‹ Histoire d'Angleterre, Volume 3Chapitre 15 sur 21 · EDOUARD IL PRINCES CONTEMPORAINS · texte numérisé non relu

EDOUARD IL PRINCES CONTEMPORAINS

BMP. D ALUKAO.

Albert, i3o8.

Henri tic, i3i3.

Louis iT.

BOIS D ecossB.

Bon DB BBAHCB.

Philippe rr,

Louis X, i3i6.

Philippe ▼,

i3ai.

Charles ir.

BOIS DBSPAeSB.

Ferdinand ir ,

i3ia.

Alphonse xi.

Clément T, i3i4.

Jean xxn.

Couronnement d'Edouard. — Élévation , exil et mort de Gaveston. — Guerre en Ecosse.»- Défaite de Bannockbum. — Edouard Bruce est défait et tué en Irlande. — Trêve avec rÉcosse. — Guerre avec les barons. — Perte de la Guyenne* — La reine fait la guerre au roi. ^ Edouard est déposé f et assassiné.

De six fils du dernier roi , trois l'avaient précédé au tombeau. L'aîné des survivants , âgé de vingt-trois ans , portait le même nom que son père , et n'avait hérité que d'une faible partie de son caractère. Dès son enfance , il avait vécu dans la plus grande intimité avec Piers de Gaveston , fils d'un gentilhomme de Guyenne , qu'Edouard lui avait donné pour compagnon.

Les deux enfants grandirent ensemble, partagèrent les mêmes amusements , et s'appliquèrent aux mêmes exercices : un goût semblable pour la dissipation et pour le plaisir cimenta , comme ils avançaient en âge , rattachement de leurs jeunes années. Le roi eut fréquemment l'occasion de réprimander son héritier présomptif , pour ses excès, quelquefois même de le punir, et environ trois mois avant sa mort ( 1307, 29 mai.) il banhit Gaveston du royaume , et exigea de son fils la promesse, sous serment , qu'il ne rappellerait jamais son favori sans le consentement royal (1). Les affaires nécessitèrent la présence du jeune prince à Londres ; mais avant de quitter Carlisle Edouard le fit venir près de son lit , et après lui avoir donné de ces avis que les rois mourants donnent souvent à leur successeur , il lui dit que sur l'argent qui se trouvait dans le trésor, il avait légué trente-deux mille marcs pour le service de cent quarante chevaliers en Palestine : il lui défendit, sous peine de sa malédiction paternelle , de permettre à Gaveston de revenir en Angleterre sans le consentement préalable de son parlement ; et il lui ordonna de continuer la guerre d'Ecosse , et de faire porter ses os à l'armée jusqu'aux extrémités de cette con-

(i) Rym. II, io43»

trée ( 1 )« Le roi mourut peu après } et ses ordres oe furent pas moins oubliés que ses conseils. (39 juîl.) SoD successeur se hâta de se reudre de la capitale Bvui frontières* Il reçut à Carlisle l'hommage des barons anglais > et à Dumfries celui des barons écossais ( 6 aoât. ) ; et à la tête d'une brillante ar* niée f il s'arança à la poursuite de Robert Bruce. Mais la guerre eut peu d'attrait pour le jeune Edouard. (aiaoût« ) Il s'arrcta à Cumnock dans le Àyrshire; et, sous le prétexte de faire des préparatifs pour son mariage et pour son couron* nement ^ il retourna en hâte en Angleterre.

