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autre Wôyéti. Ils revêtirent un des chapelains' du feu roi des orneiiiens de la royauté^ et le présentèrent comme le monarque déposé, qu'irs avaient arraché de sa prison , et qu'ils voulaient replacer sur le trône. Le peuple, ému de compassion à Fas- ^ect de la majesté royale ainsi malheureuse et avilie^ sentit renaître tout son attachement pour son ancien roi; et de tous côtés on se réunit en foule sous la bannière des confédérés. Leur armée, devenue bientôt considérable, campa près de Cirencester ; les chefs prirent leurs quartiers principaux dans l'intérieur de la ville ; mais avec si peu de précaution ou si peu d'expérîencè , qu'ils négligèrent de placer des gardes aux portes et aux avetiues; cette imprudence ayant été promptement remarquée du maire de la ville, qui était dévoué aux intérêts de Henri IV, il profita de la nuit pour réunir quatre cents hommes qui s'emparèrent des portes; après quoi, ils attaquèrent les chefs des rebelles.
Les comtes de Kent et de Salisbury furent pris , malgré une résistance opiniâtre , et eurent la tête tranchée sur-le-champ, par les ordres du maire. Les » comtes de Huntingdon et lord Spencer s'échappèrent par le toit d'une maison, et regagnèrent leur camp , dans Tespoir de revenir attaquer la ville avec toutes leurs forces; mais en arrivant sous les tentes, ils eurent la mortification de les voir abandonnées, ainsi que tout le bagage , par les soldats qui, ayant entendu parler du tumulte
* Nommé Mâiideliii.
loo HISTOIRE d'Angleterre.
qui venait d'avoir Heu dans la ville, avaient présurùé qu'une partie de l'armée royale y était entrée secrètement pour la secourir; et convaincus, d'après cette conjecture, que leur perte était iné^ vitable, ils s'étaient hâtés de prendre la fiiite.
Les deux lords, ayant ainsi perdu tout espoir de succès , ne songèrent plus qu'à se cacher ; mais ils ne tardèrent pas à être arrêtés , et perdirent la tête sur l'échafaud, par ordre de Henri'. Leur mort fut bientôt suivie de celle de sir Thomas Blount et de sir Benedict Saly. Lorsque les cadavres de ces infortunés furent apportés à Londres , dix -huit évêques et trente -deux abbés mitrés eurent l'indignité de se joindre à la pppulace, pour insulter à leur restes et pour donner les signes de joie les plus indécens. On remarqua, dans cette procession révoltante, le comte de Rutland, portant en triomphe la tête de son beau-frère, lord Spencer, qu'il avait trahi.
Cet homme infâme était habitué depuis long-tems au meurtre et à la perfidie^ Pour plaire à Richard, il avait consenti à être l'instrument de la mort violente du duc de Gloticester ; tantôt, il avait abandonné la fortune chancelante de ce monarque pour se joindre à Henri; peu de tems après, il avait conspiré contre ce dernier, après lui avoir juré fidélité; maintenant, il trahissait les complices qu'il avait entraînés dans cette entreprise criminelle et n'avait pas honte de donner publiquement des marques indécentes de sa lâcheté exécrable.
' Si l'on compare cette époque avec celle du règne de Jean^sans-
HENRI IV. lOl
Mais la défaite de quelques rebelles ne suffisait pas pour ramener la tranquillité dans un royaume menacé d'une invasion étrangère et déchiré par des guerres intestines. Le roi de France avait fait un armement considérable dans le dessein d'envahir l'Angleterre ; cependant une trêve de vingthuit ans ayant été conclue peu d'instans après , il fut convenu que la reine Isabelle, qui avait été mariée à Richard , mais dont le mariage n'avait pas été consominé, retournerait en France, sa patrie. Les Écossais ^ à leur tour, renouvelèrent leur ancienne querelle, et tandis que Varmée anglaise se dirigeait vers le nord pour repousser les incursions des Gallois qui avaient à leur têteOwen-Glendour, ils attaquèrent le royaume d'un côté où ils étaient certains qu'il n'y avait aucune défense. Il y eut de part et d'autre plusieurs petites victoires , et beaucoup de ravages furent commis. C'est de ce moment que le nom d'Owen-GIendour devint célèbre parmi ses compatriotes; mais comme ses conquêtes ne procurèrent à son pays aucun avantage durable et que ses nombreuses victoires ne lui valurent qu'une brillante réputation seulement, elles sont dignes à peine de tenir une place dans l'histoire. Il suffira de dire que quelles que {rissent les pertes que l'honneur anglais eut à supporter du
Terre , oïi trouvera un grand changement dans la manière dont on traitait les barons. Sous Jean , on vit des révoltes fréquentes ; et les seigneurs pris les armes à la main obtinipent presque toujours leur pardon; dans les siècles suiyans, ils éprouvèrent toute la rigueur des lois portées contre la rébellion. Ce fait seul démontre combien ]% pouvoir des barons déclina dans le coi|rt espace de deux siècles. ^ Lettres sur l'Histoire d'Angleterre, )
côté des Gallois, il y eutun dédommagemeat du côté 4es Écossais par les avantages que remporta Farmée anglaise. Les Gallois conservèrent le tèrrein, quoique leur chef Glendour eût été fait prisonnier, tandis que les Écossais prirent la fuite devant les Anglais, et ne voulurent ni se soumettre, ni leur livrer bataille.
