CHAPITRE XVII I
mère d'un enfant qui fut depuis le célèbre duc de Montroouth , et dout Charles se croyait le père(l). Ormond et Ilyde travaillèrent à rompre celle houleuse liaison : ils représentèrent au roi le lort qu'elle faisait à la cause royale en Angleterre, où Ton tenait tant à ce que 1rs apparences au moins fussent sauvées; et, après quelques séparations temporaires, ils persuadèrent à Walt ers d'accepter une pension annuelle de 400 livres, et de se retirer avec son fils dans son pays natal (21 janvier). Mais Cromwell la renvoya en France , et elle revint à Paris (16 juillet), où ses débauches lui firent perdre la faveur du roi et abrégèrent sa propre vie. Son fils fut retiré de ses mains par lord Crofts, et confié aux soins des oratoriens de* Paris (2).
Mais si Ton ne pouvait guérir Charles de son ardeur pour les plaisirs, il se montrait un élève docile sur l'article de la religion. D'un côté les catholiques, de l'autre les presbytériens , le pressaient par leurs lettres et leurs messages, d'embrasser leurs cultes respectifs. Les premiers assuraient qu'il ne pouvait recouvrer sa couronne que par le secours des souverains, catholiques, et qu'il n'avait point de raison d'espérer ce secours tant qu'il ferait profession d'être membre d'une Église qui avait si longtemps persécuté les catholiques anglais. Les autres se représentaient comme tenant dans leurs mains la destinée du royaume : ails étaient royalistes de cœur; mais comment pouvaient-ils se déclarer en fa-
(1) Elle avait été d'abord la maîtresse du colonel Robert Sydney, et son fils ressemblait tant a cet officier, que le duc d'York regarda toujours Sydney comme son père. Vie de Jacques , i , 591. Jacques , dans ses instructions à son fils, dit : «Tous ceux qui le connaissaient avaient comme moi les plus fortes raisons de croire qu'il n'était pas (ils du roi. mais de Robert Sydney.» Papiers de Macpberson, i, 77. F.velyn appelle Rarïow tune créature brune, belle, effrontée, mais insipide.» Journal , n,ll.
(2) Jacques, i, 4tf2. Vie de Clarcndon, 205. Clarend., Pap.. m, ISO. Tbur'œ, v, JG9-I78; vu, 325. <>hat les, pendant son exil, eut aussi de* enfants de Catherine Peg et d'Êliwibeth Killigrew. Voyez Sandfbrd,t>46, 647. Dans le récit de l'élargissement de B.irlow, lorsqu'elle était prisonnière à la Tour, par Wbifelorfc, il est dit qu'elle s'intitula la femme de Charles ( Whitelwk, 619); dans le Alerrurius pnliiicua, elle est appelée «sa femme ou sa malins*. . Ellis, nouvelle sérù» , m , 352.
I yeur d'un prince qui avait trahi le covenant qu'il avait accepté en Êcosse , et dont la restauration rétablirait probablement la tyrannie des évèques» (1)? Les conseillers du roi repous-
' sèrent ces tentatives avec chaleur et indignation : ils lui représentèrent que se faire catholique, c'était armer contre lui tous ses sujets
j protestants; que se faire presbytérien, c'était aliéner tous ceux qui avaient été fidèles à son père, soit protestants anglicans, soit catholiques. Il suivit ponctuellement leur conseil : il promit aux deux partis toute la tolérance pour leur religion qu'ils pouvaient raisonnablement désirer ; mais il déclara en même temps qu'il était déterminé à vivre et à mourir membre de l'Église pour la défense de laquelle son père avait combattu et souffert. Toutefois il est assez probable que ces adresses, ainsi que les arguments qui les appuyaient , avaient une funeste influence sur l'esprit du roi ; elles faisaient naître chez lui une indifférence complète â toute vérité religieuse , et la persuasion que les hommes règlent toujours leur croyance sur leur intérêt (2).
•Lorsque le cardinal Mazarin commença à négocier avec le protecteur, les amis de Charles lui persuadèrent de quitter le territoire de la France. U proposition fut bien accueillie par le ministre français : il promit au fugitif royal de lui continuer sa pension, lui en fit payer immédiatement l'arriéré, et de plus six mois d'avance (3). Charles fixa sa résidence à Cologne, où il resta à peu près deux ans. jusqu'à ce que la rupture entre l'Angleterre et l'Espagne le fit sortir del'inactioo(4)(12 mars).
(I; Les deux partis désiraient également que le jeune duc deGlocester embrassât leur religion. Clar.,Pap., m, 158-165. La reine mère le confia aux soins de Montagne, son aumônier, a Pontoise ; mais Charles lui envoya Ormond, qui le conduisit à Cologne Clar., Uist., m, 515. Papiers, m, 256-260. Kvelyn , v, 205-208.
(2) Clarend. Pap., m, 163, 164, 256, 281 , 298, 316. Hist , iti.443.
(3) 7.200 pistoles peur l'arriéré d'un an , et 3,600 pour six mois d'avance. Clarend., Pap , m , 298.
