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4Q2 histoire ^'ANGLETERRE.
sentir. Bien que rien ne fût plus injuste et plus ridicule que de telles prétentions , Élisabeth , craignant qu'elles n'élevassent des troubles en Angleterre , envoya un ambassadeur en JFrance , pour se plaindre en son nom de la conduite de cette coUr en cette circonstance; mais François, peu disposé à renoncer à ses prétentions en &veur d'Elisabeth , renvoya l'ambassadeur, sans aucune réponse satisfaisante.
A la mort de François Marie paraissait encore disposée à conserver ce titré; mais se trouvant exr posée aux persécutions de la reine douairière qui venait de prendre les rênes du gouvernement français, elle se détermina à retourner en Ecosse, et fit demander un sauf-conduit à Elisabeth poiu: traverser son royaume. La reine d'Angleterre , se montrant à son tour, refusa de satisfaire à sa demande, et lui fit une réponse hautaine et dure C'est de cette époque que date entre ces deux princesses une inimitié personnelle qui ne cessa quç lorsque la fortune éclatante d'Elisabeth eut éclipsé celle de sa rivale.
Comme l'infortunée reine d'Écosse joue un grand rôle dans l'histoire d'Élisabeth, il est nécessaire de donner plus de développement aux événemens qui eurent lieu alors dans ce pays, La révolution qui s'était faite en Angleterre, relativement à la religion, ne tarda pas à s'opérer en Ecosse ; mais ce changement ne put s'effectuer sans des persécutions
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lÉLISAS^TH.
horribles. Le ressén^timeiit fnutuel des deux partis opposés ne recoonaissait aucune borne, et cette dispute terrible ne se termina que par une guerre civile. Cest à l'époque ou cette nation était ainsi divisée qu'Élisabeth, intervenue dans la querelle , encouragea tellement les réformés et se conduisit avec tant d'habileté, qu'elle obtint leur affection, et dès ce moment ils lui furent plus dévoués qu'à leur reine légitime , dont ils attendaient peu de protection , puisqu'elle était catholique, et portée naturellement à favoriser ceux de sa croyance.
La religion ayant enfin établi une amitié sincère entre l'Angleterre et l'Écosse , ce que ni les traités, ni les alliances, ni le voisinage n'avaient pu faire jusqu'alors , les Écossais considérèrent Élisabeth comme leur protectrice , et ne virent plus dans Marie que leur ennemie et leur persécutrice.
C'est dans cet état de choses que Marie revint en Ecosse. Habituée aux coutumes et aux moeurs françaises , elle ne put voir sans une répugnance extrême la sombre rigidité que ses sujets avaient adoptée, et qu'ils croyaient d'accord avec leur nouvelle religion. Il ne peut jamais résulter que des conséquences fatales lorsque le souverain et le peuple diffèrent en matière de religion , puisque cette différence doit produire d'un côté le mépris, de l'autre, la haine.
Marie, qui supportait avec un secret déplaisir les manières dures et intolérantes du clergé réformé, ne pouvait s'empêcher de ridiculiser et de détester une secte qui possédait une entière au-
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torité sur le peuple, tandis que les protestans, de leur côté, ne voyaient qu'avec horréur et ressentiment la légèreté que la reine introduisait dans les mœurs. Ces sentimens pénibles, ime fois éveillés, s'accrure^t de jour en jour, et le clergé, mal disposé en sa faveur, n'attendait qu'une indiscrétion de sa part pour se déclarer ouvertement contre elle. Malheureusement,' ses inconséquences leur en fournirent bientôt une occasion favorable.
Après deux ans d'altercations et de reproches entre Marie et ses sujets, il fut enfin résolu par son conseil qu'elle devait songer à faire une autre alliance, seul moyen de la mettre à l'abri de l'arrogance et du zèle malentendu du clergé. A la suite de plusieurs délibérations, lord Darnley, fils du comte de Lenox et cousin de la reine , fut celui sur qui le choix de la nation parut se fixer Il était né en Angleterre , où il avait été élevé. Il entrait alors dans sa vingtième année. Sa taille haute et gracieuse , la beauté de son visage , faisaient présumer qu'il plairait à Marie. Elisabeth, qui n'éprouvait aucune répugnance intérieure pour ce mariage, puisqu'il la délivrait des craintes d'une alliance étrangère, parut le favoriser d'abord; mais lorsqu'elle apprit qu'il était couronné , elle montra un mécontentement extrême. Elle se plaignit, elle menaça, elle protesta; et après avoir fait saisir les biens que le comte de Lenox avait en Angleterre , elle fit renfermer dans la Tour la comtesse et son second fils. Cette fausseté dans la conduite politique d'Élisa-
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beth lui était assez ordinaire, et ce prétendu ressenjtiment lui servit de prétexte pour refuser à Marie la succession au trône d'Angleterre, que cette princesse lui demandait en vain depuis long-tems.
