‹ Histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 552 sur 563 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

créance aux contes calomnieux qu'on avait fait courir, et d'appréhender et de mener devant le conseil toute personne qu'on saurait avancer ou propager des bruits à son préjudice1.

A mesure qu'approchait le temps où la lutte pour la couronne allait se décider, l'esprit de Richard devenait la proie du doute • et de la crainte. Il se peut que le sommeil troublé, les spectres imaginaires et les terreurs soudaines que décrit sir Thomas More soient des fictions de ses ennemis2; mais dépourvu comme il Tétait d'argent, et sans confiance dans ses partisans , il ne pouvait envisager une lutte dans laquelle sa couronne et sa vie étaient en jeu sans éprouver de vives alarmes. Les trésors laissés par son frère, l'argent provenant des dernières confiscations, et les trois dixièmes obtenus du clergé, tout avait été dépensé. Il n'osait pas convoquer un parlement pour demander un subside ni solliciter un don gratuit, qu'il avait précédemment déclaré illégal et inconstitutionnel. Cependant sa pénurie le força d'adopter la chose sous un autre nom ; et si en extorquant différentes sommes aux plus riches citoyens il remplit ses coffres, il perdit d'un autre côté le peu û'affection qu'on lui conservait 3. 11 ne savait plus à qui se fier ou de qui se méfier. Chaque jour des défections lui apprenaient à suspecter la fidélité de ses partisans les plus dévoués. Sir Waller Blount, gouverneur de Ham, passa à Henri avec son prisonnier, le vieux comte d'Oxford : plusieurs officiers de la garnison de Calais et les shériffs de quelques comtés suivirent leur exemple, et de nombreuses émigrations de la côte doublèrent les rangs des exilés. Mais nul ne lui donna plus d'inquiétude que lord Stanley, seigneur dont l'influence était immense dans le Che-

1. Voyez tout le récit dans l'historien de Croylaud, 57-2. La lettre aux citoyens d'York est dans YEboracum de Drake, p. 119. Cet écrivain suppose qu'elle fut écrite en 1484. Mais comme elle fait allusion aux bruits de mariage, et ajoute que le roi a déjà expliqué la chosej aux citoyens de Londres, ce que l'historien de Croyland dit qu'il fit quelque temps avant Pâques, je ne fais point difficulté de le dater de la présente année.

2. « J'ai ouï dire par des gens croyables qui étaient dans le secret de son intérieur, qu'il n'avait jamais l'esprit en repos, qu'il ne se croyait jamais en sûreté. Quand il sortait, il roulait les yeux de tous côtés, il avait le corps plastronne, la main toujours sur son poignard, l'air et la contenance d'un homme toujours prêt à rendre un coup. Il avait de mauvais sommeils la nuit, était longtemps au lit éveillé et pensif, tout harassé de soucis et d'insomnie, sommeillait plus qu'il ne dormait; troublé par des rêves effrayants, parfois il s'éveillait en sursaut, sautait hors du lit, et courait dans la chambre: c'est ainsi que son cœur inquiet était continuellement agité et bouleversé par l'impression fatigante et l'orageux souvenir de cette abominable action. > More, 69.

3. Comme le roi ne voulut pas permettre qu'on appliquât le nom de don gratuit à cette extorsion, le peuple lui donna celui de don forcé. Cont. CroyL 57:?.

shiro et le Lancashire. D'un côté, il avait jusqu'alors servi Richard avec un zèle infatigable ; de Vautre, il avait épousé la mère du prétendant a la couronne. Pour rattacher plus fortement h ses intérêts, le roi Pavait comblé de faveurs; mais en même temps, pour avoir toujours l'œil sur lui , il Pavait nommé intendant de sa maison. Lorsque enfin lord Stanley fit valoir ses anciens ser- ' vices pour obtenir la permission de visiter ses domaines, Richard y consentit avec répugnance, mais il retint à sa cour lord Strange comme caution de la fidélité de son père1.

Enfin le roi fut informé par ses émissaires que le comte de Richmond, avec la permission de Charles, avait levé une armée do trois mille aventuriers, la plupart normands; et qu'une flotte se tenait a l'embouchure de la Seine pour les transporter en Angleterre [23 juin]. Il afîecta de recevoir cette nouvelle avec joie ; et sur-le-champ, pour préparer le public a cet événement, il publia une longue et artificieuse proclamation, où il était dit que « les rebelles et traîtres au roi, ruinés et condamnés par l'autorité de la haute cour du parlement, et dont un grand nombre étaient connus pour des assassins, dés adultères et des concussionnaires déclarés, avaient abandonné leur pays natal, et s'étaient ranges d'abord sous l'obéissance du duc de Bretagne, à qui ils avaient fait des promesses si révoltantes et si abominables qu'ils avaient été refusés par ce prince ; qu'ensuite ils s'étaient adressés à l'ancien ennemi du roi, Charles, soi-disant roi de France, et avaient choisi pour capitaine un certain Henri Tudor, descendu du sang bâtard tant par son père que par sa mère, et qui conséquemment ne pouvait avoir d'autre droit à la couronne d'Angleterre que celui de la conquête; — que ledit Henri Tudor, afin de pouvoir accomplir son dessein perfide à l'aide de l'ancien ennemi du roi, Charles de France, était convenu avec lui d'abandonner à perpétuité tous les droits que le roi d'Angleterre avait à la couronne de Fra nce, à la Normandie, à l'Anjou, au Maine, a la Guienne, à Calais et aux Marches, et de séparer pour jamais les armes de France des armes d'Angleterre ; — que, pour donner une autre preuve de sondit projet de conquête, ledit Henri Tudor avait disposé des archevêchés, évêchés et autres dignités spirituelles, et des duchés, comtés, baron nies et autres héritages de chevaliers, écuyers et gentilshommes dans le royaume ; — que son intention était d'en changer et subvertir les lois, et de faire les plus cruels

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