‹ Histoire d' AngleterreChapitre 35 sur 307 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

profession d'hérésie était un motif suffisant d'exclusion , semblait évidemment dirigée contre lui, et la préférence accordée aux prétentions de l'infante d'Espagne prouvait qu'on était préparé à la lui imposer comme rivale. Il nomma Ogilvy, baron catholique, son ambassadeur près des puissances catholiques (nov. 1595). A Venise, à Florence et à Rome ( janv. , fév. 1596), Ogilvy se contenta d'affirmer que son souverain, à l'exemple du roi de France, était disposé à s'instruire dans la foi catholique, et de faire remarquer les dangers qui menaçaient les libertés de l'Europe, si l'on permettait à Philippe d'annexer l'Angleterre à ses immenses possessions ( mai et juin). En Espagne, il adopta une autre marche, et chercha à négocier on traité bien plus important avec les ministres du roi catholique (1). Il représenta Jacques comme tourmenté du désir de se venger des outrages qu'il avait reçus de la reine d'Angleterre, promit en son nom qu'il lui déclarerait la guerre, qu'il embrasserait la religion catholique , qu'il la rétablirait dans son royaume , qu'il fournirait à Philippe un secours de 10,000 mercenaires écossais, et qu'il enverrait , en gage de sa sincérité, son fils à la cour d'Espagne, pour y être élevé, à condition que le roi n'élèverait aucune prétention , soit pour lui, soit pour toute autre personne, sur son droit à la succession de la couronne d'Angleterre ; qn'il accorderait ù Jacques un subside de 500,000 ducats pour commencer la guerre, et qu'il le soutiendrait avec une armée de 12,000 hommes. Maison avait remarqué qu'à son arrivée en Flandre, l'envoyé s'était consulté avec Pagel et ses amis, que l'on connaissait parmi les exilés sous la dénomination de « politiques : » et celte circonstance , excitant les soupçons du parti contraire, l'engagea a s'opposer à ses tentatives à la cour d'Espagne. On discuta l'authenticité de ses lettres de créance, on jeta des doutes sur sa religion et sa véracité, et l'on déclara que Jacques avait , dans un si grand nombre d'occasions, trompe les souverains et les seigneurs catholiques, qu'on ne pouvait ajou-

(I; Voyez d'thsat, L<ilie*, t, 221, 221. Le récit de ces négociation», rédigé par le duc de Seua , tut intercepte (ii»id., 29>j et avant èlè envoyé eit Aui'.lcicrre , t' .i i\* publié par ftirch, i. 107-1 «8.

ter aucune confiance â ses paroles. Pour conclure, Philippe renvoya l'émissaire vers son souverain, avec des expressions de bonne volonté, et un présent considérable pour luimême (1).

Cependant Jacques ne fut pas découragé. Il savait que la faction espagnole, pour appuyer ses projets, avait pressé le pontife de porter . une déclaration contre lui , en raison de son hérésie, et, pour combattre ses intrigues, il envoya Drummond en mission a la cour de Rome. Cet envoyé portait une lettre (23 sept. ) dans laquelle le roi exprimait sa gratitude pour Clément , qui avait refusé d'écouter les suggestions de ses ennemis: il lui faisait observer qu'un avantage mutuel résulterait de la résidence permanente d'un ministre écossais à la cour papale, et, â cet effet, il sollicitait la dignité de cardinal pour l'évéque Yaizon, qui était né en Ecosse (2). Il donna de plus à Drummond des instructions verbales. On ne les connaît pas. Deux points seulement en ont été révélés : le premier, qu'il sollicitait un subside annuel pour le payement d'une garde, établie auprès de la personne royale; le second, qu'il offrait de confier le château d'Edimbourg à la garde des catholiques, et de disposer du jeune prince d'Écosse comme le pape le jugerait convenable (3).

