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CHAPITRE XVI

donner son avis sans déguisement et sans condition, il lui répondit: «Faites un traité particulier avec le fils du dernier roi , et mettez-le sur le trône, mais à des conditions qui assureront les droits de la nation, et à vous la première place auprès du trône.» Le général observa froidement qu'un sujet d'une si haute importance et dans de si grandes difficultés méritait de mûres réflexions. Us se séparèrent , et Whilelock reconnut bientôt qu'il avait perdu sa confiance (1).

A la fin , Cromwell conçut le projet de faire dissoudre le parlement et d'investir de l'autorité souveraine un conseil de 40 personnes, lui à leur tétc. Son désir était d'opérer cette mesure paisiblement , par les votes mêmes du parlement ; et il était résolu à faire usage de la force si ces votes étaient refusés. 11 y eut beaucoup de réunions d'officiers et de membres à Whilehall, où logeait le lord général. Saint- John et quelques autres donnèrent leur consentement ; le reste, sous la conduite de Wtiitelock et de Widdrington, de'clara que la dissolution serait dangereuse, et que l'établissement du conseil proposé ne pouvait se soutenir. Dans le même temps, la chambre s'occupait du nouveau corps représentatif; on avait voté plusieurs attributions. Les officiers opposèrent des objections a toutes les mesures proposées, mais principalement « i l'admission des neutres, » projet dont le but était de donner de la force au gouvernement, par l'introduction désintérêts presbytériens, a Jamais, dit Cromwell, aucun de ceux de cette croyance qui ont abandonné la bonne cause, ne sera admis au pouvoir.» A la dernière réunion du 19 avril, tous ces poiuls furent débattus chaudement et longuement. Quelques officiers déclarèrent qu'on devait dis-

tabeth mourut le 8 septembre delà même année, et Henry demeura tout la garde de Mtldmay, gouverneur du château de Carisbrook. Peu de temps après cei;e conférence, Cromwell, comme s'il regardait ce jeune prince comme un rival , donna avis a Lovel , sou tuieur. de demander la permission de le conduire a sa sœur, la princesse d'Orange. Elle fut accordée avec 500 livre» pour les frais du voyage. Journal de Leicester, 103. Uealb, 331. Clarendoii , m, 525, 520.

(1) Wbitelock , 548-551. Celte conversation fut el!e confiée au papier à I instant même , ou après la restauration ? La foi qu'on y doit ajouter dépend de celle circonstance.

soudre le parlement a d'une manière ou de l'autre; d mais le général blâma leur précipitation et leur indiscrétion. L'assemblée leva sa séance a minuit, sachant bien que les chefs de chaque parti reprendraient ce sujet le matin (1).

La conférence recommença de bonne heure, et, au bout de quelque temps, elle fut interrompue , parce qu'on fit savoir au généra que la chambre était dans l'intention de se rendre aux désirs de l'année : ce fut une méprise. Le parti opposé avait, il est vrai, résolu de passer un bill de dissolution, non pas celui que proposaient les officiers, mais leur propre bill, qui contenait toutes les clauses contraires, et de le passer de grand matin, afin qu'il pût avoir force de loi avant que lt urs adversaires pussent en appeler au pouvoir de l'épéc (2). Tandis que Harrison les conjurait a humblement et avec douceur» de s'arrêter un instant avaut de faire un pas si important, Ingoldsby s'empressa d'informer le lord général, à Whilehall. Sa résolution fut aussitôt prise, et une compagnie de mousquetaires reçut l'ordre de l'accompagner à la chambre.

A ce moment fatal , qui entraînait les conséquences les plus importantes pour lui et pour son pays. Cromwell. quels que fussent les tourments de son esprit , eut l'art de les cacher aux regards des observateurs. Laissant les militaires sous le vestibule, il entra dans la chambre, et s'assit d'un air tranquille sur l'un des bancs

, extérieurs. Son habillement était tout en drap noir avec de mauvais bas de laine. Pendant quelque temps, il parut prendre intérêt aux débats; mais lorsque le président se préparait à mettre la question aux voix, il dit \ l'oreille de Harrison : «Il est temps , et il le faut;» et, se levant, il ôta son chapeau pour parler à la chambre. D'abord son langage fut poli et même

j flatteur : il devint peu à peu plus animé et plus brûlant; enfiu, il prit toute la véhémence de la

(I) Compare* le rapport de cette enirevue par Whif telork, avec celui de (romwell , dans les écrits de MillOD ! concernant les affaires d'État, 10».

(2; Il est prouvé que les choses se pats retit ainsi, par 1 le récit de Wbitelock, 551 , comparé avec la déclaration des officiers et le discours de Cromwell a son parlement- Haz'eiifj assure aussi qu'ils avaient l intention de se dut soudre. Journal de Bu ton ,iti, 'J8.

