; ils se renvoyèrent l'un à l'autre l'accusation de trahison ; et le duc, quand il quitta le roi, fut immédiatement arrêté. Si on eut suivi l'avis de Somerset, on l'eût mis en jugement, ou on lui eût arraché des aveux par la terreur, et on l'eût exécuté. Mais Henri recula à l'idée de verser le sang d'un de ses parents ; le bruit que le comte de March s'avançait avec une armée pour délivrer son père intimida le conseil, et la liberté fut offerte au duc à la condition de jurer de nouveau fidélité au roi. Il prêta serment sur l'hostie à Saint-Paul, devant les lords et une nombreuse assistance, et on lui permit de se retirer à son château de Wigmore 3.
Au moment où Henri était délivré de toute crainte de se voir disputer le trône, arriva une députation des habitants de la Guienne, qui, impatients du joug de leurs nouveaux maîtres, offraient de renouveler leur allégeance , et sollicitaient l'aide d'une armée anglaise". L'invitation fut acceptée avec empressement, et le commandement donné h Talbot, le comte vétéran de
1. Le meurtre de l'évêque à Portsmouth fut attribué aux émissaires du duc.
2. Ces documents ont été conservés par Stow, 393-395. Le dernier est aussi dansFenn, i, G5.
3. Voyez le serment dans Sto*', 395. Whethamstcde, 349, et Rot. Part, v, 346.
53? HISTOlKIi IVANOLETKKHK.
Shrewsbury, qui avait atteint sa quatre- vingtième année. 11 lil voile pour la Guienne avec quatre mille hommes [17 oct.]; sou fils, lord Liste, lui amena un renfort aussi considérable; et avant l'hiver, Bordeaux, avec tout le Bordelais, et Châtillon en Périgord, se soumirent. Au printemps suivant, il ouvrit la campagne par la prise de Fronsac ; mais là la chance tourna ; les maréchaux français Loheac et Jalagnes s'avancèrent avec vingt-deux mille hommes, et le comte de Penthièvre investit l'importante forteresse de Châtillon. Talbot accourut a sa délivrance; le matin, de bonne heure, il surprit et défit un corps nombreux de l'ennemi ; mais les fuyards donnèrent l'alarme, et les Français se retirèrent dans un camp retranché garni do trois cents pièces de canon Talbot, cédant a l'ardeur des siens, ordonna l'assaut [20 juillet 1453] ; et ses adversaires commençaient h chanceler, lorsque le comte de Penthièvre, arrivant avec un corps, de troupes fraîches, décida du sort de la bataille. Le commandant anglais, qui avait eu son cheval tué sous lui et une jambe cassée, et était gisant h terre, fut achevé à la baïonnette : son fils, quoique on l'eut pressé à maintes reprises de se retirer, périt en essayant de le sauver ; et l'armée, après la mort de son chef, se dispersa de tout côté. Mille hommes qui s'étaient ouvert un passage jusque dans la forteresse furent faits prisonniers.
De Châtillon, Charles, qui prit alors le commandement, poursuivit le cours de ses victoires jusqu'aux portes de Bordeaux. Cette ville fut obstinément défendue par six mille citoyens armés et quatre mille Anglais ; mais la famine les força de se rendre |19 oct.], après un siège de sept semaines, à condition que les Anglais avec tout ce qui leur appartenait, et que les Bordelais, à peu d'exceptions près, seraient pris sous la protection du vainqueur. A dater de ce moment, la Guienne fut incorporée aux états du monarque français 2.
[6 mars.] Tandis que la nation était enivrée de la joie causée par les premiers succès de Talbot, Henri convoqua un parlement qui, outre des subsides généraux, vota une armée de vingt mille archers a lever et solder aux frais des divers comtés 3. L'in-
1. JEneas Syh. oper. p. 141. Il dit que ces bombardes avaient été apportées sur des chariots, et qu'elles déchargeaient trois cents pierres au milieu des An plais.