PROTECTORAT
Lrutmrell convoque le petit parlement. - Il le dissrut.
— Il m fait protecteur. — Soumission des royalistes d'Écoste. — Paix avec la Hollande. — Nouveau par ement. — Sa dissolution. — Insurrection en Angleterre.
— Rupture avec l'Espagne. — Trouble» en Piémont.
— Traité avec la France.
(1653) Quiconque a éludié le caractère de Cromwell remarquera quelle peine il prenait pour cacher ses véritables projets à l'œil de ses partisans. Si l'on voulait l'en croire, il n'avait aucune de ces pensées qui tourmentent le cœur des ambitieux. Le sentiment de sa faiblesse l'engageait à craindre la responsabilité du pouvoir; et, à chaque pas qu'il faisait vers son élévation, il affectait de sacrifier ses goûts aux conseils et à l'importunilé des autres. Mais, en dissolvant le dernier parlement, il avait dévié de sa manière ordinaire d'agir: il avait été forcé de se mettre hardiment en avant par l'obstination ou la politique de ses adversaires, qui, depuis douze mois, avaient triomphé de ses intrigues, et se préparaient à faire passer un acte qui lui aurait opposé de nouveaux obstacles. Cependant, après avoir saisi de force les rênes du gouvernement, il lui restait à décider s'il les conserverait, on s'il les donnerait à tenir à d'autres : il préféra ce dernier moyen , car le temps n'était pas encore venu. Il voyait que, parmi les officiers qui se
Persécution pour cause de religion , condamner par la lumière de la nature, la loi de Dieu, et l'évidente de dos propre» principe*,» p. 77 81. Londres, 1052.
(1) Journaux, 1652 , 30 juin. U pétition est dans le • Modérateur chrétien , » p. 50.
soumettaient aveuglément à être les instruments de son ambition , il y en avait beaucoup qui abandonneraient l'idole de leur culie. s'ils lui reconnaissaient le projet de détruire les libertés publiques. Mais, s'il abandonnait pour un moment le pouvoir, c'était en s'assurant l'espérance de le reprendre dans peu sous une autre forme, non pas comme l'ayant obtenu par l'épée du soldat , mais comme l'ayant reçu de l'aveu du parlement.
La sagacité du lord général vit bien que les fanatiques à l'aide desquels il avait renversé le dernier gouvernement n'étaient point des hommes capables de diriger les destinées des trois royaumes. Cependant il crut de son intérêt de les bercer dans leurs folles idées de réforme civile et religieuse, et de se laisser pendant un temps guider par leurs conseils. Leur première mesure fut de publier une apologie de leurs procédés (1). Ils déclarèrent que le long parlement « était incapable de répondre & ce que Dieu, son peuple, et toute la nation, en attendaient;» que si l'on avait souffert qu'il subsistât un jour de plus, il aurait «précipité d'un seul coup dans la poussière les intérêts de tous les gens de bien et de leur glorieuse cause; » qu'en sa place , le conseil d<* guerre «appellerait au gouvernement des hommes d'une fidélité et d'une probité à toute épreuve;» qu'ainsi il requérait les officiers publics et les ministres de se rendre à leurs postes respectifs;» et ils conjuraient ceux qui craignaient et aimaient le nom du Seigneur, de l'avoir toujours prêtent à leur esprit le jour et la nuit dans leurs actions (2). Bientôt ils s'occupèrent d'établir un conseil d État : les uns proposèrent de le composer seulement de dix membres; d'autres, de soixante et dix, sur le modèle du sanhédrin des Juifs; les autres, de treize, a l'imitation de Jésus-Christ et de ses douze apôtres. Ce dernier projet fut adopté comme également en rapport avec les écritures, et plus conveuable. On adjoignit à Cromwell, nommé
(I) Imprimée par Henry Hills et Thomas Brewster, imprimeurs de l'armée, IC53.
(2; Ludlow.ii, 21. Tburliie. i, 289, 305. Sir Henry Vane, après les affronts qu'il avait reçus, reçut l'offre d'une place au conseil; mais il répondit que , tquoiquo le règne des saints fût commencé , il y renonçait jusqu'à ce qu'il allât au ciel. . Tburtoe , i , 265.
