CHAPITRE DEUXIÈME. <H
sieurs qui empiétaient sur les prérogatives légitimes de la couronne, et d'autres qu'il soupçonnera avoir été dressés pour satisfaire une vengeance particulière. Les six premiers , relatifs au droit de l'Eglise , h la paix du roi , au payement de ses dettes , à Facensement des droits de douane et a l'observation de la grande charte, avaient déjà été publiés avec quelques modifications par le roi avant d'aller en Irlande ■ALes principaux d'entre les autres étaient les suivants : que toutes les concessions qui avaient été faites par Edouard depuis l'établissement de la commission , et par conséquent celles en faveur de Gaveston, seraient révoquées ; et que toutes celles qui seraient faites ultérieurement sans le consentement du baronnage assemblé en parlement , et jusqu'à ce que les dettes du roi fussent payées, seraient invalidées, et exposeraient celui qui les aurait reçues a telle punition que le baronnage ordonnerait; — que le roi ne quitterait point le royaume, et ne ferait point la guerre sans le consentement du baronnage ; et que dans le cas où il s'absenterait, un régent serait choisi d'un commun accord par le baronnage en parlement ; que toutes les réquisitions de provisions , excepté celles qui étaient anciennes et légales, cesseraient, et que ceux qui se permettraient d'en faire d'autres seraient poursuivis à clameur de haro, et punis sur conviction comme voleurs; que les nouvelles taxes sur la laine, le drap, le vin et autres marchandises, seraient abolies; que tous les grands officiers de la couronne , les gardiens des cinq ports et les gouverneurs des possessions étrangères du roi, seraient choisis avec l'avis et l'assentiment du baronnage en parlement ; que les shériffs seraient dos personnes de fortune suffisante pour répondre de leur conduite ; qu'ils seraient choisis par le chancelier, le trésorier et le reste du conseil , et , en l'absence du chancelier, par le trésorier, les barons de F échiquier et les juges du banc du roi, et qu'ils recevraient leurs commissions revêtues du grand sceau2; que Gaveston, pour avoir donné de mauvais conseils au roi , s'être approprié les deniers publics , avoir formé une association d'hommes ayant juré de vivre et mourir avec lui contre tous autres, avoir aliéné l'affection du souverain de ses sujets liges, et obtenu des chartes en blanc où était
1. A Northampton, 2 août. Voyez Rot. Pari, i, AiG. Les droits de douane avaient été récemment affermés par la compagnie des Frescolbaldi de Florence.
2. Il n'y avait que onze ans qu'Edouard 1" avait consenti à ce que l'élection des shériffs fût faite par les comtés eux-mêmes, « si bon leur semblait. » Siat. o/Jlfa?».i,139.
apposé le sceau royal, serait banni pour toujours de L'Angleterre et de tous pays appartenant a la couronne, partirait avant le premier jour de novembre, et s'il était trouvé dans les états du roi passé ce jour, serait traitç comme ennemi de la nation ; quo le lord Henry Beaumont, pour avoir reçu des concessions du roi depuis l'établissement de la commission, n'approcherait plus du roi , à moins que ce ne fut pour s'acquitter de son devoir en parlement ou en guerre , et que ses revenus seraient confisqués jusqu'à ce qu'il eût remboursé tout ce qu'il avait pu recevoir par suite des susdites concessions ; que sa sœur, lady Vescy, qui avait obtenu ces concessions, ne se présenterait plus dans les limites de la cour, et rendrait au roi son chAteau de Bamborough , qui , en réalité, appartenait à la couronne; et que, pour prévenir tout retard dans l'administration de la justice , des parlements seraient tenus au moins une fois l'an , et plus souvent s'il était besoin K À ces articles, on en ajouta quelques autres, mais moins importants, relatifs aux appels, aux mises hors la loi et à l'autorité des maréchaux et intendants de la cour du roi. Le lecteur peut aisément concevoir la détresse d'Edouard quand on les soumit tous ensemble à son approbation. Jaloux de conserver intacte l'autorité que son père lui avait transmise, et plus jaloux encore de garantir son favori de la sentence de bannissement, il fit des objections, des plaintes, des prières; mais les barons furent inflexibles, inexorables; et le roi, après de longs débats, consentit ù signer et à publier les ordonnances [10 oct.J. Préalablement, toutefois, il protesta solennellement que si aucun article se trouvait être attentatoire aux justes droits de la couronne, ou était reconnu n'avoir pas été autorisé par les pouvoirs donnés aux commissaires, il serait considéré comme nul, et qu'en conséquence il se réservait le droit d'amender cet article avec l'avis des lords ordonnateurs et de son propre conseil2. Cette protesta-
