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CHAPITRE XVII

( 1656) Les Vaudois étaient des montagnards robustes, obstinés, et à demi civilisés, dont les passions s'allumaient promptement, et dont les résolutions étaient aussi violentes que subites. Ils se soumirent d'abord au jugement rendu par Gastaldo; mais ils envoyèrent à Turin des députés pour faire des remontrances. Au bout de quelques jours, un jeûne solennel fut proclamé ; les pasteurs excommunièrent tout individu qui vendrait ses biens dans le territoire en litige ; les habitants des vallées sous la domination du roi de France se réunirent à ceux des vallées appartenant au duc de Savoie ; ils se lièrent par serment à se prêter secours pour leur défense mutuelle, et envoyèrent des messagers pour demander aide et conseil à l'Église de Genève et aux cantons protestants de la Suisse. Ces démarches alarmèrent le marquis de Pianeze , premier ministre du duc ; et , pour supprimer la confédération naissante, il marcha avec des troupes , réduisit la Torre , où les insurgés avaient mis une garnison de 600 hommes, et, après avoir offert le pardon à tous ceux qui se soumettraient , il cantonna ses troupes à Bobbio, Villaro, et dans la partie basse d'Angrogna. On avait promis de les recevoir paisiblement ( 1656, 7 avril); mais les habitants s'étaient déjà retirés dans les montagnes avec leurs troupeaux et leurs vivres, de sorte que les soldats ne trouvèrent que les murs. Des rixes eurent bientôt lieu entre les deux partis, chaque insulte excitait des représailles, et le désir de la vengeance 6t naître I une guerre d'extermination. Mais la troupe eut en général l'avantage, et les habitants furent contraints de se réfugier au sommet des plus hautes montagnes, ou de chercher un asile dans les vallées du Dauphiné, parmi des gens qui avaient les mêmes mœurs et la même religion (1).

• Histoire des Église» évangéliques dans les vallée* du Piémoot , • p. 303. Les motifs de ce décret sont a la page 408 , les objections a la page 423. Voyei aussi Siri , xv, 827,830.

(1 ) Siri , xt, 827-833. Il serait difficile de décider par qui , après la prise de la Torre, le premier sang fut répandu «ans nécessité , et auquel des deux partis on a te plus à reprocher de cruautés. Les autorités de part et d'autre sont intéressées , et par conséquent suspectes; Ion provocations que les uns allouent sont niées par les autres; et l'on oppose, aux ratages que le» troupes eier-

Dcs relations de ces événements, remplies d'exagérations et de détails incroyables , furent transmises aux divers États protestants par les pasteurs de Genève. Elles représentaient le duc de Savoie comme un prince bigot et intolérant; les Vaudois, comme un peuple innocent, dont le seul crime était son attachement à la foi réformée. Elles imploraient les puissances protestantes pour qu'elles prissent la défense de leurs frères persécutés, et demandaient des secours d'argent pour sauver de la famine ceux qui avaient échappé au tranchant de l'épée (1). Leur cause fut plaidée ( mai ) en Angleterre par la presse et en chaire; un jeûne solennel eut lieu, et les sentiments du peuple furent portés jusqu'à l'enthousiasme. Les ministres en corps se rendirent auprès de Cromwell pour recommander les Vaudois à sa protection ; les armées d'Écosse et d'Irlande présentèrent des adresses, exprimant qu'elles étaient disposées à répandre leur sang pour une si sainte cause; et les gens de toute classe s'empressèrent de contribuer à la défense des protestants piémontais. On observa que, parmi ceux qui travaillaient à enflammer les préjugés du peuple, nul ne fut plus actif que les deux ambassadeurs d'Espagne , et Stouppe , pasteur de l'Église protestante française de Londres (2). Les premiers s'étaient longtemps évertués pour

c«reni a Anfirorjna et à laicerna, le massacre dos catholiques à Perouta et à Saint-Martin. On peut consulter, en faveur des Vaudois, Léger, . Dist. gén. des Églises évanfiéliques , »etr. (célaitun des principaux instigateurs de ces troubles) ; Stouppe, • Collection des divers papiers envoyés à S. A„ . etc., a Londres , 1855. SubaxuiitnxU in reformatant religionem persecuiionis brevit narratio ; Londini , 1655. Morland, 326-384 , et les pièces dans Tburloe, m, 361,384 , 412 , 416 , 430 , 444 , 4^,538. Contre eux : une «Courte et véridlque Relation des derniers troubles, arec quelques réflexions sur la collection des papiers de M. Stouppe , • 1655. Morland , 387-404. Siri , xr. 827-848 , et Thurioe , m , 413 , 464, 475 , 490, 602,535, 636,617,626,656.

