‹ Histoire d'Angleterre, Volume 2Chapitre 11 sur 31 · RICHARD II · texte numérisé non relu

RICHARD II

Richard , ainsi que sir Nicolas Brembre. Il était trop ' tard pour que le parti du roi pût se défendre autrement que par les armes. Le duc d'Irlande s'enfuit dans le Cheshire , où il essaya de lever quelques troupes; maiô l'arrivée du duc de Gloucester, à la tête d'une année supérieure, le força promptement à se retirer en Flandre.

Peu de tems après, le roi. fut contraint de convoquer un parlement, où les pairs dressèrent une accusation contre les cinq conseillers du roi. Sir Nicolas Brembre fut le seul qui se présenta ; il fut de suite déclaré coupable, condamné et mis à mort, ainsi que sir Robert Trésilian , que l'on avait découvert et pris dans cet intervalle'.

Mais le sang d'une ou deux victimes ne pouvait satisfaire le ressentiment du duc de Gloucester ; lord Beauchamp de Hôlt £ut , peu de tems après , condamné et exécuté également; et sir Simon Bar- * ley ,qui avait été nomtaé gouverneur ïlu rbi, éprouva le même sort , malgré les efforts de la reine , qui passa trois heures aux genoux du duc pour implorer la grâce de cet infortuné.

Après un tel renversement de la puissance royale, on devait s'attendre à ce que tout débat cessât désormais entre le roi et ses sujets ; mais il y avait une telle fluctuation d'opinions parmi le peuplé , et le roi comptait si bien sur les forces militaires qui, depuis peu, avaient été levées pour faire la guerre en France, qu'il résolut encore une fois de détruire le pouvoir qui s'était élevé contre le sien,

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So HISTOIRE d'aWGLÏTERRE.

et de forcer le parlemèat à seconder ses résolutions.

Ayant assemblé après Pâques un conseil extraordinaire de la noblesse il déclara, au grand étonnement de tous ceux qui étaient présens, que, se trouvant âgé de plus de vingt^deux ans , il était tems qu'il gouvernât lui-même, et qu'il n'y avait aucune raison qui pût le priver des droits dont le moindre de ses sujets était en possession. Les lords répondirent avec embarras, qu'assurément il avait le droit incontestable de prendre le gouvernement de son royaume* — « Eh bien , reprit - il, je com- « mencerai par prouver mon pouvoir en éloignant « les tuteurs qui me gouvernent depuis trop longa tems. » ^

n ordonna alors à Thomas Arundel, que les commissaires venaient de nommer chancelier , de * lui remettre les sceaux; et lè jour suivant , il les donna à Willfeim de Wykeham, évéque de Winchester. Il éloigna ensuite du conseil le duc de Gloucester, le comte de Warwick et plusieurs autres seigneurs de l'opposition. L'évéque de Here^ ford perdit sa charge de trésorier ; le comte d'Arundel fiit privé de sa place de grand-amiraL Tous les grands-officiers de la maison du roi furent changés, ainsi que les juges, et tout ressentit les effets de cette révolution inopinée.

Le roi , devenu libre en6n de conduire à son gré les affaires de son royaume, donna des marques de sa modération envers ceux qui auparavant

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RIGH^RDU. 8l

s^étaient afibrcés de le dépouiller de son autorité : il se réconcilia avec ses oncles, et, en.renon* ^nt à quelques subsides qui lui avsûent ,été ac- . cordés, il s'acquit pour quelque tems l'affectioD du peuple. s

Mais ce monarque était loin de posséder les qualités propres à rendre l'estime et l'attachement durables : il avait un extrême penchant à la dé* bauche et à l'ostentation; il admettait dans son intimité les gens du rang le plus bas., et sa conver-, sation était peu propre k faire respecter s6s mœurs et son, caractère. Il culëyait rarement ses talens militaires; enqore n'étaiU:*ce qu'aveq des succès médiocres. On entendit à peine poirier de la guerre avec la France, et quelques invasions heureuses que firent les. Écossais , principalement eelle qui valut la victoire incertaine d'Otterbourne-, ne furent repousèées que par les barons dont les possessions étaiei!it situées sur les frontières d'Écosse;

Il obtint cependant quelques avantages en Ir^ lande; mais ils furent de. trop peu d'importance pour lui acquérir beaucoup, de réputation. Le peu de gloirç, en^n, que sa conduite militaire lui attira ,^ disposa.de noi^veau le peuple à murmurer contre lui et à prêter l'oreille ^ toutes les plaintM^ que les ^nécontens ou les ambitieux firent éclater.

