CHAPITRE NEUVIÈME
ridée d'une exécution publique. Environ dix jours aprè9, on annonça que le duc était décédé à la Tour. Le genre de sa mort n'a jamais été constaté; mais on fit courir le bruit ridicule qu'il avait été noyé dans un tonneau de vin de Malvoisie1 [18 février).
Un trait singulier, mais saillant, de la politique de ce roi, c'est qu'il négocia des mariages pour ses enfants presque au moment même de leur naissance. Elisabeth était depuis longtemps fiancée au dauphin de France, Cécile au fils et héritier du roi d'Ecosse, Anne à l'infant fils de Maximilien, archiduc d'Autriche, et son fils aîné à la fille aînée du duc de Bretagne. Dans tous ces projets il eut des mécomptes; dans deux il fut complètement dupe. Les échéances de la somme qui devait être donnée avec Cécile avaient été régulièrement payées pendant quelques années : en 1478, le payement en fut suspendu, et en 1480 la guerre se déclara entre l'Angleterre et l'Ecosse. Quelques écrivains ont attribué cette rupture aux intrigues de Louis, qui excita secrètement Jacques à rompre son alliance avec Edouard ; d'autres à la politique d'Edouard, qui voulait faire tourner à son avantage les dissensions élevées entre le roi et les nobles d'Ecosse. D'après les documents publics, il paraît que les deux princes étaient grandement exaspérés l'un contre l'autre. Edouard reprochait à Jacques la bassesse de sa conduite et son manque de foi, et Jacques répondait au compliment par l'outrageante épithète de « voleur, » faisant allusion probablement à la manière dont son adversaire avait acquis la couronne 2. 11 se fit de grands préparatifs : Jacques se mit à la tête des Ecossais, le duc de Gloucester à celle de l'armée anglaise, et les habitants des frontières recommencèrent leurs déprédations. Cependant deux années s'écoulèrent avant que la guerre prît un aspect redoutable. Le roi d'Ecosse, qui aspirait à la réputation d'homme de goût et de savoir, évitait depuis longtemps la société de ses nobles orgueilleux, mais ignorants, et n'admettait en sa compagnie que quelques artistes, distingués, il est vrai, dans leurs professions respectives, mais
« pour la sûreté de tous les lords, seigneurs et autres fidèles serviteurs et sujets du roi, » nui annulait les actes rendus dans le parlement convoqué par Henri VI, dorant l'absence d'Edouard, plus de sept ans auparavant. Rot. Pari, vi, 191.
1. L'historien de Oroyland dit seulement : Factum est id, qualecumque erat, genus supplicii, 562. Je suppose que la principale cause de la méfiance d'Edouard contre Clarenee venait de ce que ce dernier avait été déclaré le plus proche héritier après Edouard, fils de Henri VI. En admettant la validité de cet acte, il était dès à présent l'héritier de droit. Le roi eut soin do faire révoquer l'acte. Rot. Pari, vi, }\)\.
'1. Kym. xn, 115, 117. Bloc* Acts, fol. 56.
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r,02 HISTOIRE D'ANGLETERRE.
né» dans la classe inférieure, et d'autant plus haïssables aux yeux des indigènes que plusieurs étaient étrangers. Le mécontentement de la noblesse était partagé par le duc d'Albany et le comte de Mar, frères de Jacques, qui, pour intimider les factieux, les lit soudain arrêter tous les deux et enfermer dans des prisons séparées, le premier au château d'Edimbourg, l'autre dans celui de Craigmillar. Albany, avec l'aide d'un capitaine de vaisseau français, réussit à s'échapper, et évita la vengeance de son frère par un exil volontaire a Paris. L'infortuné Mar, sur l'imputation fort douteuse de pratiques de sorcellerie contre la vie du roi, fut condamné par le conseil et conduit à Cannongate, où on le fit mourir en lui ouvrant une veine. La soif de la vengeance dévorait le cœur d'Albany, qui, encouragé par les hostilités commencées entre les deux puissances, vint en Angleterre, sollicita la protection d'Edouard, et, sous prétexte que son frère était illégitime, se proclama roi d'Ecosse1. Il fut stipulé [10 juin 1682] qu'Edouard employerait ses forces à placer Albany sur le trône ; que celui-ci, en retour, remettrait la ville et le château de Berwick, tiendrait la couronne comme vassal du monarque anglais, renoncerait à l'alliance nationale avec la France, et épouserait, si les lois de l'Eglise le permettaient (car il avait en ce moment deux prétendues femmes vivantes), une des princesses anglaises. Accompagné du duc de Gloucester, qui commandait une armée de vingtdeux mille cinq cents hommes, il mit le siège devant Berwick. La ville ouvrit ses portes ; le château fit une résistance des plus opiniâtres. Jacques avait convoqué ses vassaux et s'était avancé jusqu'à Lauder, sans se douter du danger qui le menaçait. C'était en général durant les expéditions militaires que les barons écossais réussissaient dans leur résistance à l'autorité du souverain. Ils étaient alors assemblés en corps, ils étaient entourés de leurs clans et de leurs troupes, et pour peu qu'ils fussent unis entre eux, la couronne n'était pas de force à leur tenir tête. Ils s'étaient réunis pour se consulter dans l'église de Lauder, quand l'architecte Cochran, que l'infatué Jacques avait récemment créé comte de Mar, eut l'imprudence d'entrer dans l'assemblée. Il fut saisi a l'instant ; six autres des favoris du roi furent arrachés de sa tente, et tous furent pendus sur le pont. Les chefs confédérés licencièrent immédiatement l'armée et conduisirent le roi au
1. Sa mère, Marie de Gueldrea, n'avait pas une réputation sans tache. Voyez Wyrcest. 492.