Nonobstant les plaintes et la colère d'Elisabeth, Mariç prit la résolution de suivre son penchant, et d'épouser Darnley, dont la beauté l'avait séduite. Le mariage se conclut avec promptitude. Les premiers tems de cette uaion parurent leur promettre le bonhcïur pour le reste de leur vie. Elle lie se fit pas néanmoins sans quelque opposition des réfomiés ; on agita même la question de savoir si la reine pouvait se marier sans'le consentement du peuple. Pli^sieurs noble$ prirent les armes pour s'y opposer; mais, poursuivis par des forces supérieures, ils furent contraints d'abandomier teur pays et de se réfiigier eh Angleterre. Tout sembla donc-concourir à favoriser les projets de Marie qui, jusque-là, fidèle au?: principes d'une stricte vertu, n'avait rien à set reprocher. Sa rivale, en ce moment , avait le dessous; ses ennemis étaient bannis du royaume, et une union qui satisfaisait tous les vœux de son cœur semblait lui promettre une félicité durable;
Mais cette apparence de bonheur se dissipa promptement ^ Marie, éblouie par l'extérieur aimable de son amant, s'était fort peu occupée d'observer si les qu^ités de son cœur répondaient à la beauté de sa figure. Darnley était un hommç faible et ignorant , violent , et cependant irrésolu dans ses
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4o6 HISTOIRE D^AHGLETERRE.
ses entreprises; insolent, crédule, et Êicile à gouverner par la flatterie; incapable de reconnaissance, parce qu'aucune faveur, selon lui, n'était égale à son mérite, et joignant à tous ces défauts un goût pour les plaisirs vils, qui le rendait peu susceptible d'éprouver un véritable amour. Marie, dans les premiers transports de sa tendresse , s'était plu à élever au plus hautxiegré l'homme qu'elle aimait ; mais ayant eu le tems de s'apercevoir de ses faiblesses et de ses vices , son admiration se changea bientôt en un dégoût insurmontablé. Damley l'ayant remarqué dirigea sa fureur contre toutes les personnes auxquelles il attribua ce changement dans les sentimens çt la conduite de la reine.
Il y avait alors à sa cour un nommé David Rizzio, fils d'un musicien de Turin; lui-même était fort habile en cet art. Ne pouvant subsister dans son pays avec les faibles ressources que hri offrait son génie, il suivit l'ambassadeur dltalie en Écbsse. La perfection de son talent et la beauté de sa voix le firent introduire dans un concert de la reine , et cette princesse fut tellement enchantée de lui, qu'elle pria l'ambassadeur, au moment de son départ, de le lui laisser. L'emploi qu'il avait lui donnait de fréquentes occasions de se trouver près de la reine ; et quoiqu'il fut doué d'un physique peu avantageux, il trouva le moyen de s'insinuer tellement dans ses bonnes grâces , qu'elle mit en lui toute sa confiance , et que chaque jour elle le rapprochait davantage de sa personrie.
Le secrétaire des dépêches françaises ayant dé-
Elisabeth. 4^7 plu à la reine, elle donna cette charge à Rizzio qui, adroit, subtil et aitnbitieux, commença à nourrir secrétemient Fespoir d'être nommé bientôt chancelier du royaume. La reine ne faisait plus rien sans le consulter ; il était devenu le canal de ses faveurs ^ et il entrait dans les intérêts de chacun d'obtenir la protection de Rizzio, soit par les présens, soit par la flatterie.
Il fut facile de persuader à un homme d'un caractère aussi jaloux que^ celui de Bamley , que le favori était celui qui lui avait ravi l'affection de la reine. Le soupçon devint bientôt une certitude, et Darniey, ne consultant que sa fureur, mit sa con* fiance dans plusieurs seigneurs qui ,^ dévorés d'envie et de ressentiment, ne cherchaient qu'une occasion favorable d'assouvir leur vengeance. Nonseulement ils animèrent la flamme dans l'ame de Darniey, mais ils lui proposèrent leur secours pour se défaire de Rizzio
Georges Douglas , frère naturel d<e là cofntesse de Lenox, les lords Ruthvenf et Linsey, formèrent le complot d'assassiner det infortuné ; et afin de punir les légèretés de la reine , ils résolurent de commettre le meurtre en sa présence.