Peut-être 1^ duc de Gloucester, secrètement honteux des inclinations vicieuses de son neveu, avait-il Iç projet de se mettre Un jour sa place ; toutes les présomptions à ce sujet stont fort in-^-

8a HISTOIRE D^AICGLETERRE.

certaines. Ce qu'il y a de s<ir , c'est qu'il employa tous; lès moyens possibles pour accroître sa po^ pukrité et pour augmenter la haine que le peuple portait à Richard; < . :

11 représenta la paix qui avait été condue avec la France* comme le résultât dç la pusillanimité du roi, et parut gémir amèrement de ce que -Richard avait ainsi dégénéré des Vertus héroïques de son père. Souveùt il parlait avec mépris du roi et de son gouvernement ; il agitait la question* de savoir s'il n'était pas de toute justice de rénoncer à la soumission qu'on hii avait jurée. Ces insinuations crimine^e» atiraient mérité des châtiment dans un simple sujet ; à plus forte raison dans un homme dont la popularité était dangereuse > et qui plus d'une Ibis* avait donné des preuves de ses in-* teiitions coupables.

" Comme sa cdaduite était $ecrètem€fût observée par les émissaires du roi, Richard, certainquelepar^ lement était disposfé àsouscrireà toutes ses volontés , prit etifin là résolution dè se débarrasser entièrèmen t de Gfc)U(?ester et de son parti. II ordonna^ en conséquence , que le duc fôt arrêté et conduit k Calais, ^te où il nY avait aucun danger que ses nombreux partisans vinssent le secourir^. Les comtes d'Arundél et de Warwick furent ari^êtés en même tems , et un parlement, dont le roi était assuré dV vâuce , fat convoqué à Westminster. La majorité de l'assemblée consentit à tout ce qu'il voulut; la

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commission des quatorze, qui avait usurpé son autorité, fut annulée; on cassa tous les actes par lesquels les premiers ministres du roi avaient été condamnés, et l'on révoqua également le pardon général que le ^ôi avait accordé en prenant les rèlie$ du gouvernement. Plusieurs du parti de Glouce&ter furent accusés , condamnés et exécutés. Fitz-Alan, archevêque de Cantorbéry, fiit exilé, et totte^ ses biens temporels séquestré». Le comte d'Arundel essaya vainement de s^appuyer du pardon que le roi avait promis, il ne fut pas moins traité avec rigueur et exécuté* Le comte de War- -widk ayant donné de^ marqués de repentir , ob^ . tint la vie, mais il fut e^ilé à l'île de Man.

Le plus grand coupable restait encore. Bientôt des ôrdres furent donnés au comte maréchal , gouverneur de Calais , pour que le duc deGloucester fut conduit à Londres , afin que son procès lui fut Êût également. Il est probable que ce seigneur eût éprouvé le même sort que ceux de son parti, si on ne lui eût ôté la vie dans sa pVison. Il paraît , d'après les preuves que l'on en eut ensuite, qu'il fut étouffé ,^ par ses gardiens,/ entre deux oreillers.

La mort d'un homme dont le crédit était si considérable auprès du peuple, ne put qu'augmeuter la haine contre le roi-, laquelle avait déjà pris de si profondes racine^ dans le royautne; la fortune snbite de plusieurs nouveaux favoris contribua encore à rendrte Richard plus odieux et plus méprisé; mais qupiqu'il parût déterminé à se faire des ennemis de ses sujets par toutes ses actions,

ce fat cependant un événement imprévu qui occasionna sa chute.

