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Histoire d'Angleterre, Volume 3

Ayéneroent de Jean. — Captivité et mort de son neyeu. — Perte de la Normandie , de l'Anjou et du Maine. — Contestation avec le pape Innocent. — Interdit. — Soumission du roi. — Demandes des barons. — Octroi de la grande charte. — Renouvellement de la guerre civile. — Jean obtient Tappui au pape. — Les barons offrent la couronne à Louis de France. — Le roi meurt.

Richard n'avait point laissé d'enfants légiti-

(1) C'était le surnom ordinaire des plus jeunes &is de roi , quand leurs pères étaient morts, pendant leur minorité. Ils ne

e HISTOIRE DANGLETERRE.

me8(i). Dans Tordre régulier de la succession héréditaire , la couronne , à sa mort, devait être dévolue à son neveu Arthur , fils de Geoffroi et duc de Bretagne , âgé de douze ansr Le jeune prince avait été autrefois déclaré héritier présomptif; mais sa mère Constance, par son indiscrétion et ses caprices s'était aliéné Tesprit de Richard , tandis que la vieille et adroite Eléonore travaillait , avec assiduité , à resserrer les liens de Taffection entre les deux frères. Sous sa direction, Jean avait presque effacé le souvenir de ses premières trahisons , et , en récompense de sa fidélité , avait obtenu de son frère la restitution d'une grande partie de ses propriétés. Lorsque Richard fut sur son lit de mort , il parut mettre en oubli tous les droits d'Arthur. Il déclara Jean son successeur , lui légua les trois quarts de ses trésors, et ordonna à toutes les personnes présentes de lui rendre hommage (2).

pouve^ient posséder de fiefs jusqu'à ce qu'ils fussent d'âge à remplir les services qui y ëtaient attache's : les lois avaient fixé cet âge à vingt-un ans *. •

(i) Il avait un fils naturel» nomme Philippe, qui, la même année , assassina le vicomte de Limoges , parcequ'il avait été la cause de la mort de Richard. Hoved. 452.

(a) Hov. 449.

* On doit se rappeler que les courtisans donnaient à Jean. le surnom de lacidand, on sans terre, quoiqu'il fût désigné comme souve> rain d'Irlande. ( Note du traducteur, )

Éléonore était toujours considérée comme légîtiiDè «lady » des provinces dont elle avait bérité de son père. Par des actes publics, elle transféra à Jean l'hommage , la fidélité et les services des peuples d'Aquitaine et du Poitou , qui se soumirent sans murmure à l'autorité de leur nouveau maître (i). En Normandie, il fut également heureux. Aucune voix ne s'éleva contre lui : il reçut, sans opposition, la couronne ducale et Tépée des mains de l'archevêque de Rouen. MaLs les habitants du Maine , de la Touraine et de l'Anjou épousèrent ouvertement les intérêts d'Arthur. ( a5 avril. ) Jean se contenta pour le moment d'une vengetince sommaire , et il saccagea les deux cités du Mans et d'Angers. Ses adversaires trouvèrent un protecteur puissant , quoique perfide , dans le roi de France , à qui Constance avait confié la personne et les intérêts de son fils (2).

Le lecteur a déjà dû retnarquer que non seulement la forme , mais encore l'eèprit dés monarchies électives s'était conservé jusqu'ici tti Angleterre. Depuis la conquête , cinq rois étaient

(i) Yoyez un de ces actes dans Rymer, i, ii2. Jean lui rendit hommage pour la donation qti'elle venait de lui faire, et la hii laissa en toute jouissance, sa vie durant. Il fut con-» venu qu'aivîun d'eux ne pourrait y faire d'aliénations, sans le consentement de l'autre. Voyez aussi Rymer, i , 1 10 , m.

(2) Hoved. 45o. Paris, i64, i65.

4 HISTOIRE DAN^LETERRE.

montés sur le trône , et quatre d'entre eux fondaient leur titre principal sur le choix du peuple. Après la mort de Richard , les esprits se divisèrent entre les réclamations rivales de Jean et d'Arthur. L 'archevêque Hubert, William Marshal et le justicier Fitz-Peter , en raison des dernières volontés de Richard , avaient ordonné à tous les hommes libres de prêter serment d'allégeance à Jean: mais ils furent alarmés de l'hésitation qui se manifestait parmi les prélats et les barons , dont plusieurs, sous le règne précédent, s'étaient attirés l'inimitié de ce prince, ou avaient été enrichis par la confiscation de ses biens. On tint un grand conseil à Northampton : on y employa les menaces et les promesses pour réveiller les craintes, etencoijrager les espérances des plus difficiles: et l'on parvint à faire passer la résolution unanime de jurer fidélité à Jean , à condition qu'il respecterait les droits actuels de chaque individu. Sur cette nouvelle, ce prince revint en Angleterre, et fut couronné avec les solennités d'usage à Westminster. Le primat commença la cérémonie par un discours remarquable, destiné à justifier l'exclusion d'Arthur. La couronne, observait-il, n'était pas la propriété d'une personne en particulier. C'était un don de la nation , qui choisissait , généralement parmi les membres de la famille régnante , le prince qui paraissait le plus dïgne de la royauté, dans

les circonstances existantes. Ils s'étaient assemblés en ce jour pour exercer ce devoir important , et ils avaient choisi pour leur souverain Jean , comte de Mortagne , frère du monarque décédé. Jean signifia son assentiment à ces principes (i).

Les rois français jetaient depuis long-temps des regards envieux sur les provinces possédées en France par les monarques anglais. Si l'ambition de Philippe s'arrêta devant la haute valeur de Richard, elle ne tai^da pas à se déployer» après

(i) Hoved. 45i. Pâi'is , <65. Toutefois, dans U prëamhule d'une loi qu'il publia quelques jours plus tard ( y juin ) k Northampton, il eut soin de faire usage de ses deux titres. Dieu l'avait éieyé sur le trône , qui lui appartenait par droit d'hérédité, et par le consentenf^pt unanime et la fayeur du cierge et du peuple. Leg. sax. 3Ô4. — L'objet de cette loi , qui passa, dit*Qn, sur la proposition de l'archevêque Hubert, chancelier , était de ramener les droits de la chancellerie î^ leur ancienne taxation. Il fut arrêté que, pour un édit accor^ dant lu paix du roi , le droit serait diminué de i8 shil. 4 d. 4 2 shil. ; pour la confirmation d'une ancienne charte, de 3 liv, 5 shil. à 1 8 shil. 4 d. Sur cette dernière somme le chancelier devait recevoir un marc, le vice-cbancelier et le protonolaire s shii. chacun , et 12 pences devaient être payés pour la cire. Pour une charte de nouvelle inféodatipn , un marc d'or 011 dix marcs d'argent au chancelier ; au vice chancelier et au protonotaire un marc chacun , et 5 shil. pour la cire. Ibid^ Il paraît d'après cela que le prix de l'or s'était élevé. Un marc d'or était d'une valeur égale à dix marcs d'argent. Madox nous apprend que, sous les règnes d'Etienne et de Henri II , leur yaleur relative était de neuf à un. Madox , c. ix.

ravènement de son faible et pusillanime frère- Arthur se trouvait en sa possession , et il se dé^ termina à combsittre pour son propre avantage , tout en prétendant soytenir la cause d'un orphelin outragé : il ceignit l'épée de chevalier au jeune prince, traversa la Normandie, brûla Evreux, et plaça des garnisons dans lés forteresses de l'Anjou , du Maine et de la Touraine. Une guerre dont ks événements sont peu intéressants s'ensuivit : cette guerre , à la sollicitation du cardi* nal Pierre de Capoue, fut suspendue par un armistice, et l'armistice suivi d'une paix qui fit peu d'honneur aux deux monarques^ ( 23 mai 1200.) Philippe sacrifia les intérêts d'Arthur , reconnut Jean pour l'héritier légitime de Richard, etoblî* gea le jeune prince à rendre hommage à son oncle , pour le duché de Bretagne. Mais le roi anglais avait acheté cet avantage par la cession d'Évreux à Philippe , par le paiement de vingt ngiille marcs , comme le « relief» de s^ succession , et par le transfert de plusieurs fiefs considérables à Louis , fils de Philippe , comme dot de S2^ nièce Blanche de Castille, (jue l'on maria immédiatemeat au prince français. Afin que ces transactions pussent être valides , selon les principes de la jurisprudence féodale , on en fit une comédie vraiment curieuse. Jean n'avait jamais accompli l'hommage obligé qui donnait au vassal le droit de possession légale , et conséquemment

JBAN. ^

le pouvoir de disposer de ses douzaines. D^ds ce but, Philippe , quoique déjà maître, par droit de conquête , de plusieurs des places cédées parle traité, les restitua au roi anglais: celui-ci, d'abord, rendît hommage et jura fidélité à son seigneur suzerain , et ensuite se trouvant ainsi légalemeat saisi de sa possession étrangère, en traasféjraà Philippe et à Louis les portions stipulées dans le traité, avec les cérémonies convenabltîs- Leurancienne amitié parut alors revivre : et lorsque Jean se rendit à Paris , le roi de France donna sou propre palais pour servir de logement à son frère d'Angleterre (i).

Si Jean eût possédé l'ardeur et le courage de Richard , il eût obtenu des conditions bien différentes de Philippe, qui, à cette époque, était engagé datbS une discussion dangereuse , et très animée,. avec le pontife Innocent III. Plusieurs années auparavant, tandis que Richard était en captivité , Phihppe avait sollicité la main d'Ingetbturfe , sœur chariaante du roi de Dane-

(i) llov. 452 , 4^4 , 456. West. 264. Rigord. 44. Blanche ëtail fille d'Éléonore , sœur de Jean, qui avait donne à son époux, AiphoDse deCastitle, trois fils etqmitre fiUes. Pendant cette année , le roi publia ui^e loi à Hastings , pour protéger ses possessions au-delà des mers britanniques , et pour ordonner à tous le^ navires étrangers de baisser leurs huniers devant son pavillon, sons peine de capture et de confiscaUon. Selden , mare clausam, 11 , 265^

marck. On conduisit Ingelburge à Amiens ; la cérémonie de son mariage fut immédiatement suivie de celle de son couronnement : et le lendemain matin , Philippe , au grand étonnement de tout le monde , ordonna aux personnes qui avaient accompagné cette princesse de la reconduire à son frère. Sur leur refus , on l'envoya dans un couvent : et Tarchevêque de Reims prononça le divorce , sous prétexte de parenté , comme cousine de réponse défunte de Philippe. Le roi , quoique ses propositions de mariage eussent été rejetées avec mépris par plusieurs princesses , |;rouva à la fin dans Agnès y fille du duc de Moravie , une femme qui osa se confier à son honneur. Ils furent mariés , et continuèrent à vivre ensemble , malgré la défense du pape Célestin , qui avait annulé la sentence de l'archevêque. A Célestin succéda Innocent, pontife qui joignait à l'énergie de la jeunesse et à la pureté sans tache de son caractère la plus haute idée de l'autorité papale et la détermination fixe de réprimer les excès et l'immoralité des princes de la chrétienté. A la requête du roi de Danemarck , il épousa la cause d'Ingelburge, et son légat , le cardinal Pierre , mît les états de Philippe en interdît. ( 1200, janvier.) C'était punir l'innocent pour le coupable ; mais cet interdit eut le pouvoir de rompre une obstination qui résistait à toutes les considérations de l'honneur

€t de la conscience. Sans force pour combattre les effets de cet interdit, et assailli par la clameur de ses sujets ( 7 août ) , Philippe consentit à renvoyerAgnèSjà traiter Ingelburge comme reine, et à se soumettre à la révision de la première sentence de divorce. Dans le concile de Soissbns ( i2oi,mars. ), les pleurs et la beauté de la princesse danoise plaidèrent vivement en sa faveur : les objections de ses adversaires furent aisément repoussées : et le légat se préparait à prononcer le jugement , quand Philippe l'informa qu'il reconnaissait la validité du mariage. Ingelburge ne retira à cette époque que peu d'avantage de sa victoire. Avec le titre de reine , elle fut renfermée dans une forteresse , et privée rigoureusement de toute autre société que dé celle de ses femmes. Quelques années après, les deux époux se réconcilièrent (1).

