‹ Histoire d'Angleterre, Volume 2Chapitre 15 sur 31 · CHAPITRE XYlll · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYlll

HSNAI V.

. De ran x4i3, à l'an 1 433.

La mort de Henri IV causa peu de rçgrets parmi un peuple auquel il avait inspiré plus de crainte que d'amour; les réjouissances qui furent faites pour l'avènemeiit de son fils, malgré sels nom^ breuses extravagances ^ furent éclatantes et sincères. Ge prince, aU milieu de ses folies et de ses débauches , avait souvent donné des preuves des sentimens les plus nobles, et, s'il n'avait pas offert^ dans sa conduite, l'exemple des vertus, il avait toujours prouvé qu'il savait les respecter*

Ce fut principalement son courage qui sut lui atti> rer l'affection et l'admiration du peuple ^Tous les devoirs de l'homme se réduisaient, à cette époque, aux occupations delà guerre et aux pratiques d'une dévotion superstitieuse ;*et dans ce siècle d'ignorance, IL \ 8

Il4 HISTOIRE b'iNCLETERRE.

on n'admirait rbétoïsme^ que lorsqu'il était le résultat de ces deux principes.

Les premières actions du jeune roi confirmèrent les es^rances fororabiôs qu'il avait fait concevoir: il fit venir en sa présence ses anciens com^ pagiMms de débauche, et, après leur avoir appris l'intention où il était de réformer sa conduite , il les exhorta à ^vre son exemple, et leur ordoniM de s'éloigner de la cour, non sans leur avoir vh> cordé , cependant , des moyens de subsistance et des promesses d'avancement , si leur conduite future les rendait dignes de sa protection. Les fidè* les ministres de son père tremblèrent d'abord, en songeant à la rigueur scrupuleuse avec laquelle ils avaient rempli leurs devoirs à son égard. Mais ils ne tardèrent pas à être rassurés, en voyant le jeune nlonarquiekur accorder son anritié et sa confiance. Sir William Gascoigne, qui cràtgnâit lephis de hii étre» bdieiix, reçut des louanges, au Keu d^s reproches auxquels il s'att^o^it, ©t fut agréable*^ meti« surpris ^entendre le roi l'^Kthorter à persévérer dians SA (Conduite irréprochable, et à retni^Kr toujouw avec la même impartialité les devoirs sé* vères àe la justice.

Henri parut disposé k réparer, noflMSeuiement ses propres» errewrs^ mais celles du rèjgne précé* dent. î\ témoigna la plus profonde douleur snt le sort dé l'infoi^tuné Ricard ^ et ordonna qû^oo lui fit de^ cddsèques di^es» die son ran^. 11 s'e£brça d^ensevdtir dams l'oubh toutes tes quereltes élevée» par l'Mprit de partie il ne se ptwMi^ en ùmvtt

HEKRI V. Il5

d'aucun , et tous les hommes justes et bom lui devinrent également chers. Les hommes exagérés, et ceux dont le caractère était enclin à la haine et à la vengëance, éprouvèrent seuls les effets de sa rigueur ; et ib s'efforcèrent vainement de mettre leur loyauté en opposition avec leur conduite vicieuse. '

Les conseils et. l'exemple du prince clevinrent un enoourî^etnent puissant à la vertu. Toutes les opinions parurent conciliées, tous.le^ partis, si dés^ unis jusqu'alors^ s'attachèrent, avec une ardeur égale^ à la cause d'un monarque juste ^ dont tes qualités britlantes- firent prontptement oublier la faiblesse de ses titres k la couronne.

Les Aiagls^s étaient dpnc heureux sous le gouvernement de leur nouveau roi; mais il n'est pas toujoàrs au pouvoir de l'homme de savoir s'élevier au-dessus des préjugés du siècle où il est né , et de réprimer des abus que le teros seul peut apprendre i connaître. Les vices du clergé avaient attiré 9ur lui, depuis lohg-*tems, le mépris et la haine du peuple; cependant ce corps n'en était pas moînÀ terminé à maintenir son ancienne |èis6â»ee ^ non elisiiipptant une réfor^me dans sa «ilQlïduite, mais en persécutant tous ceux qui se iSidareraient contre l'autoritéde TÉglise.