Marie étant alors dans le sixième mois, de sa grossesse , soupait un soir en particulier avec la comtesse d'Argyle , sa sœur naturelle , son favori Rizzio et quelques personnes de sa suite. Lord Darniey, suivi de ses complices, s'étant introduit dans l'appartement pair un escalier dérobé , parut
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subitement derrière la chaise de la reine qui, alarmée de sou regard sombre et de son aspect inattendu , n'osa ni appeler du secours , ni rompre le silence. Quelques minutes après, lord Ruthven, Georges Douglas et les autres conspirateurs , tous armés, s'élancèrent dans l'appartement. L'expression sinistre de leurs visages annonçait leurs affreux projets ; la reine , ne pouvant réprimer plus long-tems sa terreur, demanda le motif d'une conduite aussi téméraire. Ruthven ne lui fit aucune réponse ; mais jetant sur le favori im regard de mépris et de fureur , il lui ordonna de quitter à l'instant une*] place dont il était indigne. Rizzio, s'apercevant avec effroi qu'il était l'objet de leur vengeaiice, saisit les vêtemens de la reine pour se mettre sous sa protection , tandis que de son côté elle s'efforça d'interposer son autorité entre lui et les assassins.
Mais Douglas s'était ernparé de l'épée que le roi. portait^ il la plongea dans le sein de Rizzio qui fut arraché des bras de Marie par les autres conspirateurs, et traîné dans l'antichambre, où il fut percé de cinquante-six coups de poignard.
La malheureuse princesse remplissait l'appartement de ses cris , et paraissait au désespoir ; dès qu elle eut appris le sort de l'infortuné Rizzio, ses larmes se séchèrent. « Je ne pleurerai plus, s'écria- (f t-elle , je vais songer à la vengeance. » L'insulte qu'on venait dé lui faire dan^ sa persopne et dans son honneur, ainsi que le danger auquel on avait exposé ses jours, dans l'état où elle se trouvait.
était.une injure si atroce, qu elle ne laissait aucun espoir de pardon.
Cependant cet outrage sanglant ne fut pas puni avec la rigueur à laquelle on s'était attendu. On tenipprisa, et la reine consentit enfin à pardonner un si grand crime ; son époux même parut avoir regagné une partie de ses affections. Elle exerça tellement sur lui le pouvoir de ses charmes, que, soumis entièrement à sa volonté, il livra les complices de son crime à son ressentiment , et se retira avec elle à Dunbar. Bientôt elle rassembla une armée et s'avança vers Edimbourg. Les coupables, qui n'avaient nullement les forces nécessaires pour résister , furent obligés de se réfugier en Angleterre, où ils vécurent, pendant quelque tems, dans la misère la plus affreuse ; mais ayant imploré la protection du comte de Bothwell , nouveau favori dje Marie, ce seigneur, qui cherchait tous les moyens d'accroître son parti , eut le pouvoir d'adoucir le ressentiment de la reine , et finit par leur obtenir la permission de revenir en Écosse. Ce ne fut qu'envers son mari seulement qu'elle conserva un désir implacable de se venger. Dès qu'il eut consenti à lui livrer ses complices , elle cessa tout-à-coup de le traiter avec affection , et ne lui montra plus que le mépris et l'indignation qu'il avait si justement mérités. Il eut été à souhsgler^ pour son bonheur et sa mémoire, qu'elle eut borné sa vengeance au mépris seulement , mais elle en médita une autre d'une nature bien plus" cruelle et bien plus coupable.
4lO HISTOIUE d'aNGLETERRE.
Le comte ;de Botbwell, devenu son favori , éUAt' d'une famille considérable d'Écosse , et quoiqu'il ne fut distingué ni par ses takns civils , ni par ses talens militaires , il avait pourtant acquis quelque réputation pendant les troubles de l'état. Il était un
ceux qui s'opposaient le plus fortepoient à la religion réformée^ Accablé de dettes, ses mœurs dissolues et ses profusion^ l'avaient rédoit à la misère. Cependant, malgré services et son peu de mérite, ce gentilhomme avait su preiidre une telle influence sur la reine,, qu'elle se laissait gouverner entièrement par lui, et ne &dsâit rien sans sam avis. Le brait courait m^me qu'il existait éntr'eux une intioûté plus particulière , ce qui déplut tellement à Darniey , qu'il quitta la cour et se retira à Glasgow , pour ne plus être témoin de cette inconduite supposée; mais ce n'était pas là le but auquel visait la reine. Elle était déterminée à lui faire subir un autre châtiment. Fort peu de tems après , ceux qui s'intéressaient à sa gloire et à la tranquillité dn royaume apprirent avêc un étonn^ement et ttri plaisir extrêmes , qoe le roi avait recouVré^ toute la tendresse de sa femme , et qu'dle avait même fait un voyage pour aller le voir , pendant une maladie qu'il avait essuyée. Effectivement, Darnley, séduit de nouveau par la grâce de la reine, et touché de sa conduite alfcçtueuse en cette circonstance, renonça au projet de se séparer d'ctte*. Il se remit sous sa protection, et la suivit à Edimbourg, séjour plus convenable aux soins qu'exigeait sa
' An de J. C, iSôy.
santé. La reine habitait Holy-Rood-Home ; mais comme ce palais était peu élevé et que la suite , que nécessitait la cour, occasionnait beaucoup de bruit et pouvait incommoder le roi dans son état de souffrance, elle' lui fit préparer un appartement dans une maison sôlitaire, située à peu de distance, et qu'on nommait Rirk-of-Field ^ Là, Marie entoura son époux de soins et de marques d'attachement ; elle causait souvent avec lui de la manière la plus amicale , et il lui arriva même plusieurs fois de passer la nuit (kns un appartement au-deissous du sien.
