‹ Histoire d' AngleterreChapitre 2 sur 307 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

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été achetés par les présents et le* promesses d'Elisabeth. Arran lui-même lui fil l'offre de ses services; mais on douta de sa sincérité, et Ton envoya YVolton (20 mai), comme ambassadeur, pour épier sa conduite et détruire son influence. Les intrigues de Wotton furent secondées par une rencontre accidentelle sur la frontière (16 juill.), et dans laquelle périt lord Russel, fils du comte de Bedfbrd. Il n'y eut rien de plus remarquable dans ce combat que dans tous ceux de ce genre; mais le conseil d'Angleterre prétendit que c'était le résultat d'un complot, pour provoquer les hostilités entre les deux nations, et exigea, qu'on lui en livrât les auteurs supposés, KerrdcFernihurst, et Arran, le prolecteur de Kerr. Pour éluder cette demande, Jacques les mit tous deux aux arrêts, et Wotton profita du temps où Arran se trouvait éloigné de la cour, pour tramer une intrigue nouvelle et plus importante. Il engagea les partisans écossais d'Elisabeth à s'emparer de la personne du roi, à le conduire en Angleterre , ou à le renfermer au château deStirling. Son secret fut trahi, et l'ambassadeur, par une fuite précipitée, échappa à la vengeance du monarque. A peine fut-il parti (16 oct.) qu'Arran reprit sa place au conseil ; mais son activité trouva des obstacles dans les amis secrets de Wotton : les exilés, soutenus par l'or de l'Angleterre, repassèrent les frontières; leur nombre s'accrut en approchant deStirling; ils entrèrent par trahison dans la ville, et le roi, dans l'impossibilité de leur résister, ouvrit les portes du château (3 nov.). Il se vit alors à la merci de tous les lords partisans de l'Angleterre, qui recouvrèrent leurs biens et leurs dignités , et obtinrent le gouvernement de plusieurs forteresses ( 10 déc.) , comme places de sûreté (1). On ouvrit une négociation avec Elisabeth; et Jacques, ayant obtenu la promesse qu'on ne ferait rien au préjudice de son droit à la succession, consent il à un lraité(1686, 5 juill.) par lequel la reine d'Angleterre et le roi d'Ecosse s'obligeaient à défendre la croyance réformée contre les efforts des puissances catholiques, et à se secourir réciproquement, en cas d'invasion de la part d'un prince étranger. Il parait que, durant cette négociation, le nom

(I) Caraden, 436 440 Melvilie 167. Spot, 343.

de la reine d'Ecosse ne fut pas même prononcé (1).

La re'me avait de nombreuses raisons d'être satisfaite du traité; mais celui qu'elle avait conclu avec les états belges devint, pour elle, une source d'inquiétude et de regrets. La honte de soutenir des rebelles qui prétendaient déposer leur souverain légitime, la tourmentait incessamment; elle avait soin d'insinuer qu'elle n'avait pris part à la guerre que comme amie et alliée, sans autres vues que de conserver intacts les droits du peuple et du prince; et (8 oct.) elle défendit formellement au comte de Leicester, commandant de ses troupes, de s'engager dans aucune entreprise, ou d'accepter aucune dignité, que l'on pût regarder comme une reconnaissance que Philippe eût perdu la souveraineté des provinces. Mais les vues du favori étaient bien différentes de celles de sa mattresse. Son ambition lui faisait aspirer au rang qu'avait possédé et perdu le duc d'Anjou , et à son arrivée en Hollande ( 8 déc. ), il demanda et obtint de la reconnaissance des états, toutefois après quelque hésitation, le titre d'excellence, la charge de capitaine général des Provinces- Unies, et la direction générale de l'armée, des finances et des cours judiciaires. Quand ces nouvelles parvinrent en Angleterre, la reine manifesta son mécontentement par l'emportement de ses discours. Elle accusa Leices.'er de présomption et de vanité , de inépris pour l'autorité royale, et de sacrifier l'honneur de sa souveraine à sa propre ambition; mais quand, ensuite, elle eut appris qu'il avait envoyé chercher la comtesse qu'elle détestait, et qu'il se préparait â tenir une cour, dont la splendeur éclipserait la sienne, elle tomba dans un violent accès décolère, jurant « avec de grands serments » qu'il n'existerait d'autres cours sous son obéissance qu'une seule, et qu'elle apprendrait à ce misérable avec quelle facilité la main qui l'avait élevée pourrait aussi l'anéantir (2).

Si les lords du conseil fureul effrayés de la colère d'Elisabeth, ils ne se trouvèrent pas moins embarrassés du silence ou de l'insouciance de Leiccster; ils firent en vain l'apologie de sa conduite, et fabriquèrent des dépè-

(I) Camdtn, 406-473. Rymer, xv,803.

(2] Mémoires de Hardwicke, 20V.

