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CHAPITRE XVI

déclarèrent par de nombreuses adresses qu'elles voulaient vivre et mourir, combattre ou succomber avec le lord général; et les congrégations «des saints,» dans toutes les parties du royaume, rendirent gloire au bras du Seigneur, qui avait brisé les forts, afin qu'au lieu de la puissance d'hommes mortels , « la cinquième monarchie, celle du Christ, pût être établie sur la terre» (1).

Cependant ce serait faire injure à la mémoire de ceux qui eurent le pouvoir suprême après la , mort du roi, de ne pas reconnaître qu'il existait parmi eux des hommes capables de soutenir avec énergie les destinées d'un grand empire. Ils ne gouvernèrent que quatre ans; mais ce fut sous leurs auspices que i on acheva les conquêtes de l'Irlande et de l'ficosse, qu'on créa une marine rivale de celle de Hollande , et la terreur du reste de l'Europe (2).

Mais il existait là un vice fondamental dans leur forme de gouvernement. Les assemblées l délibérantes sont toujours lentes dans leur ac- ! lion. Cependant il y avait obligation de pren- 1 dre l'avis du parlement comme du pouvoir suprême, dans les affaires rattachées aux relations étrangères et à l'administration intérieure du royaume. De là il arriva que, ! parmi l'immense variété de questions qui lui ; étaient soumises, on accordait une attention immédiate aux affaires qu'on jugeait d'une nécessité immédiate : tandis que les autres, quoique souvent de la plus haute importance pour le bonheur de la nation, étaient d*al>ord remises, ensuite négligées, et enfin oubliées. Ce fut à cette coutume de remettre toujours ; au lendemain que le parlement dut surtout l'extinction de son autorité : elle détruisit les es|»éranccs de la nation, et donna à Cromwell ' l'argument le plus plausible pour justifier sa conduite.

(1) Wbilelock , 553-508. Papiers d'É al de Millon.OO- , SI7. Elit», seconde sérit», m, 368.

(2) • [Nous avions le projet , dit Sort , de nous en lii er avec honneur, mail nous attendions que la guerre avec 1rs HollandaW rot terminée : nous les aurions amenés à ne faire qu'un avec nous. I.eurs ambassadeurs désiraient une coalition : nous l'aurions pu Former en quatre ou cinq mois. Nous ne demandions pas devanta^e pour j être n.allns de tout le monde. » Journal de Burton , ht, 1 H2. 1

Nous avons, jusqu'à cette époque, donné, dans les pages précédentes, connaissance des principales mesures du parlement : nous en ajouterons quelques autres qui paraîtront dignes de l'attention du lecteur. 1° On se plaignait de ce qu'après l'abolition des tribunaux spirituels, les crimes d'inceste, d'adultère, de fornication, s'étaient multipliés en raison de l'impunité qui leur était accordée; et, a la prière des saints, on en fil des crimes justiciables des tribunaux , et punissables, les deux premiers par la mort, et le troisième par trois mois d'emprisonnement. Mais on prédit dans le temps, et l'expérience confirma cette prédiction, que la sévérité du châtiment détruirait Tintent ion de la loi (16 mai 1650). 2° Il s'était (8 novembre) à peine présenté une seule pétition qui, entre autres choses, ne demandât la reforme des cours de justice; et la chambre, après plusieurs longs débats, consentit a une mesure qu'on regarda seulement comme un précédent de plusieurs autres : c'était que les codes des lois fussent écrits, et les procédures faites en langue anglaise (I). 3° Les charges de la république qui naissaient des guerre» continuelles sur terre et sur mer, étaient si énormes, que les questions de finances réclamaient continuellement l'attention de la chambre. Il y avait quatre sources principales de revenu : les douanes, l'excise, la vente des fermes (2), des biens de la couronne, et de ceux des évèques, des doyens, et des chapitres, le séquestre et la confiscation des biens appartenant aux papistes et aux délinquants. Les ordonnances concernant les derniers avaient été rendues dès l'an 1643; et dans le cours des sept années qui suivirent, la moisson avait été faite et recueillie. Il restait encore quelques épis à glaner : en 1650 (22 janv.), on passa un acte pour mettre un meilleur ordre dans ces biens. Les premiers marchés furent soumis à l'examen : on découvrit des omissions et des choses cachées, on exigea dans plusieurs cas des amendes proport onnées.

En 16ôl(16juin), soixanteet dix individus, la

(!) Journaux, 10 mai, 22oor. Wliilclock , 478-483.

(2) Le revenu annuel des fermes moulait 1 77,000, liv. ; en janv. 1651, 25,300 liv. de ce revenu furent Tendues rour -223,050 lir. Journaux , 8 j.tuv.

plupart d'un haut rang, tous d'une immense fortune, eurent [ imprudence de montrer de rattachement à la cause du roi. Ils furent condamnés a ta confiscation de leurs propriétés réeiles et personnelles au profit de la république. La fatale marche de Charles à Worcester donna lieu à une nouvelle proscription en 1652 (4 août). On choisit, pour les punir, d'abord 29, ensuite 682 royalistes (18 nov.). On décida que ceux de la première classe auraient toutes leurs propriétés confisquées, tandis que ceux de la seconde conservèrent le droit de péremption, à condition de payer, dans l'espace de quatre mois, un tiers de la valeur de leurs biens (1).

