‹ Histoire d' AngleterreChapitre 71 sur 307 · I RE V · texte numérisé non relu

I RE V

Le pape régnant était Paul V. Pendant les discussions du parlement, il avait dépéché un envoyé secret en Angleterre, qui, sous le titre de messager du duc de Lorraine, se fit admettre à la cour. Il portait deux lettres, l'une adressée a l'archiprètre, pour lui ordonner, par toute l'autorité du pape, de prohiber toute mesure .séditieuse ou prrfidc; l'autre au roi, pour lui exprimer de la part du pontife toule l'horreur qui lui causait le dernier complot, et pour solliciter sa protection pour les catholiques innocents. Quoique Jacques témoignai qu'il en était satisfait, et qu'il ordonnât de remettre a l'envoyé sa gratification ordinaire, sa réponse fut froide et peu concluante (1). Lorsque Paul apprit le peu de résultat de sa démarche, il céda à la clameur que les actes d'Angleterre avaient excitée à Rome, et Hollby , qui availsuccédé a Garnet comme supérieur des jésuites, remit à Blackwall un bref du pape qui condamnait le serment d'allégeance comme illégitime, |wrce qu'il «contenait plusieurs choses contrains à la foi et au salut » (3 sept.). Blackwall, instruit des conséquences, reçut ce bref avec la plus grande douleur , et, quand il le fit connaître à ses fidèles, il cul soin d'y joindre un avertissement qui devait le faire considérer seulement comme le dictum particulier de Paul V.

lia publication de ce bref anima le ressentiment de Jacques. Par ses ordres, les évéques commencèrent à demander le serment dans leurs diocèses respectifs, et ceux qui s'y refusèrent furent condamnés, aux assises, aux peines de« prsmunire. » Trois missionnaires, qui se trouvaient sous une sentence de mort, & raison de l'exercice de leurs fonctions de prêtres, furent sommés de prêter le serment : ils parlèrent des scrupules de leur conscience, et reçurent ordre de se préparer à leur eicrntion. Deux d'entre eux furent redevables de leur existence à l'intercession du prince de Joinville

dont Sa Sainteté s'est gouvernée avec lui, augmente l'audace des auteurs de tels conseils, empire la condiiiou desdits catholiques, et sera cause a la An de leur entière destruction. Ils ont , à celte tin , envoyé exprès vers le pape un des principaux de leur compagnie. Toutefois, Sa Majesté continuera de faire son possible pour ne contrarier Sa Sainteté dedans le traité susdit > Villeroy k Boderie, 15 juin, p. 140, 200.

(I) Voyez Boderie , i, 123 , 224, 300 , 327.

HISTOIRE D AINGLKTKHRE.

et de l'ambassadeur de France. Drury, le troisième, fui supplicié comme traître. 11 était un ' de ceux qui avaient signé la protestation d'allégeance à Elisabeth, et croyait, de sa propre opinion, que le serment de Jacques était également admissible. Mais il n'osa préférer ses sentiments particuliers à ceux du pape et de j beaucoup de ses frères , et il choisit de répandre son sang plutôt que de souiller sa conscience, en jurant la vérité de certaines assertions qui pouvaient se trouver fausses ("24 mars, I 1607) (1).

Dans le cours de Pété suivant, larcin prêtre lui-même tomba au pouvoir des persécuteurs. Son opinion était déjà connue : il l'avoua sans difficulté, en présence des commissaires, à Lambeth; et, dans une lettre circulaire aux catholiques, il leur annonça qu'il avait prêté le serment, et qu'il lui semblait légitime qu'ils le prétassent, dans le sens expliqué par le législateur, le roi lui-même. Sa conduite fut hautement applaudie par Jacques : cependant les préjugés des zélateurs étaient si violents, que, quoiqu'il déplorât l'emprisonnement de ce vieillard, il n'osa lui rien accorder de plus, si ce n'est qu'il ne serait pas traduit en justice pour le délit capital d'avoir reçu les ordres outre-mer. Le malheureux était danssa soixante-dixième année, et languit en prison jusqu'à sa mort, en 1616(2).