(4) Pendant que Chartes était à Cologne, il était entouré d'espions qui fournissaient a Cromwell d'abondants renseignements, quoiqu'ils ne connussent, suivant toute apparence, que les bruits publics de la villa. Uoefois les lettres furent ouvertes 1 la poste, et on trouva une dépêche d'un nommé Manning à Tburloe. Interrogé devant Charles , Manning avoua qu'il recevait
Après quelques négociations préliminaires , il i se retira dans le voisinage de Bruxelles, et offrit son alliance au roi d'Espagne , comme n'étant pas à dédaigner. Il était le maître d'appeler sous son propre étendard les régiments anglais et irlandais au service de France; il j avait de nombreux partisans dans la marine anglaise, et avec des secours en argent et en ) vaisseaux, il pouvait combattre encore une fois pour la couronne de ses pères , et se mesurer à armes égales avec l'usurpateur sur le sol anglais. Les ministres espagnols s'occupèrent de la proposition, mais avec leur lenteur ordinaire. Ils avaient à consulter le cabinet de Madrid : ils ne voulaient pas se compromettre au point de détruire tout espoir de réconciliation avec le protecteur; enfin ils avaient déjà accepté les offres d'un autre ennemi de Cromwell , dont le secours, dans l'opinion de don Alonzo, le dernier ambassadeur, était préférable à celui du roi exilé (1).
Cet ennemi était le colonel Sexby. Sorti des rangsdes simples soldats, il s'était élevé jusqu'au grade d'adjudant général dans l'armée du parle* ment : son mépris pour le danger et son enthousiasme pour la liberté l'avaient fait connaître de Cromwell, et l'adjudant avait été bonoré plusieurs fois d'une place dans les conseils du lord général ; il avait même partagé son lit. Mais Sexby s'était attaché à la cause , et non à l'homme ; et son admiration se changea en haine mortelle lorsque Cromwell eut renoncé à ses premiers principes. Lors de l'expulsion du long parlement, il se joignit à Wildman et aux niveleurs. Wildman fut pris, maisSexby trompa la vigilance de ceux qui le poursuivaient , et traversa le pays sous un déguisement , distribuant partout des pamphlets , et suscitant des ennemis au prolecteur. Dans le mois de mai 1655 , il se réfugia à la cour de Bruxelles. Il découvrit à l'archiduc et au comte de Fuen-
n traitement considérable du pro:ccleur , mai* il se justifia en disant qu'il avait soin de ne lui rien communiquer qui ne lut faux. Ou vit qu'il dînait la vérité par sa dépécbe.qw remplissait un loup rétit d'un débat imaginaire
an* le conseil : nuis 1rs faussetés qu'il avait envoyées eu Angleterre avaient fait arrêter et (inprisonutr plusieurs ro>aii»les, et Manninn fui fusillé, comme traître, sur le territoire du duc de Neubourfi. Clar., m, 563 ÔCU. Wbilelwtk , 013. Thuiloe, iv, (I) CLucnd .IV.mi, :>7Ô, 279, 280.
saldagne l'objet réel de l'expédition de Venables et de Penn, et offrit l'aide des niveleurs anglais, pour le renversement d'un homme qui était également l'ennemi des libertés de sou pays et des droits de l'Espagne. Ils formaient une troupe de patriotes nombreux et déterminés; ils ne demandaient pas d'autres secours que de l'argent et la coopération des troupes anglaises et irlandaises au service de l'Espagne, et ils étaient prêts à remettre, pour sûreté , une forte place maritime entre les mains de leurs alliés. Fucnsaldagne hésita à donner une réponse positive, avant qu'on eût entièrement rompu avec le protecteur ; et sur sa recommandation , Sexby se rendit à Madrid. Il fut reçu froidement; mais les nouvelles venues d'Hispaniola relevèrent son crédit. Ou le remercia de ses informations. Il reçut la somme de 40,000 couronnes pour assister son parti , et l'assurance qu'aussitôt qu'il serait maître du port qu'il avait nommé , 6,000 hommes partiraient des côtes de Flandre pour les aider. Sexby retourna à Anvers , envoya à ses adhérents quelques sommes considérables ; et quoique Cromwell , à la fin , eût été informé de cette intrigue , quoique le dernier envoi de 800 livres eût été saisi , l'intrépide niveleur passa eu Angleterre, fit ses arrangements avec ses associés , et revint sain et sauf sur le continent (1).
Dès lors le but des ministres espagnols, qui avaient fini par accepter l'offre de Charles, fut d'effectuer une alliance entre lui et Sexby, afin d'abattre plus facilement l'ennemi commun par l'alliance des niveleurs et des royalistes. Sexby déclara qu'il n'avait pas d'objections contre une monarchie limitée, pourvu qu'elle fût établie par un parlement libre. Il pensait que ses amis n'en voulaient d'aucune espèce : et il conseillait aux royalistes de ne pas parler du roi au commencement de leur entreprise, mais de mettre en avant, comme leur objet , le rcnvcrscmeul de l'usurpateur et le rétablissement des libertés publiques. Charles, d'un autre côté, consentait à se servir de Sexby; mais il ne croyait pas que ses ressources
(I ; Clarcnd , Pap , m . 271 . 272. 271 , 277, 2SI , îs.» Thurloc.iv. 6V8; v,37, IlO , 3li>, 3W; vi, SJJ i>33. Lettres de Carte, n,85, 103.