Dans une escarmouche qui eut lieu entre les Écossais et les Anglais % Archibald, comte de Douglas^ et plusieurs nobles écossais furent faits prisonniers par le comte de Northumberland et conduits au château d'Alnwick. Cette capture , considérée d'abord comme un succès avantageux, fut bientôt suivie de conséquences fatales aux vainqueiirs. Lorsque Henri eut reçu la nouvelle de la victoire, il envoya au comte l'ordre de ne pas traitei: de la rançon de ses prisonniers, ayant l'intention de les retenir, afin de rendre ses demandes plus importantes, lorsqu'il serait question de £air6 la paix avec FÉcosse.
Cet ordre irrita vivement le ceinte de Northumberland,qui, d'après les lois delà guerre, toutespuissantés à cette époque, avait un droit sur la rançon de ceux qu'il avait pris pendant la bataille. Son ressentiment s'enflamma d'autant plus qu'il regardait le roi comme son débiteur, d'après les services qu'il lui avait rendus pour lui assurer la couronne, et il est certain que les obligations que Henri lui avait étalent de nature à produire l'ingratitude d'un côté et le mécontentement de Fautre. Le prince
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devint; natureUement jaksux celui qui avait eu assez de pouvoir pour l'élever au trône, et le C019 te crut que, dès ce moment, toutes les faveurs de la couronne loi étaient dues. Ce n'est pas que Henri ne l'eut comblé dessus grands bonneurs : il Savait &it connétable du royaume, et lui avait accordé encore d^autres emplois considérables ; înaîs ! rien ne pouvait satisfaire l'ambition de ce seigneur, dont les désirs étaient insatiables.
Piqué de ce qiî'il regardait comme une injure du roi; il résolut tout-à*coup de briser l'idole qu'il avait été le premier k encénsér.
Une conspiration fut promptement formée, dans laquelle les Écossais et les Gallois s'empres-^ sèreftt d'entrer, et il fut convenu qu'Us aideraient Nortbumberlaiid à placer sur le trmie Mortimer, le véritable héritier àe la couronne d'Angleterre.
Lorsque toutes les mesures furent prises, le comte , à $a grai^wie mortification , se trouva dans l'impossibilité de conduire sa troupe , étan^ tond>é^ subitement malade à Berwick'. Mais il fut digne^ ment remplacé par son fils, Harry Percy,surnomim Hos^tpur^ , qui se mit à la f ête xles troupes et les conduisit ver$ Shrewsbury, afin de ^éunir ses forces à celles de Glendour qui , quelque tem^ auparavant, avait été édiangé, et qui s'avançait avec les siens dans lé Sbropshir^.
Lorsque les deux armées furent réunies, les insurgés publièrent un manifeste qui contenait tous
' An de J. C. , i4o3,
' Chàud-éperon. Hot-Spurred , ardent à se battre. A. A.
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leur griefs réels ét prétendus. Henri, qui n'avait nullement entendû parler de leur projet , fut extrêmement surpris , en apprenant cette rébellion ; mais la fortune sembla le favoriser ^il avait mis sur pied, heureusement pour luij une petite armée qu'il avait l'intention d'envoyer contre lés Écossais ; sachant l'importance qu'il y avait à se hâter aved des ennemis aussi actifs, il se rendit précipitamment à Shrewsbury pour livrer bataille aux rebelles.
