‹ Histoire d' AngleterreChapitre 236 sur 307 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

nier parlement , il félicita 1rs personnes présentes sur a la haute mission qu'elles avaient à remplir.» Ce n'était pas elles qui l'avaient cherchée; Dieu la leur avait confiée par le choix de l'armée, qui était le canal par lequel, j dans ces derniers temps, ses miséricordes avaient été dispensées à la nation. Il ne voulait point les fatiguer, mais il les priait «d'exercer la justice et la miséricorde,» et « d'être fidèles avec les saints,» quoiqu'ils pussent différer touchant les formes d'adoration. «A mesure qu'il parlait, son enthousiasme s'enflammait, et les visions de l'avenir commencèrent à se découvrira son imagination.» Il avait devant les yeux, s'écriait-il, un merveilleux speciacle. Ils étaient appelés à combattre avec l'Agneau contre ses ennemis; ils étaient arrivés au seuil de la porte, au bout des promesses et des prophéties; Dieu allait retirer son peuple du gouffre de la mer, conduire peut-être les Juifs à leur demeure, hors des îles de la mer. • Dieu, s'écria - 1— il , frappe les montagnes, et elles chancellent. Dieu a aussi une haute montagne; sa montagne est comme celle dcBashan; les chariots de Dieu sont 20,000 anges, et Dieu habitera sur cette montagne à jamais. » A la conclusion de ce discours «grave, chrétien, et convenable à la circonstance , » il plaça sur la table un acte de sa main et scellé de son sceau, qui leur donnait la suprême autorité pour l'espace de quinze mois, à compter de ce jour, et à l'effet de la transmettre à une autre assemblée, dont ils auraient i hoisi les membres par avance (I).

Le lendemain ( 6 juillet) fut consacré par les nouveaux représentants à des exercices de religion, non pas dans des églises de la capitale , mais dans la salle où le dernier parlement avait coutume de tenir ses séances. Treize des plus inspirés d'entre eux prièrent et prêchèrent successivement, depuis huit heures du malin jusqu'à six heures du soir, et plusieurs affirmèrent « qu'ils n'avaient jamais si bien senti l'inspiration et la présence du Christ, dans les assemblées et les exercices de la religion, qu'ils l'avaient sentie en ce jour. » Comme

(I) Mesures, n# 197. Hi*t. pari., xx, 153. Papier» d'État de Mil on , 100. La version de ce dernier me semble plus fidèle que celle qui fui imprimée par ordre.

c'était seulement à sa réputation de sainteté que la majorité des membres devait son élection, le lord général s'attendait probablement à peu d'opposiîion A ses mesures; mais ils ne se funnt pas plutôt appliqués aux affaires, qu'il eut des raisons d'être alarmé de l'activité et de la résolution qu'ils déployèrent. Quoiqu'ils ne fussent pas remarquables par leur opulence, c'étaient des hommes indépendants par leur fortune (1). Les dernières révolutions leur avaient appris à juger par eux-mêmes des questions importantes qui divisaient la nation; et leur fanatisme leur faisant des cas de conscience de leurs opinions, y avait ajouté un caractère d'obstination qu'il n'était pas aisé de faire fléchir. Quanta Cromwell lui-même, ils le traitèrent toujours avec respect : ils l'invitèrent, et avec lui quatre de ses officiers, à se réunir à eux comme membres de leur assemblée, et lui offrirent le palais de Ilampton- Court , en échange de sa maison de Newhall ; mais ils se croyaient les maîtres et le témoignaient ouvertement. Ils dédaignaient de se soumettre aux avis de leurs inférieurs; et s'ils consentaient quelquefois a les suivre , souvent aussi il leur arriva de rejeter les recommandations, et d'amender les résolutions du conseil d'État.

Un des premiers objets qui fixèrent leur attention fut une discussion dans laquelle le lord général , malgré tout son pouvoir, fut vaincu par la hardiessed'un simple particulier. Au moment môme où il espérait recueillir le fruit de sa dissimulation et de ses intrigues, il se trouva inopinément en face de l'intrépide et entreprenant démagogue qui, au début de la république, avait animé les soldats contre lui, et publiquement démasqué son ambition. Lilburne avait, lors de la dissolution du long

(I) Ils ont élé généralement représentas comme det hommes de métier et sans éducation ; et parce que l'uu d'eux, Praise-God-Barebone, éuil un marchand de cuir de Fleet Street , leur assemblée reçut la dénomination vulgaire de • parlement de Barebone. • Heath , 350. lia été cependant observé par l'un d'eux, «que si tous n'avaient pas une grande fortune , cependant ils jouissaient d'une existence indépendante, n'ayant ni des affaires assez dérangées , ni des dettes asseï considérables pour avoir besoin de prinléne ou de protection f ainsi qu'il arrivait au lemps pissé. ■ Exacte r.lalioD , 19 Voyez aussi Whiteloik, 559.