(1) L'inexactitude de ces relations est avouée par Morland, ai;ent du protecteur, dans une lettre confidentielle adressée au secrétaire Tburloe. « La plus grande difficulté que je trouve, dit-il, est relative aux faits, a l'époque du commencement des troubles, et pendant la durée de la guerre. Car je vois , après des recherche» attentives, que plusieurs des écrits et des livres publiés à ce sujet, même par les pasteurs des vallées, sont incomplets, quant a plusieurs détails , et non conformes 1 la vérité dans beaucoup de choses. • Tburloe, iv, 417

(2) Tburloe, m , 470, 680. Siri , xv, 468.

HISTOIRE IVANGIJTERRE.

cm pêcher la conclusion du traité avec la France ; et maintenant ils croyaient atteindre leur but parce que la Savoie était 1 alliée de la France, et que les principale» cruautés avaient été commises, à ce que l'on disait , par des troupes détachées de l'armée française (I).

Ces événements ouvraient une perspective Hideuse A la vanité de Cromwell. Il avait , par .son usurpation, perdu tout droit au titre de champion des libertés civiles; il pouvait encore se présenter à l'Europe avec le titre plus auguste de protecteur de la foi réformée. Son premier soin fut de faire promettre par Stouppe son appui aux Vaudois, et de leur offrir de les transplanter en Irlande et de les établir sur les terres des catholiques. La première de ces offres fut acceptée avec des expressions de reconnaissance , et la seconde refusée avec respect (2). Il pria ensuite le roi de France de se joindre à lui comme médiateur entre le duc de Savoie et ses sujets des vallées. On lui répondit que Louis avait déjà offert ses bons offices, et qu'il en espérait un résultat favorable. Enfin, il envoya Morland en ambassade à Turin (juin), où il fut reçu avec honneur et entretenu aux frais du duc; mais on répondit à son mémoire en faveur des Vaudois, que la pièce sur laquelle il établissait leur défense n'était point authentique; et quand il offrit la médiation de Cromwell , on lui dit que les détails de la pacification étaient entièrement référés à Servien, ambassadeur de France (3).

Cromwell avait signifié son intention de retarder la signature du traité avec la France, jusqu'à ce qu'il connût l'opinion de Louis au sujet des troubles du Piémont. Bordeaux se plaignit de ce nouveau prétexte (2i mai} : il

(1) Pianeze avait sou* ses ordres quelques troupes détachées de l'année française, commandée par le prince Thomas de Savoie : le bruit courut qu'un régiment de papiste» irlaudais faisait partie de ce détachement ; et c'est a eux qu'on attribuait (comme de droit) lot plus horribles cruautés. Lé^er, m. Stouppe, préface. Thurloe, 1H.4I2, 459, 4 0. Après avoir pris de» reiiKeiijnements, on sut que les Irlandais prétendus élaieul Anglais. • Le M>i-disant réj;nuent iiiauda1» qui s'y trouvait était celui du comte de Bristol , tres-taible et presque entièrement composé. d'Au^Ui». Je ne sache point qu'on leur lasse les reproches que vous alléguez. • Thurloe, m, 50.

{2} Thurloc. m, 159.

(3, Tlmi !oe , ôUS, G08, C30, C^O, 172. Siiï , ibid.

soutint que cette question était tout à fait étrangère à l'objet du traité; que le roi de France ne se mêlerait jamais de l'administration intérieure d'un État indépendant ; que le duc de Savoie avait autant le droit de faire des lois pour ses sujets protestants, que le gouvernement anglais pour les catholiques des trois royaumes; et que les Vaudois étaient réellement des rebelles, qui avaient justement encouru le ressentiment de leur souverain. Mais Cromwell ne se laissa point détourner de son dessein. Ce fut en vain que l'ambassadeur demanda une réponse définitive (18 juin); qu'il réclama une audience de congé avant son départ (21 juin). Il fut enfin soulagé de son inquiétude (20 août) , en recevant l'ordre d'annoncer que le duc, d'après la prière du roi de France , avait accordé une amnistie aux Vaudois, et confirmé leurs anciens privilèges; que ce bienfait avait été reçu avec reconnaissance par les insurgés, et que les habitants des vallées, protestants et catholiques, s'étaient rapprochés, qu'ils s'étaient embrassés avec larmes, et avaient juré de vivre en amitié perpétuelle. Celte nouvelle inattendue fut accueillie par Cromwell avec une froideurqui trahit son mécontentement (I). Mais si cette pacification déconcertait les projets qu'il méditait (2), clic augmenta sa réputation aux yeux de l'Europe; car il élait évident que les Vaudois devaient les conditions favorables qu'ils obtinrent (8 août) , moins à la bonne volonté de Louis , qu'à son désir extrême d'ôter tout prétexte à l'intervention future du protecteur (3).