I^'iiérésiei^ Widklsffe ou le loUardisme',, ainsi

j^J^o appélâi^'Êoikrd» Ua hérétiques qui reconnaissaient pour 4|PpPfl^tieT Lollard , AngUii ^ qui commença à préchw éev erretirs jj^îlâtÊ»' Il (lisait que \fs^ démons avaient été damnés injustement; tfprle» angles qiti î^v^iifint chassés du ciel seraient damnés à leur liPf II &t arrélé à ColagiMe en 1 3 a a , et bràlé par Fiiiquisition.

1 l6 HISTOIRE d'aNGLETCRRE.

qu'on l'appelait, se répandait chaque jour davantage , et recevait un nouvel éclat de la protection et des sermons de sir John Oldcastle, T)aron de Cobham, ancien serviteur du roi, et qui jouissait de la plus haute faveur. Son caractère respectable et ses vertus, tant civiles que miKtairés, avaient attiré sur lui l'attention d'Arundel , archevêque de Cantorbéry , qui l'avait jugé digne de servir de victime à la vengeance ecclésiastique. Il s'adressa au roi pour obtenir la permission de dénoncer lord Cobbam^comme un impie, coupable de l'hérésie la plus atroce. Mais le cœur noble et généreux de Henri répugnait à employer un . moyen de conversion aussi sanguinaire; et il résolut d'essayer d'abord ce que la raison et la persuasion pouvaient produire sur le chef téméraire de cette septe.

Il eut donc un entretien secret avec Cobham ; mais il trouva ce gentilhomme obstiné dans ses opinions et déterminé à faire le sacrifice de sa vie , plutôt que de renoncer à sa croyance. Le roi, le voyant inébranlable , le livra alors à la fureur de ses ennemis. La persécutioi[i ne sert jamais qu'à propager les erreurs qu'elle a pour but de détruire. Le primat dénonça lord Cobham, et à l'aide de ses suffragans, le condamna, comme hérétique, à être brûlé, vif. Cobham, ayant cependant trouvé le moy^n de s'échapper de la Tour, avant le jour désigné pour son exécution , rejoignit secrètement son parti , et après avoir excité le zèle de ses par-

Ses parUAnns, chassés d'Allemagne» se réfugièrent en Angleterre et se réunirent aux Wicléfistes , contre le clergé. romain. C. Y.

HENRI V. I ly

tisons , il les conduisit à Londres dans l'intention de tirer vengeance de ses ennemis*. Mais le roi, informé de ses projets , ordonna que l«s portes de la ville fussent fermées, et, s'étant fait suivre de sa garde , il se rendit , pendant la nuit , dans Saint- Gile'sfieids ^ , et s'empara des conspirateurs qui se hâtaient d'arriver de tous côtés au irendez-vous désigné. Quelques-uns d'en tr 'eux furent exécutés; le plus grand nombre fut admis en grâce. Co* bham lui-même trouva moyen de s'échapper et ^ de se tenir caché pendant quelque tems ; mais " "ayant été repris quatre ans après, iV paya de sa vie son obstination et sa témérité. On lui fit subir des tourmens que là cruauté humaine n'avait pas encore inventés jusqu'alors, et que les crimes les plus énormes auraient à peine mérités. On le pendit par le milieu du corps avec une chaîne , audessus d*un brasier, et il fut brûlé ainsi à petit feu. /\'^ ' ■ , . ' • -

De semblables spectacles étaient faits pour exciter l'horreur et l'aversion , non-seulement contre 1^ clergé, mais contre le gouvernement luinnéme^. Henri, voulant détourner l'esprit de ses sujets de scè^ nés aussi hideuses , se détermina à saisir l'occasion que lui offraient les troubles où la France était plon^ gée à cette époque ; il suivit les derniers avis de sou père qui lui avait conseillé en mourant d'occuper ses sujets à des expéditions étrangères, afin d'ôter, par-là, aux esprits turbulens de son royaume, 1»

' An de J. G., 1414.