Le premier soin du nouveau roi avait été de rappeler son favori^ auquel^ depuis son avènement , il avait conféré le titre de comte de CorniraU i en lui donnant toutes les propriétés qui avaient appartenu autrefois à Richard » roi des Romains. Gaveston le rejoignit avant qu'il eût quitté l'Ecosse , et son arrivée fut suivie d'un

(i) Cet ordre est aiusi tnehtianhê dans Froîssart. « ïl ap-* pelsi doti fils afoé, et lui fit jurer ^ en prësctice de Xqus ses bft* rcnas et pat ks saiBtSj qu'aussitôt qu'il serait mort, il ordon-nerait de faire bouillir son corps dans un grand chaudron , jusqu'à la séparation de la chair et des os ; qu'il ferait enterrer la thair et conserverait les es ; et qu« tdutes les fois qut leâ Ëcoddais se i^ëvelteraknt contre lui, il réunirait son armée et marcherait contre eux, en portant les os de son père: oar il croyait fermement qu'aussi long-temps que ses os seraient portés contre les Écossais , ce peuple ne serait jamais victorieux. » Froiss. i. xxy. Traduction dfl Jobne»

ÉDODARD II. 4^9

changement total dans le gouvernement Le chancelier, les barons de réebiquier, les juges des différentes cours furent remplacés ( 3q lept.), et le trésorier Langton» évêque deLicbfield, qui avait antérieurement encouru l'inimitié du prince et de son favori, en leur refusant de l'argent pour leurs plaisirs, fut dépouillé de ses biens et jeté en prison, ( 27 octobre. ) Malgré la défense de son père , Edouard fit enterrer ses ossements à Westminster , et donna l'argent destiné pour la guerre sainte à Gaveston , qu'il accablait journellement de nouvelles dignités, (1 novembre.) Il fut créé lord chambellan, marié à Marguerite, nièce du roi. ( 6 décembre. ) Il obtint un don considérable de terres en Guyennci et quand Edouard se prépara à faire voile pour la France ( 25 décembre ), il le nomma régent du royaume , et lui délégua les pouvoirs que le souverain dans ces occasions avait coutume de se réserver (1).

Edouard débarqua à. Boulogne, où il trouva Philippe^le-Bel, roi de France, ( i3o8 , 24 janvier. ) Il fit hommage pour la Guyenne et pour le Pon-

(i) Rym. m, 1-45 «t 49 > 53. Heming. 244» Walwng. 95. Lel. Col. 1 , 248. Piuiieur3 écrivains placent à quelques années plus tard le mariage de Gaveston , mais Je contraire est pix>avé par le don que fit le roi à Gaveston et à sa femme Marguerite. Rjm* ui, ^7«

440 HISTOIRE d'anGLETERUE.

thîeu, et le jour suivant il se maria ( 25 janvier ), en présence de quatre rois et de quatre reines, à Isabelle , fille du monarque français , qui passait pour la plus belle femme de l'Europe. Quelques jours se passèrent en fêtes et en réjouissances ( 7 février ) ; et à son retour Edouard fut accompagné ou suivi par les deux oncles de sa femme , et par un grand nombre de seigneurs étrangers qu'il avait invités à être témoins de son couronnement. Ils trouvèrent dans leur route le régent et les barons anglais qui venaient au-devant d'eux , et à l'étonnement général , le roi, négligeant tous les autres, se jeta dans les bras de son favori , l'embrassa et l'appela son frère. (24 février, j Le couronnement eut lieu avec une magnificence extraordinaire (i) ; mais les mar-

(i) Voici le serment qu'il prêta dans cette occasion, n Sire, » voulez- vous accorder, tenir et confirmer par votre serment, I» au peuple d'Angleterre , les lois et les coutumes qui lui » ont été accordées par les anciens rois d'Anglete/re vos pré- » décesseurs, pleins d'équité et dévots à Dieu ; et particu- Dliérement les lois, coutumes et franchises accordées au » clergé et au peuple par le glorieux roi saint Edouard, votre » prédécesseur ? - Je les accorde, et promets de les maintenir. »

« Sire , voulez-vous entretenir avec Dieu , la sainte église, 7> le clergé et le peuple , paix et harmonie en Dieu , suivant » votre pouvoir ? — Je veux les maintenir. »