Le peu de succès de Philippe dans ses tentatives pour se jouer des contrats matrimoniaux ne put détourner Jean de la fantaisie de suivre son exemple. Douze ans s'étaient écoulés depuis son mariage avec Hadwisa ou Jeanne, héritière du comté de Gloucester. L'intérêt et non l'aflfectîon avait formé cette union ; mais ses états, considérables pour un comte de Mortagne, étaient de peu dimportance pour le roi d'Angleterre : et

(0 Hoved. 4i6 , 456, 461 , 464.

}0 HISTOIRE DÂIHGLETERRE.

uoe sentence de divorce , sous le prétexte ordinaire de consanguinité , fut pronoptement obte^ nu<^ de l'archevêque de Bordeaux. Jean envoya iuimédiateoient des ambassadeurs à Lisbonne pour demander la princesse de Portugal : mais avant qull pût recevoir une réponse, il vit pat bavard Isabelle, fille d'Aymar, comte d'Angouléme , qui avatt été promise publiquement à Hugues, comte de la Marche, et, par lui , épousée en secret. Le roi fut captivé par sa beauté: l'éclat d*une couronne séduisit le père et la fille ; et le mariage inattendu d'Isabelle et de Jean priva la princesse de Portugal d'un mari, et le comte de la Marche d'une femme. Les plaintes de Tune et les menaces de l'autre furent également méprisées. ( laoi , 8 oct. ) Jean conduisit son épouse en triomphe en Angleterre , et fut courom^é avjçce^He à Westminster, par le primat (i).

(i) Hoved. 457, 461. iPâris , i68. A ceUe époque toutes les nftlionft chrétiennes furent jetées dans la consternation par leîj commeûtajteurs de l'Apocalypse, qui ne paraissent pas avoir été mieux doués de l'esprit de prophétie que leurs successeurs. Us assuraient qu'à la fin de l'année 1200 expirait le ««rme de raille ans , pendant lequel le diable avait dû être Mtm^ dîins rabînae sans fond ( Rev. xx , i , S) , et il& laisr saiem à l'imagination de ceux qui les écoutaient à concevoir le désordre qu'il causerait , et les horreurs qu'il commettrait dès qu'il serait en liberté. Quod si diabolus ligatus , dit Hoveden , tôt et tanta intulerit mala mundo< quot et quanta inferet solutus ? Precemur ergo , etc. Hoved. 465.

JEAIf. 1 1

C'est de l'époque d'un mariage codcIu sous de si fâcheux auspices qu'on peut dater le déclin de la famille des Plautagenet. Quand Isabelle fut enlevée à son époux, Jean était maître des côtes de France j depuis les frontières de la Flandre jusqu'au pjed des Pyrénées. En trois années, il , perdit irrévocablement la meilleure partie de ce précieux territoire, les provinces dont ses prédécesseurs avaient hérité de Guillaume de Normandie et de Foulques d'Anjou. L'épée du comte de la Marche était, à la vérité, trop courte pour le blesser grièvemept. L'arrivée de Jean restreignit bientôt ses incursions déprédatrices; et la sommation de comparaître avec ses adhérent^ à la cour du roi l'avertit de chercher des protectionj. Il en appela à la justice de Philippe, leur commun suzerain ; et ce prince ne fut pas fâché que la tergiversation de Jean lui fournît un prétexte pour humilier un vasBal si puissant ( 1^02. ). Les conditions du dernier traité furent oubliées à l'instant même : les barons mécontents se hâtèrent de rejoindre les haunières du roi de France : les forteresses se rendirent successivement aux confédérés; et le cœur de Jean tombait da^s Je décourageaient, quand un événement inattendu arrêta les progrès de ses ennemis, et lui donna une supériorité momentanée. Eléonore, la reine mère" , était logée dans le château de Mirabeau , en Poitou. La garnison de cette forteresse était

\2 HISTOIRE DANGLETERRE.

faible , et ses défenses misérables ; et la gloire de prendre la princesse fut dévolue au jeune Arthur, son petit-fils. Accompagné des barons.de la province , il investit Mirabeau. On en força facilement les portes ; mais la reine , se retirant dans la tour, refusa de capituler, et trouva les moyens d'informer son fils du danger qu'elle courait. ( i^ août. ) Jean sortit de son apathie , vola à son secours; mit en déroute Tennemî, qui voulait s'opposer à sa marche; pénétra dans le château avec les fugitifs , et , après un combat opiniâtre, força les survivants à demander quartier. Parmi les prisonniers , se trouva le jeune duc de Bretagne , qu'il fit garder étroitement dans le château de Falaise. Il envoya le reste des captifs en. Angleterre : et Philippe , après avoir brûlé la ville de Tours, s'en retourna vers Paris (i).

Ce retour soudain de fortune avait mis à la disposition du xoî le sort de son rival. Si la voix •de l'humanité plaidait viveoiept en faveur du neveu et de l'orphelin, une politique erronée objectait le danger de laisser la vie à un prince qui pouvait trouver quelque autre occasion d'obtenir la couronne, qu'il réclamait actuellement. Il ne parait pas, toutefois, que Jean se soit arrêté

(i) Paris, i74.|West. 264. Vingt-deux des captifs moururent de faim dans le château de Corfe. Ann. de Marg. i5. Ëléoaore vécut encore deux ans, et mourut en i2o4* Maiiros, 181.

JEAN. l5

d'abord à Thorrible expédient de l'assassinat. Il alla voir son captif, l'exhorta à se désister de ses prétentions , et lui représenta la folie qu'il faisait de se fier à l'ànaitié du roi de France , l'ennemi naturel de sa famille. Le courageux jeune homme répondit à ces conseils qu'il n'abandonnerait ses réclamations qu'avec sa vie : et que la couronne d'Angleterre, aussi bien que les provinces françaises , lui appartenaient du droit de son père. Jean se retira pensif et mécontent : Arthur fut transféré au château de Rouen , et renfermé dans un cachot delà nouvelle tour. Quelques semaines après, il avait disparu. Si la mort qui l'avait frappé eût pu permettre une investigation légale, Jean, pour son propre honneur, l'eût fait faire publiquement. Son silence prouve que le jeune prince fut assassiné. On dît qu'il tomba sous le poignard même de son oncle : mais le roi d'Angleterre aurait certainement trouvé un assassin, sans tremper ses «propres mains dans le sang de son neveu (i). Sa nièce Éléonore, sœur d'AT-

(i) Subito evanuit, modo feré omnibus ignorato, utiuàm non ut fama refert invida. Par. 174. Cité postevanuit. — Rex suspectus habebâtur ab omnibus, quasi illum manu propriâ occidisset. West. 264* Feriâ quintâ an te Pascha propriâ manu interfecit. Ann. de Marg. i3. Will. Brito dit : Il prit Arthur dans un bateau , lui donna deux coups de poignard de sa propre main , et jeta le corps mort dans la rivière , à environ trois milles du château. Philippid. i>:yi, p. 167.

l4 HISTOIRE d'aNGLETERRE.

thur, communément appelée la Vierge de Bretagne , fut envoyée en Angleterre, et placée dans la retraite la plus rigoureuse , afin qu'elle ne pût, en se mariant avec un prince étranger, susciter un nouveau prétendant à la succession de son père.(i).

Il est malheureux que, dans cette crise intéressante, nous ne soyons plus dirigés par des annalistes contemporains, comme ceux qui nous ont conduits sous les règnes précédents , et que nous soyons forcés de nous en rapporter à Tautorîté d'écrivains qui vivaient à une époque postérieure, et dont les relations, douteuses et remplies de lacunes, ne peuvent fournir un récit satisfaisant et suivi (2). Après un court délai, les murmures secrets , les soupçons cachés éclatèrent, et firent place à la conviction publique de la culpabilité du roi. Les Bretons s'assemblèrent immédiatement, jurèrent de venger le meurtre ^sur k meurtrier , et s'occupèrent de régler la succession au duché. Guy de Thouars entra dans

(i) Chrôn. Thom. Wilt. 56.

(2) Il est singulier que les ouvrages de DIceto , de Benoît , de Gcrrase, de Guillaume de Neubourg, de Brorapton et de Hoveden s'$rrétent tous vers cette époque. Paris est le premier après éui; mais, à ravènèmetit de Jean, H Aait si jeune qu'il peut difficilement être regarda comme écrivain contemporain. If copia , il est vrai , Wéndover; mais la relation de Wendover est très imparfaite.

JBAN. l5

l'assemblée , portant dans ses bras un enfant du nom d'Alice , sa fille et celle de Constance, qu'il avait épousée après la mort de son premier mari, La princesse fut reconnue, «ans préjudice aux droits d'Éléonore 5 actuellement au pou voir de son oncle sanguinaire ; et Guy fut nommé son tuteur et gouverneur du duché. L'évêque de Rennes s'empressa ensuite de se rendre à Paris, pour y accuser de meurtre le roi d'Angleterre; et Philippe somma très volontiers ce prince de venir prouver son innocence, en présence des pairs français* Jean , toutefois , s^y refusa; et la cour prononça le jugement suivant: t Attendu que

• Jean, duc de Normandie, en violation de son 1» serment à Philippe, son suzerain , a assassiné 9 le ûïs de son frère aine, vassal de la couronne tde France , et proche parent du roi , et qu'il a » commis ce crime dans la seigneurie de France , «il est déclaré coupable de félonie et de trahison, »et, en conséquence , est condamné à perdre

• toutes les terres qu'il tient par hommage (i). i^

(i) Wesl. 264. Ann. de Marg. ï3. Pendant cette anwée , la taxe du pain fut fixée par tout le royaume sur le principe que, daDfs un quarter ( huit boisseaux) de blé ( ceasé peser 5i3 livres, Riidbo(rtt, 257), le boulanger, après avoH*' dëduit toutes les dépenses , devrait faire profit net de trois pences* On forma une échelle des prix du blé, en portant à a shilH^gs lé prix le plus bas du quarter et à 6 sbil. le plus haut. A chacun de ces prix correspondait celui du pain , ou de la qutfn-

l6 HISTOIRE D'ANGLETERRE.

