CHAPITRE IX
Teste en justification de sa conduite. 11 déclara que le rot d'Angleterre n'entretenait aucun projet de conquête : qu'il n'avait pas pris les armes comme principale partie intéressée, mais comme allie des Églises de France. Charles avait sollicité une paix entre l<ouis et ses sujets protestants : il avait garanti à ceux-ci que les articles seraient fidèlement observés, et même qu'on leur accorderait quelques faveurs de plus. Cependant le fort Louis, dans le voisinage de La Rochelle, n'avait pas été| démantelé ; on avait encouragé des complots pour surprendre la ville, et pris la secrète résolution de la réduire de vive force. Dans ces circonstances, le roi ne pouvait rester spectateur tranquille de la ruine de ses frères protestants. L'honneur lui faisait une loi de venger par les armes leurs droits et leurs libertés : autrement, on pourrait l'accuser de coopérer à tromper ceux qu'il était de son intérêt et de son devoir de proléger (I).
Rohan, cette déclaration à la main, déclaration dont les bases étaient plus que douteuses, et les raisonnements peu concluants, visita les églises du midi de la France. Sa présence et ses harangues excitèrent un enthousiasme général dans toute l'union : tous ceux qui refusaient de faire le serment de vivre et de mourir avec les Anglais étaient déclarés traîtres à leur religion; et Rohan reçut l'autorisation de lever des troupes, et de s'en serv ir pour l'avantage de la cause commune. Les Kochclois furent les derniers à se déclarer. L'attitude menaçante des troupes françaises rassemblées dans leur voisinage leur inspirait une terreur salutaire. Mais les assurances combinées de Buckingham et de Rohan les enhardirent, et l'étendard de la révolte flotta pour la dernière fois sur leurs murailles (2).
i\ n'arriva rien d'intéressant dans l'Ile de Rhé avant la onzième semaine du siège, époque à laquelle une flottille de 14 voiles força la barre et ravitailla la forteresse (28 sept. ). Cet événement découragea les assiégeants. Les colonels signèrent unanimement un acte qui proposait une retraite immédiate,
(I) Bibliothèque royale, 224 229.
',2) Supplément au traité dogmatique et historique def édil»(507.
tandis que les dépotés de La Rochelle conjuraient le duc, avec larmes, de ne pas les abandonner à la vengeance de leur souverain. 11 balança d'un projet à l'autre : un jour il canonnait les murailles, le lendemalh il démontait les batteries ( 27 oct. ). Le comte de Holland lui amena un renfort de 1500 hommes; les Rochelois en ajoutèrent 800 : il ordonna un assaut général, qui ne réussit point; et ce mécompte, joint à la perte des assaillants, augmenta le découragement des troupes, et détermina le général à abandonner l'entreprise.
Cependant il n'était plus facile de partir : le maréchal de Schombcrg, avec un corps nombreux s'était placé entre le camp et le lieu d'embarquement, et l'armée fut obligée de suivre un petit sentier qui, â travers les marais, conduisait à un pont qui joignait l'Ile de Rhé à la petite Ile d Oie (29 oct.). Malheureusement, la cavalerie qui couvrait la retraite fut enfoncée par l'ennemi : la confusion, dans le sentier, devint irrémédiable, et le nombre de ceux qui se noyèrent surpassa celui des tués. On dit que Buckingham perdit 2,000 hommes dans cette affaire. Les Français, cependant, ne purent s'ouvrir un passage sur le pont, et le reste de l'armée s'embarqua sans être attaqué. Le duc fut le dernier à quitter le rivage; le courage personnel fut la seule qualité militaire dont ses adversaires uc lui reprochèrent point l'absence (l) (30 oct.).
Charles reçut l'infortuné général avec un air enjoué et la même affection. Il eut même la générosité de s'attribuer le blâme, en disant que si l'expédition n'avait pas réussi, on le devait au défaut de secours, et que son affaire avait été d'y pourvoir ; mais peu de jours après, il fut assailli des plaintes et des supplications des Rochelois. C'était à sa sollicitation qu'ils avaient pris les armes, et son honneur élail engagé A leur accorder protection. L'armée française se disposait a former le siège de la ville , et s'il ne les secourait pas de toute sa puissance , ils allaient devenir les victimes de leur crédulité. Charles les consola et les encou-
(t) Mémoire» de Bardw., n, t3, 20, 23,51. Mercurt françaii, xm,H35. Herbert , Expédition danil'llede Htié. hnard, Arci* Sam , Martinianae Obtidio. Ella, m, 20. Wm. deStrafford, i,41.
ragea : il promit de ne pas abandonner leur cause, jusqu'à ce que les forts érigés autour de La Rochelle fussent rasés; il s'engagea, par un acte solennel, a ne faire aucun traité où ils ne fussent partie? et à n'accepter aucune condition qui ne leur assurerait pas la jouissance de leurs anciennes libertés (I) ( 1628 , 18 janvier ).