« Sire , ferez - vous observer dans tous vos jugements une » justice , une prudence , une miséricorde et une exacti- » tude égales pour tous , suivant votre pouvoir? —- Je les ob*

qucs extérieures de joîe s'accordaient mal avec le mécontentement secret qui germait dans le sein des seigneurs les plus puissants. Non seulement les charges , à cette cérémonie , avaient été distribuées sans égard aux droits d'hérédité , ou aux usages des règnes antérieurs; mais ce qui fut un affront général , c'est que la place d'honneur , le droit de porter la couronne .et de marcher à la procession immédiatement avant le roi, avait été donnée à Gaveston. Cette préférence réveilla tousles préjugés qu'on avait anciennement contre lui. ( 28 février. ) Trois jours après les barons se rassemblèrent dans le réfectoire des moines à Wesminster, et envoyèrent à Edouard une pétition qui lui demandait le bannissement immédiat du favori. Il promit de donner une réponse au parlement qui devait se tenir après Pâques , et en mêrme temps il chercha , mais en vain , à adoucir leur ressentiment. Comme Gaveston resta toujours le seul dispensateur des faveurs royales, que dans ses habits et par le nombre de ses gens il surpassa en magnificence tous ses rivaux ; que dans différents tournois ,

» serveraî et les ferai observer. — Sire , accordez-vous que » les lois et les justes coutumes que la communauté de votre » royaume a choisies soient reconnues et observées, et »les maintiendrez -vous et défendrez- vous à l'honneur de » Dieu, suivant votre pouvoir ?— Je l'accorde et le promets.» Rym. lu ,63.

44^ UISTOIBE d'aNGLETERRE.

soit par hagard, soit par adresse , il désarçonna les comtes de Lancastre , de Hereford , de Pem* broke et de Warenne ; et qu'enflé de sa propre supériorité , il continua à mépriser et i ridicu* liser ses adversaires, ils furent invariables dans leur résolution. Leur vanité avait été trop bumi* liée pour concourir au triomphe et souffrir les railleries d'un homme qu'ils considéraient comme un étranger et un gueux revêtu. Us renouvelèrent au parlement ( aS avril ) leur demande dans des termes qui n'admettaient ni refus ni délai. On donna des lettres patentes conformes à leurs désirs. ( i8 mai. ) Gaveston lui - même fut forcé de jurer qu'il ne reviendrait jamais ; et les évêques prononcèrent contre lui une sentence d'exr communication 9 qui devait avoir son effet s'il violait son serment. Edouard , pour consoler l'affliction de son favori ( 7 juin. ), lui fit de nouveaux dons de terres , et l'accompagna jusqu'à Bristol. ( 26 juin. ) Là s'embarqua Gaveston, et il quitta l'Angleterre ; mais ses ennemis avaient à peine eu le temps de se féliciter de sa chute , qu'ils apprirent avec autant de surprise que d'indignation qu'un ordre royal l'avait nommé au gouvernement de l'Irlande » et qu'il était entré en fonctions (1).

(1) Ryni. m , 63, So , 87 , ^ Trokel. 5, 6. Mon. Milm, 99, 100. Moor. 593. Wal. 96,

^DOUAKD II. 44^

Gayeston déploya en Irlande la magnificence dW prince, et se distingua personnellement dans plusieurs engagements heureux contre les indigènes (i). En Angleterre , le roi assembla son parlement, et sollicita un subside. (i3o9,ftYril.) 11 aTaît obtenu , Tannée précédente , un i^îngtième deâ lords et des chevaliers, et un quinzième des citoyens et des bourgeois. Le renouvellement de la demande enhardit' les députés des communes à mettre pour condition à leur vote d'un vingt -cinquième une chose sans exemple jusqu*alorS) c'est qu'on ferait droit préalablement à la pétition présentée pour obtenir le redressement des griefs. Cette pétition doit être remarquée par le lecteur, parcequ'elle énumère les divers abus qui, pendant plus d'un siècle encore, continuèrent, à quelque modification près, à fatiguer et à irriter le peuple. Ses auteurs se plaignaient, i"" de ce que les pourvoyeurs du toi prenaient les provisions de toute espèce, sans donner de caution pour le paiement; â"" de ce qu'il avait imposé des droits additionnels sur le vin , sur le drap et autres objets qu'on importait de l'étranger, ce qui en augmentait le prix d'un tiers pour le consommateur ; 3* de ce que, par l'a* vUissement de la monnaie du royaume, le prix de tous les objets de consommation était aug*

