CHAPITRE XXVII
Elisabeth.
De Tan i558 à Tai^ 1573.
S'il fallait s'en rapporter à une maxime des catholft|ues, qa'il est permis de faire un mal dont il, doit résulter du bien , on pourrait dire qué lei persécutions du règne de Marie' ne furent permises que pour faire adopter plus généralement la religion protestante à tout le royaiune. Rien, en effet, ne parlait plus fortement contre les vices et les cruautés des moines que leurs actions elles-mêmes. Partout où l'on brûlait des hérétiques, les moines étaient toujours presens , se réjouissant à la vue des flanmies, insultant tes infortunés et leur jetant souvent à la figure des tisons ardéns.
Ces spectacles odieux suffirent enfin pour gué^ rir les Anglais de leurs anciennes superstitions. Tel est l'empire des préjugés sur l'esprit du peuple, que ce n'est qu'après en avoir été long-tems vie* time qu'il se détermine à y renoncer. Les Anglais, qui autrefois avaient été contraints par la force à adopter la religion réformée , la désiraient maintenant au fond de leur cœur , et presque toute la nation était protestante par inclination^.
' On sait que la superstiti^sê Marie disait, en rendant les biens ée rÉglise, snr la demande dn pape : Je préfère U salut de mon ame à Mx royaumes comme l'Angleterre, A, M.
* Marie préroyait qu'Elisabeth > élevée dans la réforme , la rétébliraif en montant sor le trône. Aussi son aveugle fanatisme aurait
HISTOIRE o'ÂlfOLETJSRRE.
Rien ne pourrait donc exprimer la joie qui .éclata parmi le peuple , à l'avènement d'Élisabeth au trôné où elle monta sans la moindre opposition. Elle était à Hatfield , lorsqu'elle apprît la jsiort de sa sœur. S'étant hâtée de se rendre à Ixmdres, elle fut reçue par des acdamations imiyerselles. Élevée à la meilleiu*^ des écoles, celle de l'adversité, Elisabeth avait fait un digne çsage de la solitude où elle avait toujours vécu. Privée des jouissances et des plaisirs du monde, elle s'était Ijivrée entièrement aux charmes de l'étude. Son esprit était cultivé av^c soin ; elle avait appris plusieurs langues étrangères; mais parmi tous ses talens, ceux qu'elle possédait le mieux et qui lui acquirent le plus d'ayantagés, étaient de sayair cacher ses. opinions, vaincre ses penchans, ^e déplaire à personne et savoir régner enfin,
La reine vierge \ ainsi que plusieurs historiens l'ont nommée , ne put s'empêcher, en se rendant à
immolé sa sœur, si elle avait pu saisir quelque prétexte pour pallier ce crime. Les prêtres lui. en inspiraient le dessein, en lui disant qu'il ne su£Gsait pas pour détruire Thérésie de brûler quelques-uns de ses partisans, qu'il fallait attaquer le trùne même. Mais^Élisaheth avait su écarter toute ^èabale , modérer ses sentimèns, -et se former dans sa splihide ^. la poHti^ue. (Lettres sur t Histoire d* Angleterre,)
' Lfs c6i|imunes lui ayant représenté que la sûreté et la tran^U lité de soii royaume exigeaient qu'elle se mariât, elle les remercia de l^nrs Bjris, leur dit qu'elle était la femme de son peuple , et qu'elle serait charmée qu'on pût graver pour ipitsq>lte sur sa tombe; , qu'Élisabeth ayant régné avec équité , avait vécu et était morte vierge. ( Lettres sûr P Histoire d'Angleterre. )
* Pour pdériter cette épithète de vierge^ il eût feUu n^avoir pai^t» d'amans , coipme Leicester et le comte d'Ëssex , e^ surtout ne pus foourir de chagrin d'avoir perdu ce dernier qii'elle ât monter à l'éfi^a^ud. A.