Après la destruction du duc de Gloucester et des chefs de son parti, la mésintelligence s'établit entre les seigneurs qui s'étaient réunie pour le poursuivie. Henri, duc de Hereford, se présenta devant le parlement , et accusa le duc de Norfolk d'avoir tenu des discours séditieux contre sa majesté dans une conversation particulière ' ; Norfolk nia l'accusation; et ayiant donné un démenti à Hereford, offrit de prouver son innocence par un combat singulier. Comme il n'y avait aucune preuve i*ir laquelle on pût établir un procès, les lords acceptèrent ce moyen ; le jour et le lieu furent désignés, et toute l'Angleterre attendit avec impatience le résultat de cet événement.

Comme ces sortes <le combats étaient alors d'une grande impor tancé, il n'e$t pas indifférent de donner une description des cérémonies qui eurent lieu i à cette occasion. Hereford, l'agresseur, s'avança d'abord îarmé de pied en cap, l'épée nue> et monté sur un coursier blanc richement caparaçonné.

Lorsqu'il parut à l'entrée de la lice, le maréchal du camp lui demanda son nom et le motif de sa présénce. Hereford répondit : « Je. suis Henri de « Lancastre, duc de Hereford ; je viens ici , confor- « mément à mon devoir, pour combattre Thomas <c Mowbray, duc de Norfolk , traître insigne envers « Dieu, le roi, le royaunrte^etmoi.

Ayant ensuite affirmé par serment que sa que-

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relie était légitime et qu'il avait dit . la vérité, il demanda à entrer dans la lice , ce qui lui ayant été accordé, il remit âon épée dans le fourreau, ôta son chapeau, fît le signe de la croix , puis s'étànt emparé de sa lancé , il traversa la barrière ^ descendit dç cheval , et fut s'asseoir sur un siège de veloui*s Tert , placé à l'utte des extrémités de la liée. ,4

Peu de tems après,, le roi parut, suivi de tous les lords, parmi lesquels se trouvait le comte de Saint- Pa^l , arrivé tout exprès de ^France pour être témoin de ce combat célèbre. La plus grande pompe se faisait remarquer de toutes parts; outre la suite du roi , il y avait dix mille 4iommes armés , afin d'empêcher le tumulte. •

Le monarque s'étant placé sur son trône, le hér raut d'armes défendit, sous peine de mort, de toucher à la lice, excepté ceux qui étaient chargés de régler le combat Un autre héraut proclama ensuite à haute voix que Henri -de Lancastre, duc de Hereford , se préser^tait pour combattre Thomas Mowbray, duc de Norfolk, et que, s'il ne remplissait pas son devoir, il serait regardé cpmipe un fourië et un lâche.

Le duc de Norfolk m présenta alors, armé éga-r lement, revêtu d'une cotte d'armes de velours cramoisi, sur/laquelle étaient brodés deux lions d'ar* gent et dçs mûriers; vie cheval qu'il montait était rasé. I^orsqu'il eut prêté le serment ordinaire au constable et au maréchal du camp, il entra dans \at lice et s'écria à haute voix : « Que Dieu défende

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« k droit du juste ! » Puis ayant mis pied à terre 4 il alta se placer sur un siège de velours cramoisi qui étât vis*à^vis de celui de son antagoniste.