1. À cause de l'importance qu'on a quelquefois Attachée à cette ordonnance, je vais la transcrire en entier. « Attendu que beaucoup de personnes souffrent
* des delà s dans leurs demandes à la cour du roi, parce que la partie adverse allègue que réponse ne doit pas être faite aux demandeurs hors de la présence
» du roi, et attendu que beaucoup de personnes sont'lesées contre tout droit par les
• officiers du roi, et qu'elles ne peuvent obtenir le redresse r.ent de leurs griefs y sans un parlement commun, nous arrêtons (pie le roi tiendra un parlement une » fois l'an, ou deux fois si besoin est, et dans un lieu convenable; et que dans ce
• parlement les plaids qui ont soutfert des délais comme il a été dit ci-dessus, et y les plaids dans lesquels les juges ont été d'opinions différentes, seront rappor- » tés et décidés , et que de la même manière seront décidées les pétitions qinont
* été présentées en parlement, comme la loi et la raison le demanderont. » N" 29.
•>. Rot. Pari i, -281, LU. Rylev, 530, 511. New Rym. u, 140. La protes-
lion prouvait suffisamment la résolution où était le roi de briser les entraves qu'on lui imposait dès qu'il pourrait le faire avec impunité.
Gaveston resta avec Edouard jusqu'au jour fixé pour son dél»art [1er nov.]. Ils se séparèrent en pleurant. L'exilé débarqua en France , passa en Flandre, et présenta au duc et a la duchesse de Brabant les lettres royales qui le recommandaient à leur protection. Quant au roi, il prorogea d'abord le parlement [18 nov.], « n prononça ensuite la dissolution , et en convoqua un autre 19 nov.]; puis, cachant avec soin son intention, il se retira soudain dans le nord [1er janvier 1312], où il se trouvait moins soumis au contrôle des barons. Ceux-ci se félicitaient de l'avoir enfin séparé pour toujours de son favori ; mais ils apprirent bientôt qu'Edouard et Gaveston s'étaient rejoints à York. Puis parut une proclamation royale [18 janvier] qui déclarait que le favori était revenu pour obéir aux ordres du roi ; quo c'était un bon et loyal sujet, et qu'il était prêt à soutenir son innocence contre les imputations de ses accusateurs. Il lui fut fait une nouvelle concession de ses biens et honneurs précédents [24 février] ».
Le plus puissant des seigneurs anglais étaj/ Thomas, pelit-lils •le Henri III, qui possédait à la fois les cinq comtés de Lancaster, <le Lincoln , de Leicester, de Salisbury et de Derby. Les barons confédérés le prirent pour chef, et, sous le prétexte d'un tournoi, assemblèrent en secret les chevaliers de leur parti. Edouard paraît ne pas avoir soupçonné leur dessein. Au lieu de chercher à opposer la force a la force , il se contenta d'envoyer des commissions [8 mars], en vertu de sa dernière protestation, pour la révision des ordonnances2; mais il fut rappelé au sentiment de son danger par rapproche soudaine du comte de Lancaster , qui, ne trouvant pas le roi à York , se hâta de marcher sur Newcastle 4 mai]. Edouard avait eu le temps d'évacuer la place quelques leures avant l'arrivée des barons. Il s'enfuit à Tynemouth [5 mai], ne tint pas compte des larmes et des prières de sa femme, monta avec Gaveston à bord d'un navire , et débarqua sain et sauf à
Scarborough. Le favori, pour plus de sûreté , resta dans le châ- »
lation du roi n'est pas dans le rôie ; mais l'existence en est affirmée dans des édits lu'il publia plus tard. Je dois ajouter que, d'après la teneur des ordonnances, il «'st clair que l'autorité du parlement était jusqu'alors supposée résider dans le haronage, le grand conseil des premiers règnes. Les communs n'avaient rien à laire qu'à présenter des pétitions et à accorder de l'argent.