Le 9 février, elle dit au roi que sa présence étant nécessaire au mariage d'une de ses femmes, elle désirait aller passer la nuit au pakis. Les suites de cette absence furent terribles. A deux heures du matin ,^ un grand bruit qui se fit entendre, donna l'alarme à tonte ia ville, et l'on apprit bientôt qu'une explosion de poudre venait de faire sauter la maison qu'habitait le roi. Son corps fat trouvé à quelque distance de là, dans un champ voisin : il ne portait ni contusions, ni marques de violence ; il n'y avait pas de doute que Darnley était la victime d'un attentat % et les soupçons tombèrent généralement sur BothwelP.
La nation entière demanda vengeance de ce
' Église des champs. A. M.
* Les marques de la corde imprimées à son cou faisaient bien voir qu'on rayait étranglé âprès un inutile essai du poison. A. M.
^ Marie elle-même prêta les mains à cet horrible crime , comme on le voit par ses lettres au comte de Bothwell, ainsi qu'on Je montrera plus loin. A. M. '
4ia HISTOIRE dVngleterre.
meurtre , la reine elle-même ne fut pas à l'abri du soupçon. Des placards, qui l'accusaient d'avoir trempé dans ce crime, furent affichés partout; Marie , plus empressée de punir que de se justifier, promit des récompenses à ceux qui découvriraient les auteurs de ces calomnies , mais n'en offrit au-^ cune à ceux qui découvriraient les meurtriers de son époux.
Un crime est promptement suivi d'un autre.
Bothwell , quoiqu'accusé de la mort de Darnley , quoiqu'odieux à toute la nation , né perdit rien de la confiance que la reine lui avait donnée. A la téte d'un cprps de huit cents hommes de cavalerie , il eut l'audace d'enlever Marie qui était allée voir son fils , k Stirling , et de la conduire à Dunbar, ^ûn dé la forcer à céder à ses projets. Ls^ mesure de ses crimes parut alors confiée ; le peuple ne douta pas que l'homme soupçonné d'avoir assassiné l'époux de la. reine , et qui se rendait encore coupable d'une semblable violence envers elle, ne reçût bientôt la punition de sa conduite odieuse; mais, à l'étonnement extrême de chacun, Bothwell parut plus eiv faveur que jamais , et pour augmenter l'horreur générale, il épousa la reine^ après avoir répudié sa première femme.
Cette alliance devint fatale à la gloire et ^lu bonheur de Marie , et le peuple , irrité d'une conduite aussi scandaleuse , cessa dès-lors de respecter son autorité. Les ministres protestans, dont le pouvoir était grand, et qui nourrissaient depuis longtems une haine secrète contre elle, s'empressèrent
de répandre partout la persuasion de son crime , et leurs discours firent sur le peuple l'impression la plus profonde.
La principale noblesse s'assembla à Stirling, et *foritna une association pour protéger le jeune prince, et punir les meurtriers de son père. Lord Hume fut le premier qui prit les armes. A la tête d'un corps de huit cents cavaliers, il vint investir le château de Borthwick, où s'étaient retirés la reine et Bothwell. Ils trouvèrent cependant moyen de s'échapper , et Bothwell , ayant réuni quelques forces , s'avança vers les assaillans , à environ six milles d'Édimbourg. Sa témérité ne servit qu'à hâter sa perte ; il fut obligé de capituler , et Marie fut conduite^ comme prisonnière, à Edimbourg, au milieu des insultes et dés reproches de la populace. De-là , elle fut envoyée au château de Lochleven, situé sur le lac de même nom. Les personnes chargées de la garder la traitèrent avec une dureté extrême, et ajoutèrent aux i'emords de sa conscience les tourmens d'une captivité rigoureuse.
Bothwell fut plus heureux: il s'enfuit à Dunbar, pendant la conférence; et, après avoir équipé de petits vaisseaux, il fit voile pour les Orcades , où il vécut quelque tems de piraterie. Mais il fut poursuivi jusque-là, et ses domestiques j ayant été faits prisonniers , révélèrent tous ses crimes. 11 se sauva dans une chaloupe et passa en Danemarck, où bientôt il fut jeté en prison. Sa raison s'égara, et il finit par périr inisérablement au bout de dix années.