Les deux partis cherchèrent d'abord à Colorer leur conduite sous le désir apparent d'une conciliation ; mais lorsqu'ils en vinrent à des demandes mutuelles, il ne s'agit plus alors que de reproches» et de récriminations : d'un côté, l'on objectait la rébellion et l'ingratitude, de l'autre, la tyrannie et l'usurpation. Les deux armées étaient presque de force égale , compôsée chacune de douze mille hommes environ; l'animosité était réciproque et pd^tée au plus haut point, et ni prudence ni talent miUtaire' ne pouvaient, faire prévoir de quel côté la victoire se prononcerait. On livra une bataille sanglante, dans laquelle les généraux des deux partis donnèrent des preuves de la plus grande bravoure. Henri se montrait partout, aux postes les plus dangereux. Son vaillant fils, qui, depuis, remporta tant de yiotoires en France, combattait à ses côtés ; ayant été blessé au visage par une flèche, il eut le courage de rester sur le champ de bataille , et fit encore , malgré ses souffî^ances, des prodige^ de valeur.
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De l'autre coté, Finfiaitigable Hotspur soutenait cette brillante renommée qu'il avait acquise dans plusieurs guerres sanglantes , et partout il cherohait le roi comme l'objet le plus digne de sa valeur et de son ressentiment. Mais la mort qu'il reçut bientôt d'une main inconnue, décida la victoire ; la 'fortune de Henri triompha.
On prétend que dans cette journée affreuse, deujù mille trois cents gentilshommés furent tués, et environ six mille soldats, dont les deux tiers étaient de l'armée dHotspur. Cependant, Northumberland s'étant rétabli, s'avançait avec un corps de troupes, et se hâtait de venir renforcer l'armée des insurgés et reprendre le commandement général; mais ayant appris en chemin la triste nouvelle de la mort de son fils, il licencia ses troupes, n'osant se présenter sur le champ de bataille avec si peu de forces, et quand l'armée royale, bien supérieure à la sienne, était encore toute transportée de sa victoire récente.
Il songea alors à sa propre sûreté, et chercha à fuir : mais vivement pressé par ceux qui étaient à sa poursuite , et se voyant dépourvu de toute ressource, il se détermina à recourir à la miséricorde du roi, plutôt que de mener une misérable vie dans l'exil. Lorsqu'il se présenta à York devant Henri, il lui protesta que sa seule intention, en prenant les armes , avait été d'amener une médiation entre les deux partis. Cette excuse, quoique faible et peu vraisemblable, parut satisfaire le roi qui, saps doute, le trouvant assez puni par la mort
tq6 aiSToiR£ p'a^ncleterre.
de son fils chéri et la perte de son armée , consentit à lui pardonner sa rébellion.
Mais l'extinction d'une révolte semblait être le signal d'une autre : l'archevêque d'York, qui avait été promu sous le règne précédent, entra bientôt dans une autre conspiration aveq le comte Nottînghâm et ce méipe comte de Northumberland qui venait d'éprouver la clémence royale. Leur projet était encore de dé trôner le roi et démettre le jeune Mortimer à sa place. Si les forces de ces rebelles s'étaient trouvées réunies à celles qui venaient d'être tout r^cemmeijt dispersées , et qu'elles eussent agi de concert , il est probable qu'elles eussent vaincju les troupes du roi. Mais les nouveaux confédérés commencèrent leurs opérations au moi^nt où les derniers rebeUes venaient d'être défaits; et leurs efforts ne furent suivis d'aucun • succès. Cependant ils tinrent la campagne et publièrent un manifeste dans lequel ils reprochaient à Henri son usurpation , sa tyrannie et le meurtre du feu roi. Ils demandaient que la ligne directe fût rétablie sur le trône, et que tous les vices du gour vernenient fussent corrigés.
Le comte de Westmoreland, qu'on avait envoyé à leur rencontre kla tête d'une armée inférieure en nombre, demanda. une conférence, qu'il obl^uit de suite. On se rencontra à Skipton , dans le comté d'York, et quand les deux armées furent ^n présence , l'arehevêque se plaignit hautement 4es injures que recevait chaque jour la nation et de celles qu'il avait r^ues lui-même.
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Le comte de Westmoreland ne se contenta pda de reconnaître la justice de ses remontrances et de ses réclamations^ il le supplia de proposer luimême un moyen de remédier à tous ces maux, et lui accorda tout ce qu'il demanda. Lorsque les stipulations fui'ent faites, il engagea les confédé* rés^ puisque désormais il^ ne devaient plus rien demander ni craindre, à congédier leurs troupes et à se fier à son honneur pour le soin du reste ; ses manières doucesi, ses promesses spécieuses les trompèrent et les entraînèrent à leur ruine. Les insurgés consentirent sur-le-champ à éloigner leurs troupes, tandis que le 60m te donna des ordres en secret pour que son armée ne s'éloignât qu'à une certaine distance et se tînt prête aumoi^re signal.
