‹ Histoire d' AngleterreChapitre 1 sur 307 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ÉL1SABETH.

Elisabeth content 4 protéger les insurgés belr.e*. — Elle conclut un traité avec Jacques d'Ecosse. — Intrigue* de Morgan et de Pagei. — Complot de Babington. — Décou?erte et exécution dei conspirateur*. — Procédures contre Marie. — Son jugement a Folheringay.

•ion des rois de France et d'Ecosse. — Exécution. — Dissimulation d'Elisabeth. — Elle punit tes couseiltm, — et apaise les rois de France et d'Ecosse.

Par la mort du duc d'Anjou, le droit de succession à la couronne de France fut dévolu i Henri de Bourbon, roi de Navarre. Ainsi, par une coïncidence singulière, il arriva qu'en France, comme en Angleterre, l'héritier présomptif professait une religion différente de celle qui était établie par la loi. Les catholiques, dans Tune des deux contrées, ne voulaient pas plus d'un protestant sur le trône, que les protestants , de l'autre côté de la mer, ne voulaient d'un souverain catholique. Il y avait toutefois cette différence, qu'eu Angleterre le droit était réclamé par une femme et udc captive, mais qu'en France l'héritier était un prince souverain, jouissant de sa liberté, et à la tête d'un parti nombreux et puissant. A toute heure, Marie Stuart pouvait disparaître de la carrière; mais, pour empêcher Henri de parvenir au trône, il fallait livrer des batailles et engager une guerre d'extermination. Leur sort répondit à leurs positions diverses : elle mourut sur lechafaud; et lui, après de longs et opiniâtres efforts, affermit la couronne sur

sa tète, en embrassant la religion que professaient la majeure partie de ses sujets.

Ce fut le jeune duc de Guise qui organisa l'opposition aux droits de Henri. Ce prince avait hérité des talents et de l'ambition de sa famille; et son zèle pour la religion élait encore excité par le désir de venger le meurtre de son père. Tandis que le duc d'Anjou gisait sur son lit de mort, le duc consulta ses amis, et résolut de ranimer la vigueur assoupie de la ligue. Le premier n'eut pas plutôt expiré, que les émissaires du second se répandirent sur tous les points du royaume, exhortant le peuple à réformer les abus du gouvernement , à pourvoir à la stabilité de leur religion, et à profiter de la leçon utile que leur donnait l'exemple d'un royaume voisin, où une femme seule, revêtue de l'autorité souveraine, avait eu assez de force pour abolir le culte national , et dépouiller la noblesse catholique de son influence légitime dans l'État. On tint des assemblées, on signa des traités, et le cardinal de Bourbon , oncle de Henri, fut déclaré premier prince du sang, et héritier présomptif de la couronne (I) (1585, 31 mars). Quoiqu'il semblât au roi de France que la Ligue portait une atteinte dangereuse à son autorité, il jugea prudent de se placer à sa tête; mais les ligueurs, soupçonnant ses inicntions, le forcèrent à exécuter le< mesures les plus contraires à ses opinions. Les guerres et les pacifications, les parjures , les meurtres et les crimes qu'elles produisirent , sont étrangers au sujet de

(I ) Voyez sa déclaration dans les Mémoires de Ncferu, 1,611-617.

HISTOIRE D'AISGI.ETERRK.

cette histoire, mais il est nécessaire d'observer qu'Elisabeth avait l'œil fixé sur la lutte des deux partis, quelle croyait que ses propres intérêts devaient être intimement liés a ceux du roi de Navarre, et que toute sa conduite, pendant plusieurs années, fut commandée par le désir d'éviter le danger qu'elle prévoyait , si le duc de Guise obtenait un succès décisif. Elle envoya à Henri des sommes considérables, et lui fit offrir un asile en Angleterre, quand il ne pourrait plus tenir tète à ses ennemis. 11 y vivrait en sûreté sous sa protection, et pourrait, à une autre époque, faire de* efforts plus heureux pour la reconnaissance de ses droits (I ).

