CHAPITRE XVIII
Pauvreté et caractère de Charles Stuart. — Guerre avec l'Espagne. — Parlement. — Membres exclus. — Punition de Naylor. — Proposition de faire Cromwell roi — Son hésitation et son refus. — Nouvelle constitution.
— Syndercomb. — Saxby. — Alliance avec la France.
— Parlement composé des deux chambres. — Opposition dans la chambre des communes. — Dissolution.— Réduction de Dunkerque. — Maladie du protecteur. —
— Sa mort et son caractère.
(1666) Le lecteur sait que le jeune roi d'Écossc, après sa fuite de Worcester, était retourné à Paris, défait, mais non sans gloire. L'ardeur et le courage qu'il avait montrés semblaient promettre pour l'avenir de nouvelles tentatives plus heureuses ; et les aventures périlleuses dont il avait élé le héros jetaient un intérêt romanesque sur le caractère du royal exilé. Mais à Paris, il se trouva sans argent et sans crédit , ayant à sa suite une troupe de fidèles serviteurs que leur indigence condamnait aux plus dures privations. Sa mère Henriette, bien peu riche elle-même, le reçut dans
lord protecteur nomme des commissaires pour les recevoir. Quand le traité fut soumis a Bordeaux , avant qu'il le signât , il découvrit un changement dans le titre deson souverain , • rex Gallorum * ( le même titre adopté depuis par l'Assemblée nationale ), au lieu de . rex Galliarum , et refusa d'abord . a cause de cela, de signer. Apre* une longue contestation , il céda aux arguments de l'ambassadeur de Hollande. Thurloe , iv, 115.
sa maison et à sa table ; au bout de six mois, le roi de France lui fit une pension mensuelle de 6,000 francs (I); à cela venaient sajou 1er les secours éventuels fournis par la fidélité de ses pari ..^ns d'Angleterre, etsa part dans les prises faites par les corsaires sous son pavillon (2). Toutefois, avec toutes ces ressources, il pouvait à peine satisfaire les plus pressants besoins de ses créanciers , et donner de temps en temps quelques secours aux serviteurs les plus près de sa peronue. On voit , dans leur correspondance particulière, que les plus favorisés d'entre eux ne savaient comment se procurer de la nourriture et des vêtements (3).
Cependant , tout pauvre qu'il était, on avait conseillé à Charles de conserver le nom et l'apparence d'une cour : il avait son lord garde des sceaux , son chancelier de l'échiquier, ses conseillers prives , et la plupart des officiers qui font partie d'un établissement royal. L'ardeur avec laquelle ces dignités nominales étaient recherchées par les exilés, les intrigues qu'ils employaient pour les obtenir, offrent des scène-- propres à exciter le sourire ou la pitié d'un spéciale ar indifférent. Mais nous ne devons pas oublier que c'étaient les seuls objets restés accessibles à l'ambition de ces hommes; que des émoluments bien faibles, mais désirables pour leur pauvreté, y étaient attachés ; et qu'ils y trouvaient le gage de faveurs d'une plus grande valeur a la restauration du roi, événement que les royalistes ardents croyaient
(1) Clarend., m , 411. Treuie franc» équivalaient à une livre a»G<aiie.
(2) Son droit était d'un quinzième, celui du duc d'York, comme amiral, d'un dixième. Voyez une correspondance, presque uniquement sur ce sujet, entre Kir Edward llyde et sir Richard Browne. Mém. d'Evrlyn , v, 241 et •eq.
(3) Clarend., Pap , m, 120, 12t. ■ Je ne sache pa» que personne soit encore mort , faute de pain , ce dont je suis vraiment étonné. Je suis »ûr que le roi doit tout ce qu'il a mangé depuis le mois d'avril ; et je ne connais pas un de ses serviteurs qui ait une pistole dans sa poche. Nong sommes cinq ou six qui faisons ensemble un repas par jour pour une pistole par semaine : mais tous nous devons Dieu sait combien de semaines à la pauvre femme qui nous nourrit.. Clarend, Pap, m, 174; 27 juin 1654. «Je manque de souliers et de chemises, et le marquis d'Ormond n'est pas plus heureux que moi. En quoi pouvonsnous donc aider nos amis?. Ibid., 229; 3 avril 1054. Voyez aussi les Lettres de Carte , u , 461.
toujours prochain , quelque éloigné qu'il pût paraître aux autres (1).
Parmi ces compétiteurs , il y en avait deux qui obtinrent bientôt et qui conservèrent longtemps la confiance royale : le marquis d'Ormond et sir Edward Hyde. Ormond devait cette distincliou à l'illustration de sa famille, à l'immense fortune qu'il avait perdue pour la cause royale, à ses longs quoique malheureux services en Irlande, et à la haute estime qu'il avait inspirée au feu roi. Hyde était supérieur à tous ses collègues en talents et en capacité. Charles Ier l'avait désigné pour être chancelier de l'échiquier et conseiller du jeune prince; et le fils , dans la suite , avait confirmé par son propre choix celui de son père. Hyde avaitbeaucoup d'ennemis, soit qu'il s'en fût fait par son caractère violent et impérieux , soit que des solliciteurs malheureux, connaissant son influence sur le roi , eussent attribué à ses conseils le rejet de leurs demandes ; mais il savait bien se défendre : les intrigues ourdies pour lui enlever l'oreille du roi furent déjouées par son adresse , et les accusations d'infidélité et de trahison dirigées conlre lui furent victorieusement réfutées, au point de couvrir l'accusateur de honte et de confusion (2\
Les espérances qu'avait fait naître la conduite de Charles en Angleterre ne tardèrent point asévanonir. Il semblait oublier ses trois royaumes au milieu des amuseme nts de Paris. Les plaisirs absorbaient toute son attention ; c'était avec peine qu'on pouvait l'engager à s'occuper d'affaires; et s'il promettait de consacrer quelques heures tous les vendredis à écrire des lettres et à signer des dépèches, il trouvait souvent de bonnes raisons pour se délivrer de cet ennui (3). Mais ce qui désespérait surtout ses conseillers, c'étaient le nombre et la publicité de ses amours, et en particulier l'extrême bassesse d'une femme qui. par ses artifices, s'était emparée de son affection, et qui, par son effronterie, maîtrisait son caractère facile : c'était Lucie Walters ou Barlow,
(1) Papiers de Clarend., m, 81, 99, 103, 131. 16J, 179, 187, et passim. Clarend . Histoire, m , 431. 415. 453.
(2) Clareudon, ni, 138, 510, 515, 510. OEivre* de Lansdowne, u, 236-241 ;cilé par Hircis, iv, 153. Papier* de Clar., ni , 84, 92, 138 , 188, 200, 229.
(3) Ciarend., Pap., m, 159, 170.