Dès que ]e maréchal eut mesuré les lances , il présenta Tune à Hereford , l'autre à Norfolk , et leur donna l'ordre de se préparer au co^nbat. Ijes detix adversaires m(C>ntèrent sur. leurs ehevaux; *f)ui$ , ayant mis leurs chapeaux sur leur tète ^ ils tinrent la lance en arrêt. Les trompettes donnèrent alors le signal. Hereford s'élança avec fureur dans la carrière; mais avant qu'il eut pu joindra son ennemi, le roi jetà son scèptre dans la lice, et les héraut^ d'armes interposèrent leur autmité. ' En vertu du pouvoir des commissaires du parlement, le roi interron^it le combat , et ordonna aux deux adversaires de quitter le royaume. Le duc de Norfolk fut banni à perpétuité , et le duc de Hereford pour dix années. G'e^t ainsû que l'un, fut condamné à l'exil sans être accusé d'aucun crime, et l'autre sans en avoir été convaincu. Le duc de Norfolk, accablé de désespoir du jug^rat rendu contre lui , se retira à Venise , où ^ peu de texùB aprè»,'il mourut de chagrin. La courte de Hereford sembla, en cette ôcciasion , soumise et résignée ^ ce qui parut plaire^ellement au roi , qu'il consentit à abréger de quatre ans le terme jde son exil: Il lui accorda également des lettres, patent» tjoi lui assuraient la jouissance de tout héritage qui pouvait lui échoir pendant son absence. Mais rien n'était plus incertain que lés promesses et Famitié de- Richard.

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Henri de Hereford, qui s'était d'abord retiré «n Flandre , se rendit à Paris , où il fut reçu de la njanière la plus favorable par le rpi de France. U y eut même un mariage négocié entre le duc de Hereford et la jfille du duc de Berry, oncle du roi France. Mais Richard, qui redoutait le duc exilé, empêcha cette union qui pQuyaitaugmç4ter son.crédit^ e^t envoya à Pajçis le comte de Salisbury avec les instructions nécessaires pour rompre l'alliance projetée.

Une injure apssi ipattendue ne pouvait manquer d'aggravft le ressentiment d'Hereford; des moti& plus puissans vi4rjçnt l'aqgmente^ encore à la mort du duc de Lancastre, son père. Ricbard, ainsi que nous l'avons dit plus haut , lui avait accordé 4^ lettres pour lui assurar les successions qui pouvaient lui advenir pendant son exil ;n^is craignant d'agrai^dir la puis^iance d'un homme qu'il avait offensé, et qui,,pl^s tard, pouvait chercher à se veqgèr^ il révoqua ces lettre? patentes et se mit en possession des états du duc de Lancastre.

. De^ outrages si multipliés ne ûrei^t qu'enflammer la ha^ie de Hereford contre le roi; et quoique jusque-là il l'eût dis^ipaulée avec soiïj , il ne lui fut plus possible de mettre dçs bornes à son indignation ; il alla mêine jusqu'à former le dessein de détrôner un homm^e aussi indigne de Vantorîté so\i- .veraine. Personne n'était plus fiait pour ijine eptreprise de cette nature que W duc de Hereford, homme d'un caractère froid, prudent, prévoyant et décidé, U avait ^ervi avec distinction en Litbuanie contre les infidèles; et il réunissait à tous ses autres mé-

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rites ceux de la piété et de la valeur. Il était Fidole du soldat et le favori du peuple; ses richesses étaient îmmeiises, et ses alliancfes àVec les familles les plus considérables de la nation lui donnaient une haute importance. ^

Le roi , débarrassié de toute espèce de contrainte, se livrait entièrement à une vie efféminée, s'occupant aussi peu de sa propre sûreté que du bien public. Ses ministres, imitant l'exemple de leur souverain, ne prenaient aucun soin des affaires, et voyaient avec indifférence Thonneur de la nation pencher vers sa ruine , et le mépris remplacer la gloire du nom ahglais..

Dans cette triste situation , le peuple dirigea naturellement ses regards vers le duc de Hei-éford, comme la seule personne dont il pût espérer quetque soulagement à ses maux. Le duc, poussé d'ailleurs par le souvenir de ses injures particuKèrës , avait une fortune assez considérable et des amis assez puissans pour obtenir bientôt unè influence redoutable. Les mécontens n^attendaient que l'absence du roi pour mettre leurs projets à exécution ; l'oGcasidn d'agir se présenta bientôt.