Afin d'exécuter cette sentence , Philippe d'un côté, et les Bretons de l'autre, entrèrent dans les domaines de Jean. (1203. ) Après la réduction de plusieurs petites forteresses, on résolut d'assiéger Château-Gaillarf , fort château bâti parle dernier roi , sur un roc au bord de la Seine. Quoique Jean se trouvât à la tête d'une armée nombreuse , il semblait craindre de montrer son visage à Tennemi , et il laissa au comte de Pembroke, son général, le soin de secourir les assiégés. Un pont de bateaux , jeté à travers la rivière , empêcha l'arrivée des provisions qu'on envoyait à la garnison. Le comte , pour détruire

titë qui devait en être donnée pour un farthing (Panis venalis formatus pro q>iadrante. Gonsuet. Dunstap. xzxix. }

Quarter de blé. * Pain blanc. Pain bis.

Shil. Lit. Once. D«nien Lit. Once. Deniers

de poids. de poids.

La livre était , ou monnaie divisée en 20 shillings ou a4^ pences, ou poids divisé en 12 onces, et 240 penny- weights ( deniers de poids ). Paris , 175. Leg. sax. 359. En i256 une nouvelle taxe fut établie du prix de i shilling à 12 shillings le quarter; et comme le profit du boulanger était Rxé à une plus petite somme , le poids du pain fut un peu augmenté. YojeE Annal. Burt. 365.

cet obstacle , projeta unç attaque combinée par terre et par eau. S atteignit le camp des Français dans la nuit à Theure convenue, et , par la vigueur de ses coups , il mit toute l'armée en désordre. Mais la flottille de soixante-dix petits bâtiments, qui avait étp^ forcée de remonter contre le vent et le couifaut , n'arriva au matin que pour être témoin dé la défaite du comte , et se retira en toute hâte, pour ne pas être attaquée par un ennemi victorieux. Tel fut le dernier effort du roi pour défendre ses possessions étran^ gères. Si Ton en croit les récits qui nous en ont été transmis, il chercha à étouffer la voix de sa conscience dans les fêtes etla débauche. A Rouen, au milieu d une cour gaie et voluptueuse , il affectait de rire des progrès des alliés , et disait hautement qu'il leur apprendrait dans un seul Jour à regretter les succès de toute une anpée. Ainsi , tandis que ses plus impoilantes forteresses tombaient autour jie lui, ce monarque infatué parut sommeiller en paix au sein du plaisir, jusqu'à ce que la prise de Radepont, dans le voisinage de Rouen , vînt l'arracher à sa léthargie et lui conseiller de fuir précipitamment vers l'Angleterre (i).

S'il était possible de consulter quelque historien contemporain , on découvrirait peut-être la

(i) Paris , 175. Wesl. a65.

l8 HISTOIRE b\n«LET£RRE.

Vjèritable raison de rioactivit^ de Jean. Il ne vit certainement pas ses perte» avec indifférence. 11 se plaignit hautement de la perfidie de ses adversaires-: il réclama l'intervention du pape, afin d'obliger Philippe, par les censures ecclésiastiques, h tenir ses serments (i ) ; et il leva des troupes et de

(i) Ipnqcent entra chaudement tiens la cause , et nomma l'archevêque de Bourges et Tabhé de Casnmaggioreses légats pour décider h question entre les deux rois. Mais quel droit avait-il d'intervenir avec ce ton d'autorité ? Le lecteur rapprendra par l'une de ses lettres, qui montre, plus clairement qiie toutes les suppositions des écrivains modernes, la base réelle sur laquelle les papes appujaiefit leur prétendue autorité en matières temporelles. Il transcrit d'abord le passage suivant de l'Évangile. « Si ton frère commet une offense enj» vers toi , va et parle-lui de sa faute entre lui et toi seule- » ment... et s'il ne veut pas t'écoutcr, prends alors avec toi » une ou deux personnes... et s'il ire fuse de les entendre, dis- »le à l'église ; mais s'il l'efuse d'écouter l'église , regarde-le ^ ç^)^i|i^ un pa'ieu et comme un publicain. » Mattb. xviii , ^5-»7. « Actuellement, poursuit-il, le roi d'Angleterre pré- » tend que le roi de France . en appdyant l'exécution d'une » injuste sentence , l'a offensé. C'est pourquoi il Ta averti » de sa faute , de la manière prescrite par l'Évangile : et sa 9 yolont^ n'ayant point changé, il en a appelé à l'^glif e, félon » i'qrdre donné par ce même Évangile. Comment pourrions- » nous donc, nous que la divine providence a placé à la tétc » de l'église , refuser d'obéir au commandement divin ? » Gomment poufriotis-neus hésiter ji procéder suivant la » forme prescrite par le Christ luj-méme ? Nous ne nous ar- » rogeons pas le droit de juger en ce qui touche le fief: cela » appartient au roi de Fi*ance; mais nous avons le droit de » juger en ce qui coucei^e le péché; et il est de notre devoir

Targent, en Angleterre et en Irlande, aUn de donner de l'activité à la guerre. Il est probable que ses barons anglais n'étaient pas plus dévoués à ses intérêts que les barons étrangers. Il punît plusieurs de ceux-ci par la confiscation de leurs propriétés en Angleterre , et les autres , en exigeant d'eux le septième de leur revenu. Cependant , quand il eut assemblé une armée nombreuse à Portsmouth, ses barons lui firent annoncer par l'archevêque Hubert qu'ils étaient unanimement décidés à ne point s'embarquer (i).

w d'texdrcer ce droit contre le coupable, quel qu'il soit. Par la » loi impériale, il a été établi que, si Tune des deux parties li- » tigantes préfère le jugement du siégeapostolique à celui du » magistrat civil (apud Grat. caus. ii, g, i. Can. 35), i'aotre j» sera tenue de se soumettre à ce jugement. Mais si nous eu » faisons mention , ce n'est point que nous fondions notre » j«risdtction aur auctiAe antoi^ité civile. Dieu nous â fait ua > devoir de reprendre l'homme qui tombe dans le pécKé mor- 9 tel , et , s'il néglige «os reproches, de le forcer à s'amender » par les censures ecclésiastiques. Les deux rois , en outre , » ont juré d'observer le dernier traité de paix : et cependant ]» Phil^e a rompu ce traité. Il est universellement donné » aux cours ecclésiastiques de prendre connaissance du çnme » de parjure. Sous ce rapport, nous avons aussi le droit d'apj» peler les parties devant notre tribunal. » Cap. Novit. i3 de judUciis. L'importance de cet extrait doit faii-e excuser sa longueur. Il n'est pas besoin d'ajouter que les raisons du pape ne convainquirent iii le roi , ni le clergé de France , et que la mission des deux légats fut totalement inutile, (i) Paris, 175 ,-176. West. 265.

UO ^IlSTOIRE 1) ANGLETERRE.

Enfin, arprès un siège de plusieurs mois, et quand la garnison se trouva réduite, par les hasards de la guerre et les ravages de la faufiine, à moins de deux cents hommes, le brave Roger de Lacy rendit Château-Gaillard au roi de France. (iao4,6raars.) Falaise, place également forte ^ et boulevard de la basse Normandie, fut livrée par la trahison de Lupercaire, son gouverneur, qui passa avec ses mercenaires au service dé Philippe. Cependant les citoyens de Rouen , d'Arqués et de Verneuil, animés d'une haine héréditaire contre les Français, résolurent de s'opposer aux envahisseurs; ils formèrent une ligue pour leur commune défense , et îraprorèrcnt par des envoyés le secours du roi d'Angleterre. Rouen fut bientôt investi: Jean refusa de venir à leur aide, ce qui jeta les citoyens dans le désespo^ir; et ils firent au roi de France uûe proposition conditionnelle de soumission. (lerjuin. ) On stipula qu'à moins que la paix ne fût conclue , ou l'ennemi repoussé des murailles avant trente jours , Philippe serait reconnu comme seigneur immédiat de Rouen » et que les citoyens continueraient à jouir de leurs immunités accoutumées. Arques et Verneuil acceptèrent les mêmes conditions , et ouvrirent également leurs portes au jour marqué : l'Anjou , le Maine et la Touraine suivirent l'exemple de la Normandie; et , par le crime, l'indolence ou la mauvaise fortune

de Jean , ces vastes et opulentes provinces furent ainsi annexées de nouveau à la couronne de France, après en avoir été séparées pendant deux cent quatre-vingt-douze années (i).

Mais , si le roi d'Angleterre avait négligé de préserver ses possessions d'outre-mer, il parut se résoudre à les recouvrer. ( 1206, lo juillet. ) Guy de Thouars commençait à craindre la prépondérance de Philippe : et il fit alliance avec Jean (i*»août.\ qui , à la tête d'une armée anglaise , débarqua à La Rochelle, Il investit immédiatement le château de Montauban , et osa tirer vanité d'avoir réduit en peu de jours une forteresse que Charlemap;ne n'avait pu prendre en sept ans. Il marcha ensuite sur Angers , et cette malheureuse

(j) Paris , 178. West. ii65 , 1166, Duchesne , Soript. norm. 1067. Les pièces de monnaie avaient été grandement diminuées de poids pendant les derniers régnes : et un grand conseil tenu en octobre arrêta que, dans les pi'éts d'argent et les transactions entre marchands , on ne pourrait donner que des pennies de bon poids. Mais, pour le soulagement des pauvres , il fiit aussi déterminé que , dans ies marchés pour achats de provisions et de vêtements, les anciennes pièces de monnaie, si elles n'avaient pas perdu plus d'un huitième de leur poids, seraient légalement afimises : ce règlement u'eut probablement d'autre effet que d'augmenter le prix de ces objets. IJne nouvelle émission de monnaies devait avoir lieu au comi^iencemeut de l'année , et quiconque eût été décou^ vert avec de nouveaux pennies rognés ou limés, devait être puni de la confiscation de ses marchandises et propriétés mohiliaires au profit du roi. Leg. sax* 36o,

22 IIISTOIUI^ UAN&LETERRë.

QÎté fut encore une foi^ brûlée^ Mais, après ce peu d'çiîoïjts , son esprit retomba dans 86n irrésolution, et son apathie aceoutunaée. Il leva le sîége de Nantes pour offrir la bataille à Philippe. Quand les arqaées furent en présence , il proposa une négociation ; et dès que cette négociation fut ouverte, il s'échappa avec son armée, et revint en Angleterre. ( 12 décembre.) Philippe affecta du i;essentîment d une telle conduite ; mais , sur taviye soUicitatioadu légat du pape , il consentit à. unetr,ève de deux ans (i).

