CHAPITRE DEUXIÈME. X
m u nés daus la session précédente. |30 juin, j A leur requête, il acquiesça à tous les articles, et obtint d'eux en retour le don d'un vingt-cinquième, et, ce que le roi estimait probablement plus que cet argent, leur consentement à ce que Gaveston, dont l'humilité les avait adoucis autant que les concessions d'Edouard , restât on Angleterre , «. pourvu qu'il se comportât convenablement. »
Mais ni le roi ni son mignon n'étaient susceptibles de profiter de l'expérience. Le règne de la dissipation recommença : la cour offrit de nouveau une succession continuelle de festins, de danses et de plaisirs; et Gaveston , ayant repris son ascendant, se livra à toutes ses anciennes profusions, et irrita ses adversaires par ses plaisanteries et ses sarcasmes ». On ne lui laissait pourtant pas ignorer le mécontentement général. Il avait publié à plusieurs reprises son intention de tenir un tournoi : aucun des grands seigneurs ne voulut accepter son invitation. Il ordonna de faire a Kensington les dispositions nécessaires. Pendant la nuit , les lices et les échafauds disparurent. A la fin, l'épuisement du Irésor força Edouard de convoquer un conseil a York [18 oct.] ; mais les principaux barons refusèrent d'y assister, sous prétexte qu'ils n'étaient pas de force contre Gaveston, et qu'ils redoutaient sa malignité. Ce mécompte fit ouvrir les yeux au roi. Il décida le favori à se retirer dans quelque asile secret, et convoqua un parlement à Westminster [26 oct.]. Les barons obéirent; mais leurs chefs vinrent escortés de leurs vassaux en armes. [8 février 1310.] Ce fut en vain qu'Edouard publia proclamation sur proclamation ; qu'il offrit à tous un sauf-conduit; qu'il chargea quaire comtes de maintenir la paix et d'empêcher l'approche des hommes armés. U se trouva bientôt complètement en leur pouvoir [16 mars], et consentit [17 mars] avec répugnance a la nomination d'un comité de pairs, qui, sous le nom d'ordonnateurs, devaient régler la maison du roi, et redresser les abus dont se plaignait la nation. L'archevêque, qui avait repris l'administration de son diocèse 2, sept évêques, huit comtes et treize barons , après avoir reçu la permission royale de composer le comité ,
1. Il donna des sobriquets aux principaux seigneurs. Ainsi « le gentil conite Thomas de Eancaster, » était tantôt « le vieux porc, » tantôt « le comédien; » le comte de Pembroke, «Joseph le juif; » le comte de Gloucester, « le coucou; * et le comte de Warwick, « le chien noir du bois. » Packington, apud Lel. Coll. 11, 461. Wals. 94, 97. Les écrivains diffèrent quant à l'époque de son retour; mais la tète des ordonnances montre que le roi n'alla point àChester avant la fin de juin.
2. Il revint en 1308. Pendant sa suspension , le pape , avec la permission du roi, avait nommé un receveur des revenus de l'archevêché. A son retour on lui en rendit tout le montant. Rym, u, 1020. Ang. Sac. î, 51.
signèrent un acte dans lequel ils déclaraient que cotte concession était le résultat de la volonté libre du roi, qu'on ne devait pas en faire un précédent contre les droits de la couronne , et que les pouvoirs que devaient exercer les ordonnateurs expireraient d'eux-mêmes a la Saint-Michel de l'anneo suivante [20 mars]. On nomma alors le comité, qui se composait de sept prélats, huit comtes et six barons, qui jurèrent immédiatement de remplir leurs fonctions « à l'honneur de Dieu, a l'honneur et au profit de la sainte Eglise, h l'honneur de lour seigneur le roi, h son profit et à celui de son peuple, conformément au droit et à la raison, et au serment qu'il avait prêté a son couronnement1. »
Les ordonnateurs siégèrent dans la capitale. Edouard était bien aise de s'éloigner d'eux, et il appela ses tonanciers militaires à le suivre en Ecosse. Sur dix comtes , trois seulement le rejoignirent, et parmi ces trois était Gaveston , dont l'imprudence fut récompensée par de nouvelles faveurs. Il obtint le château royal de iNottingham , et fut créé justicier des forêts au nord de la Trent. En Ecosse , le roi pénétra jusqu'au Forth sans trouver un ennemi [1311]. Il passa l'hiver a Berwick, et, au printemps, il ordonna à Gaveston de recommencer la guerre a la tête de l'armée. Le favori pénétra au delà du Forth , déploya dans l'action sa bravoure ordinaire, et mérita la réputation d'un général a la fois prudent et entreprenant. Mais la circonspection de Bruce ne lui permit pas de cueillir les lauriers qui devaient, espérait-on, lui attirer l'admiration du peuple et imposer silence à ses ennemis. Le temps approchait où il fallait qu'Edouard ouvrit son parlement [8 août]. Gaveston s'enferma au château-fort de Bamborough dans le Northumberland 2 ; le roi se rendit à Londres pour recevoir les articles de réforme qui avaient enfin été dressés par la sagesse ou les préjugés des ordonnateurs.
Après un examen attentif de ces articles, le lecteur sera d'avis qu'il y en avait beaucoup de fort utiles ; mais il en trouvera plu-
1. Rym. m, 200, 203, 20;i, 220. Ryley, 520. Rot. Pari, i, 115. L'élection se fit ainsi : Les évèques choisirent deux comtes; tous les comtes, deux évèques, et ces quatre élus deux barons. Ces six en choisirent quinze autres, de manière à compléter le nombre de vingt et un. Pari. Wrils, u, par. 2, p. 27.
2. Rym. 226, 311. Moor, 51)3. Heming. 218. Bamborough appartenait à lady Vescy. D'après un rôle du mémorial de l'office du roi , il parait qu'fcdouard demanda aux diverses maisons religieuses l'aide de charrettes et de chevaux pour porter des vivres et des munitions à l'armée d'Ecosse. Les chefs de quarantedeux maisons s'excusèrent, et vingt en alléguant leurs pauvreté et insuffisance. De là ou a fort justement inféré que les maisons religieuses pouvaient bien ne pas être aussi riches qu'on l'a généralement supposé