CHAPITRE IV
de Southamplon , qui , s'étant marié contre sa j l'ancre en toute sûreté' dans les parafes de Sluys
volonté, avait encouru sa disgrâce. Essex de manda si clic avait l'intention de révoquer les pouvoirs spécifiés dans sa commission. U reine ne lui fit aucune réponse; mais au moment où elle apprit que Southamplon avait été nommé à cet emploi, elle ordonna de le destituer (11 juill.). Essex fit des remontrances énergiques, cl il fallut une seconde lettre plus péremptoire pour qu'il obéit (1).
Mais A cette époque l'attention de la reine Fut détournée de l'Irlande par une alarme d'invasion. Le 13 sept. 1598, Philippe II était mort laissant le trône à son fils , du même nom, mais d'une capacité bien inférieure A celle de son père. Les ministres du nouveau roi, désireux de mettre fin aux hostilités, instruits delà parcimonie de la reine, cherchèrent à la faire incliner vers la paix , en l'entraînant dans une dépense extraordinaire. Elle fut informée que l'adelantado avait encore préparé un armemeot considérable à la Corogne, qu'il avait mis ensuite A la voile ; qu'il avait passé la baie de Biscaye, et qu'on venait de le signaler près des côtes de la Bretagne. On prit immédiatement les précautions d'usage, on donna l'ordre de lever une armée pour la défense de la personne royale, et une autre pour l'opposera l'invasion ; et le comte de Nottingham fut nommé commandant en chef de toutes ces forces (2) (5 août). La reine, craignant en même temps qu'Essex ne revint pour lui offrir ses services, lui défendit de quitter ses fonctions en Irlande, sans une permission de sa propre main. Cependant l'alarme cessa bientôt. L'adelantado avait en effet mis à la voile, mais sa flotte s'était divisée en deux escadres. La plus forte s'était rendue aux Canaries, A la recherche des Hollandais; l'autre, consistant en 6 galères seulement, avait dirigé sa course vers l'Angleterre, et, à la surprise du public, ayant passé la Manche sans être observée, avait jeté
(1) Birch.ii, 421 423.
(2) Camden dit que l'objet réel de ceâ préparatifs élait d'rmpéeher le comte d'amener l'armée irlandaise en Angleterre pour chasser w* ennemi! de la cour (Catnden, 799; mais il est évident, d'après lei Mémoire» de Windwood , que l'alarme existait alors. Voyei Wmdwood, 88, 91, 92, 95. Voyez aussi les Mémoires de Sydney, m . 112,113.
(l'f:cluse)(l).
Essex s'était rendu en Irlande dans la ferme intention de marcher sur Tyrone. Contre l'attente de ses ennemis eux-mêmes, il s'avança vers Munster (21 mai), pénétra jusqu'à Limerick, en prenant Cork et Walerford sur sa route (4 juin ). II s'en revint (30 juill. ) par la côte de Dublin. la réduction de deux châteaux, et la fausse soumission de trois chefs indigènes, formèrent tous ses exploits, et s'il exaltait dans ses dépêches l'importance de ces avantages , il était en même temps forcé d'avouer que trois mois de l'été y avaient été employés, et que son armée était diminuée par la désertion, les maladies et les accidents ordinaires de la guerre (2). Mai» la reine ne voulut pas écouter ses excuses : sa demande de renforts ne fit qu'allumer sa colère, et il reçut l'ordre péremptoire d'entreprendre l'expédition convenue. Vers la fin d'août (24 août), avec 3,000 hommes seulement, armée trop faible pour cet objet, il atteignit Tyrone sur les rives de la Brenny. Au lieu de combattre, les deux capitaines eurent un entretien particulier (8 sept.). Le lendemain, ils tinrent une conférence publique, et convinrent d'un armistice, renouvelable toutes les six semaines, durant l'hiver, sous la condition que le lord député transmettrait à la reine toutes les demandes de CTNcil. La plus importante de ces demandes était que le culte catholique fût toléré; que le gouverneur en chef fut un comte revêtu du titre de vice-roi; que les principaux officiers de l'État et les juges fussent nés dans le pays; que O'Ncil, les O'Donnels, les Desmonds, et leurs partisans, jouissent des terres possédées par leurs ancêtres dans les deux cents dernières années, et enfin que la moitié de l'armée irlandaise fut composée d'indigènes (3).
Cette terminaison de la campagne, si con-
(1) Windwood , 103. Camden 1 802.
(2) Le journal de celte expédition se trouve Birclj, 11,398, et Nu(ja? auiiq. , 2H8 Son excuse était qu'il serait dangereux de marcher sur l'Ulster avant d'être assuré d'avoir du beau temps , au mois de juin. Windwood,!, 40.
