CHAPITRE ONZIÈME
annexée a ses domaines Peut-être la connaissance qu'il avait du caractère cruel et soupçonneux de l'usurpateur lui avait-elle appris à craindre de devenir sa première victime, lui dont les lancastriens songeaient à rechercher la protection; peut-être, comme on Ta dit, ses opinions furent-elles changées par les adroites et éloquentes observations de son prisonnier Morton. Quoi qu'il en soit, Buckingham, dont la femme était sœur d'Elisabeth, s'engagea à rendre la couronne au jeune prince qu'il avait contribué à détrôner; et sa résolution de se mettre à la tête du parti fut communiquée par des lettres circulaires aux principaux confédérés. Au moment même où leurs cœurs étaient pleins de confiance dans le succès, leurs espérances furent renversées soudain par l'affligeante nouvelle que les deux princes pour lesquels ils voulaient combattre n'étaient plus en vie2.
Le jour et la manière dont ils périrent sont restés un profond secret : la version suivante, empruntée aux aveux faits par les meurtriers sous le règne suivant, est la plus raisonnable et la plus vraisemblable. Peu après son départ de Londres, Richard avait en vain tâché de gagner Brakenbury, gouverneur de la Tour. De Warwick, il expédia sir James Tyrrel, son écuyer, avec l'ordre de recevoir les clefs et le commandement de la forteresse dans les vingt-quatre heures. Dans la nuit, Tyrrel, accompagné de Forest, assassin connu, et de Dighton, un de ses valets, monta l'escalier qui menait h la chambre où les deux princes étaient endormis. Tandis que Tyrrel veillait en dehors, Forest et Dighlon entrèrent dans la pièce, étouffèrent leurs victimes sous les couvertures , appelèrent celui qui les employait pour qu'il vît les cadavres, et, par ses ordres, les enterrèrent au pied de l'escalier. Le matin, Tyrrel rendit les clefs à Brakenbury, et rejoignit le roi avant son couronnement à York. Sentant bien à quelle exécration la connaissance de ce noir forfait devait l'exposer, Richard avait à cœur qu'il ne transpirât pas ; mais, lorsqu'il sut qu'on avait pris les armes pour délivrer les deux princes, il laissa publier la nouvelle de leur mort , afin de déconcerter les plans et d'éveiller les craintes de ses ennemis 3.
1. Bohun avait laissé deux filles, qui se partagèrent ses biens. L'une épousa Henri IV, l'autre un des ancêtres du duc. Quand la postérité de Henri s'éteignit en la personne de Henri VI, Buckingham reclama la part de la seconde sœur; mais Edouard IV la lui refusa. La plupart des écrivains disent que Richard la lui refusa aussi; mais on . voit le contraire dans Dugdale's Baronage, i, 168.