HISTOIRE D'ANGLETKRRE.

colère, et s'éleva aux personnalités offensantes. Il accusa les membres d'égoïsme inléres^é, d'impiété, de nombreux dénis de justice, et de fréquents actes de tyrannie; d'avoir idolâtré les jurisconsultes, avocat sconstantsde la tyranuic; d'avoir négligé ceux qui avaient versé leur 1 sang pour eux sur le champ de bataille, afin de se gagner les presbytériens, qui avaient abandonné «la cause,» et d'avoir fait tout cola pour perpétuer leur pouvoir et remplir leur bourse; mais leur temps était venu : le Seigneur lesavait désavoués, et avait cherché des instruments plus dignes pour achever son œuvre. Ici l'orateur fut interrompu par sir Peter Wentworth, qui déclara qu'il n'avait jamais entendu un langage si peu |»arlemenlairc, langage qui était d'autant plus offensant qu'il leur était adressé p;ir leur propre serviteur, qu'ils avaient trop j aimé , et que leur bonté sans exemple avait fait ce qu'il était. A ces mots, Cromwcll remit son chapeau, et quittant sa place, il s'écria : « Allons, messieurs, allons, je vais mettre fin à ce babil. » Pendant quelques secondes, il montra ta plus violente agitaliou : il marcha en avant et en arrière, et puis , frappant le plancher, il ajouta : o Vous n'êtes pas un parlement, vous dis-jc, vous n'êtes pas un parlement; faites-les entrer, faites-les entrer, » Aussitôt la porte s'ouvrit, et le colonel Worselcy entra, suivi de plus de vingt mousquetaires : « Ce n'est pas honnête, s'écriasir Henry Vane; c'est contre toute morale et contre toute honnêteté. — Sir Henry Vane, répliqua Cromwell, le Seigneur me délivre de sir Henry Vane : il aurait pu prévenir cette action; mais c'est un fourbe, lui-même n'a pas d'honnêteté.» Il s'adressa ensuite à Whitclock, sur lequel il répaudil un torrent d'injures : puis, se tournant vers Chatloner : « Voici un ivrogne,» cria- 1- il ; puis vers M a il en et Wentworth : «Voici deux débauchés;» puis, choisissant différents membres l'un apiès la litre. il les désigna corn ue des gens de mœurs i o; rompues et déshonorées, comme la honteet l o!> et du scandale de ceux qui professaient l i.v:ui;;i!( . Vanétanl tout a coup, il se tourna vers les ^irdes, et leur ordonna de faire évacuer la chambre. Aces mois, lecolonel Harrisou prit le président par la main, et l'ola de son fauteuil : Algernon Sydury fui ensuite forcé de qulter son siège; et les aulres membres, a l'ajv '

proche des soldats , se levèrent au nombre de 80, et se dirigèrent vers la porte; alors Cromwell reprit son discours: «C'est vous, s'écria-til, qui me forcez à en agir ainsi. J'ai prié le Seigneur jour et nuit de me faire mourir plutôt que de me forcer à cette action. » L'alderman Allen saisit cette occasion pour dire qu'il n'était point encore trop tard pour défaire ce qu'il avait fait , mais Cromwell l'accusa de malversation et le fit garder. Lorsque tous furent partis, fixant les yeux sur la masse, o Que ferons-nous, dit-il. de ce hochet ? allons, ôtez-le ; » alors, prenant des mains du greffier l'acte de dissolution, il fit fermer les portes, et, accompagné des soldats, il retourna à Whitchall.

Dans l'après-midi, le conseil s'assembla dans le lieu ordinaire de ses séances. Bradshaw venait de prendre le fauteuil lorsque le lord général entra, et leur dit que, s'ils étaient là comme simples particuliers, ils étaient les bienvenus; mais que s'ils s'y regardaient comme conseil d'État , ils devaient savoir que le parlement était dissous, ainsi que le conseil. «Monsieur, répondit Bradshaw, avec la fierté d'un ancien Romain, nous savons ce que vous avez fait ce malin à la chambre, et avant quelques heures toute l'Angleterre le saura. Mais, monsieur, vous vous êtes trompé, si vous avez cru que le parlement soit dissous. 11 n'y a point de pouvoir sur la terre qui puisse le dissoudre que lui-même. Ainsi sachez-le bien.» Après celte protestation, ils se retirèrent (1).

Ainsi périt, par les mains parricides de ses propres enfants , ce long parlement qui, sous différentes formes, avait depuis plus de douze ans défendu et usurpé les libertés de la nation. Il tomba sans combat et sans soupir; il ne fut ni regretté ni plaint. Les membres se retirèrent' chez eux, où ils cherchèrent par la soumission a acheter la clémence de leur nouveau maître; et leurs partisans, s'ils en avaient, se réservèrent dans le silence pour le jour de la vengeance, qui ne vint | as avant que Cromwcll fût dans le tombeau. Les royalistes se félicitèrent d'un événement qui paraissait être une préparation à la restauration du roi; l'armée el la marine

(!) Voyez les différents récit» djui Wuiîelock, 551. I.udl.Av. ii, I ), 23. Journal de Leicesier, 13». Uulchiom»a, 332. Procédures diverses , W M, el Journal de

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