Le coûite de Marche , héritier présomptif de la courpiine, ayant été nommé lieutenant du roi en Irlande, fut tué dans une escarmouche qui eut Keu avec les Irlandais. Cet événement irrita tellement Richard, que, sans considérer sa situation précaire, il résolut >de mettre sur pied une nombreuse armée et de venger la mort du comte. Le- duc de Lancastre ( tel était le titre que Hereford avait pris

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depuis la mort de son père) n'eut pas plutôt appris le départ du roi pour l'Irlande , que , faisant préparer sur - le - champ trois petits vaisseaux il s'embarqua avec soixante personnes à Vannes en Bretagne, et aborda à Ravenspur, dans le comté d'York.

Le comte de Northumberiand, qui depuis hmg" tems dissimulait son mécontentement , se joignit à lui , ainsi que Henri Percy, son fils , que sa valeur extrême avait fait surnommer Hotspur^. Le nombre de ceux qui vinrent se ranger sous la bannière du duc fut bientôt si considérable, qu'en peu de jours ^soff armée se monta à soixante mille * hommes.

Le duc d'York, qui avait été nommé régent èn l'absence de Richard, fit de vains efforts pour défendre les intérêts de son roi; les seigneurs les plus puissàns étant albrs en Irlande , personne ne put le seconder. Il rassembla cependant à Saint-Âlban un corps de quarante mille hommes ; mais il les trouva tout- à -fait découragés, et plus disposés à embrasser la cause du parti rebelle que celle du trône. La politique du duc de Lâncastre avait été de cacher soigneusement les motifs de son expé-^ dition , et de laisser ^oire que son seul but était de recouvrer son patrimoine et son duché. Dès qu'il fut en Angleterre , il engagea donc le duc d'York à ne point s'opposer mix entreprises d-un sujet loyal et soumis qui n'avait d'autre intention que de fairfe valoir ses droits légitimes, mesure qui

' Chaud-éperon.

90 HISTOIRE d'aNOLETERRE.

était plus avantageuse à Thonneur du roi que contraire à ses intérêts.

York fut complètement troippé par ces assu*rances spécieuses; il déclara que non-s:eulemen,t il approuvait les prétentions du duc, niais qu'il les appuiejrait de tout son pouvoir ; et lorsque les deux armées se rencontrèrentyce fat avec des transports d^joie. j

Tandis que ces choses se passaient en Angleterre, Richard était en Irlande dans la plus parfaite sé* curité.Des vents contraires, qui durèrent troi» semaines, empêchèrent qu'aucune, nouvelle pût lui parvenir. Lorsqu'il apprit la révAe qui avait lieu dans 5on royaume , il coimnenç^T par faire emprisonner les deux, frères du nouveau duc .de LancastrC) qui l'avaient suivi en Irlande, et il se détermina à revenir promptenoent ^n Angleterre combattre son ennemien personne;. Mais , toujours inceirtain dans ses résolutions, on finit par lui persuader qu'il devait attendre encore,, jusqu'à ce que les vaiss€;aux qui devaient transporter toutes ses troupes fussent préparés.

Ce délai lui devint si fatale que lorsqu'il aborda à Milford-Haven, suivi d'un corps de vin.gt mille hommes, il eut la mortification d'appren4re que le duc d'York avait épousé les intérêts de son rival, et quç partout ses forces étaient inférieures à çelles de l'ennemi. Il s'aperçut alors qu'il était dans une situation déplorable , au milieu d'un peuple furieux , sans aucun, ami àur qui ij pût compter, et abandonné de ceux qui , dans l'éclat

RIGHARP 11.

de sa puissance, n'avaient swvi qu'à contribuer à ses folies. , ;

Sa faible armée diminuait tellement chaque jour, qu'il ne possédait pas désormais plus de six aûU^ homm^. Ne sachant donc à qui se ^er, ni où dirige^ 9es pas, il nCvVit d'autre ressource que de $e confiera la générosité de son ennemi, et d'obtenir de la pitié ce qu'il ne pouvait obtenir de la valeur*

