CHAPITRE XVII
de Gibraltar, où les autorités espagnoles lui avaient fait force civilités. De li, il entra dans la Méditerranée , s'empara , sous prétexte de représailles, des bâtiments français, soit de l'État, soit du commerce, et chercha, mais en vain , la flotte du duc de Guise. Tournant ensuite vers le sud, il parut devant Alger, et arracha à cette régence une promesse illusoire de respecter le pavillon épiais (1655, 10 mars). D'Alger, il se rendit à Tunis. \jt dey répondit à ses sommations : «Qu'il s'empare, s'il le peut, de la Goulctte, de Porlo-Ferino , et de ma flotte.» Blake s'éloigna, puis revint a ('improviste à Porto-Ferino (18 avril), éteignit le feu du château , entra dans le port , et brûla la flottille, composée de 9 bâtiments de guerre. Cet exploit engagea le dey de Tripoli à acheter la paix par une soumission apparente; son collègue de Tunis jugea prudent de suivre son exemple, et le châtiment de ces pirates donna un nouveau lustre à la gloire du protecteur. Il restait cependant encore à remplir le grand et secret objet de cette expédition, savoir: la prise de la flotte de la Plata, chargée des trésors des Indes; mais Blake fut contraint de rester si longtemps devant Cadix , que les Espagnols découvrirent son dessein, et quoique Philippe affectât de croire le protecteur incapable d'un projet si honteux, il permit aux négociants d'armer pour la défense de leurs propriétés. Plus de 30 bâtiments furent montés par des volontaires : ils sortirent de Cadix sous les ordres de don Pablos de Contreras (15 août), et restèrent quelques jours en vue de la flotte anglaise ; mais Pablos eut soin de ne faire aucune insulte; et Blake, ayant relu ses instructions , ne crut pas devoir commencer l'attaque. Après une croisière longue et ennuyeuse, il apprit que les galions dont il voulait faire sa proie étaient retenus dans le port de Carthagène , et il revint en Angleterre avec un esprit mécontent et une santé délabrée. Cette expédition avait manqué son principal but; mais comme on ne l'avait jamais avoué, le peuple crut devoir se réjouir des lauriers acquis par la destruction de la flotte de Tunis, et de la leçon qu'avaient reçue les pirates de la côte d'Afrique (1).
(I) Voyez particulièrement les lettres de Blake dans
L'autre expédition consistait en 30 voiles, sous les ordres de l'amiral Pcnn, et portait 3,000 hommes de débarquement, commandés par le général Venables (1655, 20 janv.). Elle resta plusieurs semaines dans les Antilles anglaises, et, par l'appât du pillage, réunit â ses étendards quelques colons et ufle multitude de royalistes anglais, écossais, et irlandais, qui y avaient été déportés comme prisonniers de guerre. Lorsqu'elle atteignit l"lle d'Hispaniola (Saint-Domingue), Venables avait 10,000 hommes sous ses ordres, et si la flotte fût entrée hardiment dans le port de Saint-Domingue, on pense que la ville , non préparée à la résistance, se serait immédiatement rendue. Mais la plus grande partie de l'armée avait débarqué a une pointe éloignée d'environ 40 milles (14 avril); l'espoir des soldats fut trompé par une proclamation qui déclarait le a butin propriété de la république;» la longueur de la marche, la chaleur du climat , la rareté de l'eau , ajoutèrent au mécontentement général, et près d'une quinzaine s'écoula avant que les assaillants pussent approcher de la place. Leur marche (25 avril) se faisait à travers un bois élevé et touffu ; et la tète de la colonne arriva tout â coup en face d'une batterie qui enfilait la route â une grande distance. Dès la première décharge , les soldats qui la composaient se jetèrent en arrière sur un régiment d'infanterie; celui-ci , participant à cette terreur panique, se précipita sur un escadron de chevaux : et tandis que l'infanterie et la cavalerie étaient ainsi pèle-méle dans une confusion irréparable, les tirailleurs espagnols entretinrent un feu des plus destructifs, de derrière les arbres qui bordaient la route. Après de longs efforts, le bois fut nettoyé par un corps de matelots qui servait dans l'infanterie, et la nuit mit fin â l'action, dans laquelle 1,000 hommes avaient péri. Le lendemain , les Anglais se retirèrent dans leur camp, à 10 railles environ de la ville.