Ces intrigues parvinrent bientôt aux oreilles d'Elisabeth. Elle envoya sir Thomas Brunkard au roi , pour lui reprocher sa duplicité : il affecta la plus grande surprise, et prolesta qu'il ignorait entièrement toutes ces choses. Ogilvy et Drummond furent interrogés et envoyés, le premier au château d'Édimbourg, le second à la maison de sa mère , et le ministre écossais a la cour d'Angleterre eut ordre de se plaindre ( 1601, 5 fév. ) des soupçons de la reine , et de lui demander les preuves de ce qu'elle avançait, afin que I on put traduire en justice les prisonniers, et qu'ils reçussent leur châtiment, s'il était prouvé qu'ils fussent coupables. Nous n'avons pas appris ce qui en résulta, et il est pro-

(1) Windvood, i, 1-14, 52.

(2; Voyez la leure originale dans Rusuxvorlb, i, 106.

('ji Suivant Rusbworlh , il e»l évident que Drummond avait reçu dts instructions verbal. », tt il romori de l'ac- ] ouuiion de Brunkard , dan» Hirvb . i 120 , que ce» pro- ! positions en faisaient pai lie.

bable que, pour son propre honneur, le roi eut soin de prolonger ou de suspendre l'enquête jusqu'après la mort d'Elisabeth ( I ).

Une autre cause contribua à déterminer la rupture entre les deux princes. En 1698, Valentine Thomas, emprisonné sur une accusation de félonie, avoua en secret (juillet) qu'il avait été engagé par le roi d'Écosse à assassiner la reine. Cet aveu fut reçu avec surprise et horreur. \ aient inc fut de nouveau interrogé, ses dépositions reçurent la forme d'un acte d'accusation , et le grand jury du comté y trouva la matière d'un bill. Elisabeth alors communiqua le fait à Jacques, en l'assurant qu'elle ne le croyait pas capable d'un crime si atroce. Le monarque écossais reçut d'abord cette inculpation en silence et avec mépris; mais craignant que, par la suite, on n'en fit une objection à ses réclamations au sujet de la couronne, il pria sa bonne sœur de lui envoyer une attestation de la fausseté du fait, sous le grand sceau. l,a reine le satisfit ; mais il n'eut pas plutôt lu cette pièce, qu'il la lui renvoya, en lui disant qu'elle était conçue de manière à paraître plutôt le pardon d'un crime qu'une déclaration d'innocence. Elisabeth se plaignit ( 1699, mai )dc sa conduite comme d'une insulte; les récriminations se succédèrent, mais il n'était de l'intérêt d'aucun d'eux d'en venir à une rupture ouverte, et après des remontrances mutuelles, ils laissèrent cette affaire s assoupir (2). Cependant cette accusa-

(1) Bircta, Ibid. Cecil, prêtre, l'un des membre» de la faction espagnole qui s'était opposée aux démarches d'Ogilry eu Espagne, ayant éprouvé quelques sujets de mécontentement, prit parti avec Paget et les politiques , et derint le correspondant du comte d'Kssex. On a des rainons de croire qu'il commuuiqua au gouvernement anglais ia copie des négociations d'Ogilvy en Espagne. Compare* Windwood , i , 52, 108 . avec Birch , i , 263 , 407 ; il, 30fi. D'après cela, et les dépêches interceptées du duc de Sewa , Éiisabeth avait dos preuves suffisantes i n ce qui concernait Ogilvy. On ne pourrait avoir non plus te plus léner doute sur la mission de Drumroond. Bellartuine publia la lettre de Jacques, et pour excuser le roi , Balinerino, son secrétaire, avoua qu'il l'avait envoyée sans «on ordre II perdit son emploi , mais il lui resta une grande fortune et la protection royale. I! parait , d'après une lettre originale, en ta possession du révérend G. Olivier, à l'habileté et aux recherches duquel nous devons • l'histoire d'Exeter et les collections relatives aux monastères de Devon . ■ que 4 reighton fut employé a la même mission que Druinmond.

(2) Camden , 781. Rymer, xvi , 358, 373-378.

tion occupa profondément l'esprit de Jacques. Il la considéra comme une preuve convaincante de l'inimitié de Cecil , et il supposa probablement que, comme le jugement de Valentine n'était suspendu que provisoirement, et en raison de sa propre conduite (1), ce n'était que le premier pas fait pour l'exclure de la succession.

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