4l4 HISTOIRE ]>'AirGLXTER|tE.
Marie ne se trouva cependant pas entièrement privée d'appui dans sa malheureuse situation. Élisabeth , satisfaite de voir sa rivale humiliée, commença à se laisser attendrir en sa faveur. Réfléchissant sur le peu de stabilité de la grandeur royale,' ^t sur le danger d'encourager l'esprit de rébellion parmi le peuple, elle se détermina à envoyer, comme son ambasi^adeur en Écosse, sir Nicolas Throgmorton, afin d'interposer sa médiation dans la querelle de Ja reine avec les seigneurs conjurés. Mais après plusieurs délais affectés de leur part, ils lui refusèrent tout accès auprès de Marie.
Quoique ne pouvant la voir, il n'en défendit pas moins, avec ardeur, ses intérêts contre les seigneurs rebelles , et il fut enfin convenu qu'elle céderait la couronne à son fils ; que le comte de Murray , qui avait toujours témoigné de la haine pour Darnley , serait nommé régent du royaume , et que , jusqu'à son retour de France, on désignerait un conseil. IVfarie ne put songer à renoncer à sa puissance , sans verser d'abondantes larmes. Convaincue cependant que toute résistance était désormais inutile, elle consentit à signer l'acte qu'on lui présenta, sans vouloir même le lire.
En conséquence de cette abdication, le jeune prince fut proclamé roi , sous le nom de Jacques VI. L'infortupée Marie n'avait plus d'autre espoir que dans l'attachement du comte de Murray, mais elle ne tarda pas à être désabusée à jcet égard. Dèsquele comte fat deretour,au lieu de s'efforcer de la consoler et de l'encourager , il l'accabla de
reproches qui la réduisirent presqu'au désespoir ^ Les malheurs des grands , même alors qu'ils sont mérités , finissent ordinairement par exciter une vive pitié , et par leur procurer des amis. Marie engagea, par ses charmes et ses promesses, un jeune seigneur nommé Georges Douglas, à protéger sa fuite. S'étant déguisée , elle monta dans une petite chaloupe , et lui-même la conduisit à bord. Le bruit de son évasion fut bientôt répandu, le peuple en parut satis&it , et son attachement pour elle se réveilla. La cause de Bothwell n'étant plus liée à la sienne , plusieurs personnes de 1^ hsmte noblesse se déclarèrent même en sa faveur, et nourrissant au foiid de leurs cœurs le secret espoir de remplaxîer un jour ce favori , ils signèrent un projet d'association pour défendre la reine qui, en peu de jours, sévit à la tête de six mille hommes.
Le comte de Murray rassembla promptement des forces ; quoique son armée fût inférieure à cellé de la reine , il s'avança fièrement à sa rencontre. Une bataille décisive fut livrée à Langside, près Glasgow; la victoire se déclara, pour le régent qui, daps cette circonstance, parut digne de la victoire qu'il venait de remporter , par la clémçnce dont il fit usage après l'action.
IVferie, voyant son parti totalement dispersé, et ses espérances anéanties, s'enfuit précipitamiïient du champ de bataille, et s'étant dirigée vers le sud^ elle arriva sur les frontières de l'Angleterre, qu'elle se disposa à traverser, comptant sur la pro-
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4l6 filSTOIRE D'ANGtETERRE.
tection d'Élisabeth. Elle s'embarqua, avec quelques personnes de sa suite, sur un bateau dè pêcheur, à Galloway, et aborda le même jour à Workington, dans le Cumberland, à environ trente milles de Carlisle. Elle envoya de-là un courrier à Londres , afin de réclamer la protection, d'Élisabeth et la permission d'aller la voir. La reine d'Angleterre, ayant appris ses malheurs et sa fuite, délibéra quelque tems sur les moyens à prendre dans cette circonstance, et résolut enfin d'agir amicalement, mais d'une manière prudente. Elle ordonna sur-le-champ à lady Scrope, sœur du duc de Norfolk, et qui vivait dans ce voisinage, d'aller recevoir la reine d'Écosise ; et peu d'instans après, elle dépêcha lord Scrope lui-même et sir Francis Knolles, pour aller lui rendre leurs hommages. Malgré toutes ces marques de considération, la reine refusa cependant d'admettre Marie en sa présence, jusqu'à ce qu'elle se fût justifiée des affreuses calomnies dont elle était chargée. Peut-être eût-il été plus généreux à Élisabeth de protéger l'illustre fugitive, sans cherchera examiner sa conduite ; mais dans cette circonstance , elle agit entièrement d'après l'avis de son conseil qui lui fit observer que si les crimes de la princesse écossaise finissaiént par être prouvés, Elisabeth compromettait son caractère , en la traitant avec une amitié sans bornes , et ferait croire par là qu'elle était disposée à protéger le vice : qu'elle devait donc attendre que l'innocence de la reine d'Écosse fut reconnue , parce qu'alors tout ce que l'ainitié inspi-
iLISA.BETH^ 4^7
rerait à Elisabeth, pour la défense de Marie, serait louable et glorieux.