HISTOIKK IVAiNGLKTKRRE.

ches de lui , pour apaiser le mécontentement de la reine (1): elle fut ou feignit d'être inexorable. Chaque jour elle annonçait son rappel immédiat; elle accablait ses amis d'injures; ses lettres étaient remplies de reproches et de menaces. Mais le comte dédaignait de se soumettre, ou de donner aucune marque de repentir. Convaincu du pouvoir qu'il avait sur son cœur, il laissa à ses collègues d'Angleterre le soin de justifier sa conduite, et continua d'agir comme s'il eût été hors dos atteintes de son autorité. Il employait son temps à voyager d'une ville à une autre; partout il donnait ou recevait les festins les plus somptueux, et déployait , dans toutes les occasions , la magnificence d'un prince souverain (2). Trois mois s'écoulèrent dans ces altercations. Elisabeth me- | naçait toujours, mais n'avait jamais le courage de frapper, et l'adresse de lord Burghley apaisa enfin son ressentiment. Ce ministre, sous prétexte que ses services étaient inutiles , offrit sa démission ( 30 mars). Elle le traita de présomptueux; mais, le jour suivant, sa colère avait cédé; elle écoula les remontrances du conseil, et consentit à envoyer un secours considérable, en hommes et en argent, au capilainc général des Pays-Bas (3).

L'arrivée de l'armée anglaise avait ranimé les esprils abattus des Belges. Sa présence au champ de bataille, donnant un nouvel éclat à leur j cause , relarda , mais narrcia pas la marche ! victorieuse des Espagnols. Les troupes, A la ! vérité, se battirent avec leur valeur accoutumée, remportèrent quelques avantages partiels, et arrachèrent quelques villes aux mains de l'en-

(1) Je n'hésite pat à les traiter de faussaire». Lefcenter avait écrit à Hatton une lettre que Ir» ministres se déterminèrent à supprimer, comme plus propre à irriter U reine qu'a l'apaiser. Ensuite, trouvant qu'il était nécessaire de gagner du temps , ils conférèrent de nouveau 1 sur cetie lettre, et rayant quelques mois qui leur parais- j •aient offensants, et corrigeant le reste pour le mieux, I ils la présente» enta la reine. Mémoire de Hard\vicLe,300. j

(2) Il y eut cependant une exception à ce cours de fêles ! suecesMvrs , el ce fut un jour de jeûne général. Il ne fut < permis ni à Leiccsler, ni aux personnes de sa maison, ; de boire ou de manger avant le coucher du soleil. Depuis ' l'aurore jusqu'à cette heure, la journée se passa en prières ; publiques, à entendre les discours des prédicants, et a ' chanter des psaumes. Voy. Slow, 713, 714.

(3) Toutes ces particularités se trouvent dans les Mémoires de llardwicke, 297-329, el dans Camden , 459.

nemi ; mais Lcicester élait loin d'égaler Farnèse, et le courtisan accompli dut céder au général expérimenté el victorieux. A la fin de la campagne , la balance des succès penchait de beaucoup en faveur du prince de Parme, et le comte, à son retour à La Haye (29 oct.), fut accueilli par des murmures et des remontrances. Quoiqu'il eût conçu le plus souverain mépris pour les membres des étals, qu'il regardait comme une assemblée de marchands et de boutiquiers, dont le patriotisme consistait à acheter an plus bas prix les services et le sang de leurs alliés , il trouva néanmoins difficile de donner une réponse satisfaisante à leurs plaintes, de ce que le résultat de la campagne n'avait pas compensé la dépense qu'elle avait causée, et de ce que le nombre des troupes anglaises en campagne n'atteignait pas celui qu'avait fixé le traité; qu'il avait violé leurs privilèges, ruiné leurs finances, négligé la discipline militaire, et extorqué de l'argent par des moyens illégaux et arbitraires. Dans un mouvement de colère, il ordonna la dissolution de l'assemblée, il continua de siéger, malgré ses menaces; il eut ensuite recours aux concessions et aux promesses, annonça son intention de retourner en Angleterre, et proposa de confier l'autorité suprême, durant son absence, â sir William Pelham , ou sir William Stanley, ou sir Roland York. Les étals la réclamèrent comme leur propre droit : il s'y soumit , et résigna le gouvernement dans une séance publique, quoique en même temps, par un acte particulier, il se le réservât pour lui-même. La cause de cette démarche précipitée et irrégulière élait la nécessité d'obéir à l'ordre d'£lisabelh, qui lui- prescrivait un prompt retour, afin de l'aider de ses conseils, dans l'importante affaire de la reine d'Ecosse (1).

Les malheurs de cette princesse touchaient enfin à leur terme : ses amis s'étaient aveuglément ligués avec ses ennemis pour la conduire à l'échafaud. Les exilés, que la religion ou l'intérêt avait engagés à embrasser sa cause, s'étaient bientôt divisés en factions, qui rejetaient les unes sur les autres le blâme de leurs fautes multipliées el des contre-temps qu'elles éprouvaient. Morgan et Paget, qui administraient le douaire de la reine en France, ayant trouvé

(1, Camden ,460, 463. Slow, 729 740 Bcniivoglio, u, 92.

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