* Champs de Saint-Gile.

ii8 HISTOIRE d'Angleterre,

moyénetletems d'exciter de dangereuses iûsurrecticHdS. Charles VI ,roi de France , était sujet à de fréquens accès de démence qui le mettaient dans Vixù' possibilité totale de gouverner son royaume, livré, dans ces tristes moi^ens , à l'ambition de ses vasaaux et de ses courtisans, dont la force s^augmen** tait (dk la faiblesse de leur souverain. Deux conçurrens se disputaient l'administration des affaires : Ix>uis, duc d'Orl^ns, frère du roi, et Jean, duc de Bourgogne, son cousin germain. La reine Isabelle " avait aussi un parti; et le roi, dans ses mo- ^ mens luddes, s'efforçait vainement d*en former luirméme un autre qui pût se déclarer en sa faveur. Chacune de ces factions , Iqrsqu'ellev parvenait à triompher, flétrissait les vaincus du nom de traîtres^ et les gibets étaient occupés tour-à-lour par les l^ccuséis et les accusateurs.

Henri jugea donc cette circonstance favorable pour recouvrer lès possessions françaises qui autrefois avaietit été accordées par traités à l'Angjeterre. Mais, voulant donner préalablement à cette expédition quelqu'âpparence de justice , il envoya des ambassadeurs à Paris, chargés d'offrir une paix perpétuelle et une alliance avec l'Angleterre, à condition qu'il rentrerait dans toutes les pOjisessions qui avaient été enlevées à la couronne e^oufi les règnes précédons, et qu'il épouserait Catherine, fille du roi dé France, à laquelle on donnerait une dot -convenable.

Quoique la cour de Çrance fut extrêmement

' Isabeau de Bavière.

opposée à la guerre k ceJtQ époopie, m \mxr ymt cependant cameçtir à ^mmnd^ ex^rbi* tantes, que Heo^ri oe faisait probaWeiDeiit qui dans Tespoir d'essuyer up re£as^ dont il m kH paft plus tôt jcertaiB , qu^ fit équiper une flotte eJ u|ie armée con^dérabJe à Southaioptm ^ Apr^ avoir invité, par de brillante» espérances de cwquêté», tons les guerriers de rAngleteri>e à kf^uiiyre, il mit en iijer, et aborda à Harfleur .à la téte de six miJÀe hojnmes d'anaaes ^ de viugtiqpiatre mUle hommes d'infanterie , dqnt h piupajrt e^aieuit arçbers*. \-

I^es premières opérations coaipmeiM^èrent par te siég^ 4te cette place qui , ayant ^té atta(|uée vigoureuisement, se détermina à capituler, et |»roinit de se rendre ^ uqe époque désignée, si elle a'ob*tenait pas du secours avant ce teiiis. Le jour fixé arriva sans qu'aucuu reufort parût; mais les assié^ g^, peu scrupuleux relativement auix eu^agemerM^ qu'ils avaient pris , résolurent de se défendre en^ core. Henri ordonna une attaque générale, prit h ville d'assaut , et en chassa la garnison ainsi qm tous les habitaus.

Le vainqueur, {ioursuivant son chemin, s'avapça dans un pays déjà désolé par les factioias, et qu'il açheva de dévaster entièrement. L'ennemi n'op^ posa qu'une faible résistance, mais le climat

' Hume remarque que le» offres de cette cour , quoique fort au- <)egsous de ce qu'exigeait le roi ^d'Angleterre , furent encore trèâlioniid^ti^tilieis, Tçm. fif » pag. 33i. A. A.