Ce ne fut pas sans une extrême répugnaùce que Marie accepta sôn ancienne rivale pour arbitre dans sa cause. L'accusation fut bientôt intentée par le régent qui espérait, par l'atrocité des crimes de Marie , éloigner une protectrice aussi puissante qu'Elisabeth. Cette confiérenice extraordinaire eut lieu à York : trois commissaires furent désignés par Élisabeth, sept par la reine d'Écosse, et cinq par le régent; il se comprit dans le nombre.
Mais la rèiné d'Angleterre changea bientôt d'avis sur le lieu de ses éonférences ; soit qu'elle voulût éviter de décider la question, soit qu'elle voulût renoncer aux droits dont elle était investie, ou bien qu'elle voulût jeter un plus grand jour sur cette affaire , elle ordonna aux commissaires de se rendre à Hampton-Court^ où Ton affecta, par des délais continuels , de traîner ce procès en longueur. Le motif de cette lenteur n'est point connu. Quoi qu'il en isoit, plusieurs preuves à l'appui di* crime de Marie, qui n'avaient pas été découvertes à York , le furent à Hampton-Court, entre autres des lettres et des sonnets écrits à Bothwell, de la main de Marie, et dans lesquels il était facile de Vôir qu'elle était complice de la mort de Dàrnley, et que son enlèvement avait été préparé d'avance entre elle et Bothwell, afin d'assurer leur mariage. Quoique ces papiers pussent, avec quelque raison , être soupçonnés de faux , cependant les motifs à n. 27
4i8 HisTOiax j>'avoleterre.
l'appui de leur auteaticité rai^rlèrent, etkcrime de Marie étant prouvé, on attendit h réponse de se$avocat5 k de telles 9£coi^âhm. Mais, contre l'attente dé chacun, ils refusèrent de ie £ùpe, en alléguant que Marie, conune souY^ine^ n'éCak sujette d'aucun tribunal , et que le but de cette conférence n'était point punition, mais la réconciliation ; que le tribunal n'était pas assemblé pour juger Marie et lui infliger de» peines, mais pour ^Yoir sî elle était digne de Tauntié et de la protection de la reine d'Angleterre* Marie, au lieu d'essayer de se justifier, relativement à ces papiers qui attestaient si fortement son crpne , garda le silence et ne parut désirer autre chose qu'une «itrevue avec Élisabeth, espérant que son éloqpienee, ses insinuations et son adresse parviendraient à convaincre la reine de son innocence; mais Elisabeth, irritée de l'obstination qu'elle montrait à fuser de se défendre , ne voulut pmnt eandoseendre à sa demande.
hsi reine d'Écosse persista cependant à rédamer sa protection ^ soit pour l'aider à recouvrer son autorité ^ soit pour obtenir la liberté de se retirer en France, afin de mettre à l'épreuve l'amitié des autres princes. Mais Élisabeth, convaincue du danger qu'il y avait pour elle à consentir àaucune de ses propositions, prit secrètenient la résolution de la retenir prisonnière. D'après ce plan, elle fut transférée à Tutbury-Castle" , dans le comté de StaflGord, et elle fat mise sous la garde du comte de Shrewsbury.
' CbAteau de Tvtbury.
EXISABETR; 4^9
Dès qu'elle fut arrivée dans çe lieu , Ébsabeth lui fit dire qu'il ne dépendait que d'elle seule que sa captivité cessât, et que si elle voulait renoncer au système d'obstination qu'elle paraissait avoir adopté, elle était prête à se réconcilier avec elle, et ne doutait pas alors, que ses tourmens ne tou^ chassent à leur fin.
;L'infortunéç Marie était destinée au malheur; l'espoir de réconciliation qu'on ç'était efforcé de lui donner lui fut bientôt enlevé par unacci-r dent fatal. «
Les factions de ses sujets ne contribuaient pas peu à alarmer la jalousôe d'Éliçabeth et à augmenter la rigueur de la captivité où la reine d'Écosse était réduite. Le régent, qui depuis long-tems était son ennemi invétéré , fut assassiné , à la suite d'une querelle particulière , par un gentilhomme nommé Hamilton. Cette mort replongea le royaun^ d'Écosse dans son ancienne anarchie. Le parti de Marie se rassembla encore une fois et parvint à se rendre maître d'Edimbourg. Les insurgés se hasardèrent même à s'approcher des frontières d'Angleterre, où ils commirent plusieurs désordres que la vigilance d'Élisabeth réprima prdmple^ mrat : elle envoya un corps d'armée commandé par le comte de Sussex qui , étant entré en Écosse , châtia sévèrement les partisans de la reine captive , sous prétexte qu'ils avaient offensé la reine d'Angle- . terre, en recueillant chez eux des Anglais rebelles.