Ce malheureux débat avec le roi de France fut suivi d*une autre contestatioa avec le pontife romain, bien différente, il est vrai, dans son ob}et, mais également honteuse dans son résul* lat. Le lecteur a vu que nos rois , à leur couronnement, promettaient, sous serment, de maintenir les immunités de Téglise, parmi les^ quelles on comptait le droit y réclamé par les^ chapitres, de choisir leurs prélats. C'était un pri- • vilége que le prince voyait avqc jalousie, et dont il s'empara sans difficulté. La collation des évêehés lui offrait le moyen le moins dispendieux de récompenser les ecclésiastiques à son service:^' et comme les baronnies qui y étaient annexée^ donnaient à leurs possesseurs une influence contidérable daqs l'état , son intérêt demandait qu'ils-

ne fussent pa9 remis à ses ennemis. Il en résultait que , tout en laissant subsister h forme de l'élection , il avait soin de se conserver la no«mination réelle. Comme il fallait que la réunion du chapitre fût précédée de la licence royale , cela donnait au roi Toccasiab de faire sa recommandation ; et comme elle était suivie de la pré* sentation de Tévêque élu à son approbation , il avait en réalité l'exercice do veto. En cela, toutefois, l'usage de l'Angleterre était conforme à celui de plusieurs contrées chrétiennes ; mais, en un point , il différait de toutes les autres. Plusieurs églises cathédrales avaient été anciennement des monastères , et elles continuaient encore à être desservies par des moines qui réclamaient et exerçaient tous les droits du chapitre : iùstitution singulière et inconvenante , puisqu'elle con^ fiait le choix des évêques à des hommes qui, par leu r totale séparation du monde , étaient les moins propres à apprécier les taleùts des candidats , et à juger des qualités nécessaires pour cet emploi. Relativement aux sièges ordinaires , l'intervention des moines était peut-être de moindre importance : mais l'archevêque de Canterbury jouissait d'un rang si élevé dans-l'église et dans Tétat, que son élection intéressait le roi autant que les prélats. Les derniers , fondant leurs prétentions sur la discipline la plus ancienne, réclamaient le droit de concourir à l'élection , si elle

a4 HI8T0IUE p'anGIuETEKRB,

ne leur appartenait en entier : mais ce droit ^taît violemment dénié par les moines de Ghristchurch^ dont led prieurs protestèrent , en plus d ui>e occasion , qu'ils perdraient plutôt la vie que de consentir à la violation du plus glorieux de leurs privilèges. A la mort de chaque archevêque , le débat recommençait : et les deux partis avaient recours à tous les expédients que la politique pouvait suggérer. Le roi s'était toujours allié avec les prélats ; mais Içs moines soutenaient leurs prétentions avec énergie et persévérance. On employa, pour vaincre leur obstination, les menaces, les promesses et la flatterie ; afin de les affaiblir en les séparant , on^fixa souvent le lieu de l'élection à de telles distances que leur droit ne pouvait être exercé que par quelque délégué seulement , agissant au nom de tout le corps : et l'objet de leur choix , à moins que ce ne fût la personne recommandée par le roi et proposée par les évêques , était constamment repoussé. Quoiqu'ils fussent enfin forcés de céder, ils cédaient de manière à ne point reconnaître par leur consentement l'exercice du droit réclamé parles prélats (i). Ces remarques préliminaires étaient

(i) Voyez les élections de Thëobald ( Gervase , i348 ) ; de saint Thomas ( id. i58a ) ; de Richard (id. i423 , i4^5} ; de Baldwin (id. i3o4^ «^o^» '4^8, i474), et de Hubert (id, i583,i584.)

nécessaires pour que le lecteur pût comprendre parfaitement la nature-de la contestation dont il va être question.

( i2b5, i3 juillet.) Dès que la mort de Tarchevêque Hubert fut contiue , les tnoines les plus jeunes s'assemblèrent clandestinement dans la nuit, et placèrent Réginald , leur sous-prieur , sur le trône arcbiépiscopal. Ils prévoyaient qu'on mettrait une forte opposition à celte élection. Ils n'avaient point demandé la licence royale, et avaient procédé sans le concours du corps épiscopal. Leur seul espoir de succès dépendait de l'approbation du siège apostolique. Réginald fut en conséquence envoyé à Rome : mais on cacha soigneusement le motif de son voyage, et Ton exigea de lui le serment de ne point divulguer ce secret jusqu'à ce qu'il eût sondé l'esprit du pontife. Mais là vanité du moine l'emporta sur sa prudence : et il ne fut pas plus tôt hors du territoire anglais, qu'il se para du titre d'archevêque élu. La portion la plus sage de ses confrères, prévoyant les difficultés dans lesquelles ils allaient être précipités par cet acte informe et inconsidéré, résolut de regarder comme non avenu le choix qu'on avait fait de Réginald , et de demander à procéder à l'élection publique et légitime. Aussitôt qu'elle leur fut parvenue, ils élirent, sur la recommandation royale , Jean de Gray, évêque de IVorwich. Il fut intronisé en présence du roi, et

fl6 HISTOIRE d'a.NGL£TERRE.

leçut immédiatement de ce prince la possession de l'archevêché. On envoya une députation de douze moinesrà la cour de Rome afin d'appuyer sa cause (i).

( 1206. ) Le premier soin d'Innocent à leur arrivée fut de décider la question entre les moines et les évêques. Oti avança en faveur de ces der- Biers, que , d après l'ancienne discipline , le métropolitain devait être choisi par les évêques de la province , et que , depuis que la liberté de l'élection canonique avait été rétablie par Henri I",Jls avaient toujours concouru au choix du primat. Les motnes répliquèrent que les innQvations faites soùs la dynastie normande étaient fondées sur la force et non sur le droit : que , pendant les quatre siècles précédents , l'élection de l'archevêque avait été le privilège exclusif de leur ordre i et que rejeter leur réclamation , ce serait condamner les pères de l'église anglaise, et annuler les décisions des premiers pontifes^. Après un long débat, le consistoire fut d'opinion qu'un privilège établi sur là prescription des siècles devait être respecté , et Innocent prononça une sentence définitive en faveur des^

moines (2). (20 novembre.)

(i) Paris , 178 , 179. Wèst. 266.

(a) Paris, 180. West. 266.

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( 1207.) On examina eosuîte les droits des deux prétendants à la dignité de primat, et le résultat fut également défavorable pour tous deux. On annula Télectjon de Réginald, comme contraire aux formes canoniques ; et celle de Févêque de Norwîch y parcequ'eHe était faite avant qu'on eût définitivement annulé la première. Cette décision , conforme à la jurisprudence de cet âge , avait été prévue : et le roi avait accordé aux députés > avantleur départ, la permission de procéder à une nouvelle élection , maïs en même temps leur avait fait prêter serment de choisir Jean de Graj. Il se trouva malheureusement que le pontife avait de fortes objections à opposer à cette promotion. Jean de Gray était le confident intime du monarque, un de ses justiciers, et tellement occupé des affaires temporelles, qu'il u'avait que peu de temps à donner au gouvernement spirituel de son diocèse. C'était, à la vé-»rite, un abus qui depuis long-temps existait dans l'église anglaise , et que plusieurs pontifes avaient sévèrement condamné. Innocent luimême avait forcé Hubert, le dernier primat, à quitter le gouvernement du royaume pour donner ses soins à son diocèse : il ne pouvait donc, sans inconséquence» permettre qu'Un autre ministre se plaçât sur le trône archiépîseopal. On lui offrit trois mille iiiarc# pour acheter son consentement : mais il repoussa ce présent suborneur

28 «isToiuE d'Angleterre.

avec indignation , et resta inflexible dans sa détermination. I

Il existait à cette époque à Rome un Anglais de grande considération, nommé Etienne de Langton. Il avait enseigné avec faveur dans les écoles de Paris ; et Ton avait récompensé son mérite par la place de chancelier de runiversité de cette ville , et par un bénéfice en Angleterre. Sa réputation lavait recommandé à Innocent, qui Tinvita à venir à Rome et l'honora de la pourpre. Ce fut sur Langton que le pape jeta les yeux, comme la personne la plus convenable à Tarchevêché vacant : et il est certain qu'en faisant cette nomination , il fut conduit par le motif le plus p^r, celui de placera la tête de 1 église anglaise un prélat d'une veitu et d'un savoir incontestables. Il eut même des raisons de se flatter que l'objet de son choix ne serait point désagréable à Jean, qui souvent avait écrit au cardinal dans les termes de la plus haute estime. Pour obvier cependant à toutes les objections possibles, il envoya solliciter la permission royale afin que les moines fissent l'élection à Rome'; et dès qu'Etienne fut élu , il dépêcha d'autres envoyés afin d'appeler l'approbation du roi sur cette nomination. Ses lettres néanmoins furent retenues à Douvres; on ne lui fit aucune réponse; et le cardinal , après un délai convenable, mais inutile, fut consacré à Viterbe par Innocent lui-même.

(17 juin. J II peut avoir été imprudent et contraire aux bienséances d'imposer ce prélat au roi sans attendre son consentement; i^ais on doit avouer que la marche suivie en celte occasion était conforme aux canons qui, à cette époque, avaient force de loi , et montrait des égards pour l'honneur de Jean qui n'étaient pas trop d'usage en cour de Rome (1).

L'évêque de jNorwich ne voulut point résigner la dignité qu'avait convoitée son ambition ; et par ses conseils intéressés il engagea son maître dans une lutte trop inégale pour l'état présent de ses affaires. On n'eut pas plus tôt annoncé la consécration de Langton , que Jean menaça tou& les moines de sa vengeance. Ils avaient été cause de toutes ses contrariétés, d'abord par l'élection furtive de Réginald, et ensuite par le choix perfide de Langton. Une troupe d'hommes armés les chassa de leur couvent , les força de passer la mer, et prit possession de leurs propriétés au nom de la couronne. Innocent voulut par des lettres flatteuses calmer le ressentiment du roi. Il s'étendit sur les vertus et les talents du nouveau primat ; il parla de la modération qui l'avait engagé à oublier ses propres droits , et à

(i) P^iTS, 187, 189. West. 267, 268. Langton était cardinal du titre de Saint- ChrysogoDe.

solliciter le consentement et l'approbation du roi ; et il promettait que si Jean se rendait à ses désirs , la transaction passée ne deviendrait pitô un précédent injurieux aux prérogatives de la couronne d'Angleterre. Mais l'obstination du monarque ne fut point ébranlée : il répondit en termes hostiles et irritants ; et il protesta que jamais Langton ne mettrait le pied en Angleterre en qualité de primat.