Cependant Cromwell , malgré le rétablissement de la tranquillité en Piémont, ne voulut

(1) Thurloe, m, 409 . 470 , 475 , 535 , 568 , 706,721, 712,715. Jiiri, xv, 843.

(2) Les cantons suisses protestants avaient envoyé le colonel Me y en Angleterre , offrant de lever une année pour secourir les Vaudois, si t-rotuwell voulait fournir un subside de 10,000 liv. slerl. par mois ^Siri, Mercurio, xv, 472). Kn conséquence, Downinu fut envoyé vers cl* ca. lions; mais la pacification était déjà conclue; et, lors de sou arrivée à Genève, il reçut l'ordre, en date du 30 août , de revenir immédiatement (Thurloe , m, &J2 , 094; îv, 31). Ce projet ne fut pourtant point abandonné , mais il fut cojifié à Morland , qui reMa à Genève, pour distribuer l'argent de l'Angleterre. Ou peut voir ses instructions secrètes, ibid. p. 320.

Ou peut voit le» conduit»!* <Wf NurWn bal

point encore conclure le traité qu'il ne se fût assuré quelle impression avait faite sur le roi d'Espagne la dernière tentative sur tlispaniola. Philippe , déjà engagé dans une guerre avec la France, ne voyait qu'avec peine un si puissant adversaire au nombre de ses ennemis; mais l'insulte était si flagrante, si injuste, si gratuite, qu'il ne pouvait la passer sous silence qu'en souscrivaut à sa propre dégradation. Il se plaignit, en termes pleins» de dignité (1er septembre), de l'ingratitude et de l'injustice du gouvernement anglais; il compara à cette conduite sa propre adhésion scrupuleuse tant a la lettre qu'à l'esprit du traité qui existait entre les deux royaumes; il ordonna que tous les vaisseaux, toutes les marchandises, et tous les sujets de la république, fussent saisis et retenus dans toutes les parties de ses Étals, et donna l'ordre à son ambassadeur à Londres de faire des remontrances et de prendre coogé (1). Le lendemain de la délivrance du passe-port à don Alonzo (24 octobre), Cromwell consentit à signer le traité avec la France. Il y était réglé que les hostilités maritimes qui, depuis si longtemps , entravaient le commerce des deux nations, cesseraient; que les relations île commerce et d'amitié seraient renouvelées; puis, par un article secret, que Barrière , agent du prince de Condé, et neuf autres Français, également odieux au ministère français, seraient exclus à perpétuité du territoire de la république; et que Charles Stuart, son frère le duc d'York, Ormond, Hyde, et quinze autres suivants du prince exilé, seraient de même exclus du royaume de France (2).

Dumoot, ti, part, h, p. 114; et Léger, 210. La souscription pour les Vaudoii , de laquelle 2,000 lir. «erl. furent donnée* par le proteeleur, montait à 38,228 lir. sterl. A sbelliogs 2 d. Sur celte tomme , 25,828 lir. st. 8 «h. 9 d. furent envoyés 1 diverse» époques dans le* vallée* ; 463 lir. st. 17 sb. furent employé* eu frais; et environ 500 lir. st se trouvèrent être de monnaie rognée ou fausse. Journ., Il juillet 1569.

(1) Thurloe, ti, t9,20, 21, 82, 91.

(2) Dumoot, vi, part, u, p. 121. Dans le corps du traité, ni le roi , ni le protecteur ne sont nommés : tous les articles sont stipulés entre la république d'Angleterre et le royaume de France. Cependant le roi de France est mentionné daus le préambule, et même le premier, mais non pas comme prétendant à aucune supériorité ; car il y est simplement dit que le roi très-chrétien envoie son ambassadeur en Angleterre , et que le très-séréuissime

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