"'"''' '"" > iUlPw ■ <iii>»i m »> i| ^p. B winmi ,a t m mmii éiji,i»iIi| »t i Wi tu j ■ »i

(i) Aadu Hib. ipud Cam» ann. t3a6 > t3 09.

444 HISTOIRE d'aNGIETERKE.

mente ; 4" de ce que les intendants et les maréchaux de la maison du roi jugeaient des procès qui n'étaient pas de leur compétence; 5** de ce que ces officiers exerçaient leur autorité au-delà de leur juridiction, c'est-à-dire hors du circuit de douze lieues autour de la place où se trouvait la personne du roi; 6' de ce qu'on n'ayait désigné aucun secrétaire, comme cela s'était fait sous le dernier monarque , pour recevoir dans le parlement les pétitions des communes; 7° de ce que les officiers chargés de prendre dans les foires et dans les marchés divers objets pour l'usage du roi , en prenaient plus qu'ils ne le devaient , et gardaient le surplus pour leur profit; 8** de ce que, dans les procès civils, des personnes étaient privées de leurs droits, par des ordres portant le sceau royal ; 9*" de ce que les coupables éludaient la punition de leurs crimes , par la facilité avec laquelle ils obtenaient des chartes de pardon ; 1 o'^de ce que les connétables des châteaux tenaient des cours de plaids communs à leurs portes , sans aucune autorité; 1 1° enfin de ce que les commissaires aux aubaines chassaient de leurs héritages des hommes qui en avaient appelé à la cour du roi. Edouard s'effaroucha de ces remontrances. 11 prorogea le parlement pendant trois mois , afin d'avoir le temps de les examiner : et il fit droit alors à tous les articles , à l'exception de celui qui regardait les nouvelles taxes sur les impor-

ÉDOUAR0 II. 44^

tatioDS. Il suspendit cet impôt pour le moment; mais il ordonna qu'il serait lève de nouveau Tannée suivante (i).

Mais le roi était alors occupé d'une affaire plus importante que le bien-être de ses sujets. Il travaillait à obtenir le retour de Gaveston , sans la compagnie duquel il semblait ne regarder la vie que comme un fardeau. Fardes complaisances et des libéralités, il rompit l'union des barons, et attacha quelques uns des plus puissants à son parti. Il avait, au préalable, sollicité l'avis et le secours de son beau-père , et écrit au pape en faveur de Gaveston. Il n'obtint rien du roi de France : le pontife l'exhorta à différentes reprises à vivre en harmonie avec son peuple ; et à la fin il releva Gaveston de son serment , mais à la condition qu'il se soumettrait au jugement de l'église et répondrait aux accusations que ses ennemis avaient portées contre lui. Edouard fut mécontent de cette absolution conditionnelle ; mais son impatience ne put se contenir plus longtemps : il ordonna à son favori de revenir, vola à Chester pour le recevoir, et le conduisit en triomphe à Laogley, dans le Hertfordshire. (a6 juil.) Quand le parlement s'assembla à Stamford , les barons , séduits par la promesse du roi , et par

(i) Rot. Pari, i , 44i.

446 uisToiiiE d'Angleterre.

rhumîlité apparente de Gaveston , consentirent à ce qu'il restât en Angleterre.