Le dé était jeté : et la querelle devint un combat d'épreuve entre la puissance du roi et celle du pontife. Par l'ordre d'Innocent , les évéques de Londres, d'Ely et de Worcester se rendirent près de Jean, lui expliquèrent la nature des censures auxquelles il était exposé, et le supplièrent à genoux d'accepter le nouvel archevêque. Quoiqu'il eût vu un plus grand prince que lui, le roi de France, réduit à la soumission par l'effet d'un interdit , il fut inexorable. Il les interrompit par des jurements et par des insultes , se moqua du ressentiment du pontife, se répanditien menaces horribles contre le clergé et chassa ignominieusement les évêques^ de sa présence* On laissa passer la moitié du carême: Jean persista dans sa première résolution : le dimanche de la Passion arriva (23 mars. ), et le jour suivant les trois prélats prononcèrent la sentence d'interdit sur tous les états de la domination du roi. Afin d'éviter son ref*sentiment ,

JEAN. 3l

ils passèrent à la hâte sur le cantineni (i). L'iûtercUt était une e^ipèce de punition ecclésiastique inconnue dans les premiers âges d\\ christianisme. On pourrait eo retrouverqueiques faibles traces vers l'année 56o (2). Mais ce ne fut qu'à compter du onzième siècle que son usage devint fréquent, et que l'on définit exactement sa nature et ses effets. Après la mort de Chai^ lemagne , les diverses nations de l'Europe gémissaient sous l'oppression d'une noblesse guer* rière , dont la rapacité ne respectait ni la sain* teté de l'autel, ui les droits de l'humanité : et pour réprimer la férocité de ces nombreux tyrans ,1e clergé adopta tous les expédients que lui fournit la religion ou que l'adresse lui suggéra. Dans un synode tenu à Limoges , à l'une de ces occasions, l'abbé Odoiric proposa de faire l'essai de Tinterdit «Jusqu'à ce que les nobles,

• dit-il « cessent leurs ravages , défendez la cétlébration de la messe, la solennité du mariage tet Tenterrement des morts. Que les églises

• soient dépouillées de leurs ornements, et que «les fidèles observent l'abstinence du carême. » On suivit ce conseil : la haine du peuple , qui se

(i) Paris, 188, 189, 190. West. 268. D'autres évoques se retirèrent en Ecosse. L'évoque de Norwîch fut fait lord de'puté en Irlande , de façon qu'il ne resta qu'un seul prélat en Angleterre, Fëvéque de Winchester. Ghron. Duns. Sa.

(a) Greg. Turon. HisL Franc. V|ii , 3i.

32 IIISTOIKIË d\vNGLETERRE.

trouva ainsi privé deTexercice de sa religion^ déconcerta et effraya les oppresseurs ; et le succès de cette épreuve recommanda Finterdit au clergé, comme la plus puissante de toutes les armes qu'il pouvait opposer à la violence de ses ennemis (i).

Les évêques n'eurent pas plus tôt .prononcé la sentence, qu'on en ressentit universellement les effets. On ferma sur-le-champ les églises : on ne sonna plus les cloches : on ne célébra aucun service solennel : on prohiba l'administration des sacrements , excepté aux enfants et aux mourants ; et les cadavres furent déposés en silence dans une terre non consacrée (2). Quoique cette cessation soudaine des cérémonies et des secours de la religioH frappât le peuple d'horreur, Jean affectait au milieu de la douleur générale l'air de la sérénité et même de la gaieté. Son esprit s'occupait à former des plans de vengeance. Il fit arrêter les parents des trois archevêques , les jeta en prison , et confisqua leurs propriétés. Ses officiers prirent possession de tous les revenue ecclésiastiques ; et il ordonna aux victimes

(1) Con.gen. ix, 902. Itcb de Chartres Tappelle remedîum insoliturn. £p. 94.

(2) Les mariages et les relevaîlles se faisaient â la porte de Tëglise. Le peuple était aussi réuni les dimanches dans le cimetière, pour y entendre les sermons et les prières. Ghron. Dunst 5i.

de cet acte arbitraire, de quitter le royaume e% d'aller demander des dédommagements à la justice ou à la pitié du pontife. En général , iU furent trop sages pour partir ; et ils parvinrent à vivre du peu qu'ils obtinrent de la bienveillance de leurs amis , ou qu'ils arrachèrent à la commisération de leurs adversaires (i).

Durant quelques années , Jean parut mépriser les conséquences de l'interdit , et sa cause obtînt pn éclat temporaire des succès qui accompagnèrent seaarmes. ( 1204, 22 novembre.) Peu après son couronnement • il avait sommé Guîllaunae, roi d'Ecosse, de venir le joindre à Lincoln. Le prince écossais fut reçu avec les honneurs accoutumés ; et sur une émînence à peu de distance de la cité, en présence de toute la cour et d'un immense concours de peuple, il fit, à ge* noux, hommage au roi, et lu? jura fidélité de vassal poi\r sa vie , ses membres et ^^s dignités mondaines, contre tout hommequelconque, sauf son propre droit (2). Dès qu'il eut quitté son humble postpre , il demanda ce droit , et nommé-

(i) Paris, igo. Wesl. 268.

(a) Le mot fealty, que Ton rend toujours par fidelilé, n'est nullement exprime par ce mot; il n'a d'équivalent en français que lorsqu'il est joint au mot hommage , « foi et hommage. » Lorsqu'il est employé seul , il devrait plutôt être rendu par féodalité que par fidélité ; mais on ne dit pas : « il lui jura féodalité, m Je l'aï traduit quelquefois par les mots UT. 3

ment les trois comtés de Northumberland, de Gumberland et de Westmorelaud , qu'il réclamait comme héritier de son grand-père David, qui les arait pris dans les guerres civiles entre Matilde et Etienne. Jean éluda cette demande, en promettant de donner une réponse à son loisir (i) ; et il reçut de Guillaume une charte par laquelle, suivant un écrivain contemporain , ce prince reconnaissait la suprématie féodale de la courojîne d'Angleterre , s'engageait à garder la paix du roi et celle du royaume , et s'obligeait à ne pas marier son, fils sans la permission de son seigneur suzerain (2). Ils se séparèrent amis en apparence , mais ennemis au fond du cœur ; et neuf années d'une tranquillité douteuse s'écoulèrent, avant qu'ils se rencontrassent de nouveau sur les bords de la Tweed. Soit que Guillaume eût offert un asile aux Anglais rebelles , ou qu'il eût voulu marier son fils ou sa fiUe sans la licence du roi, le ressentiment de Jean s'était enflammé, et ce monarque campait à la tête • d'une nombreuse armée dans le voisinage de Norhatp. ( 1209, nS juin. ) Xe prince

fidélité de vassal ou Tassalité* Oo a déjà vu dans le premier volume la formule du sermept. ( Noie du traducteur, )

(1) Hov. 4^1* Henri III, fils de Jean, dans une lettre an pape , soutint que c'était un hommage-lige pour la couronne d'£cosse. Rym. i , 554 » ^^*

(!»)Brompton| 1285 I 1284.

écossais 8*aperçut quil était plus avantageux d'apaiser un ennemi supérieur en forces que de le provoquer. Au lieu de son fils , qu'on lut avait demandé , il remit ses deux filles sous la tutelle de Jean; se soumit à une amende de quinze mille marcs comme le prix du « bon «vouloir de son seigneur;» et laissa plusieurs, nobles comme otages pour le paiement de son tribut (i).

De l'Ecosse , le roi dirigea ses regards sur les affaires de l'Irlande. D'après une lettre qu'il écrivit au justicier Meyler Fitz-Henri » il parait que Cathal, roi de Connaught, avait offert, par l'entremise de son envoyé Dermot^de tenir de Jean son royaume , en payant annuellement cent marcs pour un tiers de sa baronnie , et trois cents marcs pour les deux autres tiers (2). On ne connaît point le résultat delà négociation : mai» ce qui demandait principalement llntervention du roi , était la conduite illégale des chefs anglais, qui désobéissaient à ses ordres et se faisaient la guerre l'un à l'autre. ( iato,6 jui^. ) Il débarqua en Irlande avec une puissante ardr^ée, et se rendit à Dublin > où vingt princes s'empressèrent de venir lui faire hommage. De Du-

(i) Paris, 191. Ann. Marg. i4 Hemingf. 556. Rym. i, i55; 11,564,886.

(a) Apud Brady , ii. App. i65.

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36 HISTOIRE »'ÀIf GLBTEKRE.

bHn il marcha v^rs le Meath : les châteaux des barons révoltés furent pris ; et les Lacys avec leurs adhérents quittèrent l'île précipitamment. Jean divisa la province anglaise en comtés \ établit Tobservance des' lois anglaises parmi les colons , ordonna que les mêmes monnaies auraient également cours dans les deux contrées, confia le gouvernement à son favori Tévêque de Norwich ( 3o août. ) ; et après une absence de deux mois et demi , tevint en hâte en Angleterre (i). L'année suivante, il entreprit de punir lés incursions des Gallois ; et au pied du Snowdon, il dicta à Llewellyn les conditions de sa soumission. ( I21I ^ i4 août.) Il en reçut vingt -huit otages , choisis parmi les jeunes gens de la plus noble extraction, qui, moins d'une année après, perdirent la vie sur un gibet , en conséquence d'une nouvelle incursion de leurs perfides compatriotes (2).

Tandis que le roi triomphait ainsi de ses ennemis , il mettait cependant toute sa sollicitude à terminer sa querelle avec Innocent, et travaillait à éviter le coup qu'il savait bien que ce pojitife méditait contre lui. Dans cette vue, il reprenait souvent des négociations avec Lang-

(i) Paris, 195. Aân. Marg. i^. Hcmingf. 556. Aon. Hî« bem. apud Camb. ann. 1210.

