CHAPITRE V
sura de la reconnaissance de son souverain; mais il ajouta que Philippe n'avait ancnn sujet d'inimitié contre Jacques: qu'il regardait ce roi comme son ami et son allié, et qu'il avait nommé le comte de Villa Mediana son ambassadeur à la cour d'Angleterre (1).
Au moment où toute inimitié entre les deux couronnes était sur le point de disparaître, la découverte d'une conspiration obscure et incompréhensible en Angleterre vint lui donner de nouvelles forces. Le comte de Northumberland sentait qu'il ne posséderait la faveur du roi que d'une façon très-précaire, tant que son ennemi Ceci) occuperait la première place dans le cabinet, et ses affidés , Cobham et Raleigh, disgraciés par le roi et dédaignés des courtisans, se laissèrent graduellement entraîner aux suggestions de la vengeance et dn désespoir. Tous trois essayèrent d'abord de nouer une intrigue avec le cabinet de France; ils se servirent de Lafontainc pour transmettre leurs propositions, et s'adressèrent directement à Beaumont le résident, et à Rosny l'ambassadeur extraordinaire. Mais on ne fit aucune attention à leurs avances ; Henri eut la sagesse de préférer la docilité avec laquelle Jacques écoutait ses envoyés , aux projets vagues et impraticables de trois courtisans mécontents. Northumberland eut la prudence de ne pas s'engager plus avant. Les deux autres persévérèrent dans leur dangereuse carrière, et firent des propositions à Aremberg, ambassadeur de l'archiduc, qui, dans l'ignorance des sentiments du roi d'Espagne, consulta la cour de Bruxelles, et reçut l'ordre d'encourager la correspondance. Ils demandèrent de l'argent en échange de leurs futurs services, on ne peut guère douter de ce point ; mais quels devaient être ces services, voilà ce qui est incertain, et ce qui peut-être ne fut jamais déterminé. Le caractère de Haleigh ne nous permet pas de lui attribuer d'autre projet que le renversement de ses ennemis politiques, au moyen de l'appui donné à l'intérêt espagnol contre celui de la France.
(I) Voyei le statut 3 de Jacquet i , c 2 ; la Conspiralion de* Poudres, 92 91, 162. La substance de celle accusation fut reconnue par Garnet ci ses défenseur» , quoiqu'ils eussent nié plusieurs particularité*. Conspiration des Poudres , 186, 187.
Eudœmon Joannes, 295 , 306-310.
Mais Aremberg pouvait avoir en vue des résultats plus importants, l'établissement d'un parti en faveur des prétentions de l'infante, ou comme on le soutient, d'Arabella Stuart, sous la protection de l'Espagne (1).
Cette conspiration , dans le langage des initiés, fut appelée t/ternain (le grand complot); the bye (complot d'une nature infé->' rieure, mais aussi mystérieux) fut conduit par sir Griflftn Markham et George Brooke, le père de lord Cobham. Le mécontentement les rendit conspirateurs, et le succès d'une tentative faite par les lords écossais dans une autre occasion, leur inspira l'idée de se saisir par force de la personne du roi. Une fois maîtres de Jacques, il lenr eût été facile de réformer le gouvernement, de tirer vengeance de leurs ennemis, Cecil et sir George Hume, et de s'emparer, pour eux et pour leurs amis, des principaux emplois de l'État. On ne prétend pas, cependant, que Cobham et Raleigh eussent trempé dans cette conspiration ; mais ils furent charmés d'apprendre qu'elle existait, et ils nourrissaient I espoir que si l'une échouait, l'autre réussirait (2).
Mais comment Markham et Brooke, gens sans argent et sans influence , pouvaient-ils accomplir leur projet? Us cherchèrent des conspirateurs parmi les puritains et les catholiques, qui, bien qu'ennemis les uns des autres, étaient également mécontents du code pénal qui les écrasait, et qu'on pouvait facilement amener à approuver une entreprise dont le but était la tolérance religieuse.
(1) Le procès de Raleigh fournit des preuves suffisantes des manœuvres secrètes avec Arembero . auquel 1rs propositions furent faites par Cobbam, que Raleigh poussait à non pré. Selon Carte , il y en aurait de plus fortes encore dans le* dépêches de Beauinool, qui, le 20 ocl. et le 10 déc, informait le roi de r'rauce qu'il était pleinement convaincu de la culpabilité de Cobbam et de Raleif h , d'après sa propre connaissance et d'après deux lettres interceptées de l'ambassadeur, qu'il avait parcourues, et que l'objet de la conspiration était d'appuyer les prétentions de l'infante d'Espagne. Carie, m, 7 18, 721.
(2) Lettre de Cecil a Parry, apud Cayley, Vie de RaleiQb, il, 8. Cecil y accuse formellement Marinant et Brooke d'élre les auteurs de la conspiration. Il ajoute, comme cela fut ensuite inséré dans le procès des conspirateurs, qu'on avait eu l'intention de faire WaUon lord chancelier, Brooke lord trésorier, Markham secrétaire, et Gray comte maréchal. L'absurdilé de la chose lui sert de réfutation.
