‹ Histoire d' AngleterreChapitre 37 sur 307 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

presque lous les favoris de la reine en obtinrent de vastes portions, sous la condition d'y établir une famille par 240 acres, et de n'admettre aucun individu d'origine irlandaise parmi les nouveaux habitants; mais il était difficile à la couronne d'obliger à remplir ces conditions, et aux donataires de les observer. La quantité d'acres de terre mise en culture ne s'élevait pas à une moitié du comté, et parmi les colons , il se trouvait un nombre considérable d'anciens habitants qui, plutôt que d'abandonner le lieu de leur naissance , consentaient à tenir des étrangers les terres qui leur provenaient de leurs ancêtres.

Perrot avait amené l'Irlande à un état de tranquillité jusqu'alors inconnu dans ses annales. Les Irlandais indigènes, voyant la sévérité avec laquelle il punissait les offenses que leur faisaient les aventuriers anglais, le regardèrent comme un ami : mais ceux qu'atteignait sa justice cherchèrent à le ruiner dans l'estime de sa souveraine. Son caractère emporté se trahissait quelquefois par des expressions inconvenantes. Ses paroles, ses actions et ses affections furent mal interprétées et plusma l représentées : Elisabeth commença à douter de sa loyauté, et à le juger capable de vouloir se former un royaume pour lui-même. Lassé des insulte* dont il était l'objet, et d'une opposition croissante, il sollicita son rappel; et, à son retour (1588), il fut admis au conseil en Angleterre. Pendant quelques années, les soupçons de la reine semblèrent s'endormir; mais Perrot avait parié d'une manière inconvenante, non-seulement de sa personne, mais de son chancelier « dansant. • Hatton, dans son ardeur de vengeance, réveilla les anciens doutes, et en 1591 on fit une enquête secrète sur la conduite du dernier lord député durant son administration en Irlande. Les personnes dont il avait réprimé et puni les excès fournirent avec joie des matériaux pour compléter sa ruine, et l'infortuné Perrot fut cité à comparaître â Westminster- Hall, sous l'accusation de haute trahison. Les principaux témoins étaient Williams, jadis son secrétaire , O'Regan , prêtre irlandais, qui s'était conformé et marié, et qu'il avait employé comme espion (1), et Wallon, étranger, de dou-

(1) Pour les services qu'il rendit «Un* celle occa*ion,

teuse réputation. De toutes les preuves qu'ils produisirent sur ce qu'il avait favorisé le clergé catholique , négocié avec le duc de Parme et les Espagnols, et encouragé secrètement les insurrections des O'Ruarcs et des Burkes, aucune De méritait de crédit. Mais il ne pouvait nier que, dans un moment d'irritation , lorsqu'il avait vu rejeter par ses ennemis, dans le conseil d'Irlande, ses plans pour l'amélioration de cette contrée, et ces mêmes ennemis défendus contre lui par leurs amis dans le cabinet anglais, il n'eût laissé échapper des expressions peu respectueuses envers la reine et ses conseillers. On ne pouvait mettre en doute qu'il fût innocent de toute trahison; cependant, on le trouva coupable (16 juin), et deux mois après il reçut sa sentence de mort. Son fils avait épousé la sœur d'Essex, dont l'influence en sa faveur fut balancée par la puissante combinaison de ses ennemis. Pendant six mois son sort resta indécis ; mais le chagrin ou une potion empoisonnée le privèrent de la vie. 11 mourut dans la Tour : ce qui prouve, dit Gamden, combien il est rare qu'un prince pardonne les blessures faites par une langue médisante (I).

Parmi les Irlandais de naissance qui s'étaient distingués dans la guerre contre le comte de Desmond, se trouvait Hugues, fils du feu baron de Dungannon. Ses services (1585) avaient mérité l'approbation du lord Grey, et la reine les avait récompensés , d'abord par le don du comté de Tyrone, et ensuite par celui de tous les droits et de toutes les terres que son aïeul Conn avait jadis possédés. A ce titre d'origine anglaise, il en joignit bientôt un autre, sans le consentement de la reine, qui le rendit bien plus respectable aux yeux des indigènes. A la mort de Tirlough Lynnogh ( 1693 ) , il se proclama lui-même O'Neil, et fut regardé par ses concitoyens comme le souverain irlandais de l'Ulster. Il serait fastidieux de rappeler tous les soupçons qu'on fit naître contre sa fidélité , et ses protestations de loyauté ; d'examiner les accusations portées contre lui par les gouver-

il fut gratifié d'une pension de 40 lir. par an. Camden , 647. Nurdin , 709.