' Andç j4i5^

vint fatal aux Anglais; la dissenterîe se mit paiTni les troupes de Henri , et son armée se trouva diminuée de moitié^ tant par la mort de ceux que la «laladie enleva, que par la faiblesse où elle réduisit ceux qui lui résistèrent. Dans cette triste situation, le roi eut recours à un expédient assez ordinaire dans ce siècle barbare, et qui était fait pour inspirer aux troupes plus de confiance que jamais en leur général. Il appela en combat singulier le dauphin qui commandait Tarmée française , lui offrant de s'en remettre à Fissue de l'événement , sur ses prétentions: Ce défi fut rejeté, et les Français , si divisés intérieurement , semblèrent se réunir à l'apparence du danger commun. Quatorze mille hommes d'armes et quarante mille hommes d'inÊinterie se rassemblèrent sous le commande- ' ment du connétable d'Albret qui les plaça de manière à assaillir les troupes affaiblies de Henri, et à intercepter leur retour. Le roi d'Angleterre commença alors , mais trop tard , à se repentir de son invasion téméraire dans un pays où une maladie contagieuse et une armée puissante semblaient menacer partout les Anglais de leur destruction.

Il résolut de se retirer à Calais ; cette retraite cependant ne pouvait s'effectuer sans des dangers continueb qu'il ne se ^ssimùlait pas. Il s'efforça d'inspirer à ses troupes de la patience, de la persévérance, et leur offrit, par sa Conduite, l'exemple le plus éclatant du courage et de la résignation. Continuellement harrassé dans sa marche par des par^ ^s volans de l'ennemi, il atteignit la Somme, qu'il

HENRI V

essaya de traverser; mais bientôt il aperçut de l'autre côté des troupes prêtes à s'opposer à: son passage, et il fut obligé de revenir sur ses pas. Cependant il fut assez heureux pour surprendre un endroit près de Saint-Quentin, qui n'avait pas été suffisamment gardé, et il parvint à faire passer son armée.

Mais l'ennemi conservait encore Tespoir d'intercepter sa retraite, et lorsque Henri eut traversé la petite rivière de Ternois à Blangi , il fut désagréablement surpris d'apercevoir d'une hauteur l'armée française rangée dans les plaines d'Azincourt, et postée de manière qu'il lui était impossible de poursuivre sa marche sans en venir à un engage- \ ment. Aucune situation ne pouvait être plus embarrassante que celle où il se trouvait alors : son armée était presque réduite à rien par la maladie; les soldats, dépourvus de vivres, étaient abattus et découragés par les fatigues de leur retraite ; les troupes de Henri s'élevaient à peine à douze mille hommes , et c'était avec des forces aussi faibles qu'il devait soutenir le choc d'une armée six fois plus considérable, commandée par d'habiles généraux et abondamment pourvue de provisions. Cette inégalité humiliait autant les Anglais qu'elle aug>mentait le courage des Français qui conçurent, dès ce moment, un tel espoir de succès, qu'ils commencèrent à traiter de la rançon de leurs prisonniers.

Henri , quoique certain de son danger extrême, n'omit aucune des mesures qui pouvaient empê-

122 HISTOIRE d'aJ^GLETERRE.

cher sa dé£aiite. L'ennemi étant d'un^ force bien supérieure , il rangea sa petite année sur un terrein étroit, situé entre deux bois qui flanquaient sa droite et sa gauçhç , ^t il attendit patiemment , dans cette position, Tattaque des français. Le connétable de France était à la téte d'une armée , Henri était à la tête de l'autre, avec Edmond, duc d'York* Les deux armées s'ob^rvfîrent quelque tems en silence t comipe si elles eussent été également effrayées ; ni l'une ni l'autre ne paraissait disposée à rompre ses rangs pour entamer le com-^ bat Çe que Henri remarquant^ il s'écria avec ardeur : K A^es amis , puisqu'ils ne veulent pas corna mencer, c'est à nous à leur montrer l'eii^emple ; « jnardiez, et puisse le ciel nous accorder sa pro- « tection !»