Mais l'expérience ne pouvait instruire Edouard ni son mignon. Le règne de la dissipation recommença à l'instant. La cour détint un théâtre permanent de danses , de festins et de parties de plaisir ; et Gaveston , ayant repris son premier ascendant , se livra à ses anciennes extravagan* ces, et irrita de nouveau ses ennemis par ses plaisanteries et ses sarcasmes (i). Il ne pouvait ignorer cependant le mécontentement général. Ayant publié à plusieurs reprises sont intention de donner un tournoi , aucun des grands sei-gneurs ne voulut accepter son invitation. Ayant ordonné qu'on fit à Kennîngton les arrangements nécessaires pour cette joute , on enleva les lices et les échafaudages pendant la nuit. Enfin, rétat d'épuisement où se trouvait le trésor royal ayant forcé Edouard à convoquer un parlement à York ( iSoct.), les principaux barons refusèrent d'y assister, sous le prétexte qu'ils n'étaient point égaux en pouvoir à Gaveston et

(i) n doDna des sobriquets aux principaux sei^eurs, ainsi « le |[enti[ comte Thomas de Lancastre » e'tait , dans de cer^ tains moments, « le vieux poureeav , » dans d'autres « le comédien ; » le comte de Pembroke , <c Joseph le Juif ; » le comte de Glocester, k le coucou , » et le comte de Warwick , « le chien noir des bois. » Packington» apud Lel. CkJl. n^ 46i. Wals. 94)97<

qu'ils craignaient aa malignité. Ou renouvela la sommation (iSio^Sférrier.), et l'on j déê^ obéit de nouveau. Les besoins d'Edouard s'aug^ mentèrent : le favori se cacha ; ( 26 eérr'mr. ) et la parlement s'assembla à Westminster.

Les barons» malgré la prohibition rojale , vio^* rent à ce parlement, suivis de leurs tenanciers armés. Edouard se trouva complètement en leur pouvoir 9 (t6mars.) et il consentit à regret à la formation d'un comité de pairs, qui, dous le nom d'ordonnateurs , devai^at régler la maison du roi 9 ^t réformer les abus dont la nation se plaignait^ (^omars.) L'archevêque , qui avait repris l'administration de son diocèse (i), sept évéques , huit comtes , et treize barons , ayant reçu la permission royale de nommer le comité» signèrent un acte par lequel ils déclarèrent que cette concession était l'effet de la volonté libre du roi, qu'elle ne devait pas être regardée comme un précédent contre les droits de la couronne , et que les pouvoirs qui devaient être exercés par les ordonnateurs cesseraient d'euxmêmes à la fête de la Saint->^Michel de l'année suivante. On forma alors le comité. Il fut com«

(i) Il revînt en i3oS. Pendant sa suspension, le pape, ayec la permission du roi , ayait nomme un receveur des reve- Btis éc Tafdieipé^h^» On lui en rtxuûi le ttonUnt «n entier à son retour. Rym, ix, 1020. Ang. sac. i, 5i.

448 AISTOIRE D'ANGLETERRE.

posé de sept prélats , de huit comtes et de six barons, qui jurèrent immédiatement de remplir leurs fonctions • à l'honneur de Dieu , à Thon- »neur et au profit de la sainte église , à l'hon- » neur de leur seigneur le roi , à son profit et à » celui de son peuple , suivant le droit et la rai-- »son, et le serment qu'il ayait fait à son cou- «ronnement (i). »

Les ordonnateurs se fixèrent dans la capitale. Edouard, qui désirait s'éloigner de leur présence, ordonna à ses tenanciers militaires de le suivre en Ecosse. Gaveston le rejoignit en route , et son imprudence fut récompensée par de nouvelles faveurs. ( i*' oct.' ) Il obtint le château royal de Nottingham , et fut créé j usticier des forêts au nord de la Trent. Le roi pénétra en Ecosse jusqu'au Forth sans rencontrer un ennemi. Il passa l'Ûiver à Berwick, et, au printemps , il ordonna à Gaveston de se mettre à la tête de l'armée et de recommencer la guerre. Le favori passa le Forth, déploya dans les combats sa valeur ordinaire , et mérita la réputation d'un général sage et entreprenant. Mais la prudence de Bruce l'empêcha de trouver l'occasion de cueillir ces lauriers qui devaient, espérait-on, entraîner l'admiration du peuple et forcer ses ennemis au silence. Le temps