En conséquence, il envoya dire au duc de Lancastre qu'il était jn-ét à 3e soumettre aux candi* tions qu'il lui plairait de lui imposer, et qu'il <iésirait avec ardeur une conférence. Le duc lui déçigua le château de Flint pour le lieU du rendez-vous, et s'y rendit le jour suivant, avec toute son armée^ Richard, qui, le jour précédent, y avait été conduit par* le comte de Northumberland ^ ayant aperçu , du fagut des murailles, l'arrivée du duc, descendit pour.le recevoir. Lancas^re^ après quelques cérémonies , entra dans le château ^ /armé de pied en cap, mais la téte découverte, par respect pour le roi déchu* Richard alla à sa rencontre avec cet air riant et ouvert qui le rendait si agréable, et le reçut amicalement. , >

« Sire , lui dit le duc , avec un salut froidement a respectueux, je viens ici, comme vous l'avez dé- « siré, pour vous faire connaître les sentimens de <^ votre peuple qui se plaint quje , depuis vingt* « deux ans, vousJe gouvernez avec rigueur et im- « prudenc^. Tous vos sujets sont mécontens de « votre conduite ; mais , s'il plaît, à Dieu^ je vous ce aiderai à gouverner mieux à l'avenir. »

^a. HISTOIRE b'AlTÛIiETERRE.

. l^e roi n6 fit d'autre réponse k ces paroles audacieuses , que ces mots^ : «c ^eau cousin , puisque «telle est votre volonté, nous nous y soumetto];i$ « avec plaisir. » v

Le langage hautain du duc ne ftit pas/la seule mortification qu'eut à éprouver l'infortuné Ri*, chard. Laïicastt*e ordonna que les cheyaux du roi fussent conduits alix écuries, et deux méchantes ha^quenées ayant été amenées , Richard £ut placé sur l'une, et son favori, lé comte deSalisbury, sup l'autre. Ils se rendirent dans ce miséira^le équipage à Chester, et furent conduits au château au son des trompettes , à travers un concours infini de spectateurs qui ne parurent nullement émus de ce pénible spectacle.

C'est de cette manière humiliante que l'onfcbndûisit Richard de ville en ville , au milieu d'un peuf)le qui riait de ses souffrances çt exaltait le mérite de sOn rival. « Vive le bon duc de Lancas- « tre, notre sauveur! m s'écriait-on de toutes parts, tandis qu'à l'aspect du roi on n'entendait pas une seule voix prononcer ces paroles : « Dieu prenne «pitié de lui! '

Après des insultes réitérées, il fiit enfermé étroitement dans la Tour, où il eut à supporter des injures de toute espèce et les marques de mépris les plus cruelles. Le malheureux mpnârque, humilié et abattu , commença à perdre la fierté de souverain avec les splendeurs de la royauté , et son esprit parut s'affaisser sous le poids de ses infortunes. Aussi n'y eut-il aucune difficulté à lui faire signer

RICHARD Ih 93

un acte par lequel il renonçiàit à la courônbe^ comme étant incapable de gouverner le royaume.

Ee duc de Liancastré fonda ses prétentions sur cette résignation; mais désirant leur donner toutes les apparences de la justice, il convoqua un parlement, qu'il détermina sans peine à confirmer ses droits. On dressa contre Richard une accusation composée de trente-trois articles', d'après lesquels il fut solennellement déposé, et lé duc de Lancastre élevé à sa place sous le nom de Henri IV. C'est là l'origine de la querelle q\xi se soutint si long-téms entre la maison d'York et celle de Lancistre, querelle qui inonda de sang le royaume , et qui contribua cependant à la fin à établir et à confirmer la constitution ?.

Après que Richard eut été déposé, |e comte de Northumberland fit une motion à la chambre des pairs , relativement au traitement que l'on devait accorder au mionarque détrôné. Le parlement ré^pondit qu'il devait être gardé étroitement dans quelque place sure, où ses partisans lïe pourraient tenter de le secourir, ce qui fut exécuté rigoureusement; mais rèxistence de cet infortuné prince empêchait l'usurpateur dé jouir d'aucune tranquillité, et quelques conspirations, ainsi que différentes commotions qui- eurent lieu , forcèrent Henri de Lahcastre à dé^rer la mort de Richard.