Parmi les catholiques, ils se lièrent avec le missionnaire Watson, qui, sous le dernier règne, s était distingué par son opposition au parti espagnol. Il avait rendu à Jacques les plus importants services ; mais , en retour, il n avait rencontré auprès de ce monarque que dédain et ingratitude (1 ). On ne sait s'il voulait réellement 'soutenir les projets des conspirateurs, ou faire servir leurs efforts à l'exécution de ses propres plans; mais il assembla ses amis intimes, et commença par leur Faire prêter un serment qui les obligeait à veiller à la sûreté du roi, à travailler à l'avancement de leur religion, à cacher leur association aux regards du gouvernement et à leurs ennemis de la faction espagnole. Il leur proposa ensuite de s'assembler en grand nombre, de se jeter à genoux lorsque le roi irait à la chasse, et, après lui avoir représenté les services qu'ils lui avaient rendus à son avènement, de le supplier, en retour, de leur accorder la tolérance religieuse. Voilà tout ce qu'il fit connaître à la masse: mais il s'épancha dans le sein d'un petit nombre. Il dit aux puritains qu'il avait formé un projet pour s'emparer de la personne dn roi ; qu'en conséquence, ils devaient se réunir dans le voisinage, sous prétexte de présenter une pétition: que là ils saisiraient l'occasion de délivrer le roi des mains des capteurs, qu'ils le conduiraient dans une place de sûreté, et lui demanderaient alors la liberté de conscience. Jacques ne pourrait pas refnser une si mince faveur aux libérateurs de sa personne (2).
(1) Waison avait écrit en faveur de Jacques contre le» prétention* de l'infante; et, avant la mort d'Élisabclb, il rint en Écotse, où le roi lui fit le* plus magnifique» prometsei. A son retour, il se concerta avec le» catholiques pour défendre la succession du monarque écossais; mais voyant ensuite que Jacquet n'accordait aucune tolérance, et exigeait mémo des réfractaires I amende de 20 livres par mois lunaire, il se rendit auprès du roi , et lui rappela en vain ses ancienne* promesse*. Comme il quittait l'audience du roi, Jacques observa à un de ses courtisans que, . puisque les protestants levaient si généralement reçu et proclamé roi, il n'avait plu* besoin des papistes. » Telle fut l'origine du mécontentement de Watson. Voyez l'aveu volontaire deCoptcv, du 14 jnUlef, au bureau des archives d'Étal.
(2) Voyez l'interrogatoire do *ir f.douard P-irham . le l" septembre, et celui de Barthélémy Brookesby, du 14 du même moi*, aux Archive*. Voyez leurs discour» a leur nrocè*. Colley prétend que Woiron avait a'.oué le* |
Parmi les puritains , ils s'adressèrent à lord Grey, jeune seigneur d'.un zèle enthousiaste et d'un courage déterminé. 11 croyait que le rot méconnaissait son mérite ; Southampton , son ennemi, possédait entièrement la faveur royale, et ses coreligionnaires se plaignaient hautement des peines dont ils étaient passibles , et de leur exclusion des emplois : tels furent les motifs qui l'engagèrent à se précipiter dans le complot; il promit, de plos, d'amener cent cavaliers, à l'effet de surprendre le roi.
Ijes conspirateurs avaient d'abord songé A exécuter leur projet à Greenwich , à la faveur de la nuit ; mais considérant que 300 hommes armés occupaient le palais, ils aimèrent mieux faire une tentative à Hanworth, où Jacques, dans celte partie de chasse, s'arrêtait ordinairement pour se rafraîchir, chez un simple gentilhomme. Mais quand le jour marqué, le 24 de juin, s'approcha, lord Grey, au grand étonncment de ses complices, proposa de remettre à quelques mois l'exécution de l'entreprise. Il était réellement jaloux du nombre considérable des catholiques dont on parlait, et espérait fortifier son parti durant l'intervalle, sous prétexte de réunir des forces. Watson et ses amis arrivèrent au bout d'un ou deux jours ; il étaient néanmoins en petit nombre et sans suite : les chefs reconnurent qu'ils étaient trop faibles pour une pareille tentative; des altercations s'élevèrent; enfin on abandonna le projet comme impraticable.
Quelques jours avant cette réunion, Watson avait communiqué un plan général de la conspiration à un jésuite nommé Gérard. Son but était d'obtenir la coopération de la société; niais elle refusa toute assistance , et détermina l'archiprêtre à révéler le secret à Cecil (1). Ce ministre avait résolu d'affecter l'ignorance, et de laisser agir les conspirateurs jusqu'au jour lixé pour le coup médité ; mais l'abandon du premier dessein , et le résultat de la dernière réunion, lui firent adopter lui-même un non-
plus criminels dessein»; mais on ne petit donner de cré «lit à un homme qui en accuse un autre pour s'excuser lui-même. J'ajouterai un extrait de sa confession dans l appendice, noie M â la fin du volume.
(1) Voyez le dormir Abbot. Anii'og a\ 130-130.