(i) Rym. lu, 000, 765, 2o4> aao. Kyley» 5a& Rot, ParL i,

approchait où il était nécessaire qu'Edouard convoquât son parlement. Gaveston se retira au château-fort de Bamborough , dans le Korthumberland (i), et le roi se rendît à Londres ( i3n , 8 août. ), pour recevoir les articles de réforme qui avaient enfin été arrêtés par la sagesse ou les préjugés des ordonnateurs.

En lisant attentivement ces articles . le lec-

leur se convaincra que plusieurs d'entre eux étaient extrêmement avantageux ; mais il en trouvera quelques uns qui dérogeaient aux prérogatives légitimes de la couronne, et d'autres qu'il soupçonnera n'avoir été proposés que pour satisfaire une vengeance particulière. Les six premiers, concernant les droits de l'église, la paix du roi , le paiement de ses dettes , l'affermage de s droits de douane et l'observance de la grande charte , avaient déjà été publiés , avec quelques modifications, par le roi , avant son départ pour rÉcosse (2). Les plus importants des autres étaient les suivants : que toutes les concessions qui avaient été faites par Edouard depuis l'établissement de la commission, et conséquemment celles qui concernaient Gaveston , seraient

■ I ' ' ' Il ■■! ■ ■ I . I I ■ „

(i) Rym. 226, 5i4* Moor, SgS. Hemiiig.248. Bamborough appartenait à lady "S^^^^, >

(a) A Northampton , le 2 août. Voyez Rot. pari, i , 446- Les droits avaient été , en dernier lieu , affermés par la compagnie des Frescobaldi de Florence.

ui. 29

45o HISTOIRE d'aNGLETERRE.

révoquées; qu'on annulerait celles qu'il ferait dorénavant sans le consentement du baronnage assemblé en parlement , jusqu'à l'entier paiement des dettes du roi, et que celui qui accepterait ces concessions serait passible de telle punitipa que le baronnage jugerait convenable; — que le roi ne quitterait point le royaume et ne ferait point la guerre sans le consentement des barons; et que, s'il venait à s'absenter, un gardien ou régent serait choisi du consentement unanime des barons formés en parlement; — que toutes réquisitions de provisions, excepté celles qui étaient d'ancien usage et légales , cesseraient à l'instant , et que ceux qui oseraient en faire d'autres seraient poursuivis à la clameur publique et punis, après conviction , comme voleurs ; — que les nouvelles taxes sur la laine, le drap, le vin et autres marchandises seraient abolies ; — que tous les grands officiers delà couronne, les gouverneurs des Cinq- Ports et ceux des possessions étrangères du roi, seraient nommés de l'avis et du consentement des barons formés en parlement; — que les sheriffs seraient des personnes de fortune suffisante pour répondre de leur conduite ; qu'ils seraient choisis par le chancelier , le trésorier et le reste du conseil, et, en l'absence du chancelier, par le trésorier, les barons de l'échiquier et les juges du banc du roi , et qu'ils recevraient leurs commissions revêtues du grand sceau ; — que Gaves-