Parmi les princes qui avaient souscrit à la Ligue, le plus puissant était le roi d'Espagne; mais quoiqu'il eût beaucoup promis , il fit peu de chose. Son grand objet était la réduction des Pays-Bas. L'expédition du duc d'Anjou avait autrefois déconcerté ses plans , et il se persuada que, s'il pouvait alimenter les flammes de la guerre civile en France , rien n'arrêterait la marche victorieuse de son général Farnèse, le célèbre prince de Parme (2). A sa grande surprise, il rencontra un obstacle nouveau et plus formidable sur un point où il ne l'attendait pas. Les étals, désespérant d'obtenir l'appui de la France, eurent recours h la commisération de l'Angleterre, cl les députés des provinces révoltées, se jetant à genoux, supplièrent Elisabeth de recevoir les Belges parmi ses su;cts. Leur demande fut appuyée ( 1585, 29 juin) par les chefs du conseil, Leicester, Burghloy et Walsingham, qui maintinrent que leur souveraine devait à sa religion de secourir ceux qui professaient la croyance réformée, et à son peuple, de mettre Philippe hors d'état d'envahir l'Angleterre, en s'em parant de ses provinces maritimes. Mais la reine, qui croyait fermement au droit divin des rois, ne put se persuader que le monarque espagnol eût perdu le sien à la souveraineté de ses États, ni que ses sujets, sous aucun prétexte, eussent acquis celui de transporter à une autre personne leur fidélité. Elle prétendait qu'en acceptant leur

(1) Strype, m, 39j.

(2) Voyez, dans les Mémoire! de Ntvers, le* lettres écriletde Rome pa r le duc de Nevers au cardinal de Bourbon, au duc et au cardinal de Guite.

offre, elle se déshonorerait aux yeux des autres souverains, et donnerait un exemple dangereux pour elle-même. Pour lever tous ses scrupules, Leicester eut recours à l'autorité des évèquea. Le métropolitain refusa cette tâche, sous le prétexte que les princes catholiques auraient autant de droit à envoyer des troupes au secours des Anglais catholiques, qu'Elisabeth à soutenir les protestants étrangers. Le comte trouva un plus zélé ou plus complaisant casuiste dans l evêque d'Oxford, qui déclara que nonseulement la mesure était légale en elle-même, mais encore que la reine ne pouvait en conscience la rejeter (1). Toutefois, landis qu'elle consultait , le prince de Panne poursuivait ses premiers avantages : après une défense opiniâtre, Anvers capitula; et Elisabeth, subjuguée par let import unités de son favori, les arguments de son conseil et les sollicitations des députés, consentit sept. ) â signer un traité avec les états, non comme leur souveraine, mais comme leur alliée, non pour les soustraire à leur dépendance de la couronne d'Espagne, mais pour leur faire recouvrer les franchises qu'ils possédaient autrefois.il fut stipulé quelle fournirait, à ses frais, une ermée auxiliaire de 6,000 hommes; que ses dépenses lui seraient remboursées dans les cinq années qui suivraient le rétablissement de la paix, et qu'elle garderait pour sûreté les villes de Bricl et de Flcssiuguc, ainsi que le fort important de Rammekins (2).

Dans ces circonstances , il devenait de la plus grande importance de s'assurer l'amitié de l'Ecosse. On ne pouvait se fier que difficilement au caractère irrésolu et temporiseur du roi : il était prêt à intriguer avec tous les partis, et a s'atlacher à tous les princes qui subviendraient à ses besoins avec de l'argent. Mais l'expérience avait démontré que l'Ecosse pouvait être gouvernée par une faction , en dépit du souverain, cl déjà la plupart des conseillers royaux avaient

(1 ) L'évêque prononça que la reine, selon In Écriture*, était la mère-nourrice de l'Église ; que l'Église n'était pas circonscrite a l'Angleterre, mais qu'elle embrassait tous ceux qui professent l'Évangile ; qu'il était donc de son devoir de la protéger, même dans les pays étrangers , contre la tyrannie des idolâtres. Voyez dans Strype la vie de Whitgif l , 219, 231 , cl Renard , 97. ! {2; Rymer, ir, 93-98. Camden , 441 , 440.

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