‹ Histoire d' AngleterreChapitre 117 sur 307 · RE IX · texte numérisé non relu

RE IX

les libertés des Églises réformées, et que le duc sommerait ses frères de se rallier sous l'étendard de leur libérateur. Les peuples cependant ne voulurent pas croire que le monarque anglais ne fut dirigé que par son zèle religieux ou son ressentiment personnel. On répandit des bruits sur l'établissement d'un État protestant entre la Loire et la Gascogne, ou la création d'une principauté indépendante, en faveur de Buckingham. 11 est possible que de pareilles illusions fussent le sujet des rêveries du roi et de son favuri; mais on peut conclure de leur correspondance que ce qu'elle a d'ostensible n'était pas leur principal objet : elle cachait des arrière-pensées , dont la découverte eût pu devenir un obstacle à leur accomplissement (1).

Par suite de la guerre avec l'Espagne, on donna des lettres de marque aux croiseurs anglais , et l'on s'empara des navires marchands de toutes les nations qui se trouvaient dans les ports d'Angleterre , sous le prétexte qu'ils pouvaient avoir à leur bord des propriétés espagnoles. Les villes anséatiques, les États de Hollaode,ct le roi de Danemark, firent de très-fortes représentations ; Louis ne se contenta pas de cette mesure : pour s'assurer une indemnité, il mit un embargo sur tous les bâtiments anglais qui se trouvaient dans les ports de France. Il s'ensuivit de longues et fastidieuses plaintes et de nombreuses récriminations. On se donna de part et d'autre des promesses qu'on ne tint pas; et quelques saisies accidentelles, ou de prétendues mesures de précaution , délruisireut l'harmonie, toutes les fois qu'elle semblait se rétablir. A la fin, les deux rois, comme de commun accord , signèrent , le même jour, un ordre de suspension de toute espèce de relations commerciales entre les deux nations (2) (8 mai).

Quoique ces mesures dénotassent beaucoup d'animosité , elles n'amenaient cependant pas la nécessité d'une rupture; ma» chacun des

(1) Charles irait renvoyé les ambatitadeurs danois sa- Usfail», sans leur montrer *ea internions. «Car, ajoutel-il , je pense qu'il e»t inutile ou plutôt nuisible de découvrir mon principal projet, parce qu'en le divulguant , ci serait, dans mon opinion, le hasarder.» Mémoire» de Oardw., ii, 28.

(2) Rym., xvui, 188 , 222 , 259 , 802 , 825 , 800 , 891. Dumont , v, part. u,506.

rois, à l'insu de f autre, était engagé dans des intrigues de la nature la plus hostile. 1° Le uonce du pape avait rappelé au monarque français son serment relatif à l'exécution des articles du traité de mariage, et l'avait engagé h réunir ses armées h celles du roi catholique, pour obtenir le redressement des outrages que tous deux avaient reçus. Louis et sa mère écoutèrent ces suggestions avec plaisir. Le principal obstacle vint de la jalousie du roi d'Espagne, qui se méfiait de la sincérité du ministère français; mais pour éloigner cette difficulté, on conclut un traité par lequel Louis s'engagea à ouvrir les ports de l'rancc aux navires espagnols, durant l'année courante, et à déclarer la guerre à l'Angleterre au commencement de l'autre (1). 2° Si celle alliance hostile fut venue à la connaissance de Charles, elle aurait pu lui fournir une justification pour sa conduite subséquente ; mais il n'en fut pas informé, et il avait déjà pris sa résolution en conséquence des représentations que lui avaient faites les chefs des protrstants fiançais. Il avait donc réuni dans les ports de l'Angleterre un armement de plus de 100 vaisseaux. On les disait destinés contre l'Espagne, et la guerre qui existait avec cetlc puissance, jointe à la nécessité de faire oublier les disgrâces de la dernière expédition, donnait à ce rapport l'air de la vraisemblance. Buckinghampritlecommandement:

ses ordres publics lui prescrivaient de se servir de la flotte eu faveur du comte palatin (16-7 , 27 janv.); mais en obéissant à ses instructions particulières, il dirigea sa course vers La Rochelle, et demanda à être admis dan-* la rade '11 juillet ). Les habitants hésitèrent. Dans ( ignorance de ses projets, nn n'avait fait aucun préparai if de guerre; et, alarmés de la supériorité de ses forces, ils craignirent de se donner un maître. Ils répondirent donc qu'il leur fallait le temps de faire leur récolte , et de consulter les autres Eglises de l'union protestante.

DeLa Rochelle, Buckingham porta son attention sur les Iles voisines de Rhé et d'Oléron :

(!) Cette alliance était resiée «frète pour pinceurs membre* du cabinet fratioi*. Pour cla, la ratification avait été écrite iur une feuille néparée : elle reçut ensuite la «^nature royale , et fut annexée au traité luimême par le «arde du »crau privé. Lettre du nonce Snada.d» J9owi.

la première offrait plus d'avantages pécuniaires, et l'autre une conquête plus aisée. Il eut bientôt fait son choix : il effectua une descente dans l'Ile de Rhé ( 12 juillet), et l'ennemi, par une courte, mais sanglante action, apprit à connaître la valeur des agresseurs. Le gouverneur Toiras avait été surpris; mais par ignorance ou incapacité, le commandant anglais perdit cinq jours dans le même lieu , et l'officier français profita de ce retard pour approvisionner le château de Saint-Martin , sa principale forteresse, située au fond de la baie, sur un rocher fort élevé. On résolut de l'assiéger en forme: la tranchée fut ouverte (17 juillet), des batteries s'élevèrent, et l'on fit un barrage â l'entrée de la rivière. Ces travaux excitèrent la désapprobation et les remontrances de Burrough , officier général qui avait passé la plus grande partie de sa vie aux guerres de Flandre ; mais sa franchise fut punie d'une réprimande, qui imposa silence à ses collègues plus soumis, dans le conseil. Peu de jours après, une balle perdue priva Burrough de la vie, et délivra Buckingham de la surveillance de cet habile, mais importun conseiller.

La nouvelle de celte entreprise inattendue alarma et embarrassa les Etats, le prince palatin, et le roi de Danemark : ils se plaignirent amèrement à Charles de ce que cette querelle mal lieu reuM» entre leurs deux plus puissants alliés détruisait leurs espérances et leurs ressources ; et ils ne voulurent pas admettre la validité du motif, que l'honneur l'avait forcé à prendre les armes en faveur des protestants français, dont les privilèges, confirmés par sa médiation, venaient d'être viciés tout récemment. 1 s offrirent leurs bons offices pour rétablir l'harmonie entre les deux couronnes: il répliqua qu'il n'entendait pas les refuser , mais qu'il ne cherchait p3s une réconciliation. Les ambassadeurs de Danemark se hâtèrent de se rendre à Paris, afin de sonder les dispositions du ministère français: les Hollandais retirèrent leurs commissions à tous les officiers anglais à leur service qui avaient rejoint l'expédition (I).

Buckingham publia à cette époque un i

fl) Mém. de Hardw., u , 1719. Lettres de Carlcton

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