Le roi réunit son conseil pour résoudre l'importante que.M ion des moyens à employer pour lever de l'argent, afin de préparer une autre expédition, soit, d'après l'ancien usage, par concession du parlement, soit, daprès le précédent de l'année dernière, en vertu de la prérogative. Charles n'attendait du parlement que des pétitions, des remontrances, des accusalions : ses conseillers ne voyaient, dans un emprunt forcé, qu'une provocation à la résistaoce et à la rébellion (29 janv.). H se laissa conduire, et l'on convoqua un parlement; mais dans le cours delà semaine, un nouveau plan obtint l'approbation royale. On répartit proportionnellement sur les divers comtés la somme de 173,411 liv., nécessaire pour l'expédition projetée : on nomma des commissaires, afin de la percevoir dans l'espace de trois semaines , et I on avertit le peuple que si l'argent était payé avec soumission, le roi assemblerait le parlement ; que, dans le cas contraire, ail aviserait à des moyens plus expédilifs. » Cet essai mit toute la nation en fermentation. L'expression du mécontentement public effraya les plus hardis des minisires, et la commission fut révoquée par proclamation (16 févr.), avec la promesse a que le roi se confierait à l'amour de son peuple, en parlement. • Cependant, avant la fin d'une quinzaine, il imposa, de sa propre autorité, de nouveaux droits sur les marchandises, et rapporta son arrêté (28 févr.), sur la déclaration des juges qu'il n'était pas légal (2). Une conduite aussi variable, l'adoption et le rejet de tant de mesures arbitraires , ne servirent qu'à exciter dans la nation la désaffection et le mépris, sentiments également dangereux pour le souverain.
(l; Dumont, part, it, 533.
(2) Traités deSomera, it, 100- 101. Prynne, OEuvrc. secrètes, 86 Biblwbeque rojale, 2M. Rym.xviu,
Le parlement ne s'était jamais assemblé sous des auspices plus favorables à la cause de la liberté. L'opinion nationale s'était fortement prononcée par les élections, qui étaient généralement tombées sur des personnes remarquables par leur récente opposition à la cour. Il était de l'intérêt des lords de se réunir aux hommes qui tendaient à obtenir protection pour leurs propriétés particulières et leur liberté personnelle; et la même nécessité, qui avait forcé le roi à convoquer le parlement, le plaçait, sans ressource, â la merci de ses sujets. Charles s'aperçut qu'il fallait sacrifier ses ressentiments, s'il voulait se rendre favorable l'opinion publique. Toutes les personnes, au nombre de soixante-dix-huit, qui, à raison de leur résistance à l'emprunt forcé, avaient été mi.-esen état d'arrestation, recouvrèrent leur liberté; l'archevêque Abbol (il avait été suspendu parce qu'il avait refusé, sur l'ordre du roi, d'autoriser un sermon politique) (1) fut rendu à l'exercice de son autorité, et non-seulement Williams, que l'inimitié de Buckinghara avait consigné à la Tour , mais même ace coupable seigneur,» le comte de Bristol, quoiqu'il fût encore en état d'accusation pour haute trahison, reçut la permission de siégera la chambre haute. L'opmiàtrcté du roi n'était cependant pas subjuguée : quoiqu'il eût consenti à faire l'épreuve d'un nouveau parlement, il n'était nullement disposé à céder de ses prétentions, et le discours du trône fut plutôt fait pour irriter que pour diminuer les soupçons de ceux qui tremblaient pour les libertés de leur pays. « Je vous ai appelés, «dit-il (17 mars), jugeant qu'un parlement était le plus ancien, le plus prompt, et le meilleur moyen d'obteuir les subsides nécessaires à notre sûreté, et sauver nos amis d'une ruine imminente. Tout homme doit agir d'après .<a conscience; d'après cela, si (ce qu'a Dieu ne plaise) vous ne remplissez pas vos devoirs, en contribuant aux besoins
(1) Ce sermon avait été prêché par te docteur Sibthorpe , pendant le carême, à Nortbampton.et avait pour objet de prouver la légalité de l ernprunt forcé. Pour lui donner une plus grande autorité, on avait désiré qu'il fut imprimé avec la permission du métropolitain. Sur son refus , il le fut avec celle du docteur Laud , qu'on venait de faire évrque de Londres, et Abbot fut suiprndu ou séquestré le 9 octobre. Voyez la sentence , avec le récit des faits, dans Rushworlb, i, 436-461.