CHAPITRE NEUVIÈME
signalés dans la cause de la maison de Lancaster. Henri M , sa femme, leur fils Edouard, les ducs de Somerset et d'Exeter, les comtes de Northumberland, de Devon , de Wiltshire et de Pembroke , le vicomte Beaumont , les lords Roos , Neville , Rougemonte, Dacre et Ilungerford, avec cent trente-huit chevaliers, prêtres et écuyers, furent condamnés à subir toutes les peines de la trahison , la perte de leurs honneurs , la contiscation de leurs domaines et une mort ignominieuse, s'ils n'avaient pas déjà péri sur le champ de bataille Comme justification de cette sévérité sans exemple, on allégua l'avantage d'anéantir d'un seul coup la puissance du parti ; et à ce motif s'en joignait probablement un autre, la nécessité de se procurer des fonds, avec lesquels Edouard pût satisfaire aux demandes et à l'attente de ceux aux services desquels il devait la couronne. Avant de dissoudre le parlement, il s'adressa aux communes dans les termes suivants [21 déc] : « James Strangways (c'était F orateur), et vous qui êtes venus pour les communes de ce pays, pour les cœurs dévoués et la tendre considération que vous avez eue pour mon droit et mon titre, je vous remercie du fond du cœur autant que je le puis. Je vous remercie aussi pour les cœurs tendres et dévoués que vous m'avez montrés , en ce que vous avez eu tendrement en mémoire la réparation de l'horrible meurtre et cruelle mort de mon seigneur et père, de mon frère Rulland et de mon cousin de Salisbury, et autres; je vous remercie du fond de l'âme, et je serai pour vous, avec la grâce du Dieu tout-puissant , aussi bon et gracieux seigneur souverain que l'a jamais été aucun de mes nobles ancêtres pour ses sujets et hommes liges. Et pour vos cœurs fidèles et aimanls, et aussi les grands labeurs que vous avez supportés et soutenus pour moi dans le recouvrement de mesdits droit et titre que je possède maintenant, je vous remercie de tout mon cœur, et si j'avais quelque autre bien meilleur que mon corps pour vous récompenser, vous l'auriez, lequel sera toujours prêt pour votre défense, ne s'épargnant jamais ni ne reculant devant aucun péril, vous demandant à tous votre cordiale assistance et bon appui, comme je serai pour vous un très-juste et aimant seigneur lige2. »
1. Rot. Pari, v, i7ti-lw<;. Au mois de février suivant , le comte d'Oxford, le lord Aubrey, et trois chevaliers du parti de Lancaster, furent décapités à- Towerhill. Fab. 652.
2. Rot. Pari. 487. Dans ce parlement, on décréta qu'aucun lord ou autre ne laisserait jouer aux dés ou aux cartes dans sa maison ou ailleurs, s'il pouvait l'einpècher, excepté pendant les douze jours de Noël. lbid. 488.
bb* HISTOIRE D'ANGLETERRE.
La cause de la rose rouge semblait désespérée ; mais elle fat soutenue par le courage et l'activité de Marguerite. La remise de Berwick lui avait donné droit à la protection du gouvernement écossais, et la promesse d'un duché anglais, avec des terres d'une valeur annuelle de deux mille marcs, lui avait assuré les services du puissant comte d'Angus , tandis qu'Edouard, comme contrepoids, achetait, par uue pension annuelle [17 mars 1462], la féauté du comte de Ross , lord des lies , et cherchait à amuser Marie, reine douairière d'Ecosse1, par une offre trompeuse de mariage*. Dans l'intérêt de sa cause, Marguerite résolut de passer sur le continent, et d'inviter tous les vrais chevaliers h venger un monarque outragé. Partie de Kirkcudbright , elle débarqua en Bretagne [8 avril 1463] , et le duc fit a la royale suppliante un présent de douze mille couronnes. De Bretagne, elle se rendit à la cour de France, à Chinon. Louis XI (son père Charles venait de mourir) parut insensible aux larmes de la beauté et aux droits de la parenté ; mais, lorsqu'elle offrit Calais comme sûreté, il lui prêta vingt mille couronnes, et permit à Brézé , sénéchal de Normandie, de suivre sa fortune avec deux mille hommes. Après une absence de cinq mois [oct.], elle revint, échappa aux poursuites de la flotte anglaise , et appela sous son étendard ses alliés écossais des frontières, et les amis de sa famille dans le Northumberland. Des succès momentanés encouragèrent ses espérances. Trois importantes forteresses, Bamborough, Alnwiek et Dunstanburgh, tombèrent entre ses mains &. Mais quand le comte de Warwick arriva avec vingt mille hommes [3 nov.j, et qu'on reçut la nouvelle qu'Edouard s'avançait avec un nombre égal de soldats , les lancastriens se séparèrent pour mettre des garnisons dans les places conquises, et la reine avec ses auxiliaires français se retirai sur ses vaisseaux. Les vente et les vagues semblèrent alors conspirer contre elle : une partie de sa flotte , qui portait tous ses trésors, se brjsa contre les rochers; cinq cents étrangers, qui s'étaient retranchés dans Holy Island, furent tués ou faits prisonniers par le lord Ogle, et Marguerite et Brézé, dans un bateau de pêcheurs, portèrent cette triste nouvelle a leurs amis de Berwick. Edouard n'alla pas plus loin que Newcastle [9 déc.]. Il était en proie à des maladies causées par ses excès. Mais Warwick „
1. Son mari, Jacques II, avait été tué par accident, en 1460, de L'éclat d'ara canon.