(3) Wïodwood, 118,137. Nue* 293,301 , *>2.
traire a ses promesses, acheva la ruine du comte dans l'esprit de sa souveraine. Si la chute de ses espérances ranima le ressentiment d'Élisabeth , son ignorance de ce qui s'était passé entre lui et Tyrone, dans leur entrevue particulière , lui ht suspecter sa loyauté. Il pouvait n'avoir cherché qu'à prolonger son commandement en traînant la guerre en longueur : ' mais il était possible aussi que son ambition aspirât à obtenir la couronne d'Irlande , à l aide de O'Ncil(l). Cependant "Essex ne lui donna pas le temps de s'appesantir sur ces pensées (28 sept.). A son étonnement, la veille de la Fétc de saint Michel, au matin, au moment où elle venait de se lever, mais avant qu'elle fût habillée , la porte de sa chambre à coucher s'ouvrit, et elle aperçut Essex lui-même, à genoux à ses pieds. 11 la supplia de lui pardonner son apparition inattendue, et de ne l'attribuer qu'à son zèle pour son service , qui l'avait amené d'Irlande, afin de mettre sous ses yeux la vélabte situation de ce royaume. Élisabelh ne sut si elle devait être irritée ou satisfaite : elle lui donna sa main à baiser, et il se retira, la joie peinte sur le visage, observant à ses amis que, quoiqu'il eût rencontré bien des tempêtes au dehors, il avait trouvé un calme parfait au dedans. Vers midi, il fut admis a l'audience et entretenu dans la même erreur; mais le soir l'orage éclata sur sa téle : il reçut Tordre de se considérer comme prisonnier daus sa chambre, et quelques jours après, il fut remis au lord garde des sceaux, qui dut le tenir en surveillance, ou garde libre, sous sa responsabilité (2).
Le rclour soudain d'Essex élait le résultat d'une lettre que lui avait écrite la reine dans sa colère, et qu'il attribua aux insinuations en-
;i) Bacon, m, 145, 146.
(2) Windwood, 118. Mémoires de Sydney, n, 127, 130, 131. Camdeo , 796. Bacon , m , 121. Un disait d'un prisonnier qu'il était en surveillance ou garde libre, loi •»qu'il lui élaii perntU de rester dans une maison particulière , sous la garde d'une personne qui en élait responsable, et devait le représenter. Le degré d'indulgence dans ce ras élait réglé par te conseil : mais soit qu'il fat confiné dans sa chambre, ou qu'il eût la liberté de parcourir tome la maison ,ou qu'il lui fût permis de prendre l'air jusqu'à certaine distance, il était toujours sous les yeux d'un surveillant, nomme: par le conseil ou par la personne a la garde de laquelle il était confié.
rieuses de ses rivaux. Sa première résolution fut d'embarquer un corps de 2,000 hommes de cavalerie , de prendre terre sur les cotes de Galles, d'arriver proraptement à Londres, et de chasser ses adversaires politiques de la cour; mais il abandonna ce plan dangereux, à la persuasion de son ami le comte de Southampton et de Christophe Blount, jadis l'amant supposé, mais alors le mari de sa mère, et il consentit, à l'exemple du feu comte de Leicester, à venir, par son apparition inattendue à la cour, déconcerter les intrigues de ses ennemis (I). Mais Élisabelh ne voulut pas que le même moyen réussit une seconde fois. Son obstination s'était accrue avec son âge, et sa colère était entretenue par les représentations de sir Robert CeciL, du comte de Notlingham , du lord Cobham, de sir Walter Raleigh, et de leurs affidés. Elle retendit sur tout ce qui avait accompagné le comte. « lorsque je me trouvai en sa présence, dit sir John Harrington, elle était très-échauffée, marchait en long et en large, regardait avec un visage tout décomposé , et je me souviens qu'elle me saisit à ma ceinture, au moment où je m'agenouillais devant elle, et me | dit, en jurant : Par le fils de Dieu ! je ne suis plus reine. Cet homme est au-dessus de moi. Qui lui a ordonné de se rendre ici aussitôt? Je l'avais envoyé pour une tout autre affaire. Elle me commanda d'aller chez moi. Je ne me le fis pas dire deux fois. Tous les révoltés irlandais eussent été à mes talons que je n'eusse pas fait une plus grande diligence » (2).
Mais, quels que fussent les ressorts qu'on fit jouer, en dehors de la cour, la voix publique se déclara hautement en faveur d'Esseï. On plaignit ouvertement son malheur, et l'on condamna l'aveugle sévérité de la reine. Sa justification fut publiée dans des sermons du haut de la chaire, et dans des pamphlets imprimés. Plusieurs ministres eurent la hardiesse de prier pour lui nominativement dans leurs églises, et même on trouva, répandus ou placardés,
tl) Procès d'État, 1415.
(2) Nug* aniiq , 354. Harrington avait reçu l'invitation de tenir un journal des opérations en Irlande. La reine demanda a le voir. Après qu'elle l'eut entendu lire, elle jura par le fils de Dieu • que nous étions tous de misérables faiuéVtuts, et le lord député encore pis, d'avoir