(2) Paris , 193, 194. Ann, Marg. i5.

ton , ou avec les envoyés du pape ; et bientôt', avec sa versatilité ordinaire, il refusait d'exécuter ce qu'il avait promis. Toutes les parties semblaient d'accord sur la plupai'tdes points de la discussion : mais le grand sujet de discorde était la restitution de l'argent qu'on avait pris. par force au clergé. Le pontife procéda peu à peu , et laissa à son fils désobéissant du temps pour se repentir. Quand l'interdit eut duré une année , il fulmina contre lui une bulle d'excommunication (1^09, novembre.): mais le roi établit dans les ports une surveillance si rigour^u^e. , que la sentence ne put être officiellement publiée en Angleterre ; et ses théologiens soutinrent qijç ^ jusqu'à ce qu'elle fût publiée, elle ne pouvait avoir d'effet. Mais cet avantage particulier ne diminua pas ses appréhensions. Il savait bien que l'excommunication était le prélude de la sentence de déposition : on ne. pouvait mettre eix doute que Philippe , son apcien ennemi , pe saisît cette occasion pour eârahîr ses domainies ; et le mécontentement toujours croiiiôant de ses barons ajoutait à sa perplexité et à son danger. Pour contenir cependant l'hostilité, du roi de France, il retînt à son service plusieurs des petits princes dont les territoires étaient situés au nord ou au sud des limites de ce royaume; et pour se fortifier contre les entreprises du pape, il sollicita le secours de Mohammed-al-Kessir, qui avait

pris le titre accoutumé d'Émir al Moumenim , et qui, par ses conquêtes en Espagne, menaçait dVraclier au christianisme le midi de l'Europe* Cette négociation secrète fut confiée à la prudence de deux chevaliers, Thomas Hardingtonet Ralf Fitz-Nicola», et à un ecclésiastique nommé Robert de Londres. A leur arrivée au* palais da Maure, on les conduisit successivement, à travers différents appartements, au milieu d'une haie de gardes, dont les armes, les manières et ITiabillenaent excitèrent leur étonnement. L'émir lui-même , homme d'une taillé ordinaire et d'un aspect grave , avait les yeux fixés sur un livre placé devant lui. Ayant fait leurs révérences, les aavoyés présentèrent la lettre de Jean, qu'un interprète reçut et traduisit. Si nops devons en croire les rapports qui circulèrent ensuite en Angleterre , elle contenait l'offre de la couronne d'Angleterre à l'émir , et la promesse de la part de Jean d'embrasser la foi mahométane* Il y a probablement en eeci beaucoup d'exagération; mais il serait difficile de préciser les limite» dan» lesquelles pourrait s'arrêter l'exaspération d'un prince qui , avec le caractère de Jean, se trouverait dans la même position. L'émir fit aux en* voyés plusieurs questions pertinentes sur la population et la force du royaume, l'âge , le physique et le caractère du roi ; et les congédia avec d^ expressions insignifiantes et générales d'ami^

tié. Mais comme Us se retiraient 9 il rappela Robert, et l'adjura, par le respect qu'il portait à la foi chrétienne , de lui dire quel espèce d'homme était son maître* Il répondit avec franchise que Jean n'était qu'un tyran , et qu'il serait bientôt déposé par ses sujets. Ce fut la seule audience qu'ils en obtinrent. A leur retour , le roi donna à Robert, en récompense de ses services , la eu*. râtelle de l'abbaye de Sàint-Alban durant l'interdit , charge dans laquelle il trouva moyen de réunir mille marcs pour ses propres émoluments (i).

Quatre années s'étaient ainsi écoulées , et Tobstination du roi n'était point encore vaincue. L'archevêque et les autres prélats présentèrent au pape une remontrance énergique, dans laquelle ils décrivirent leurs propres maux, ceux du clergé et ceux des moines. Les cruautés et l 'impénitence de Jean démontrèrent la nécessité de

(i) Quelques écrivains ont rejeta ce fait, mais il repose sur la meilleure autorité, celle de Paris , nioiue du même monastère, qui avait entendu Robert le raconter à ses compagnons. Mais je me suis hasarde' à l'eBlever du lieu qu'il occupe dans son histoire et à Tinsërer ici pour deux raisons : i^ parcequ*il eut lieu pendant l'interdit (Paris, Hist. 2o5, Vit. Abb. 1044 )» a** parccqu'îl arriva avant la grande bataille deMuràdel, qui détruisit la puissance de l'émir en X2ia. (Pâris,Hi5t. 2o6.A:Bn. Waverl. 176.) Il est inséré à, son temps propre dans $ea Yies des abb^s de Saint-Alban , pé io44*^

4o HISTOIRE D'ANGLETERRE.

prendjpe des mesures plus puissantes pour conserver les privilèges de l'église et punir son ennemi. ( i2i3. ) Innocent eut recours, avec une apparente répugnance , aux derniers coups de son autorité. Il releva les vassaux de Jean de leur serment de fidélité, et engagea tous les princes et tous les barons chrétiens , au nom de l'autorité apostolique, à se réunir pour détrôner un roi impie, et lui substituer un plus digne successeur (i).

(i) Paris, 195. Le lecteur a vu qu'Innocent appuyait ses prétentions temporelles sur le droit qu'il possédait de juger le péché et les obligations des serments. Cette doctrine , toute contraire qu'elle était à l'indépendance des souverains,^ lut souvent admise par les souverains eux-mêmes. Ainsi , quand Richard I*"^ fut retenu en captivité par l'empereur , sa mère Éléonore sollicita continuellement le pontife de procurer la liberté de son fils en faisant usage de l'autorité qu'il possédait sur tous les princes temporels. Rym. i , 72-78. C'est ainsi que Jean lui-même , comme nous l'avons vu , invoqua l'appui de la même autorité pour recouvrer la Normandie envahie par le roi de France. Jl est vrai que , dans les commencements, les papes se contentaient de faire usage dés censures spirituelles ; mais , à une époque où toutes les notions de justice se modelaient sur la jurisprudence féodale, il fut bientôt reçu que les princes , par leur désobéissance , devenaient ti'aîtrcs à Dieu ; que, comme traîtres, ils devaient perdre leurs royaumes, fiefs qu'ils tenaient de Dieu , et qu'il appartenait au pontife , vice-régent du Christ sur la terre , de prononcer ces sortes de sentence. Par ce moyen le serviteur des serviteurs de Dieu devint le souverain des souverains , et s'arrogea le droit de les juger à son tribunal et de transférer leur& couronnes quand il le jugeait convenable.

Jean toutefois aurait pu mépriser l'impuissante colère dlonocent , si Ton n'eût trouvé un monarque pour entreprendre l'exécution de la sentence* Le pape s'adressa au roi de France ; et Philippe écouta avec plaisir des propositions qui flattaient si bien son ambition (i). L'ordre fut donné de rassembler une armée considérable à l'embouchure de la Seine ;.ct les espérances des envahisseurs s'augmentèrent parla promesse de la coopération de quelques barons anglais. Jean ne resta pas non plus tranquille spectateur de l'orage qui se formait. Tous les navires de ses états , qui pouvaient porter six chevaux , se réunirent par ses ordres dans le havre de Portsinouth ( 1" avril. ) : et les shérifs de chaque comté sommèrent les habitants du pays soumis à leur juridiction, et en état de porter les armes, de se rendre sur les côtes de Kent, sous peine de culvertage (2). ( i5 avril. ) La flotte traversa le dé-

(i) Paris, ipS.

(2) Omnes Uberos homiues et servientes , vel quicumque sint, et de qiiocumque teneant , qui armahabere debent, vel possint, et qui homagium nobis vel ligantiam fecerunt. Par. 196. Ceux qui n'avaient point de propriëte's devaient servir aux dépens du roi. Culvertage* signifie en anglais intelligible la peine d'être à Turn-lail. Le coupable était assujetti par la loi à ]a confiscation de toutes se» propriétés et à une servitude perpe'tuelle.'

* Le mot cnlvertagc se comprend «uffîsamment, »aa» qu'il soit be&oia de l'expliquer. ( l^'ote du iradueteiir^)

troît, captura une escadre stationnée à Tentrée de la Seine, détruisit les navires qui se trouvaient dans le port de Fécamp , et brûla la ville de Dieppe. Mais Tarqiée était trop nombreuse pour aucun résultat utile. On renvoya tous ceux qui ne s'étaient pas obligés par serment à se pourvoir d'une cotte de mailles , ou d'une cuirasse de fer, ou d'un gilet garni d'écaillés de fer ; et, quelques jours après , on jugea encore nécessaire d'opéref une réduction nouvelle, par là difficulté de se procurer des vivres pour la multitude qui restait (i). On comptait encore après cela, sous les bannières du roi, soixante mille hommes , • masse bien suffisante , dit l'histo- »rien , pour défier toutes les forces de l'Europe , • si cette armée eût été conduite par son amour » pour son souverain. » Mais ce prince opiniâtre avait travaillé , pendant toute sa contestation , è s'aliéner l'affection de ses sujets. Ce que l'on raconte de son despotisme et de ses dérèglements passe toute croyance. Il est au moins certain qu'il fit revivre dans toute leur rigueur les lois odieuses relatives aux forêts royales ; qu'il établit lés taxes les plus oppressives et les plus arbitraires (2) ; qu'il trQubia et déshonora par la vio-

(1) Ghron. Dunst. Sg.

(a) Outre ses exactions à Tëgard des laïques, il ayait, à son retour , exigé 40,000 1. des cisterciens , et 100,000 des autres

Jence et la licence de ses amours les plus no* blés familles; et que, par ses soupçons et par ses précautions , en demandant à une époque des otages comme caution , en exigeant la reddition des châteaujc en autres temps , il arait changé ses plus puissants barons en implacables ennemis. Parmi les soixante mille hommes armés pour sa défense , à peine s'en trouvait-il un sur la fidélité duquel il pût compter (i).