A ces mots , les Anglais s'élancèrent, en faisait entendi^ des cris d'enthousiasme, et les Français continuèrent à attendre leur approche d'un air intrépide^ Les archers Anglais , célèbres depuis longtems par leur habileté , firent voler une nuçe de flèches de trois|>ieds de longueur, qui produisirent un effet terrible. Jja cavalerie française s'étant avancée pour les repousser , deux cents archers 9 qui s'étaient tenus cachés jusqu'à ce jnoment, parurent subitenient^ et, lançant leurs flèches, jetèrent la confu^pn parmi les rangs ennemis; ils profitèrent du désordre, ^e précipitèrent avec liireur, et tombèrent, l'épée à la main, sur les Français- Les assaillans , affaiblis par la maladie , furent cependant repoussés d'àbord;màis déterminés à vaincre

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OU à mourir. Us fondirent sur Fennemi avec une telle impétuosité , que les Français furent forcés 4e reculer, et bientôt la valeur des Anglais acheva leur délaite'. Dans le même moment, un corps de cavalerÈe anglaise , qui était resté caché dans un bois voisin, s'élançant avec rapidité, vint flanquer Finfan terie française, et un désordre général s'ensuivit. La première ligne ennemie ayant été mise en déroute, la seconde ligne s'avança pour interrompre les jf)rogrè$ de la victoire. Henri, qui avait mis pied à terre, se pré3enta à Fennemi d'un air déterminé, et, à la tête de ses troupes, combattit à pied, encourageant lés uns et secourant les autres.

Dix*huit cavaliers français, qui avaient résolu de le tuer ou de mourir, s'avancèrent vers lui^ et Ftm d'eus? ayant frappé le roi de sa hache d'armes, tous tombèrent sur lui au même instant ; il était sur le point de fléchir sous leurs coups , lorsque David Gam , vaillant Gallois , aidé de deux de ses compatriotes, accourut au secours du roi, força l'attention des assaillans à se diriger sur lui, et il les combattit avec une telle valeur, qu'il en fit tomber plusieurs à ses pieds. Le roi avait eu le tems de rer prendre ses sens, et des troupes fraîches étant arrivées à son secours, les dix-huit cavaliers français furent tués. Henri, reconnaissant du service qu'il venait de recevoir de son généreux défenseur , l'arma chevalier sur le champ de bataille, ainsi que les Gallois qui avaient aidé si courageusement à le défendre.

' La bataille d'Azincourt fut perdue le a 5 octobre liiê, C,Y.

Le combat s'était engagé de nouveau avec plus de chaleur que jamais ; Henri redoublait d'ardeur, et les endroits les plus périlleux étaient ceux où on le voyait combattre. Son frère, qui était à ses côté$, ayant été frappé mortellement, vint tomber à ses pieds ; et tandis cjue le roi était pieusement occupé à le recourir, il reçut lui-même un coup terrible qui le jeta sur ses genoux ; mais il ne tarda pas à se relever fièrement et à se remettre à là tête de ses troupes. S'élançant alors furieux sur l'ennemi , il le jeta dans une telle confrision , que les généraux français ne purent jamais engager leurs troupes à revenir à la charge. Le duc d'Alençon , témoin de leur fuite, résolut, par un coup désespéré, de recouvrer la fortune du jour ou de périr dans la tentative. Courant sur Henri, én s'écriant qu'il était le duc d'Alençon, il lui déchargea un coup si violent sur la tête, qu'il fit voler une partie du casque du roi. Henri , qui n'avait pas eu le tems de parer le coup, le rendit avec fureur, et jeta le duc à terre; les troupes qui accoururent achevèrent de le tuer, et tous les efforts que le roi fit pour le sauver fiirènt inutiles.

Dès ce moment , les Français furent vaincus de tous côtés ; effrayés , ils se jetèrent à la hâte dans un passage si étroit, qu'ils ne purent ni fuir ni faire aucune résistance, et bientôt la terre fut couverte de morts.

Après que toute apparence d'hostilité eut cessé, les Anglais eurent le loisir de faire des prisonniers^ s'étant avancés dans la plaine avec un succès con-^.