T^es artifices d'Élisabeth n'en restèrent pas là; quoiqu'elle continuât à entretenir avec Marie une
4^0 HISTOIRE d'aWGXETERRE.
correspondance amicale , dans laquelle elle lui faisait les protestations les plus ardentes de sa sincérité et de l'intérêt qu'elle lui inspirait, elle était peu disposée à défendre sa cause. Cependant elle, était également éloignée de vouloir la rendre désespérée. Il était de son intérêt d'entretenir les factions élevées en Écosse, afin d'occuper cette nation inquiète et turbulente, et d'en restreindre la puissance. D'après ce plan, elle s'efforça donc, par des négociations qui se firent avec beaucoup de lenteur, d'affaiblir le parti 4^ Marie, et elle finit par faire nommer le comte de Lenox régent du royaume^ d'Écosse, à la place de Murray.
Cette tentative que l'on fit en faveur de Marie, ne fut suivie d'aucun succès, non plus qu'une autre qui eut lieu bientôt en Angleterre. Le duc de Norfolk était le seigneur le plus distingué du royaume , et par sa haute naissance et par son esprit et ses vertus : bienfaisant , affable et généreux, il avait su se concilier à la fois l'amour du peuple et la faveur constante de sa souveraine. Dans tous les tems , la modération de son caractère l'avait rendu remarquable , et c'était à juste titre qu'il jouissait d'une estime et d'une confiance générales. Veuf depuis quelques années, mais encore jeune, il paraissait sous tous les rapports un parti convenaJ>le pour la reine d'Écosse; le tendre attachement qu'il conçut pour elle lui fit donc désirer vivement ce mariage ; mais cette union ne pouvait se faire sans le consentement de la l'eine d'Angleterre ^ et le duc n'osait le lui demander.
Tàndis qu'il rêiidait toute la noblesse confidente de sa passion, il dissimulait envers Élisabeth, et n'ayant pas le courage de lui ouvrir soti cœur, il se conduisit de manière au contraire à détruire les bruits qui couraient de son amour pour Marie; il parla même d'elle avec dédain à Élisabeth; il prétendit que sa fortune tout entière était fort inférieure à celle qu'il possédait en Arigletei*re, et que lorsqu'il s'amusait à Norwîch dans son jeu de paume, il était entouré de plus de magnificence qu'un roi d'Ecosse, dette dissimulation neservitqu'à exciter plus fortement que jamais les soupçons delà reine; Norfolk s'apercevânt qu'elle ajoutait peu dé foi à ses discours, se retira de la cour fort mécontent. Il ne tarda pas long-tems cependant à se repentir de cette démarche; il prit la résolution de revenir et de tout faille pour regagner la faveur de la reine; mais il fut arrêté en chemin par ses ordres, et conduit à la Tour, où il fut remis à la garde de sir Henri Nevil
Le duc de Norfolk était trop cher aux partisans qu'il avait dans le nord, pour qu'ils ne fissent pas tous leurs efforts afin de le tirer de captivité. Les comtes de Westmoreland et de Northumberland avaient tout disposé pour une révolte , ils avaient communiqué leurs intentions à Marie et à ses ministres, et ils entret^aient une correspondance avec le duc d'Albe , gouverneur des Pays-Bas , qui leur avait promis de leur fournir des armes et des munitions. Tout enfin paraissait répondre à leurs
' An de J. C, iSSg.
4ltl HISTOIRE D ANGLETERRE.
désirs , lorsque les ministres d'Élisabedi , dont la vigilance nepouvaitétremiseendéfautydécouvrirent cette conspiration. Des ordres leur furent immédiatement envoyés, afin de venir rendre compte de leur conduite devantla cour. Les seigneurs insurgés convaincus que leurs plans étaient découverts, etqûe désormais ils ne pouvaient plus reculer^ se déterminèrent à exécuter leur projet , avant d'en avoir terminé les préparatifs. Ils publièrent donc un mstr nifeste par lequel ils protestaient qu'ils n'avaient nullement l'intention d'o£Fenser la reine , à laquelle ih juraient une fidélité inébranlable : que leur seul but était de rétablir la religion de leurs ancêtres , d'éloigner tous les conseillers dangareux d'auprès de sa majesté, de remettre le duc de Norfolk en liberté, et de le réconcilier avec la reine. Le ncmibre de leurs troupes se montait à quatre mille hommes d'infanterie et à seize cents hommes de cavalerie , sans comprendre tous les catholique de l'Angleterre, sur lesquels ils comptment.