Tandis que le roi était à Douvres , méditant sur rissue probable du débat , il reçut la visite de Pandolfe ( i3maî. )^ ministre confidentiel du pape , qui , par un discours artificieux , chercha à augmenter sa crainte et ses soupçons. Pandolfe lui peignit sous de vives couleurs sa situation dangereuse, lui exagéra la puissance et les projets du roi de Erance, et lui parla énigmatiquement du mécontentement et de la déloyauté des barons anglais. Pendant ce discours , lesprit du roi était agité de diverses passions. Si l'orgueil

moines. Par. igS. Il parait qu'il y a quelque exagération dans l'énoncé de ces sommes. Les annales de WaveHey réduisent les ^OfOOO à 33,3oo, et celles de Margan à 27,000. Il eut cependant la politique ou la cruauté de se faire donner par toutes les maisons religieuses des chartes par lesquelles elles déclaraient que les sommes qu'il leur aidait extorquées depuis son accession étaient des dons libres , dont elles ne s'attendaient pas à être remboursées. Ann. Waven 173. (i) Paris, 196, 197.

elle ressentiment lui défendaiept de céder, la crafnte et la superstition lui conscilldient jie traiter. Il était pleinement coniraincu du danger qui le menaçait : il savait que la perfidie d'une partie de son armée était certaine , çt que la loyauté de tous était douteuse. L'année précédente, quand il marchait sur Chester pour attaquer les Gallois rebeller, il avait déjoué les plans des conspirateurs en licenciant^oudaincment son armée, et en se mettant à Tabri dans le château de Nottingham (i) : adopter à présent une pareille mesure, serait sceller l-acte de sa déposition. Mais ce qui fit l'impression la plus alarmante sur son esprit faible et superstitieux, ce fut la prédiction de Pierre l'ermite, qui annonçait qu'avant que la fête de l'Ascension futp5issée(îl ne restait que trois jours pour arriver au terme fiital), Jean aurait cessé de régner. Après une longue discussion , et avec une répugnance évidente, il souscrivit à un arrangement qu'il avait rejeté dans une occasion précédente. Cet accord stipulait que Langton serait admis à l'archevêché de Canterbury; qu'on rendrait aux exilés, ecclésiastiques ou laïques, leurs terres et leurs emplois ; que toutes les personnes emprisonnées par suite de la dernière

(i) Pâlis , 194. Add. Marg. i5. Le bruil courut que les barons avaient couspi ré pour placer sur le trôncle célèbre Simon dcMonlfort. Çliron. Dunslap. 5y,

•querelle , seraient miàes en liberté ; que toutes les proscriptions seraient annulées, et qiWon promettait de ne plus prononcer de pareilles sentences contre le clergé ; qu'on restituerait en entier toutes les' sommes illégalement saisies ; qu'on réparerait tous les outrages commis par son impudîcité ; que, lorsque ces conditions seraient remplies , les sentences d'interdit et d'excommunication seraient révoquées, et que les évcquês exilés jureraient , selon le plaisir du roi , d'être loyaux et fidèles sujets. Quatre des plus puissants barons garantirent de leur serment l'exécution de ces stipulations de la part du roi Jean (1).

Ceci se passa le treize de mai. Jean , son conseil et le ministre du pape employèrent le jour suivant à une consultation secrète et agitée. (i5mai. ) Le surlendemain, dans l'église des Templiers, et en présence de Pandolfe, le roi, environné de prélats, de barons et de chevaliers, prononça de Is^ manière accoutumée un serment de fidélité au pape ; le même serment que les vas.«5aux prêtaient à leurs seigneurs. Il jura d'être fidèle à Dieu , au bienheureux Pierre, à l'église romaine , au pape Innocent et à ses successeurs légitimes ; de ne jamais aider leurs ennemis en paroles , en actions ou même en as-

(i) Paris, 197. Rym. i, 170.

sentiment, sous peine de perdre la vie, lesmem-br^ ou la liberté ; de suiyre leurs conseils , et de ne jamais les révéler à leur détriment; de les aider de tout son pouvoir, pour préserver et défendre contre tous le patrimoine de saint Pierre, et spécialement les deux royaumes d'Angleterre et d'Irlande (i). En même temps, pour compléteras actes de ce jour extraordinaire, il mît entre les mains de l'envoyé une charte souscrite par lui , par un archevêque , par iJn évêque , par neuf comtes et par deux barons. Cette pièce attestait que le roi , en expiation de ses offenses envers Dieu et Téglise , s'était déterminé à s'humilier lui-même, à rimi^ation de celui qui, pour notre salut, s'était humilié même jusqu'à la mort : qu'il avait , en conséquence , non par crainte ou par force , mais de sa propre volonté, et du consentement unanime de ses barons ,

(i) On suppose gënëralement que le roi fit hommage à Pandolfe comme représentant da pape. Maïs ce fait n*e«t mentionné par aucun, ancien écrivain : et il est contredit par la charte du roi, dans laquelle iMit ^u'il jure fidélité suivant la forme détaillée et qu'il fera hommage lorsqu'il se trouvera en présence du pape : fidelilatem secundum subscriptam formum/aciamus et juramus, et homagium ligeum in prasentia domini pap», si coram eo esse ^oierimus^/acienuis. Paris dit que cela. fut fait en conséquence d'une sentence donnée à Rome, justa quodRom» fuerat sententiarum , p. 198. Mais le contraire est évident , d'après la correspondance d'Innocent. Voyet Regist. Inn. m , fol, i54 et suiv.

JBAN. 47

donné à Dieu , îiux saints apôtres Pierre et Paul, au pape Innocent et à ses successeurs légitimes le royaume d'Angleterre et le royaume d'Irlande, afin de les tenir en fief de lui et de l'église romaine par la rente annuelle de mille marcs, en se réserrant pour lui et ses hoirs l'administration de la justice et les droits particuliers de la cou^ ronne (i). Le jour suii^ant, fête de l'Ascension , époque fixée par Termite, fut pour le roi un jour d'anxiété et de doute. Dès qu'il fut passé , il condamna Pierre et son fils comme faux prophètes , et ordonna de les traînera la queue d'un cheval et de les pendre à des gibets. Beaucoup de gens révoquèrent en doute l'équité de cette

(/)Pârîs, 199. Annal. Burt. 270 Regîst. Auten. Inn. m, fùh 154. Il fut expressément entendu qu'outre les 1000 marcs, on continuerait le paiement annuel du denier de saint Pierre, n se montait à 199 1. 8 shil. payés par les divers diocèses dans les proportions suivantes, que je transcris du Regîst. autlien. d'Inn* m dans la bibliothèque du Vatican.

Canterbury 7 18.

Roches ter 5 12.

Londres 16 10.

Norwich 21 10.

Ely 5 o.

Dans une lettre à son lëgat en Angleterre , Innocent se plaint de ce que la quotité réelle , perçue par les évèques , • était d'environ 1000 marcs de plus. Ils gardaient probablement pour eux l'excédant de la somme transmise originellement à Rome dans le temps des Saxons. Rjm. i , 182.

Lincoln 4^

Hereford

Chester 8

Bath

Winchester 17

Salisbury*

Oxford 9

Coventry

Worchester 10

York

48 HISTOIRE d'aNGLETERUE.

sentence, et prétendirent que le roi, en jurant fidélité au pape^ avait vérifié la prédiction.

Cette transaction a couvert la mémoire de Jean d un éternel opprobre. Toutes les épithètes ignominieuses ont été employées par les écrivains €t leurs lecteurs contre la pusillanimité d'un prince qui put mettre la couronne d'Angleterre aux pieds d un prêtre étranger , et la recevoir de lui comme son vassal et son tributaire. Ce fut certainement un acte déshonorant : mais il existe quelques consiciérations qui, si elles n'excusent pas, atténuent au moins la faute. Quoique les vrais principes de la morale soient immuables , nos idées d'honneur et d'infamie varient perpétuellement avec l'état toujours changeant de la société. Pour juger de nos ancêtres avec impartialité , nous ne devons pas mesurer leurs actions à nos mœurs et à nos connaissances actuelles , il faut se reporter au siècle où ils vivaient, et réfléchir sur leurs institutions politiques , leurs principes de législation et leur gouvernement. Alors, au treizième siècle, il n'existait rien de dégradant dans l'état de vasselage : c'était la condition de la plupart des princes de la chrétientés Le roi d'Ecosse même était vassal du roi d'Angleterre , et le roi d'Angleterre vassal du roi de France; l'un pour les terres qu'il tenait de la couronne anglaise, quelque part qu^elles fussent, l'autre pour ses possessions d'outre-mer; et on les vit fré-

quemment tous deux en public et à genoux, jurant fidélité et rendant hommage à leur supérieur féodal. Jean lui-même avait été présent (juand Guillaume-le-Lion soumit la couronne d'Ecosse à celle de l'Angleterre : et il ne s'était écoulé que neuf ans depuis que Pierre , roi d*Aragoii , était volontairement devenu vassal d'Innocent , et s'estait engagé, pour Idi et pour ses successeurs» au paiement annuel de deux cent cinquante onces d'or au saint-siége (i). Des exemples de cette nature ne manquaient pas dans sa propre famille. Il savait que son père Henri, dans sa toute-puissance, s'était reconnu le feudataire du pape Alexandre III, et que son frère, le Coeur-de-Uon , Richard , avait résigné sa couronne à l'empereur d'Allemagne , et consenti à la tenir de lui par le paiement d'une rente an-r nuelle. Jean suivit leur exemple dans sa détressie: et le résultat paraît avoir recommandé sa coUn duite aux patriotes écossais, qui, à son imitation, et pour se délivrer .ties réclamations de son petitfils, Edouard P' , reconnurent le pape pour leur seigneur suzerain , et soutinrent que l'Ecosse avait toujours été Un fief de l'église de Rome (2). Tout le blâme de cette transaction ne doit pas retomber sur le roi lui seul. Le grand conseil de

(i) Jurita , indicul. rer. Arag. i , i. Trivet , 147. (i) Voyez le chapitre m dé ce volume.

5o HISTOIRE d'Angleterre.

ses barons 9 ses conseillers constitutionnels ^ les mêmes hommes qui , deux ans plus tard 9 en ob* tinrent la concession de leurs libertés dans la plaine de Runnymead , doivent le partager avec lui. La donation fut faite de leur avis et de leur Consentement : d'où Ton peut inférer, avec rai-* son i qu'il existait , dans la circonstance où Ton se trouvait , quelque chose qui pouvait justifier le roi, en ce qui le concernait. Quelques écrivains jQfntimaginé que leur motif étaitrespérance d'empêcher l'invasion qui les menaçait, ou , si Ton ne pouvait la prévenir, de conserver au moins son trône auroi Jean,parrintervention du mémepou^ voir qui se disposait à l'en précipiter. Il y â atissi desraisons de croire que leeoup partait des barona eux-mêmes, qui saisirent avec empressement Foocasion d'humilier l'orgueil et de réprimer la violence du despote qu'ils abhorraient* Dé ce mome«)t , ils commencèrent à lui demander ki concession de leurs libertés^ Sur son refus, il» en appelèrent, par leurs agents, à la reeoowaîs- ^nce du pape , actuellement devenu son souverain et le leur, en lui rappelant que « ce n'était »pas à la bonne volonté du roi , mais à eux et à • l'impulsion qu'ils avaient donnée, qu'il était rte- » devaUe de sa suzeraineté sur la couronne d'An- ^gleterre (1). » Innocent prit toutefois le parti

(i) Quod vos anuuum reditum domino papas et «oclesi»

JtAlf. 5i

iie 80Q vassal : et les barons transportèrent leur allégeance à Louis, fils de Philippe. Lés hommes qui voulaient ainsi placer «sur te trône d'Angle^ terre l'héritier de la monarchie française étaient t^ertainement capables de le soumettre au contrôle féodal du chef de leur église.