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tinuel, ils aperçurent les restes de Tarrière-garde française, qui semblait chercher à opposer encore quelque résistance; ils entendirent en même tems derrière eux un bruit d'alarme; c'était un certain nombre de paysans armés, qui étaient tombés sur les bagages des Anglais, et passaient au fil de Té*^ pée ceux qui étaient chargés de les garder. Henri, se voyant entouré d'ennemis de tous cotés, redoutant quelque tratative de la part de ses prison* niers , dont le nombre excédait celui de 3on armée , et jugeant nécessaire de prendre un parti violent, donna l'ordre de les faire mourir; piais, informé qu'il tenait la victoire, il arrêta le massacre assez tôt pour sauver encore un grand nombre de victimes*

Cet acte de rigueur , ou pour mieux dire , d'atrocité, a terni toute la gloire que cette victoire aurait acquise à Henri : cependant, sa conduite, en cette circonstance , doit être attribuée bien moins à un penchant à la cruauté qu'atix moeurs encore sauvages de cette époque; et l'on remarquera que l'héroïsme de ce siècle avait toujours une teinte de barbarie.

bataille d'Azinçourt fut fatale à la France, par la quantité de princes et de nobles qui furent tués ou faits prisonniers. Dans le nombre de ceux qui périrent , on conipte le connétable de France , les deux frères du duc de Bourgogne , le duc de Bar et le comte de Marie ; un archevêque de Sens fut tué égaleinent , les armes à la main. Le nombre des morts s'éleva , dit-on, à dix mille hommes, et

126 HISTOIRE I>'anGLETERRE.

comme la perte tomba principalement Mir lâ-cah Talètie, on prétend que huit mille gentilshommes furent tué^. Dân$ le nombre des prisonniers , qui se mouta à quatorze mille hommesi , les plus distingués furfent les ducs d'Orléans et de Bourbtwi. Du côté des Anglais , la perte n'excéda^ pas quatrevingts hommes , ce qui est peu de chose , en cornpaient la perte à la victoire'. Quelque grande qu'elle fut , elle n'eut pour résultat aucun héur^x effet. Après là bataille d'AzincoUrt, Henri continuà sa retraite sans s'arrêter davantage , et emmenâ ses prisonniers à Calais et de là en Angleterre , où le parlement, ébloui de l'éclat de sa victoire, consentit à lui accorder de nouveaux subsides, mais qui ne purent suffire aux dépenses de la campaghe suivante.

Avec cet argent et de nouvelles levées, il s'embarquâ à lâ tete d'una armée de vingHîitiq tntl^ hommes, potir la Normandie , et se prépara^ à frapper un coup décisif , relativement à lacouronim de France, sur laquelle les monarques afnglaii^ avaient des prétentions depuis long -r tems. Le malheureux pays de France était alors dan» la

' Ma%ré riiDjrafftiiiUté habituelle deuooè historien , il ne peyt se défendre de Tesi^rit d'injustice de ses compatriotes : il estime ici ta perte des Français à dix mille hommes/et celle dtê Aoglài à quatrevingts hommèft âéulement. Celle - ei est même- réduite à «plante hommes par David Hume. Il semble que des Géaus aient battu des Pygmées. C'est ainsi qUe-cet esprit de dénigrement 8*e9t propagé de siècle en sièeitf. Mais nos phakilget vief orienses en Allemagne , en Italie et en Espagne, ont récemment forcé nos orgueilleux insulaires à bien rabattre de toutes leurs forfanteriés. A. M.

^ An de J. C, 1^17,

HEITRI V. 127

Situation la plus déplorable; le royaume entier n'était qu'un vaste théâtre dé crimes, de meurtres ^ d'injustices et de dévastations* Le duc d'Orléans avait été assasi^iné par le duc de Bourgogne ^ et le duc de Bourgogne , à son^ tour , était tombé^sons le fer des assassins, par la trahison du dau« pfain. Le fils du duc de Boiu'gogne, brûlant du désir de venger son père , entra dans un traité secret aveô l'Angleterre, et une ligue puissante fut promptement formée à Arras ' , entre Henri et le jeune duc de Bourgogne qui ne parut exiger du roi d'Angleterre que la proriiésse de venger lé meurtre du feu duc. Henri poursuivit donc ses<îortquêtes, san» rénwntreriNçûucoup d'opposition* Plusiêurs pf oviiïces ^e soumii^ent à- son approche j la ville dé Rôùen fut assiégée' et prise; Pcmtoise et Gisors tôtAbêrent également en sa puissance. Paris même fut inenacé, et la* tçrreûr de sésatmes obligea la côur à s'éloigner à Tf pyes. Ce fut dans cette ville <}ue le due de Bourgogne, qui avâit pris «ur lui de gouvertier le rbi de' France, se rencontra avec Henri , dam le dessein de ratifier le tPîiité qui avait été commencé autrefois , e% par lequel la couronne de France devait être transmise à lin prince étranger. L'état de démence où Charles était ploagér en ce Tûoment , le rendit spectateur passif de ce traité remarquable , et Henri dicta toutes les conditioiifi de la' négociation. Les principaux articles étaient : Que Henri épouserait la princesse Catherine ; que le reâ Charles conti-