I^LISABETH.
la Tôuf^^ selon la coutume ordinaire, de faire la différence de sa position actuelle avec celle où elle était ^ lorsqu'elle y avait été amenée prison»nière. A peine eut -on proclamé son avènement, 4jue Philippe, son beau-frère, qui lui avait toujours témoigné de l'affection, ordonna à son ambassadeur à Londres, le duc de Feria, de lui faire, en son nom, des propositions de mariage, mais ÈM" sabeth ne pouvait qu'éprouver de la répugnance pour un tel mariage. Outre ses moti^ politiques^ elle n'aimait ni la. personne ni la religion de cet ajDant. Elle voulait d'ailleurs jouir des plains de l'indépendance et des nwabreux hommages aux* quels elle avait droit de prétendre. Cependant, quelle que fut sa façon de penser ^ relaftivement à cette .proposition , elle fit à Philippe une réponse très-obligeante, quoiqu'évasive, et dontil conç^t tant d'espoir de succès, qu'il envoya un courrier à Rome , afin d'obtenir les dispenses nécessaires pour ce mariage'.
Dès qu'Élisabeth f^t établie sur le trône, elle s'occupa de réaliser le projet qu'elle avait toujours eu de réformer la religion; cependant, pour ne point alarmer le parti catholique, elle retint dans son conseil onze des conseillers choisis par sa sœur; mais, afin de balancer leur autorité, elle en ajouta huit autres, connus par leur attachement à la reli-
* C'était, comme robsfrve Brissot de Warville, une bien grande ibfturdité politique que ViÛéé de ce mariage ; il en. devait résulter » a'ii eût eu lien, mauvaise administration en Etpagne et en Angle^ terre, et despotisme dans les deux royaumes. A. M.
gion protestante. Celui dans lequel ette mit pris''cipaleuent sa confiance, fut William Cédl , secrétaire d'état, homme dune probité intacte, qui, préférant la pratique à la théorie du siècle , s'oc» cupait ardémment des intérêts réeb du royaume y et pensait que la meiUeure religion est ceB^ qui tend à contribuer à la prospérité de Fétat. D'après ses conseils, Élisabeth rapjpela les exilés et rendit la liberté à tous les prisonnîérs renfermés pour cause de rèligi(Hi. Elle fit publier ensuite une pro* clamation par laquelle elle défendait à tout prédicateur de prêcher sans une permission particulière Elle suspendit l'exécution des lois qui s'opposaient à ce qu'une grandç partie du service se fît ep Anglais, et elle défendit ^aleipaent que l'hostie fut élevée en sa présence^.
Un parl^ent, qui fut convoqué bientôt après , acheva ce qu'eUé avait commencé par son autorité royale. Plusieurs actes dirent passés èn faveur de la réforme , et en une seule cession la reli^on fut établie ainsi qu'elle existe maintenant pour le bonheur du royaume.
L'opposition que l'on fit à ces points de religion fut violente, mais dénuée de forces suffisantes pour réussir. Une, conférence neuf docteurs dé part et d'autre fut proposée et consentie, en présence
^ « Élisabètb arait^dit Voltaire (Essai sur Us mœurs y ch. cxxxn ), plus d'esprit et un meilleur esprit que Henri VUI son père y et que Marie sa sobot. Elle éviu la persécntion autant qu'iU Tayaient excitée. La défense qu'eUe fit de prêcher contint les prédicateurs des deax partis, qui n'étaient alors que de& instnuncns de discorde. » A. M.
' An de J. Ç. , i5S9.
iLISABSTH.
du chancelier Bacon. Chacun devait discuter tourà-tour sur tous les points de la question, et Ton convint que le peuple se rangerait du côté qui remporterait la victoire* Cette conférence n'abou^ tit cependant à rien. La conviction ne put résuU ter de ces sortes de discussipns ; il y à tant à dire en pareil cas , et le champ qui s'ouvre es% si vaste à parcourir, que la force des combattans est épuisée avant d'entrer en lice. Les catholiques déclarèrent qu'ils ne pourraient discuter une seconde foi$ un sujet sur lequel ils avaient déjà remporté une première victoire , tandis que les pr6tes|ans, de leur côté, attribuèrent à la crainte cette conduite prudente des catholiques*.
