‹ Histoire d' AngleterreChapitre 34 sur 307 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

• le vieux renard» fût parti, il laissa à la cour son jeune fils, sir Robert Cecil , qui , marchant sur les traces de son père, supplanta graduellement tous ses compétiteurs, et devint si nécessaire à la reine, que, longtemps avant sa mort, elle le fit, en opposition peut-être à ses propres sentiments, le principal dépositaire de l'autorité royale.

La même année fut signalée par une persécution extraordinaire pour crime de trahison. Parmi les personnes qui avaient suivi Essex a Tcrcère , se trouvait un soldat volontaire, nommé Squires , revenu depuis peu des prisons d'Espagne. Peu de temps après que les trouprs eurent été licenciées, un certain Stanley, récemment arrivé d'Espagne, accusa Squires, devant le comte d'Esse* et sir Robert Cecil, d'avoir formé le projet d'empoisonner la reine. Cet homme soutint d'abord son innocence; mais , après avoir subi cinq heures de torture , il avoua qu'à Séville un jésuite, du nom de Walpole , l'avait sollicité de commettre le crime , lui avait fourni à ce dessein un poison extrême* ment subtil, et lui avait indiqué la manière de l'employer, et qu'A son retour en Angleterte, il avait introduit une partie du poison dans le pommeau de la selle dont se servait la reine pour monter à cheval , et une autre dans la chaise sur laquelle s'asseyait ordinairement Essex , avec l'espoir qu'il procurerait la mort dans les deux cas. Il est difficile de concevoir une histoire plus ridicule ou plus incroyable : elle conduisit cependant cet infortuné à l'échufaud. A son jugement, un des conseillers pour la couronne représenta avec beaucoup d'emphase le danger d'Élisabeth ; mais les sentiments qu'il éprouvait devinrent si énergiques qu'il perdit la force de s'exprimer, il fondit en larmes, et fut contraint de s'asseoir. Celui qui se levaaprès

k lui fut plus heureux : sa tâche était de décrire la manière surprenante dont la reine avait échappé au venin de la selle. C'était évidemment un miracle aussi grand que tous ceux

' que rapporte l'Écriture sainte. « En effet , quoique la saison fût chaude, et que les veines fussent prédisposées a recevoir toutes les influences malignes possibles, cependant son corps n'avait éprouvé aucune indisposition, et sa main n'avait pas ressenti plus de douleur que celle de Paul lorsqu'il jeta la v inère dam. le reu .» I <r pri -

sonnier dit, dans sa défense , que, tandis qu'il était à la torture, il avait confessé tout ce qu'il avait cru capable de satisfaire les commissaires, et de faire cesser ses tourments : la vérité était que Walpole lui avait proposé de commettre l'assassinat , mais qu'il n'y avait jamais consenti, etn'avaitemployé aucun poison. Ici. l'un des juges lui dit que, de son propre aveu, il était coupable de trahison secrète , et sir Robert Cecil lui conseilla encore une fois de confesser le crime dont il était accusé. Il fut jugé, et subit le châtiment destiné aux traîtres ( 23 nov. ) ; mais il mourut en protestant, jusqu'à son dernier soupir, de son innocence et de celle de Walpole (1).

Avant de terminer ce chapitre, il faut jeter quelques regards sur la conduite du roi d'Ecosse, dans la position nouvelle et extraordinaire où il se trouvait placé par la mort de Marie, et le caprice ou la politique d'Élisabeth. D'un côté , la reine n'avait rempli aucune des promesses qu'elle lui avait faites pendant l'année 1 588. Elle refusait de reconnaître ses droits ù la succession; elle l'excluait de l'héritage de son père en Angleterre; elle intervenait dans les affaires intérieures de son royaume; elle intriguait avec ses sujets , et donnait des secours aux révoltés. Elle continuait à le traiter comme elle avait traité Marie, quoiqu'il ne fut coupable envers elle ni de prétention actuelle à la couronne d'Angleterre , ni de profession d'une foi ennemie. Jacques attribuait le mauvais vouloir de la reine à la malice et a l'influence des Cecils, qui , ayant conduit sa mère au supplice, craignaient qu'il ne leur fit payer son sang de leurs têtes , si jamais il montait sur le troue. Us disposaient de son principal compétiteur, ArabellaStuart, dont ils pouvaient à tout instant opposer les réclamations aux siennes. H proposa de la marier au duc de Lennox , et de

(I) Camden, 779, et Spead, 1 183. Yoyei, au snj«t de ce complot extraordinaire, la note J a la An du volume. Il paraîtrait que Squires et Stanley étaient tout le* deux des imposteurs. Lorsqu'on demanda à Sian'ey pourquoi il avait accusé Squires, il répondit que les ministre» espa gnols, supposant que l'assassin les avait trompés, l'avaient, par vengeance, engagé 5 découvrir la trahison. Il fut alors mis a la question, et avoua qu'il avait été luimême envoyé par (.hristoval de Mora pour tuer la reine. Vovez la lettre de Cecil dans Bircti, néfiocialions, I8t,