' An de J. C y i4>9*

ia8 HISTOIRE D^ANGLEÏEAIIE.

nuerait à jouir de son titre et de sa dignité pendant ^a vie , mais que Henri serait déclaré héritier de la couronne, et serait mis en possession de l'administration du royaume ; que la France et l'Angleterre^eraient réunies , pour jamais, sotis un même souverain , mais qu'elles conserveraient cepen* dant leurs lois et leurs privilèges respectifs ; que Henri joindi*ait ses armes à tjelles du roi Chàrles et du duc de Bourgogne , pour humilier et soumet^ tre le dauphin et ses partisans.

Telle fut la teneur d'un traité trop contraire aux intérêts réels des deux royaumes , pour être de longue durée ; mais les parties contendantes étaient trop aveuglées par leur resséntiment et leurs jalousies mutuelles pour reconnaître que le^ princes n'ont pas le droit de disposer ainsi des royaumes , et de sacrifier l'intérêt commun à des considérations personnelles.

Peu de tems après ce traité % Henri épousa la princesse Catherine. Il reconduisit ensuite son beaupère à Paris, et prit formellement possession de cette capitale* Là^ il obtint dés états du royaume une ratification du dernier pacte , et dirigea alors ses armes avec succès contre les partisans du dauphin qui , à cette époque, errait comme un étranger, dans son propre patrimoine , et n'opposait àu succès de ses ennemis que des plaintes inutiles.

Les subsides que Henri avait reçus n'étaient point assez considérables pour lui donner la possibilité de poursuivre la guerre, sans avoir recours

' An de J. C. , i4ao.

HENftl V. 119

de oou'veau à son parlement ; quoiqu'à son arrivéç en Angleterre il reçût de nombreuses félicitations sur ses brillantes conquêtes, il trouva ses sujets peu disposés à goûter les prétendus avantages qui devaient en résulter pour le royaume. Un traité, qui , pai»la suite y devait transporter loin de l'Angleterre le siég/e du gouvernement, ne fut pas regardé d'un œil favorable par le parlement; aussi refusa-tnl^sous différens prétextes, le subside considérable que demanda le roi. U n'en accorda qu'uiie partie. Mais Henri,détenninéà poursuivre ses projets, ét lever des contributions sur Içs provinces conquises, çt, ayant ajouté cet argent aux subsides qu'on lui accordait, se trouva dans la possibilité de réunir une armée de vingt huit mille hommes , avec laquelle il aborda heureui^ment à Calais.

Peinlant le tems que Hehri avait été absent de la France, le dauphin, prince prudent et actif, n'avait négligé aucun moyen de remédier à sa triste situation. U était parvenu à déterminer le régent d'Écosse à lui envoyer un corpsi de sept n^lle hommes avec ces forces et quelques troupes qu'il avait encore, il attaqua le duc de Clarence, frère de Henri, et obtint une victoire complète.

Ce fut la première affaire où la fortune parut abandonner les Anglais ; mais ce revers ne fut que de courte durée : Henri, ayant reparu tout-à-coup avec une armée considérable,, força le dauphin à fuir à son approche, et plusieurs des villes qui s'étaient soumisès à Charles se rendirent de nouveau au vainqueur. Henri, complètement victorieux, II. - 9

l3o HISTOIRE OJklTGLETERRE^

établit sa résidence à Paris et s'entoura d'une cour magnifique, tandis que celle du roi de France était triste et mesquine^ Le jour de la Pentecôte', les deux rois et les deux rdnes, la téte ornée du diadème, dînèrent ensemble en public ; Charles reçut çn apparence tous les hommages, «nais Henri seul commanda avec une autorité absolue.