Les transactions de Douvres furent bientôt con-f nues sur la côte opposée da canal, et Pandolfé lui même se hâta d'en écrire toutes les particularités au roi de France, qui se trouvait à Boulogne avec Une puissante armée. A cette nouvelle s'évanouit tout son espoir d'acquérir la couronne d^Angleterre, l'dbj'et de son ambition ; et son mécontenteoient s'épuisa en invectives contre la po^ litique perfide et intéressée du pontife. Il proposa A $on conseil de continuer 1 entreprise ; mais il rftit interrompu par Ferrand , comte de Flandre, seci^t allié du monarque anglais, qui observa qu'il ne pouvait regarder comme un devoir de s^iivre son seigneur dans une expédition injuste. Ces paroles excitèrent une violente altercation : des accusations let des récriminations s'échan-

romanac concessistîs , et alios honores quos ecclesJs romana ezbibitistis , non spottte , nec ex devolioné , îmo ex ttmore , eXper eos coactus , fecistis. Ce pessage me parait décisif sut* la part prise par les barons àwoB la transaction ayec le pape. Il est contenu dans une lettre particulière écrite à Jean par un de ses agents â Rome (Hjun. i , i85 ) , qui l'apporté ce que ies barohs dirent au pontife.

5^ îusTOiBE d'Angleterre.

gèrent de part et d'autre , et Philippe termina le débat, en déclarant solennellement que la Flandre serait annexée à la couronne de France , ou que la F^rance deviendrait une province de Flandre. Averti du danger, le comte s'enfuit immédiate*ment : Philippe suivit promptement ses traces: il réduisit Cassel, Tpres et Bruges; et l'armée française campa sôus les murs de la forte cité deGand. '

Il futheureuxpourFerrand que laflotte anglaise se trouvât en ce moment dans la rade de Portsmou th, et fût prête à meltreen mer. Sept cents chevaliers, avec un corps nombreux d'infanterie, s'embarquèrent à bord de cinq cents navires, et firent route pour la rade de Swyne. La flotte française, qui, suîvantle témoignage de Rigord, chapelain de Philippe , comptait trois fois autant de vaisseaux, était déjà arrivée ; mais une partie seulement put être admise daus le port de Damme ; et les trou^ pes laissèrent le reste sans protection , afin de piller les villages voisins, Cett« circonstance inattendue fut un bonheur pour les Anglais ries marins français ne leur opposèrent qu'une faible résistance : trois cents bâtiments , chargés d'effets militaires et de provisions, furent pris; on en brûla plus de cent^ et les autres soutinrent un combat douteux, dans le port, contre leurs assaillants et les habitants. Toute la flotte eût été détruite, sans la témérité du commandant anglais.

GuilIaume-LoDgiie-Epée , comte de Salisbuiy, et frère illégitime du roi , qui le porta à diviser ses forces. Il eu énroya une partie à la poursuite des pillards, et prolongea ainsi le combat jusqu'à ce que Tarmée française fût arrivée de Gand. Elle repoussa alors les Anglais sur leurs navires, avec une perte de deux mille hommes : avantage qui n'indemnisa pourtant pas Philippe de son premier désastre. Il avait perdu les moyens d'entretenir son armée en Flandre , ou de la porter en Angleterre. Il brûla Damme et le reste de sa flotte ( juin. ); et , après une campagne courte et sans gloire , il revint mécontent et chagrin vers ses propres frontières. Ferrand recouvra son territoire jusqu'à Saint-Omer (i).

les conséquences de la transaction de Douvres commençaient à se développer. Jean avait autorisé les proscrits, laïques et ecclésiastiques, à rentrer dans leur patrie $ mais, comme on ne pouvait avoir aucune confiance dans la parole du roi, on avait stipulé que vingt-quatre barons s'engageraient à les protéger contre toute injustice ou tout outrage. A cet effet , on avait préparé et remis au roi les actes nécessaires : mais, au lieu de les publier , il les retenait en sa possession. Il nourrissait encore l'espérance, bien légère, que quelque hasard heureux lui per-

(i)-Pâris, 199, 2Q0. Chron. Dunst. 61. Rigoi^d. 54.

54 HISTOIRE d'anGIETERRE.

mettrait de rompre ses engagements et de se délivrer des entraves qui te gênaient. Le suoeès? de sa flotte augmenta cet espoir. Il oublia les conditions de la dernière pacification , et somma tous ses vassaux de le rejoindre à Portsmouth, afin^de porter la guerre en France* Mai& quand il leur eut ordonné de s'embarquer, tes barons refusèrent d'obéir , et insistèrent poui qu'il rappelât préalablement les exilés.,( i6 juillet. ) Le roi fut obligé d'y consentir : et, sur son invitatiiM) , on vit revenir Langton , le» évoques de Londres, d'Ély, de Herefordy de Lincoln et de Bath, le prieur et les moines de Cbriatchurch et tous leurs confrères. Ils se rencontrèrent à Winchester : Jean et.le cardinal s'embrassèrent (20 juillet. ), et la sentence d'excommunication fut publiquement révoquée à l'entrée de la cathédrale^ Mais Tarchevêque lut avait auparavant demaiidé de renouveler son serment de fidélité au pontife y et de jurer qu'il abolirait toutes les coutumes illégales, qu'il rendrait à chacun sesdreitSyet qu'il ferait revivre les lois du bon roi Edouard : paroles bien vagues et bien incertaines pour la multitude, mais suffisamment comprises du peu de personnes qui se trouvaient initiées dans le secret (1).

(4 août.) Le roi se hâta de revenir à Portsmouth^

(i) Paris, 20f. Ryni. i, 171 , 172. Annal. Waver. 176.

ordonna aux troupes de s'embarquer , et fit voile pour le.8 côtes^ 4e France, avec un vent favovable^ Il aiieignit Tile de Jersej avec un petit nombre d« vaisseaux ; mais il s'aperçut qu'aucun des ba« rons ne l'avait suivk Sou» prétexte que le temps de leur service était expiré , ils s'étaient rendus à Saint 'Alban, à un conseil que présidait Fitz» Peter, le grand-justicier. Us firent publier leurs ré^ solutions dans la forme des proclamations rojales:^ eltes ordonnaient que les lots émanées de Henri I** seraient universellement observées; et elles pro* nonçaient la peine capitale contre les shérifs, les forestiers ou officiers du roi qui dépasseraient la ligne exacte de leur devoir. Si l'on demandait pourquoi ils substituèrent les lois de Henri I*' à celles d'Edouard , la réponse serait facile à faire : les dernières ne pouvaient être recueillies que d'après le témoignage douteux de la tradition, tandis^que les autres étaient à ce qu'on pensait in*eorporéefrdans la charte que Henri avait octroyée à son avènement (i).

Dans cete^ntervalle, Jean avait pris terre, ne respirant que vengeance contre les traîtres qui avaient abandonné leur souverain. Il se détermina à punir leur désobéissance par une exécution militaire : et il s'était avancé jusqu'à Northampton , quand il fut rejoint par le primai, qui

(i) Paris, 201.

56 HISTOIRE d'an G LET EURE.

lui rappela que les accusés avaient le droit d'être examinés et jugés par leurs pairs. « Gouvernez » votre église , répondit le rcu , et laissezrmoi » gouverner l'état. » Il continua sa marche sur Wottingham, et fut encore raisonné dans cette ville par Langton. Ce prélat lui répéta ses premières observations , affirma que les barons étaient prêts à répondre à la cour du roi^ et finit par déclarer que si Jean persistait à leur refuser la satisfaction d'un jugement, il croirait de son devoir d'excommunier toute personne, à l'exception du roi , qui s'engagerait dans une guerre aussi impie. Jean céda , quoique à regret,, et, par égard pour la forme, il somma les accusés de comparaître à heure fixe, devant lui ou devant aes justiciers (i).

(25 aodt.) Trois semaines s'étaient à peine écoulées depuis l'assemblée de Saint-Alban, quand on en convoqua une seconde à Saint-Paul de Londres. Son but ostensible était de con&tater les dommages essuyés par les proscrits, durant les. derniers débats. Mais Langton appela les barons en particulier, leur lut la charte de Henri, et fit ses observations sur ses stipulations. Us répondirent par de grandes acclamations ; et l'archevêque, profitant de leur enthousiasme, leur fit prêter un serment par lequel ils s'engageaient

(i) Paris, aoi.

l*an à l'autre à vaincre ou à mourir pour la défense de leurs libertés (1).

Nous apercevons ici un changemeai important dans la politique du pontife. Jusqu'à ce moment, il a soutenu la cause du primat et des barons; il va épouser désormais les intérêts du roi. Le cardinal Nicolas , évêque de Tusculum, revêtu du titre de légat (29 septembre.), vint, avec des instructions, pour fixer le montant de la restitution à faire aux proscrits, et lever l'interdit quand cela serait terminé. On découvrit bientôt que, sous une apparente impartialité^ il inclinait du côté du roi, qui avait juré de nouveau fidélité à Innocent , et qui en outre avait fait hommage au légat , comme au représentant d'Innocent. (3 octobre.) Trois assemblées successives n'eurent aucun résultat. Les pertes des proscrits, dont les propriétés avaient été pillées, les bois abattus et les maisons brûlées, se trouvaient si énormes, que le roi ne voulut ou, peut-être, ne put y remédier, ( 6 décembre.) A la fin, on renvoya à une autre époque les réclamations des gens des classes inférieures : le paiement de quinze mille marcs modéra l'importunité des prélats; et l'on résolut d'un commun accord de remettre la décision du débat à l'équité du pontife. Après avoir entendu les arguments des deux

(i) Ibid. aoi^V Annal. Waver. 178.

parties, Innocent rendit un jugement prépara-^ toire , par lequel il statua que le roi paierait aux évêqnes quarante mille mates,, y compris les sommes déjà comptées ; qu'il donnerait caution pour le paiement do toute autre indemnité qui pourrait dans la suite être allouée par le pontife, et que l'interdit serait levé immédiaten^nt (i). Jean , sur ces entrefaites, se confiant dans l'ap* pui du pape , et ne craignant plus l'opposition de ses barons , avait fait voile pour les côtes du Poitou, y avait été rejoint par les seigneurs des environs, et avait pénétré dan^la ville d'Angers. ( i2i4, fj juin.) U y fut rencontré par les envoyés de Rome, qui, ayant reçii son sermentdese con-» former à la seatence du pape , se rendirent promptement en Angleterre ( ^ juin. ) , et révo* quérent l'interdit qui durait depuis plus de six ans. Jean marcha immédiatement vers la Bretagne ; mais ses progrès furent arrêtés par l'arrivée de Lo>ut8, fils de Philippe : et, dès ce moment, les deux armées , comme de consentement mu^ tuel , traînèrent la guerre en longueur , et attendirent l'issue de la campagne dans le nord. Là , ks alliés de Jean, Othon, empereur d'AUemagne (a), Ferrand, comte de Flandre, et Guil-

(i) Paris, 207-310. B.jm. i, 176-187.

(a) Othon était fils deHenri-le-Lion, duc de Saxe et neveu de Jean. Après la mort de Henri VI, empereur d'Allenlagne,

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