CHAPITRE IX
nommé d'une commune voix « le grief de tous les griefs , » la principale cause de toutes les calamités qui affligeaient le royaume (1).
U jour suivant, on reprit le débat; le troisième, la chambre, à l'insinuation des lords , se joignit à eux dans une adresse au roi ( 6 juin ) , pour demander une réponse plus positive à leur pétition. Le danger de son favori surmonta sa répugnance (7 juin ). Il vint s'asseoir sur le trôue, et ordonnant de rayer sa première réponse, il voulut qu'on y inscrivit ce qui suit: « Qu'il soit fait droit comme on le désire. Maintenant, ajouta- 1 -i I , j'ai rempli mon devoir. Si ce parlement n'a pas une conclusion heureuse, ce sera sa faute, et non la mienne. Je m'en lave les mains. » Ce bref discours fut reçu avec les plus vives acclamations et avec reconnaissance. Le peuple partagea les sentiments de ses représentants: un délire de joie et de félicitations succéda au nuage de tristesse qui s'était étendu sur toute la nation ; et les deux chambres, pour témoigner leur satisfaction, s'empressèrent d'offrir au souverain les cinq subsides des laïques, et d'adopter le bill pour les cinq autres subsides accordés par le clergé (2).
Les hommes modérés espéraient que les chefs des patriotes, satisfaits de celte victoire, épargneraient au roi de nouvelles mortifications. Mais le succès leur ouvrit une plus vaste perspective, et encouragea leurs efforts. Après plusieurs longs débats, ils lui présentèrent une remontrance (17 juin ), où ils décrivaient tous les maux qui affligeaient le royaume, et les dangers qui le menaçaient : la religion était minée par le papisme et par l'arminianismc; la réputation de l'Angleterre était ternie, et ses ressources épuisées par une série d'expéditions aussi imprudentes que peu glorieuses; on avait perdu toute domination sur les petites mers; la marine du royaume était diminuée, son commerce anéanti. I.a cause principale de tant de maux était, suivant eux, le pouvoir excessif qu'exerçait le duc de Buckingham, et dont il abusait. C'est pourquoi on soumettait humblement à l'examen de Sa Majesté, la question de
(1) Rushwortli, 1,0(3 C22. Journaux, 5 juin.
(2) Journaux de» lords 813; de» commuais , 0. 7, 8, 12 juin.
savoir s'il était compatible avec sa sûreté ou celle du royaume, que l'auteur de ces calamités continuât à tenir tant d'emplois, et à demeurer auprès de sa personne sacrée (1).
On était pleinement convaincu de la vive douleur qu'une semblable remontrance ferait naître dans le cœur du roi ; mais le bill du tonnage et du pondage n'avait pas encore passé, et l'on supposait que Charles se soumettrait â toute espèce de concession , plutôt que de perdre la branche la plus productive de son revenu (25 juin). On reconnut bientôt cette erreur, et l'on se hâta de rédiger une seconde adresse pour lui rappeler que , d'après la pétition de droit , il ne pouvait lever de taxes sur les marchandises sans avoir obtenu auparavant le consentement du parlement (26 juin). On venait de la copier , et le secrétaire la lisait au bureau de la chambre , quand , à neuf heures du malin, les membres reçurent sommation de se rendre à la chambre des pairs. Charles était sur son trône, et, leur adressant la parole sur la teneur de l'adresse projetée, il en prit occasion d'expliquer tout ce qu'il avait paru concéder d'après la pétition de droit. «Les deux chambres , dit-il , assurent qu'elles n'ont pas l'intention d'empiéter sur ma prérogative. D'après cela, on doit nécessairement concevoir que je n'ai point accordé de nouvelles libertés à mes sujets, cl que j'ai seulement confirmé les anciennes. Je ne m'en repens pas cependant : je ne retire rien de ce que j'ai promis , et je déclare ici que les choses que quelques personnes ont supposé pouvoir empiéter sur la liberté des sujets, ne seront jamais adoptées à votre préjudice. Mais, quant au tonnage et au pondage, cela ne peut me manquer. Vous n'avez jamais compris ni pensé, j'en suis sûr, que j'y consentirais. » Il donna ensuite la sanction royale aux bills de subsides , et le parlement fut aussitôt prorogé (2).
Ainsi pril fin cette session chargée d'événements, l'une des plus mémorables de notre histoire. Les patriotes mirent peut-être trop de chaleur dans leurs demandes, et d'extravagances dans leurs prédiclions ; mais leurs travaux
(1) Rmbwonb , i, 631. Journaux , 11, 1 1, 16, 17 juin.