L'infortuné dauphin , ctiassé par-4elà la Loire , était presque entièrement dépossédé des prbvinces ^{entrionales poursuivi .même jusque dans le midi par les armes réunies des Anglais et des Bourguîgnons, il fut bientôt menacé 4'nne ruiiie totale. Dàas^ cette situation périlleuse, il se vit con* trait;de prolonger la guerre autant que possible, et d'éviter toute action hasardeuse avec un rival accoutumé depuis long-tems à la victoire. H donna en t^tte circonstance des p^e^ves remarquables d^ sa prudence ; et après.ayoir supporté courageu* ^mmt les per^cutions de la fortune, il la trouva (snfin disposée à se dédarer en sa Êiveur, en le délivrât d'un concurrent qui Vraisemblablement allait devenir son maître.

Au moment où Henri, dévenu possesseur de deux couronnes , avait atteint le plus haut term^ dé sa gloire , il fut attaqué d^une, fistule , maladie que l'ignorance des médecins de ce teitas rendit bientôt mortelle. Henri, s'apercevant que son inal était de- Venu incurable et que sa fiîn approchait à grands pas^ envoya chercher son fi'^e, lé duc de Bedfbrd, le comte de Warwîck, et quelques autres sdgneurs

• An ac J. C., i4»a.

HENRI V. t3i

^Hl avait toujours honorés de sa confiance ; il leur remit avec la plus grande tranquillité son testament, dan^ lequel il s'était occupé ayec soin du gouvernement de son royaume et de sa famille. Il recommanda son (Ils à la protection de ses fidèles serviteurs, et, malgré le regret extrénie qu'il éprouvait de ne pouvoir atteindre le but constant de toute son ambition, qui avait été de soumettre totalement la France , il témoigna la plus profonde indifférence pour la mort; il l'attendit avec calme et J>iété, et il expira aVec la même intrépidité qu'il avait déployée dans tout le cours de sa vie. Il était âgé de trente-cinq ans , et régnait depuis dix ans.

Ce prince possédait sans doute beaucoup de mérite, mais ses succès militaires lui donnèrent plus de célébrité qucvses vertus réelles n'en attendaient. Il avait le talent d'attacher ses amis par une affabilité extrême , et de gagner l'affection de ses ennemis par l'adresse et la clémence. Cependant son règne fiit plus éclatant que profitable au bien de son peuple ; les trésors du royaume furent prodigués en conquêtes qui auraient fini par (ievenir offensantes et préjudiciables à la nation. Ce fut un bonheur pour Henri de mourir au milieu de ses triomphes et au faîte de sk gloire. Sa fin fut bien différente de' celle de Charles qui mourut deux mois après lui , et termina enfin un règne infortuné, passé en grande partie dans l'état de démence le j[ilus déplorable. Méprisé de ses amis, insulté par ses alliés , il laissa ses sujets dans la situation la plus tiiiséi*able.

l3l HISTOIRR D^AIf GLETERRE.

Henri n*eut de sa femme, Catherine de France, qu'un fils qui lui'succéda, et dont les infortunes, pendant le cours d'un règne fort long, surpassèrent toute, la gloire et les suçcès de son père.

Leâ triomphes de l'Angleterre sur la France produisirent à peine quelques effets heureux pour ce royaume, A mesure que la nation anglaise devint belliqueuse, elle devint sauvage ; altérée de conquêtes étrangères , elle oublia les arts utiles , qui seuls pouvaient conserver et améliorer les biens qu'elle possédait dans son sein. La langue, au lieu de s'embellir, fut plus négligée qu'auparavant; L$mgland et Chaucer avaient commencé à la purifier et à l'enrichir de constructions nouvelles et élégantes; mais alors elle retomba dap^. sa première rudesse , et aucun poète ni aucun historien ne se fit remarquer pendant cette période* oÂgeuse.

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