La soumission de Blackwall fut regardée comme un triomphe : des lettres d'admonition que lui envoyèrent Personsct Bellarmin, l'élévation de Dirket à l'archi prêtrise à sa place, et la publication d'un second bref confirmât if du

(1) «Ouand Rodcrie demanda Mirséanre i «»n exécution el a celle de ion compagnon Davie», Jacquet l'accorda pour le deruier, mais de *i mauvaise fit ace, que (ambassadeur rejoint de ne. jamais plu» lui demander une pareille faveur. La cause tcaiiabte de la mort de Drury était , dit-il , quela copie dune lettre du pore Permm»s, contre le serment, avait été trouvée en «a possession. Voye* Boderie, u, 103, 2>tf. Procès d'Étal d Howtll , u , 358.

(2; Bod< rie , u , 313 , 3.7. 350 Voy. z un rapport intérestant de Min iuli rronatoite dan» let Mémoire» des ' Arifîlat» catholique*, de M Huiler, 3e édition , u , 201. La lettre de Blackwall est dan* Collins , u , 69L II ne vou- (hif jamais se rétracter, quoiqu'il y fnt souvent enRagé par de» lettres des cardinaux Arrinoni et Bellarmin , et des jésuites Pcrsonset Iloliby. Il tout iol constamment que ce sermrnt n'attaquait point la suprématie xpinturlledu pape, mais seulement «a suprématie temporelle. Bci loti , 5''7.

premier, portèrent successivement an dernier degré ( indignation du roi. Il envoya chercher ses théologiens favoris, se renferma avec eux dans son cabinet, refusa d'écouter ses ministres remit les affaires les plus urgentes de l'État, et se priva même des plaisirs de la chasse. Enfin parut le fruit de sa retraite : il fit publier un traité intitulé « Apologie du serment d'allé-, geance,» qui fut immédiatement traduit e..' latin et en français (I). Six prêtres furent en suite condamnés pour avoir exercé leurs font lions. Ils refusèrent de prêter le serment : la lecture du traité royal n'ébranla point leur constance, et trois des six payèrent ce forfait de leur vie, l'un à York , el les deux autres à Tyburn(2).

Le roi était alors lancé sur la mer des controverses, où il se croyait en état de tenir tête à tout adversaire. Il ne tarda pas à recevoir de Persons et de Bellarmin des réponses à son Apologie. Sa vanité le poussa à réfuter leurs arguments, et le ressentiment à châtier leur présomption. Ses coadjuteurs théologiques furent encore appelés dans son cabinet ; son premier ouvrage fut revu, et Ion y attacha une préface intitulée «Avertissement à tous les princes chrétiens. » Il ne fit, toutefois, que fort peu de progrès : ebaque question particulière donnait naissance à des débats sans fin , et avec les objections, les corrections, et la diversité des opinions, il se trouva qu'après plusieurs semaines, l'ouvrage n'était guère plus avancé que le premier jour. Les rois de France et de Danemark l'exhortèrent à renoncer à une contestation indigne d'une tête couronnée. Jacques répondit au premier dans les termes du respect; mais il avertit le second de considérer son âge, et lui dit qu'il devait rougir d'oser donner des couseils à un roi que ses années et sa sagesse mettaient si fort au-dessus de lui. La reine, ayant usé en vain de son influence, tourna sa colère contre le comte de Salisbury, qu'elle soupçonnait d'avoir encouragé son mari dans celte affaire, afin de pouvoir gouverner le royaume à son gré (3). Mais quoique la mon-

(1) Voyez Bodriie ,111 . t03, 131, 164, 190.

(2) Ibid , 227. Urtlloner, u , 19, 23.

(3; Bodriie néanmoins était d'un avis différent. «La présomption seule qu'il a de savoir plus en théologie que

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