Mais cette entreprise tourna bientôt à leur désavantage. La conduite de la reine lui avait acquis depuis iong-tems l'estime et l'amour de son peuple; elle fut plus que jamais convaincue, dans cette circonstance, que le plus ferme appui d'un souverain est dans la justîfce de ses actions. Le duc de Norfolk lui r même, poi# le salut duquel cette révolte avait eu lieu, employa tous les moyens qui furent en son pouvoir pour soutenir et défendre la reine. Les insurgés furent obligés de se retirer devant l'armée d'Elisabeth à Hexham; et ayant
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âpprîs que des forc^ plu^ considérables encore se disposaient à les attaquer, ils ne trouvèrent d'aûtre expédient que de se disperser, sans avoir tiré Té* pée. Northumberland s^enfuit en Écosse, et fut renfermé par le régent dans le château de Lochleve^^. Westmoreland, après avoir essayé d'exciter les Écossais à la révolte, fut obligé de se sauver en Flandre, où il trouva protection. Cfette insurrection fiit bientôt suivie d'une autre qui n'eut pas plus de succès, et dont le chef était Léonard Dacres. Des mesures rigoureuses furent employées à l'égard de ces révoltés, et l'on prétend que huit cents personnes au moins périretit dans cette occasion par la main du bourreau ^ La reine fut tellement satisfaite de la coiïduite du Une de Norfolk, dans cette afGsdre, qu'elle lui rendit la liberté, et lui permit de retourner dàns ses foyers, en exigeant seulement sa parole qu'il renoncerait à toute espèce de prétention à la main de la reine d'Écosse.
Cette confiance de la part d'Elisabeth devint fatale à l'infortuné Norfolk; jpstôsion pour la tein^ d'Écosse le poussa bientôt à se rem^ pins coupable que jamais. Il y avait à peine un an qu'il était redevenu libre , que les ennemis de la religion réformée se révoltèrent de nouveau. Cette insurrection fut fomentée secrètement par Rodolphi, instrument de la cour de Ron^ , et l'évéque de Ross, ministre de Marie en Angleterre. Ils convinrent entre eux que Norfolk reprendrait ses premières espérances sur la reine d'Écosse ; complot dans le^
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quel l'amour et Fambition finirent par l'entraînéï', malgré la parole qu'il a^ait donnée à Élisabeth. Il consentit donc à défendre les intérêts de Marie , tandis que d'un autre côté le duc d'Albe promit d'envoyer six mille hommes d'infanterie et quatre nulle de cavalerie pour soutenir Norfolk aussitôt que tout serait prêt'.
Ce plan fut conduit si secrètement jiisquelà, qu'il échappa entièrement à la vigilance d'Ëlisabeth et de son secrétaire Cécil qui portait alors le titre de lord Burleigh-Ce ne fut que par accident qu'il fut découvert. Le duc de Norfolk ayant promis d'envoyer de l'argènt à lord Herries , l'un des partisans de Marie, en Écosse, donna cet argent à porter à un domestique, auquel il ne confia pas le secret de ce message. Cet homme, présumant par la lourdeur du paquet qu'il devait renfermer une somme considérable , et soupçonnant quelque machinalion , porta l'argent et la lettre du duc au secrétaire d'état , qui ne négligea rien pour séduire les domestiques de Norfolk f et finit par obtenir l'aveu entier du crime de leur maître. L'évêque de Ross, informé qu'ils avaient tout découvert, ne se fit aucun scrupule à son tour d'avouer la vérité. Le duc, convaincu du crime de haute trahison, -fut arrêté et renfermé dans la Tour; on instruisit son procès; un jury, composé de vingt-cinq pairs, le condamna unanimement; mais ce fut avec une répugnance marquée que la reine consentit , après quatre mois de délai, à signer l'arrêt fatal
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Il mourut avec calme et fermeté, et, quoicp^ persi^ant à se défendre de toute intention coupable envers l'autorité de la reine, il reconnut la justice de la sentence qui le condamnait.
Peu de mois après sa mort , le duc de Northumberland, qui avait été livré à la reine par la régente d'Écosse , subit le même jugement, et périt sur Féchafaud pour crime de rébellion.
Tous ces efforts inutiles en faveur de l'infortunée Marie ne servirent qu'à resserrer les chaînes de sa captivité. Désormais, elle ne pouvait plus trouver de ressources , sinon dans son esprit que le malheur avait contribué à adoucir et à purifier de ses erreurs. Élisabeth continua , pendant plusieurs années encore, à la tenir dans une détention que ses soupçons et sa méfiance rendaient plus intolérable, et qui ne cessa que lorsque de nouveaux efforts des partisans de Marie vinrent hâter enfin l'accomplissement d'une destinée cruelle, que la politique seule et non des motifs d'humanité avait suspendue.