Dès qu'il les vit hors d'état de se défendre , il s'empara de l'archevêque et du ccnnte de Nottingham qu'il envoya au roi. Ce fut pour la forme , sans doute, que l'on fit un procès régulier à des hommes dont le sort était arrêté d'avance. L'archevêque d'York est le premier prélat qui fut décapité en Angleterre. Le comte de Nottingham eut le même destin. Le comte de Nothumberland courut se réfugier en Ecosse; mais trois ans après il fut tué, dans une incursion qu'il fit en Angleterre, par §ir Thomas Rokeby, shérif du coipté d'York.
De tels avantages semblaient promettre queU ques instans de repos à un royaume depuis si long-tems déchiré par les factions et toujours menacé d'invasions étrangères. Mais une nouv^e calamité s^annonça bientôt, et quoique faible dans
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l'origine , elle se développa tellement , qu'elle amiena dans la suite les conséquences les plus terribles. A mesure que la doctrine de Wickleff s'était propagée, elle avait acquis un si grand nombre de partisans , que' le clergé effrayé commença à trembler pourspn influence. Aussi s'éfforça-t^il de mettre dans ses intérêts le Toi qui , plus d'une fois déjà, s'était déclaré en foveur des opinions nouvelles.
Mais Henri, trqp certain actuellement de la faiblesse de ses droits à la couronne , résolut d'employer tous les moyens, qui seraient en son pouvoir pour les fortifier ; il sentit que l'opinion dti clergé pouvait être pour lui d'un grand poids, et il ne jugea pas à propos de la dédaigner. Il parut en conséquence écouter favorablement leurs plaintes, et chercha une occasion pour engager son parlementa veiller au salut de l'Église qu'il assura être en danger. Quelque répugnance que la chambre des commune^ éprouvât à poursuivre une secte dont le seul crime n'était tout au plus que l'erreur, la puissance de la cour et les cabales du clergé finirent par obtenir un acte qui condamnait à l'avenir tous les hérétiques opiniâtres à être brûlés. Cette loi ne fiit pas plutôt passée, que le clergé résolut 4e la faire exécuter avec toute la rigueur possible , afin de faire voir qu'elle ne devait pas être regardée comme un vain épour vantail. Wiliam Sawtre , disciple de Wickleff et recteur de Saint- Osithe à Londres , ayant été condamné comme hérétique, par un çonseil rassemblé
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à Cantorbéry, fut livré au lord maire de Londres^ pour être brûlé vif, en vertu de Tordre émané du roi. Cet infortuné est le premier qui subit la peine de mort en Angleterre, pour cause de religion.
Ces feux redoutables, une fois allumés ^ ne devaient pas s'éteindre de sitôt; car le clergé avait le pouvoir de les alimenter. Il prévit Êicilement que le droit de brûler ceux qui se déclareraient contre son autorité rendrait plus grand que jamais le pouvoir temporel, qu'il avait possédé quelques siècles auparavant ; et il ne se trompa pas dans cette conjecture. Les ecclésiastique3 reprirent donc toute leur ancienne puissance ; mais ils l'établirent alors sur, des principes différens , et ib fondèrent tor les terreurs et la superstition l'empire que, du tems des Saxons , ils avaient fondé sur l'amour et .la confiance.
Les moyens employés par Henri IV semblaient avoir apaisé tous les troubles qui venaient d'agiter le royaume; le roi s'efforça de profiter du calme actuel, pour regagner la popularité qu'il avait perdue par les rigueurs exercées, au con^mence^ ment de son règne. C'est pour cette raison qu'il permit souvent à la chambre des communes d'usurper un pouvoir dont elle n'avait jamais joui sous les rois précédens. Lorsque dans la sixième année de ce règne , les communes accordèrent uii subside au roi, elles nommèrent, de leur propre autorité, des trésoriers pour veiller à l'emploi de cet argent, et en rendre compte à la chambre. Elles proposèrent trente articles importans , rela-
i ro BtisToiRE d'angleterre.
ti£i au gouvernement de ia msuson du roi. Enfin la chambre n'avait jamais usé de sa liberté et de sed privilèges , autant que sous ce règne.