HISTOIRE D'ANGLETERKli.

parlement, demande à Cromwell la permission de revenir de son exil. Ne recevant point de réponse, il revint à ses risques et périls ( 15 juin), et, le lendemain de son arrivée dans la capitale, il fut mis à la prison de Ncwgale. Cette affaire semblait pouvoir être, en toute sûreté, confiée à la décision d'un jury. Son retour du bannis* sèment était une félonie, et l'identité de sa personne était indubitable; mais ses anciens partisans ne l'abandonnèrent pas dans ce moment critique. Des pétitions, couvertes de plusieurs milliers de signatures, furent présentées pour que Ion ajouruât la cause jusqu'à la rentrée du parlement; et Cromwell, qui n'était * peut-être pas fâché d'en rejeter l'odieux sur celte assemblée , y consentit. Lilburne adressa une requête au nouveau parlement : sa femme en fit autant ; les amis qu'il avait dans les comtés voisins firent des pétitions; les apprentis de Londres firent non-seulement des pétitions, mais encore des menaces. Cependant le conseil soumit à la chambre les dépositions des témoins et des dénonciateurs, portant que Lilburne, pendant son exil, avait intrigué avec les royalistes contre la république (1); et le prisonnier lui-même, par la violence des écrits qu'il publia, accrut l'irritation des membres. Ils refusèrent d'intervenir, et il fut mis en jugement a la session des assises (13 juillet). La, au lieu de plaider au fond, il fatigua ses accusateurs pendant cinq jours entiers, réclamant la grande charte et les droits des Anglais, alléguant, contre l'accusation, des fins de non- recevoir, et demandant son renvoi, ou la spécification de l'acte par lequel il était banni, du jugement sur lequel cet acte était fondé, et des charges qui avaient motivé ce jugement. La cour fut embarrassée: elle ne savait comment refuser; car ce qu'il demandait était de droit et nécessaire à sa déren.se. D'un aulre côté, elle était dans l'impossibilité de l'accorder, parce que ces pièces n'existaient nulle part.

Apres un ajournement aux prochaines assises, on employa deux jours (11 aoûl) à discuter les

(I) Il paraît, d'api es les lettres de Clarendon , écrite* a cette époque , que Lilburne élait eu liaison intime avec Buckiiiuham , et que celui-ci comptait beaucoup sur lui pour servir la cause royale; taudis qu'au contraire, Llirendon pensait qu'il ne ferait rien pour elle, et que uackincham Déferait guère plus. Claiciulon.iir, 75, 79.98.

fins de non-recevoir du prisonnier, et ton droit au renvoi de la plainte. Enfin, sur la menace que fit la cour de passer outre, il plaida de sa « non-culpabilité. » Les débals durèrent trois jours. Ses amis, au nombre de plusieurs mille, y furent constamment présents, et le bruit courut que plusieurs centaines d'entre eux s'étaient armés, afin de pouvoir le délivrer s'il élait condamné. On fit même circuler des papiers annonçant que, s'il élait mis a mort, 20,000 individus périraient avec lui. Cromwell avait, pour encourager la cour, placé deux compagnies de soldats à sa proximité; il avait aussi canlouné trois régiments d'infanterie et un régiment de cavalerie dans la cité , et en outre donné l'ordre a plusieurs corpsde troupes de marcher sur la capitale. Les détails de ce procès sont perdus. On sait seulement que les accusateurs furent satisfaits d'avoir fait connaître que Lilhurne était la personne dénommée dans l'acte; que la cour recommanda au jury de ne répondre que sur ce fait ; ei que le prisonnier, dans sa défense, qui fut longue cl trèsanimée, nia que le dernier parlement eût le droit de le bannir, parce que ses pouvoirs avaient légalement cessé à la mort du roi, et parce que la chambre des communes n'était point une cour de justice ; qu'il soutint aux membres du jury qu'ils étaient juges de droit autant que de fait; qu'à moins qu'ils ne le crussent coupable de crime, ils ne pouvaient pas, en conscience, donner une réponse qui le conduirait à la potence; qu'un acte du parlement, évidemment injuste, élait essentiellement nul, et ne pouvait servir d'excuse à des hommes qui décidaient sous la loi du serment. Vers une heure avancée de la nuit (20 août ), le jury le déclara a non coupable, s et les cris de triomphe, répétés et prolongés par ses partisans, vinrent frapper l'oreille de Cromwell à Whitehall.

L'inlcnlion du lord général n'était cependant point de laisser échapper sa victime. L'examen des juges et des jurés devant le conseil (22 aoûl\ ainsi que la copie certifiée de certaines expressions insultantes que Lilburne avait employées dans sa défense, furent mis sous les yeux de la chambre, et l'on en obtint un ordre pour que, nonobstant son absolution, il fût enrermé à la Tour (27 août) , et que l'on n'eût aucun égard aux ordres de mise en liberté

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