HIST01RK D'ANGLETERRE.

reconnatlre ce seigneur pour son héritier présomptif. Mais Elisabeth s'y refusa, et, par son refus, ajouta à la méfiance et à la perplexité du roi d'Ecosse (I)

D'un autre côté , Jacques avait d'aussi fortes raisons de craindre les hostilités des puissances catholiques, l'ambition de Philippe et les intrigues de la faction espagnole au dedans et au dehors. Il fut accusé par tous de pusillanimité, pour son humble acquiescement au meurtre de sa mère , et taxé d'apostasie, à cause de la préférence qu'il donnait aux doctrines réformées sur la foi de ses pères. Trahir la moindre partialité en faveur de ce culte , c'eût été soulever contre lui les protestants des deux royaumes, et ruiner infailliblement ses espérances; en même I temps, provoquer les hostilités des catholiques, c'était s'envelopper de difficultés et de dangers.

Us formaient en Angleterre et en Écosse un Vent communiquées au roi par Elisabeth. Il parti nombreux et puissant, et la certitude que I exprima toujours une haute indignation con-

avançait toujours, pour sa défense, la dure nécessité où il se trouvait réduit.

Après la mort de Marie « les comtes de Huntley , d'Angus, d'Errol et d'autres seigneurs catholiques, traitèrent dans plusieurs occasions avec le pape et la cour d'Espagne , par rentremise des jésuites écossais Gordon, Tyrie et Creighton. Leur but était de se venger, à l'aide de Philippe, de l'assassinat de leur reine, et d'obtenir, sinon le rétablissementduculte catholique en Écosse, au moinsqu'on l'y tolérât ; mais a condition que l'indépendance et les libertés du royaume seraient conservées, qu'aucune censure ecclésiastique ne serait établie contre Jacques, et que son droit à la couronne d'Angleterre n'éprouverait aucun affaiblissement. Leurs intrigues furent souvent découvertes par les agents anglais du dehors, et

sa mère avait laissé son droit à la succession à la disposition du pape et du roi d Espagne, à moins que son fils n'embrassât la religion catholique, tendait à affaiblir leur attachement â a ligue écossaise. Cette disposition en ellemême était à la vérité sans force; mais il prê-

tre les comtes ; niais ses actions ne répondirent point à ses menaces : les années s'écoulèrent , des ambassades répétées furent envoyées , et l'Église fit des remontrances et des menaces, avant que l'on pût engager Jacques à punir les conspirateurs. Ils furent enfin forcés de quitter

voyait qu'en cas d'invasion, ou pendant les \ l' Écosse; mais, même à ce moment, il ne voulut

débats auxquels la couronne donnerait lieu pas permettre qu'on exécutât contre eux la sen-

nécessairement après la mort d'Elisabeth, on tence de confiscation. Son indifférence scan-

pourrait l'opposer à sa réclamation , et qu'elle ! dali-a les zélateurs, et irrita Elisabeth. Maison

produirait probablement une forte sensation en j peut en donner une explication satisfaisante,

faveur de son compétiteur. > si l'on .'joute foi aux assertions des comtes,

H est â croire que, dans ces circonstances , j qui affirment qu'ils agirent quelquefois avec

Jacques n'avait pas formé de plan de conduite sa permission , souvent même de connivence

bien arrêté, mais qu'il se laissait emporter par ! avec lui, et qu'il ne voulait pas détruire un

le cours des événements , sans gouvernail pour I parti dont l'existence était nécessaire pour

se guider, sans point fixe vers lequel il dirigeât l'empêcher de tomber sous le contrôle absolu

sa course. Il me semble cependant qu'il suivait constamment la même politique , se méfiant également de la reine d'Angleterre et de la ligue catholique, et cherchant à se les rendre propices des deux cotes. Il leur fit de part et d'autre les mêmes promesses d'amitié : il sollicita partout des secours pécuniaires, et si l'une d'elles lui objectait ses liaisons avec l'autre, il

de la reine d'Angleterre et de ses partisans dans l'Eglise et dans l'État (1).

la publication de la * Conférence sur la succession » avait excité de nouvelles alarmes dan» ( esprit de Jacques. La doctrine que la

(t; Cainden , 658. 669. Windwood, i, 1 ! , 13. Rymer, ivi . 100-190 et huit. Bircb . i, 100, 215. 216 Skrype, iv. 1 10. Il* trouvèrent que le roi Jacques éuit si pusillanime, qu'il les abandonnait toujours lorsqu'il fallait en venir : \) Windwood, i, 1 Birch, i,8* Rarioli, 446. Strype, ; a l'épreuve. • Rex est pusillaniinus , • dit Crcifjhlon dans iv. 102, 106. Lep«>re Gordon avait formé un complot une lettre qu'il écrit 5 Tyrie, 14 décembre 1504: «cl |m«ii la faire v<r-ir <!'Aii|;M<Trr. Burli . m . 307. .Sttype . • quainvis trmpore pacifico sit bonus , lamen in talibus • v iOJ . irmpotaiibus cm arnino pior>us eonslcrnato. -Ibid

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