(2) Journal des lord», 879; des communes. 26, 28 juin. Ru»hworib , i , 6W 613.
IIISTOlflE D'ANGLKTEIUIE.
leur ont donné des droits à la gratitude de la postérité, Usobtinrent du roi la reconnaissance des droits qu'il avait si ouverlement violés , et fixèrent les libertés de la nalion sur une base solide et permanente. Il est vrai que ces libertés furent envahies par la suite, qu elles furent foulées et refoulées aux pieds ; mais « la pétition de droit » survécut pour porter témoignage contre les empiétements de la prérogative. Le peuple s'y rattacha toujours, et la couronne, à la fin, fut forcée de s'y soumettre.
On ne doit cependant pas oublier que ces hommes, si ardents à la poursuite des libertés civiles, étaient les ennemis les plus violents de la liberté religieuse, a Ces procédés illégaux, dont nos biens et nos propriétés ont tant souffert, s'écriait sir Robert Philips, ma langue peut à peine les raconter, et mon cœur souffre d'y penser. Plusieurs personnes respectables les ont bien décrits avant moi. Cependant, la plus cruelle de toutes les douleurs, celle qui concerne notre religion , on n'en a jamais parlé. On a rendu la religion vénale par commission, et des hommes, pour des taxes pécuniaires annuellement payées, ont reçu la dispense, quoiqu'ils fussent papistes, de pratiquer, sans aucune crainte des lois, leur idolâtrie, cl de se moquer des parlements, des statuts, et de tout » 31 mars). Le résultat de semblables harangues fut une pétition au roi , laquelle, indépendamment de la prière accoutumée pour obtenir l'exécution des lois pénales , demandait que Ion mit à mort les prêtres revenus de barfnissement ; que les compositions pour les réfractai rcs,«ce mystère d'iniquité qui n'était qu'une tolérance cachée, «fussent abolies, et que « pour l'entière extirpation du papisme, et afin d'élever une sainte génération , les enfants des réfractaires fussent instruits dans les principes du protestantisme.» Charles fit une réponse gracieuse, observant que s'il avait accordé quelque indulgence aux catholiques, c'était dans l'espoir que les princes de cette religion auraient les mêmes égards pour leurs sujets protestants et que s'il ne pouvait en obtenir cet avantage, il ajouterait même à la rigueur que les deux chambres venaient de lui recommander (1).
(i: Journ., 713, 714 Commune*, App , i, 8.
Avant de terminer l'histoire de cette session, il est à propos de remarquer deux exemples d'apostasie politique, de cet abandon de principes, afin d'obtenir des dignités et des places, qui , depuis cette époque , a été si fréquemment imité par des hommes d'État. Autrefois, la cou- ,ronne regardait comme au-dessous d'elle d'acheter les services de ses adversaires : elle pouvait les courber jusqu'à terre, pir le seul poids de la prérogative. Mais l'expérience avait appris au favori que l'esprit du temps et le pouvoir du souverain étaient changés; et dans l'espoir de diminuer les forces de ses ennemis, il chercha à séduire, dans les rangs rie l'opposition, les membres les plus influents, par l'espoir des honneurs et des traitements. Sir John Savile et sir Thomas W'cnlworlh jouissaient de propriétés considérables dans le comté d'York: ils étaient rivaux depuis longtemps, et leur influence partageait entre eux le comté. Ils avaient p.oùté l'un et l'autre de la faveur du roi, et tous les deux avaient encouru son déplaisir. A la clôture du dernier parlement, Collingion détermina Savile à abandonner ses amis , cl à accepter la place de conseiller privé , ainsi que l'emploi de contrôleur de la maison du roi. Wcntworth avait plus grandement déplu. On l'avait nommé shérif pour l'empêcher de siéger à la chambre , privé de la charge de cuslos ivtulorum, et emprisonné pour avoir refusé de souscrire à l'emprunt Cependant son patriotisme ne résista pas à un sourire du souverain. Il sollicita de Buckingham une réconciliation, qui s'opéra bientôt par le moyen désir Rxhard Weston. Le lendemain du jour où Savile fut créé baron, on éleva Weutworih à la même dignité; mais les flatteries et les talents du dernier lui donnèrent le pas sur son compétiteur, et il obtint, vers la fin de l'année, avec le rang de vicomte , la place de lord président du nord(l)(10déc.).
Les contestations dans lesquelles Charles était engagé avec son parlement ne lui firent point oublier le danger de La Rochelle. Le ministre français était résolu à réduire une race d'hommes qui, depuis un demi-siècle, bravait l'autorité du souverain, et il réunit à cet effet tout le pouvoir de la France pour écraser
;t; Rym , m, 31, 35.