CHAPITRE ONZIÈME
la duchesse de Richmond, tous deux descendants de Jean de Gand, et chefs de la maison de Laneasler
Le nouveau roi consacra les premiers jours de son règne a des actes de faveur et de clémence. Le lord Stanley, mari de la corntesse de Richmond, non-seulement avait dissipé ses soupçons, mais il fut nommé intendant de la maison, et ensuite connétable d'Angleterre; l'archevêque d'York recouvra la liberté; Morton, évêque d'Ely, fut tiré du cachot où il était dans la Tour, et confié a la garde du duc de Buckingham au château de Brecknock; le lord Howard obtint la charge de comte maréchal, avec le titre de duc de Norfolk ; son fils fut créé comte de Surrey ; beaucoup de membres de la noblesse furent élevés à un rang supérieur ; et les trésors amassés et laissés par Edouard furent prodigués pour récompenser les services passés et acheter ceux de l'avenir.
Richard avait affecte depuis peu un zèle extraordinaire pour la répression des crimes et la réforme des mœurs. Avant leur départ, il appela les lords devant lui, et les invita à maintenir la paix dans leurs comtés et à aider ses officiers a l'arrestation et au châtiment des coupables. Peu de jours après, il les suivit luimême [23 juillet], déclarant que son intention était de parcourir le royaume dans le môme but. Sa marche fut lente. Dans toutes les grandes villes, il rendait la justice en personne, écoutait les pétitions et dispensait des faveurs 2. Les habitants d'Oxford, de Woodstock, de Gloucester et de Worcester, furent honorés de sa présence : a Wanvick [8 août], il fut réjouit r:.r la reine, les ambassadeurs d'Espagne, et beaucoup de membres de la noblesse ; et la cour, après une semaine de résidence dans cette cité [15 août], se rendit a York [31] parCovenlry, Leicester, Nottinghamet Pontefract3. Les habitants avaient été avertis à l'avance de donner tous les signes possibles de joie, « afin qpe les lords du sud pussent remarquer comment ils recevaient leurs grâces. » Les gentilshommes des environs avaient reçu l'ordre de venir et de faire
1. Cont. Croyl. 567. Hall, §5, 2C>. Dans les Doutes historiques {p. 65) on dit que le prince déposé faisait partit* du cortège, \n\rce qu'il paraît qu on commanda des robes pour lui et pour ses pa^es. L'induction est loin d'être exacte, attendu que les robes comptées sur le rôle [Attirai, i, 37:?, 373) sont probablement celles qui avaient ete commandées et faites pour le propre couronnement d'Edouard. L'avoir forcé de paraître dans une circonstance pareille eût été une dangereuse épreuve; et ce fait n'aurait pu échapper aux remarques des écrivains contemporains qui citent les principaux personnages.
a. Apud Drake, Eborac. 11G.
3. Rouse, 217. Je m'attache d'autant plus à préciser ce voyage, que Laing l'a renfermé tout entier dans le court espace de sept jours, p. 420.
hommage au roi; et la garde-robe royale avait été envoyée de Londres, afin que Richard et la reine pussent paraître dans leurs plus brillants atours. Pour plaire aux habitants du nord, parmi lesquels il était populaire depuis quelques années, il se fit couronner de nouveau avec sa femme; et là cérémonie fut accomplie avec la même pompe et le môme appareil qu'on avait déployés dans la métropole l.
Tandis que Richard passait ainsi son temps a York dans une apparente sécurité, il était instruit de la tempêle qui venait de s'amasser derrière lui. La terreur de sa présence avait d'abord imposé silence aux soupçons du public; mais il ne fut pas plus tôt parti, qu'on se communiqua librement ses pensées, qu'on plaignit le sort du jeune Edouard et de son frère à la Tour, et que Ton condamna ouvertement l'usurpation de la couronne par leur oncle dénaturé. Divers plans furent suggérés. Les uns proposaient de délivrer les deux princes de leur prison ; d'autres préféraient la mesure moins dangereuse de transporter une ou plusieurs de leurs sœurs au delà des mers, afin que, quelle que fût par la suite la politique de Richard, la postérité de son frère pût survivre pour réclamer, peut-être pour recouvrer la couronne. Mais le roi, bien qu'on n'en sût rien, s'était déjà mis en garde contre le premier de ces projets par le meurtre de ses neveux; et pour prévenir le second, il avait ordonné h John Nesfield d'entourer le sanctuaire de Westminster d'un corps d'hommes armés, et de ne laisser entrer ni sortir personne sans une permission spéciale2. Les amis du prince, cependant, poursuivaient leur but d'un pas ferme. Dans le Kent, TEssex et le Sussex, dans le Berkshire, le Hants, le Wilts et le Devonshire, on tenait des réunions secrètes ; la résolution fut prise d'en appeler aux armes ; et les espérances des confédérés s'augmentèrent par l'adjonction inattendue d'un allié des plus puissants. On chercherait vainement à deviner ce qui, dans le cours de quelques semaines, avait pu changer le duc de Bucking\am d'ami zélé en ennemi déterminé du nouveau roi. S'il avait rendu de grands services a Richard, il en avait été -amplement récompensé. 11 avait été fait connétable d'Angleterre, justicier de Galles, gouverneur des châteaux royaux de celte principauté, et intendant des manoirs du roi dans le Herefordshire et le Shropshire; et en outre il avait obtenu la riche succession de Humphrey de Bohun, que le feu roi avait injustement
1. Drake's Eborac. 116, 117. Cont. Croyl. 567. % Cont. Croyl. 567 , 568.