(I) Procèa d'Éiat, 1315-1334. Camden, 615-617. Testament de Perrot dan* tlearne. Cawden, 022-027.

neurs anglais, et leurs actes de violence, allé- toute la population indigène, et beaucoup gués par lui en justification de sa conduite; de ! de chefs d'origine anglaise, se levèrent en rapporter les hostilités temporaires, les trêves répétées , les négociations illusoires qui occupèrent tous les instants et embarrassèrent le jugement de plusieurs des lords députés qui se succédèrent. 11 demanda la liberté de conscience , on lui répondit que cette liberté était un outrage à Dieu ; il réclama la jouissance des droits que possédait son aïeul , on les restreignit , pour di minuer sa puissance et ses ressources. La reine, dont toute l'attention était absorbée par les événements du continent, n écoutait qu'avec impatience la seule mention de l'Irlande. Ce royaume n'était pour elle qu'une occasion de dépenses et de vexations (I), et elle ne blâmait pas autant O'Ncil que la politique intéressée de ses officiers, qui, d'après ses soupçons, cherchaient à faire leur fortune en poussant les indigènes a la révolte. Par ce motif, elle désira terminer toutecontestation avec Tyrone, pourvu cependant qu'elle put le faire avechonneur. Elle écouta sa justification, donna crédit à ses proteilalions, et, au lieu d'augmenter sa propre armée, ordonna à ses généraux de traiter de la paix. Si nous devons ajouter loi à ceux-ci, Tyrone avait dessein de prolonger la guerre jusqu'à ce qu'il eût reçu les secours qu ïlavaildemandésau pape et au roi d'Espagne. Si nous I en croyons luimême, il était sincère, mais prudent : il s'avouait avec plaisir sujet d'Elisabeth, mais il n'entendait pas pousser la soumission jusqu'à se laisser fouler dans la poussière par des officiers oppresseurs. Après plusieurs alternatives de guerre cl de paix, de victoires et de défaites, une bataille décisive se donna (1598, 14 août) au fort de Blackwater, dans le Tyrone; Bagnal, le général eu chef anglais, y fut tué avec 1,000 de ses compagnons; l'artillerie, les munitions et la forteresse elle-même tombèrent au pouvoir des ennemis. O'Neil fut célébré dans tous les districts cumme le sauveur de son pays;

(1) Ce fut l'opinion de beaucoup de personnes: t estimant Calai» et l'Irlande comme uu Fardeau onéreux ; et c'est pourquoi l'on jiiGcrait convenable de les abandonner loin les deux , si ce n'est par la seule raison que l'Irlande ayant beaucoup de ton bois de charpente, et des poris très-commode* , si rEspajjnol pouvait s'en emparer, il se rendrait bientôt maître des mers. . l.odj;e, h , 23 1.

pour assurer l'indépendance de leur pays (1).

Lorsque l'on débattit, dans le conseil , la situation de l'Irlande , Essex , par les objections qu'il opposa à la nomination de toute autre personne, trahit le désir qu'il avait d'obtenir la place de lord député pour lui-même, quoiqu'il dédaignât de la solliciter. Ses ennemis, charmés de l'éloigner de la cour , cherchèrent à satisfaire son ambition . et la reine fut amenée, après une longue résistance , à lui accorder tout ce qu'il demandait ( 1 599, mars). Elle lui remit une dette de 8,000 livres, et y ajouta un présent de près de trois fois celle somme ; l'armée qu'elle mit sous ses ordres fut fixée a 18,000 hommes, composée des meilleures levées des comtés cl de quelques-unes des compagnies de vétérans des Pays-Bas, et sa commission lui donna des privilèges dont n'avaient jamais joui ses prédécesseurs, c'est-à-dire le pouvoir de pardonner tous les crimes et toutes les trahisons sans exception, et de conclure la paix ou de continuer la guerre à sa discrétion (2). Ses instructions mêmes furent rédigées selon ses propres intentions , et l'autorisèrent à s'avancer d'abord avec toutes ses forces disponibles contre Tyrone, et à réduire , s'il était possible, la proviuce d'L'Ister, le grand foyer de la rébellion. Les observateurs superficiels |>ensércnt qu'il avait repris sa première place dans la faveur royale, et la reine même le congédia, avec les expressions d'une v ive tendresse ; mais son esprit était toujours prévenu contre lui. Elle donna à plusieurs de ses officiers l'ordre de lui transmettre des rapports fidèles sur sa conduite; et ses ennemis dans le conseil souriaient de l'ardeur avec laquelle il se précipitait lui-même dans le piège tendu pour sa perte. Sa première action, à son arrivée en Irlande (17 avril), se trouva en contradiction directe avec la volonté de la reine. Elisabeth lui avait défendu de donner le comde la cavalerie à son ami le comte

(l; Camden. 688, 708, 715, 755, 783. Rirrh. i, 379 11,76, 273-394. Papiers de Sydney, i , 351-362 . u, 8t l.<x)(;e , m , 66.

(2} Œuvres de Bacon , m . 127. 120. I Î2 Mémoire: •le Sydwy. n , I ili.

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