HISTOIKK D'ANGLE TKRRE.
lord président , quatre légistes et huit officiers de haut rang ; de sorte que l'armée conserva encore son ascendant , et que le conseil d'État devint en effet un conseil militaire. •
Depuis ce moment, on aurait été embarrassé, pendant quelques mois, de dire où résidait le pouvoir suprême. Quelques juges furent remplacés par d'autres; on nomma de nouveaux commissaires de la trésorerie et de l'amirauté; on continua d'accorder pour six mois la somme mensuelle de 120,000 liv. Cependant ces actes et d'autres semblables, qui semblaient n'être que du ressort de la suprême autorité dans l'État, paraissaient sortir dedifférentes sources, tantôt du conseil de guerre, tantôt du conseil d'État, souvent du lord général lui-même, avec l'avis de l'un ou de l'autre, et quelquefois sans l'avis d'aucun conseil (I).
A celle époque, l'esprit public fut agité par des rumeurs, les plus dénuées de fondement , qui circulaient, et par la défense des projets les plus contradictoires. Un jour le bruit courut que Cromwcll avait offert de rappeler la famille royale, â condition que Charles épouserait l'une de ses filles; le lendemain , qu'il avait intention de monter lui même sur le tronc, et qu'il avait déjà préparé, dans ce dessein , les insignes de la royauté. Ici, on demandait des signatures à une pétition pour le rétablissement de l'ancienne constitution; là, pour un gouvernement par des parlements successifs. Les signataires de quelques adresses déclaraient que la dernière résolution était nécessaire; d'autres demandaient qu'on permît aux membres de retourner à la chambre, dans le seul but de se dissoudre légalement par leur [ propre autorité. Cependant le lord général continuait a porter le masque de l'humilité et de la sainteté: il priait et prêchait avec plus de ferveur que jamais, et sa piété était récompensée, d'après le rapport de ses confidents, par l«s communications fréquentes du Saint- Kapril (2).
Au mois de mai , il passa huit jours en consultations secrètes avec son divan militaire; et
(I) Wbitelock , 5îfi, 557 . 559. Jor- ' ' * " I 112. Merc. polit., n« 157.
fJ) Ttiurlue, i, 2Jf>, 2SU, 306. i
le résultat fut une détermination de convoquer un nouveau parlement, mais un parlement formé sur des principes inconnus dans l'histoire de la nation anglaise ou de toute autre. Ce devait être un parlement de • saints, » d'hommes qui ne se seraient point offerts comme candidats, mais qui auraient été choisis par le peuple, dont le principal titre serait la sainteté de la vie, et dont l'appel aux fonctions de législateur viendrait du choix du conseil. Dans celte vue , les ministres prirent l'avis • des églises congréganistes» dans divers comtés. Les rapports contenaient les noms des personnes fidèles «craignant Dieu et haïssant la convoitise,» qui étaient jugées dignes de cette haute et entière confiance. Ce fut parmi ce nombre que le conseil , en présence du lord général , choisit cent trente-neuf représentants pour l'Angleterre, six pour le pays de Galles , six pour l'Irlande et quatre pour l'Ecosse (1). On envoya à chacun d'eux une sommation , signée de Cromwell, de se trouvera Whitehall à un jour fixé, «pour y être investi de la confiance, et remplir l'office de frère pour quelque emploi particulier. » Le lecteur peut juger de la surprise avec laquelle plusieurs reçurent ces rescrits. Cependant , de ce nombre, il n'y en eut que deux qui refusèrent: la plupart regardèrent celle extraordinaire manière d'élire comme une preuve que leur élection venait du ciel (2).
Au jour fixé, le 4 juillet , ces saints et fidèles personnages, au nombre de cent vingt , se rendirent daus la chambre du conseil de Whitehall. Ils étaient a>sis sur des chaises autour de la table, et le lord général prit place près de la fenêtre du milieu, escorté d'un corps nombreux d'officiers de chaque côté. Il s'adressa à la compagnie; cl ses admirateurs crurent, et lui-même i rut peut-être que «l'esprit de Dieu parlait en lui et par lui. » Après avoir justifié, dans un long discours, la dissolution du der-
(I) TburiVe , i , 395. Compare! la liste des membre! , dans bcatb (350;, avec tes lettre» dam les papiers d'État de Mtlion, 91, 91, 90.
(J) Thurloc, ir 271. Wbitelork, 557. .Ce fui une grande satisfaction , et un grand encouragement pour plusieurs personnes, que leurs noms eussent été présentes , pour remplir celle charge , par les églises et diverses saintes personnes. • Relation cxacie des mesures, clc, du dentier parlement, 165-1 , p. 2.