Pendant le dernier règne, tout le temps que les presbytériens eurent la majorité dans le parlement, ils cherchèrent de tout leur pouvoir à établir l'uniformité de culte et de doctrine. Le clergé de l'Eglise établie fut chassé de ses cures, et ceux qui professaient la foi catholique furent condamucs à la confiscation des deux tiers de leurs propriétés, ou à abjurer leur religion. On n'exigeait plus, comme jadis, pour la preuve de non-conformité, les procédés lents de présentation et de conviction : le soupçon seul suffisait pour faire mettre les biens en séquestre : on disait a celui qui se plaignait qu'il avait le remède entre les mains, qu'il pouvait faire le sermeut d'abjuration. Lorsque les indépendants parvinrent au suprême pouvoir, les deux partis qu'on persécutait espérèrent un traitement plus doux, et tous deux se trompèrent. H est vrai que les indépendants se proclamèrent les défenseurs de la liberté religieuse : ils abolirent les statuts qui imposaient des peines pour avoir été absent de l'Église, et déclarèrent que chaque homme était libre de servir Dieu suivant l'impulsion de sa conscience. Cependant leurs notions de tolérance étaient Ires-bornées : ils refusèrent d'admettre ou I episcopat ou le papisme, le service de l'Église anglicane et celui de l'Église

(1) Journaux, 1651 , 1C juillet ; 1G52, 4 août, 18 dot. Scobell, 156, 210. b\ l'un de ce* dernier* était papiste et disposait dans la suite de «es biens aiusi rachetés, il recevait l'ordre de s'exiler de sou pays natal , sous peine de voir exécuter contre lui les luis contre le papisme , avec la plus rigoureuse sévérité. AdUit. acte du 18 uovcuibre j

de Rome. Les ecclésiastiques chassés furent encore exclos de la chaire, et les catholiques furent toujours victimes de lois persécutrices. En 1650, on passa un acte par lequel on offrait à ceux qui découvriraient des prêtres ou des jésuites, ou leurs recéleurs ou fauteurs (26 février 1650), les mêmes récompenses que celles, qu'on accordait à ceux qui arrêtaient les voleurs de grand chemin. Aussitôt on mit dans toutes les directions des officiers et des espions; on fit ouvrir de force, et on visita a toute heure du jour et de la nuit les maisons des catholiques; on s'empara d'un grand nombre de prêtres : plusieurs furent jugés et coudamnés à mort (19 mai 1601); mais il n'y eut que Peter Wright, chapelain de la marquise de Winchester, qui fut exécuté. Les chefs du parlement ne voulurent pas se charger de l'odieux de ces spectacles sanglants, et transportèrent le reste des prisonniers sur le continent (1). Mais, si les indépendants, dans leur zèle, épargnèrent le sang plus que les presbytériens, ils les égalèrent en rapacité. On exécuta, avec la sévérité la plus active et la plus opiniâtre, les ordonnances de séquestre et de confiscation (2). Il est difficile de dire qui souffrit le plus cruellement, ou des familles peu fortunées qui furent réduites à uu état de misère, ou des cultivateurs , domestiques , et ouvriers, qui , sur leur refus de faire le serment d'abjuration , fureut privés des deux tiers de ' ce qu'ils avaient gagné avec peine, et même de leurs meubles et de leurs vêtements (3) (30 juin 1652). Les malheureux sollicitèrent du par-

(1) Cballonner, u , 346. Mémoires Mat. en ma possession. Voyez la note BB à la fin du volume. '

(2) En 1650, la rente annuelle des biens des catholiques, qui étaient en possession des commissair» s du séquestre, se montait à 62.018 liv. 17 s. 3 d. V,- H faut observer toutefois que treize comtés n'y étaient pas coinpris. Journ., 17 décembre.

(3) Tour preuve, je pourrai citer l'exemple d'une ter vante catholique orpheline, qui, en dix-sept ans de terme à 7 nobles par an , avait amassé^ 20 livres. Les commissaires du séquestre, ayant découvert chez qui elle avait déposé son argent, en prirent les*/», 13 liv. 6*. 8d. , pour l'usage de la république, et lui laissèrent le reste , 6 liv. 13 s. 4 d. Eu mars 1652 , elle en appela aux commissaires. A Habeidashers-Uall : ils lui répondirent qu'ils ne pouvaient qu'y faire, à moins qu'elle ne pro-

j tiour.U le sermeut d'abjuration. Voytz cette affaire et , buirroup d'autres , daas de Modérateur chrétien , ou la

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