' Le premier était d'avoir fait mourir plusieurs barons. G. Y.'

* Oii> appela les longues, guerres de ces deux maisôus rivales, guerres des deux roses , parce que la rose rouge était le symbole de la maison deXancastre, et la blancbe, de la maison d'Yorck. G. Y.

94 HISTOIRE 1>'aHCLETERRE.

En con&équeiice, Tun de des farouches assassins toujours prêts à commettre par intérêt le plus horrible deç crimes , se rendit au châteaîi de Pontefract, où Richar'd était captif, et, suivi de huit complices, il s'introduisit dans son appartement. Le rùi , prévoyant que leur dessein était de le faire mourir, résolut de vendre sa vie aûssi chèrement que possible. S'étant donc précipité sur l'up des meurtriers et lui ayant arraché sa hache d'armes, il étendit quatre de ses assassins à ses pieds; mais vaincu ènfii^ par le nombre, il fut frappé de mort d'un couj) de hache. Quelques historiens, autrement informés, assurent qu'il mourut de fiaim dans sa prison.

Ainsi périt ce malheureux priàce , dan^ sa trentequatnîèihe année, et la vingtrtixMsièiitte de son règne. Quelque blâmable qu'ait été sa'cotiduite, son chàtiment a surpassé ses fautes. 11 ne laissa ni enfans légitimes ni enfant naturels. ^

Ce fut^sous ce règne que Jean WickleÉfe s prêtre séculier élevé à Oxford , commença à propager une doctrine noijrvdle. Il est le premier qui ait eu assea£ de {Pénétration pour reconnaître les erreurs de TÉglise romaine, et assèz de .courage pour tenter une réformation dans la^religion. Il nia la doctrine de la présence réelle, k suprématie de l'Église et le mérite prétendu dé la vie monastique. il soutint que rÉcritute sainte était la seule, règle de la foi ;

' AViclel ou WicklefTe, ou Jean de Wickliffe, ainsi nommé |>arce qu^il naquit à WicklifFe dans le comté dTorck vers l'an

|iiCHàfiD II. g5 que r%liâe était dépeifdante dé l'État ; que le clergé ne devait posséder aucuns bietis temporels, et que . les nombreuses cérémonies du culte étaient nuisibles à la véritable piété. La plus grande partie de sa doctrine était d'uné telle sagesse, que la postérité Ta jugée digne d'être confirmée ; et si Wickleffe ne fut pas le réformateur de la religion, c'est que les esprits n'étaient pas encore assez flairés à cette époque pour comprendre le^s vérités qu il s'efforçait, de répandre*

Le clerçé ne mânqua pas de se récrier avec fureur contre les principes de Wickleffe ; mais comme sa doctrine était favorisée par lâc hante dasse des laïcs , il trouva protection contre l'indigmition des prêtres.rJean de Gand fut son partisan et son ami le pluç dévoué ; et lorsqu'il fut sommé de comparaître devant l'évêque de Londres, ce seigneur l'accompagna à la cour, et le défendit du ressentiment du clergé et de la fiirenr de la popillacè.

Cependant par la suite des tems» il , eut la satÎ9Ê|ctipn de voir le peuple , qui s'était d'abord si fortement prononcé contre lui, se déclarer entiè-^ rement en sa faveur, et quoique souvent il fut cité de paraître devant les prékts, l'estime dont il jouissait parmi les jb^utes et ba3ses classes des laïcs , eut toujours le pouvoir de lè mettre à l'abri de toute injure. Tout le tems qu'il vécut, il continua à combattre le crédit du clergé, tant par ses sermons que par ses écrits. Il mourut enfin d'une paralysie dans l'année i384, à son rectorat

9$ HISTOIRE d'ak6j;.eteïirk.

de Lutterworth, dans ïë camté dé I^eicester. On pense bien que le clergé, ne manqua pas de représenter cette jnort comme un juste châtiment du ciel , à cause de son hérésie et d(^ ses impiétés sans nombre*.;

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