EDOUARD II. 45l

ton, pour avoir donné de mauvais conseils au roi^ dissipé les fonds publics, forcé une association d'homqaes à jurer de vivre et de mourir pour lui contre tous autres , aliéné l'affection du souverain de ses sujets liges , et obtenu des chartes en blanc où était apposé le sceau royal , serait banni à jamais de l'Angleterre et de toutes les contrées appartenant à la couronne; que son départ aurait lieu avant le premier novembre, et que si on le trouvait dans les domaines du roi après ce jour, il serait traité comme ennemi de la nation ; — que le lord Henri Beaumont ,po ur avoir reçu des concessions du roi depuis l'installation de la commission, ne pourrait désormaisapprocher du monarque, à moins que cène fût pour remplir ses fonctions au parlement ou à la guerre, et que ses revenus seraient confisqués jusqu'à ce qu'il eût rendu tout ce qu'il pouvait avoir reçu jusqu'à ce jour; que sa sœur, lady Vesey, qui lui avait procuré ces donations, ne pourrait désormais se présenter dans les limites de la cour, et qu'elle remettrait au roi son château deBamborough, qui appartenait en réalité à la couronne; , — et que, pour prévenir tous délais dans l'administration de la justice, on convoquerait des parlements au moins une fois l'an , et plus d'une fois s'il était nécessaire (i). A ces articles on en

(i) En raison de l'iniportance qu'on a quelquefois alUfih^0

ajouta quelques autres moins importants, concernant les appels, les proscriptions et Tautorité des maréchaux et des intendants de la cour du roi. Le lecteur peut aisément se faire une idée de la détresse d'Edouard quand toute cette collection fut soumise à son approbation. Jaloux de conserver dans .toute son étendue l'autorité dont il avait hérité de son père, et plus jaloux encore de garantir son favori de la sentence de bannissement (i3ii, 5 oct. ), il objecta, se plaignit et menaça ; mais les barons furent fermes et inexorables; et le roi , après un long débat, consentit à signer et à publier les ordonnances. Préalablement, toutefois , il protesta solennellement que, s'il arrivait que l'un de ces articles fût injurieux

à cette ordonnance, je la transcrirai entièrement. « D'autant » que beaucoup de personnes voient retarder Feffet de leurs » requêtes à la cour du roi , parceque la partie oppose'e alléj» gue que réponse ne doit pas être faite au demandant, hors » de la présence du roi ; et que beaucoup de personnes sont 3> grevées, contre toute justice , par les officiers du roi , ce » dont ils ne peuvent obtenir redressement que lorsque le A parlement est réuni ; nous ordonnons que le roi tienne un V parlement une fois l'an , ou deux si la chose est nécessaire , » et dans un lieu convenable; et que, dans ces sortes de par- 3) lemenls , les procès qui ont été renvoyés comme il a été dit »ci«dessus,.et les plaids dans lesquels les juges sont d'une > opinion différente , soient enregistrés et décidés ; et qu'on » en agisse ainsi à Fégard des pétitions qui ont été présentées » au parlement , comme les lois et la raison le demandent. » M*» 29.

ÉDOUAKD II. 4^^

aux justes droits de la couronne , ou qu*on pût prouver qu'il n'était pas autorisé par les pouvoirs donnés aux commissaires, il serait considéré comme nul ; et il se réserva aussi le droit d'amender chaque article, de l'avis des lords ordonnateurs et de son conseil (i). Cette protestation prouvait suffisamment la résolution où était le roi de briser les fers qu'on lui imposait, dès qu'il pourrait le faire sans crainte.

Gaveston ne se départit pas de la compagnie d'Edouard jusqu'au jour fixé pour son baunissemedt. ( i" nov. ) Ils se séparèrent en pleurant. L'exilé débarqua en France , se rendit en Flandre , et présenta au duc et à la duchesse de Brabant les lettres royales qui le recommandaient à leur protection. Quant au roi, il prorogea d'abord le parlement, et en prononça bientôt la dissolution : cachant alors avec soin ses intentions , il se retira lentement vers le nord, où il se trouva moins exposé au contrôle de ses balons. Ceux-ci se félicitaient de l'avoir à la fin

(i) Rot. pari. 1 , 281, 447* I^yï^y» -^30, 541. Rytn. m, 33g. La protestation du roi n'est pas dans les archives , mais son existence est mentionnée dans les ordonnances qu'il publia ensuite. Je puis ajouter que par la teneur de ces ordonnances il est clair que l'on pensait que l'autorité du parlement ne re'sidait que dans le baronnage , le grand conseil des premiers régnes. Les communes n'avaient rien à faire qu'à présenter de3 pétitions et à voter de l'argent.