Sur neuf mille quatre cents bénéficiaires ecclé? siastiques existant dans le royaume y il n'y eut que quatorze évêques, douze doyens , autant d'archi* diacres, cinquante chanoines, quinze recteurs de collèges, et environ quatre-vingts personnes du clergé paroissial , qui aimèrent mieux renoncer à leurs bénéfices. qn'à leurs sentimens religieux. C'est ainsi que l'on vit l'Angleterre changer quatre fois de croyance depuis le commencement<lu règne de Henri VlII : « Il est étonant , dit un écrivain « étranger, qu'un peuple d'un caractère aussi ferme « ait montré tant d'inconstance. Est -il possible « que ce même peuple qui , la veille, assistait avec « joie à l'exécution des hérétiques , pût , le jour « suivant, non-seulement les absoudre, mais adop^ « ter même leur système de croyance?
Élisabeth, en affermissant la religion protestante
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dans ses états, se fit des ennemis déclarés où 9e-^ crets de toutes les puissances catholiques de l'Europe; la France, l'Écosse, le papè et FEspagne .même commencèrent à se liguer contre elle. Les Irlandais lui fen voulaient secrètement, et le parti catholicpie d'Angleterre , soumis en apparence ^ était encore disposé à tirer parti de la moindre circonstance défavorable contre elle. Tels étaient les dangers qu'elle avait à craindre , et contre lesquels ses amis ou les alliances étrangères. ne pou-* valent la défendre'. Elle était seule pour soutenii* sesjdroîts, et son unique ressource était désormais dans l'amour de ses suje^ , dans sa profonde connaissance des affaires et dans la sagesse de son gouvernement. Dès le commencement de son règne, elle parut viser à deux buts également difficiles à atteindre ; se rendre çhère à ses sujets , et redoutable à se§ courtisans. Elle prit laferroe résolution de dépenser ses richesses avec une extrême économie, et de récompenser ses favoris avec plus d'épargne encore. Cette mesure, en satisfaisant le peuple, mettait des bornes à la puissance des grands , trop peu riches alors pour seCouer les chaînes de leur dépendance. :
Étisabeth enfin prouva que les^ années «jqu'elle avait passées dans la solitude avaient été consacriées à l'étude des hommes, qu'elle était appelée à gou^ verner un jour. Elle possédait le talent rare de savoir récompenser et punir avec impartialité, distribuer à propos des paroles flatteuses et les reproches, feindre la déférence aux sentimens des autres.
Elisabeth. ,4oi selon que la nécessité l'exigeait; mais faire respec^ ter ses droits et flatter adroitement les faiblesses de ses sujets j pour s'assurer leur affection.
Son premier ministre était Robert Dudley , fils du feu duc de Northumberland , qui he semblait nullement justifier la' prédilection qu'elle avait pour lui, car il ne possédait ni talens ni vertus. Mais pour servir de compensation , les deux favo^ ris les plus en crédit après lui, étaient le lord chancelier Bacon , et Cécil, homme studieux et d'un mérite distingué. Ils réglaient tous deux les finances , et dirigeaient les mesures politiques nécessaires avec les cours étrangères^ mesures qui, plus tard, furent suivies de tant de succès.
Un bonheur permanent ne saurait exister ici bas. Marie Stuart, reine d'Écosse, fut la première personne qui excita les craintes et le ressentiment d'Élisabeth. Nous avons dit plus haut qu'Henri VII avait marié sa fiUé aînée, Marguerite, à Jacques IV, roi d'Écosse, dont le fils ^ qui lui succéda , ne laissa d'autre descendant parvenu à l'âge de raison que la seule Marie.
Cette princesse, belle et spirituelle, avait épousé, fort jeune encore, François, dauphin de France % qui mourut peu de tems après son avènement au trône, et laissa sa veuve âgée de dix-huit ans. Comme Elisabeth avait été déclarée illégitime par Henri VIII, François, d'après Içs droits de sa femme, s'était approprié le titre de roi d'Angleterre , et la reine d'Écosse, sa jeune épouse, avait paru y con-
' Depuis François U.