Mais tandis que le roi faisait des efforts superflus pour recouvrer la confiance du peuple , qu'il avait perdue depuis qu'il était sur le trône?, son fils Henri , prince de Galles , semblait se plaire à gagner l'aversion populaire. Il se faisait remarquer par des dâ)auches de toute espèce , et n'aimait à être entouré que de misérables qui , ayant pour chef le prince lui-même, mettaient un orgueil ex* trême aux actions les plus dissolues et les plus blâmables. Le roi s'afÏÏigeait de voir son fils dégé* nérer ainsi, et oublier la dignité de son rang, malgré les preuves réitérées qu'il avait données d'abord de sa valeijr et de sâ générosité. Il s^e livrait à de tels èxcès , que l'un de ses compagnons, de débauche ayant ét^ conduit, pour quelque crime , en présence de sir William Gascoigne , chef de la justice du ban du roi, le prince, irrité de l'issue du procès, se leva et frappa le jùge en pleine cour. Le vénérable magistrat, pénétré du respect que l'on devait à son caractère , se conduisit avec toute la dignité convenable à sa charge ; il ordonna que, Bur-leKîhamp , le prince fut conduit en prison.
Lorsqu'on rapporta cet événement au roi, qui, lui-même ^ avait un jugement excellent et un grand fonds de justice et d'impartialité , il s'écria : « Heua reilx est le souverain qui a un magistrat assez « courageux pour appliquer des lois à un tel cou- ^ pali{e! mais plus heureux encore est le souverain
HENRI IV. III
« dont le fils est disposé à se soumettre à un tel c châtiment. » Ce fait est le premier exemple d'un magistrat remplissant, à la rigueur, les devoirs de la justice, et opposant les lois à la puissance souveraine; et dans une foule d'autres occasions semblables, les juges ne se sont jamais montrés que les ministres des caprices du maître.
Henri, dont la jsanté déclinait rapidement de* puis quelques années , parut s'approcher de sa fii^ Il était sujet à des évanouissemens qui Fafiaiblis^ Paient de plus en plus, et épuisaient sa vie ; à mesure qu'il la sentait s'éteindre en lui, la crs^iute de perdre sa couronne redoublait tellement, qu'il donnait quelquefois des marques d'inquiétude ridicules. Il ne pouvait , par exemple , se déterminer à dormir, à moins que le diadème ne fût placé sous son oreiller. Il fit le vœu de prendre la croix et d'aller à Jérusalem combattre les Infidèles; il fit même part de son projet, en plein conseil, et demanda aux membres de l'assemblée leur avis sur son voyage projeté; mais le mauvais état de sa santé ayant augmenté considérablement, il fut forcé de renoncer à ce dessein et de songer à un voyage d'une beaucoup plus grande importance
Un jour qu'il était plongé dans un de ses accès , le prince de Galles entra dans son appartient et s'empara de la couronne , qu'il emporta. Lorsque le roi eut repris ses sens, il demanda, d'un air inquiet , ce qu'elle était devenue. Ayant appris
' An de J. C, i4i3.
112 histoirkVangleterhe.
que le prince de Galles l'avait emportée: « Quoi!
« s'écria'-t^l , veut-il donc me ravir mes droits avant
« ma mort? » Le prince rentra dans ce moment, et
rassura son père, en lui disant qu'il n'avait jamais
t^u un tel motif; il remit la couronne où il l'avait
prise.
Le roi tomba de tioUve^u dans un profond évanouissément , en remplissant ses devoirs de dévotion devant la châsse de saint Édduard-le-Cou- Tesseur, à l'abbaye de Westminster. On le transporta ainsi dans la chambre de Jérusalem. Lorsqu'il eut repris ses sens, il parut surpris de se trouver dans ce lieu, qu'il ne connaissait pas, et demanda le nom de l'appartement. En apprenant qu'on le nommait la chambre de Jérusalem, il s'écria que la prédiction qui lui avait été annoncée, qu'il moùrrait à Jérusalem, se trouvait accomplie en ce moment. Après avoir prononcé ces paroles, il recommanda son ame à son créateur, et peu de tems après , il rendit le dernier soupir. Il était dans sa quarante^septième année et dans la quatorzième de son règne.
Le caractère de ce monarque est digne, d'un coté, de la plus haute admiration; de l'autre, il doit exciter l'indignation et la haine; tant qu'il vécut dans la vie privée, il fut vaillant, prudent, prévoyant et sage; mille vertus le suivirent. Ses défauts ne se développèrent qu'au moment où l'ambition hii fit* élever ses regards jusqu'au trône : alors il se montra injuste, cruel , sombre, tyrannique, et si son règne contribua au bonheur de
ses sujets^ ce fut continuellement aux dépens du sien propre. Il n'atteignit jamais cette félicité qu'il ^ avait espéré trouver sur le trône.
Il eut deux femmes ; la première , qui fut Marie de Bohun, lui donna quatre fils: Henri, qui lui succéda, Thomas , (Juc de Clarence, Jean, duc de Bedford, Humphrey, duc de GlouCester. Il eut aussi deux filles. Sa seconde femme ne lui laissa point d'enfans.