Venables tint alors un conseil d'officiers qui, après avoir invoqué le Seigneur (28 avril),
Tburloe,in,232,390,54l,6ll,620,7l8;iv, 19. Il se plaint amèrement du mauvais état de set vaisseaux , et des privations auxquelles la négligenccdes coimninsaires de la marine expote ses équipaoes. Voyez aussi les instructions que le protecteur lui avait données. Thurloe , 1,724.
décidèrent de purger l'armée. Quelques-uns des fuyards furent pendus; l'officier qui commandait la téte de la colonne fut cassé ei envoyé sur le vaisseau servant d'hôpital, pour y soigner les malades ; les femmes de mauvaise vie qui avaient suivi l'armée furent arrêtées et punies , et un jeûne solennel fut proclamé et observé. Mats ni le jeûne, ni les prières, ni les purifications, ne purent relever le courage des soldats, humiliés par la défaite, affaiblis par les maladies, et forcés de manger les chevaux de la cavalerie. L'entreprise fut abandonnée; mais, à leur retour (3 mai), les deux commandants firent une descente dans l'Ile de la Jamaïque (10 mai). Les planteurs espagnols, au nombre d'environ 500, s'enfuirent dans les montagnes; une capitulation s'ensuivit, et cette île fut cédée à l'Angleterre. Si l'on avait pu prévoir dès lors son état florissant à une époque future, cette conquête aurait pu consoler la nation de l'échec d'Hispaniola et de la perte éprouvée dans cette entreprise-, mais l'acquisition de la Jamaïque semblait alors de peu d'importance: le mauvais succès de l'expédition faisait blâmer les principes d'après lesquels on l'avait entreprise; et Cromwell, honteux et mortifié ( juillet ), déchargea son dépit sur Penn et Yenables , qu'il fit mettre à la Tour aussitôt leur arrivée (l).
(1656) Bien des gens regardaient comme une faute politique, que le protecteur, déterminé à rompre avec l'Espagne, n'eût point essayé de vendre ses services au plus grand ennemi de l'Espagne, le roi de France. 11 négligea , par
(t) Lettre» de Carte, h, 46-52. Tburkw, m, 501, 509, «89 , 755; iv, 28. Bâtes, 367. Pean et Venables, ayant donné leur démission, furent élarol*. Couocil Book, 1055, 26, 31 oct. Il parait, d après les pièces rapportées dans Tburloe, que Cromwell donnait beaucoup de soins à la prospérité des colonies des Indes occidental A», les jugeant propres a fournir des facilités pour attaquer dans la suite le continent américain. Pour accroître leur population , il arait , comme on l'a déjà dit, enlevé de force 1,000 jeunes filles m Irlande, elles avaii envoyées à la Jamaïque : en 1656 , pendant que Sap.redo était a l.oudres, le protecteur fil arrêter, dans les mêmes vues, toutes les femmes de mauvaise vie, et en embarqua 1200 pour la Barbade. • Uo veduto prima del mki «partire piu squadre di soldai i andar per Londra cer-
• cando donne di allcgra viia, imbarcandone 1200sopra « tre vascelli per irajjiltarle ail' isola, a fine di far pro-
♦ pagazione. » Sagredo , Mm.
I des motifs qui n'ont jamais été connus, de tirer parti de celle circonstance: au lieu de presser, il semblait soigneux de retarder la conclusion du traité avec cette puissance; à chaque concession qu'on lui faisait, il élevait des prétentions nouvelles et exorbitantes, et, comme s'il eût voulu prévaloir en intimidant, il donna l'ordre à Blake de ruiner le commerce français dans la Méditerranée. Louis fut piqué au vif de ces insultes ; mais son orgueil céda à ses intérêts: on trouva des expédients pour satisfaire à toutes les demandes du protecteur ; et l'époque était enfin fixée pour la signature du traité, lorsqu'un événement vint fournir de nouveaux prétextes de retards : cet événement était ce que les protestants appellent «le massacre,» et les catholiques, a la révolte» des Vaudois.
Vers le milieu du xuie siècle, la doctrine singulière des «pauvres de Lyon «avait pénéirédansles vallées du Piémont, où elle se conserva dans le silence jusqu'à l'époque de la réforme, et fut alors, en grande partie, remplacée par celle q'te l'on enseignait publiquement à Genève. Le duc de Savoie avait, par des Charles successives , confirmé aux indigènes le libre exercice de leur religion, à condition qu'ils se renfermeraient dans leurs anciennes limites (1). Mais on se plaignit de ce que plusieurs habitants d'Angrogna abusaient de leurs privilèges pour former des établissements dans les plaines, et y exercer leur culte; et la conr de Turin, fatiguée des rapports contradictoires des parties opposées, référa la décision de cette dispute au jurisconsulte Andréa Gastaldo. Après les avoir écoutées patiemment (1655, 19 juin), celui-ci prononça un jugement définitif, par lequel il déclara que Lucerna et quelques autres lieux étaient hors des limites primitives, et ordonna que les intrus se retireraient, sous peine de confiscation et de mort. On leur accorda néanmoins en même temps la permission de vendre à leur profit les terrains qu'ils avaient plantés, quoique,
j d'après la loi , ils fussent devenus la propriété
i du souverain (2).
(1) C'étaient les quatre districts d'Angrogna, Villaro, Bnbbio, et Horata (Siri , del Mercurio, overo HLstoria de' correnti tempi; Firense, 1082, loin, xv, p. 827).
(2) Le décret de Gastaldo se trouve dans Morland ,