‹ Histoire d' AngleterreChapitre 53 sur 307 · HISTOIRE IV · texte numérisé non relu

HISTOIRE IV

prouvait contre le roi d'Espagne rien de celte animosité qui avait si longtemps régné dans le cœur d'Él&abeth, et il ne savait comment concilier, avec les hautes idées qu'il avait de l'autorité royale, la prudence qui lui conseillait de prêter main-forte à des sujets révoltés contre leur souverain. Instruits de ses dispositions, les États de Hollande lui envoyèrent une ambassade pompeuse et honorable, à la tète de laquelle était Frédéric, prince de Nassau, appuyé de la sagacité et de l'expérience de trois hommes d'État habiles, Valck. Barnevelt et Brederodc. Mais Jacques se tint en garde contre les prières et la flatterie ; il inventa des prétextes pour éluder toute demande d'audience; et, dans ses repas, il n'hésitait point à flétrir les ambassadeurs et leurs maîtres du nom honteux de traîtres. D'une autre part, la conduite de l'archiduc lui donna la plus grande satisfaction. Ce prince, pour complimenter le roi, rendit la liberté à tous les prisonniers anglais, comme sujets d'un monarque ami, et il sollicita alors, et obtint la permission d'envoyer un ambassadeur à la cour d'Angleterre. Il chargea de cet emploi le comte d'Arcmberg, l'un des premiers de la uoblesse de ses États (6 juin). Aremberg toutefois ne vint pas pour négocier, mais pour gagner du temps, jusqu'à ce qu'on pût recevoir des instructions de l'Espagne; il employa cet intervalle à étudier le caractère delà cour, et à acheter, par des présents, l'amitié du conseil.

Deux jours après Aremberg, débarqua un ministre rival , le célèbre Rosny, plus connu sous le nom de duc de Sully (1). Le roi de France avait jusque-là secouru les Hollandais , d'accord avec la reine d'Augleterre : l'avénement du nouveau monarque lui fit craindre d'avoir à porter seul tout le fardeau , ou de laisser retomber les provinces révoltées aux mains du roi d'Espagne. Ce fut à ce sujet que l'on envoya Rosny en Angleterre, pour s'op-

(1) Rosny et sa suite t'embarquèrent sur deux vaisseaux offert! par le vice-amiral aillait ; dans le passage, il fut rencontré par le vice-amiral français, qui portait son pavillon au grand mil de perroquet. I/Annlais lâcha immédiatement une bordée sur le vaisseau français, et il l'aurait réitérée, si le pavillon ne se fut baissé sur les instances de l'ambassadeur. La position du pavillon avait été U cause de l'offense. Mémoire* de Sully, 1 nv.

poser aux intrigues d'Aremberg. Il s'assura de la faveur du roi et des courtisans , en distribuant des présents dont la valeur s'élevait à 60,000 couronnes, et l'élégance de ses manières, la délicatesse de ses flatteries, et son éloquence insinuante, lui donnèrent bientôt un empire complet sur l'esprit de Jacques. II apprit au roi à se méfier dé la fidélité de ses propres conseillers. Cecil fut ouvertement accusé de duplicité , et la signature du roi fut apposée à un traité dressé par le Français (25 juin). Les rois de France et d'Angleterre s'obligeaient à secourir les États par des avances secrètes en argent, et si Philippe se plaignait de ces manœuvres, à commencer ouvertement des hostilités contre lui. L'ambassadeur partit charmé du succès de sa mission; mais il parut bientôt que son influence ne dépendait que de sa présence. A la vérité le traité fut ratifié, mais le roi ne se détourna point de l'objet de tous ses vœux, la paix avec toutes les nations de la chrétienté (1).

Tandis que la cour de France négociait en Angleterre, le cabinet espagnol, avec la lenteur qui le caractérisait, perdait le temps en consultations sans fin. Solliciter la paix avec le nouveau roi, semblait à Philippe l'équivalent d'un aveu de sa faiblesse; continuer la guerre, c'était détruire toute probabilité de réduire des sujets révoltés. Dans ce combat de l'orgueil et de l'intérêt, deux Anglais arrivèrent à Madrid, envoyés par cette faction expirante que l'on avait appelée a le parti espagnol parmi les catholiques anglais, d L'année précédente, Thomas Wintcr , comme son représentant , avait concerté avec les ministres de Philippe un plan d'invasion en Angleterre. I,a mort d'Élisabeth dérangea ce projet. Les catholiques défendirent presque unanimement le droit de Jacques, et Garnet jugea prudent de brûler les brefs en faveur d'un successeur catholique. Il restait cependant encore quelques mécontents, et Wright fut envoyé d'Angleterre, ainsi que Fawkes de Flandre, pour découvrir les dispositions réelles du conseil espagnol. Le duc de Lermc les remercia de leurs offres, et les as-

(I) Mémoires de Sully, I. xiv, «v, xvi. Plusieurs des présents que fit Sully se continuèrent annuellement commr petwons. Id , I. xv. I.odijf. m, 10*.

Page 1