454 HISTOIRE DANCtLETERRE.

séparé pour toujours de son favori ; maïs, avant Noël, ils apprirent qu'Edouard et Gaveston s'étaient réunis à York. ( i3i2, iSjanv ) On publia une proclamation royale , déclarant que le favori n'était revenu que pour obéir aux ordres de son souverain ; que c'était un bon et loyal sujet ; et qu'il s'offrait de prouver la fausseté de ce qu'avaient avancé ses accusateurs. ( 24 fëvr. ) Le roi lui fit concession nouvelle des biens et des honneurs qu'il avait possédés précédemment (1).

Le plus puissant des membres de la noblesse anglaise était Thomas, petit-fils de Henri III, qui possédait à la fois les cinq comtés de Laucastre , de Lincoln , de Leicester , de Salisbury et de Derby. Les barons confédérés le désignèrent pour leur chef , et , sous le prétexte d'un tournoi, rassemblèrent secrètement les chevaliers de leur parti. Il ne paraît pas qu'Edouard eût été informé de leur dessein. ( 8 mars. ) Au lieu de chercher à opposer la force à la force , il se contenta d'envoyer des commissions , en vertu de sa dernière protestation , pour la révision des ordonnances (2). Il n'eut connaissance de son danger qu'à l'approche du comte de Lancastre, qui ne trouvant pas le roi à York , se dirigea en hâte sur Newcastle. (5 mai.) Edouard n'eut que

(1) Bym. m, 287, 298, ^99, 5o4, 3o8. Trokel, 9, Waîs.98. (a) Ryley, Plac. 53o. Rot. pari, i , 447.

peu d'heures pour évacuer la place, avant l'arrîyée des barons. Il s*enfuît à Tynmputh, dédaigna les larmes et les prières de sa femme, s'embarqua avec Gaveston à bord d'un vaisseau , et débarqua en sûreté à Scarborough. Le favori, pour plus de sécurité, resta au château; le roi se rendît à York, et déploya la bannière royale, Lancastre n'alla point visiter la reine à Tynmouth, de peur d'indisposer le roi contre sa femme ; mais, après lui avoir envoyé une lettre de compliments et de condoléance , il revînt sur $es pas , campa entre York et Scarborough , et donna commission aux comtes de Surrey et de Pembroke d'assiéger le château. Ce fut en vain qu'Edouard leur envoya l'ordre de se retirer. L'infortuné Gaveston, voyant que la place n'était pas tenable, se rendit, du consentement du roi, au comte de Pembroke , sous condition que si aucun arrangement n'était effectué avant le 1" août , il serait réintégré dans la possession de Scarborough. Il avait été convenu que le prisonnier serait renfermé dans son propre château de Wallingford , et que le comte et le lord Henri Percy répondraient de sa sûreté , sous peine de la perte de leurs terres , de leurs membres et leur vie. De Scarborough, Gaveston marcha sous leur protection vers Wallingfiord : à Dedington , Pembroke le laissa sous la garde de ses serviteurs, et partit afin de passer la nuit chez la comtesse ,

/|5G HISTOIRE d'aNGLETERRE.

dans le voisinage. Gaveston se livra au repos sans soupçonner le danger; mais « le chien noir avait » juré que le favori sentirait ses dents,» et avant Taurore celui-ci reçut Tordre péremptoire de s'habiller et de sortir de sa chambre. A sa grande surprise , il trouva à la porte , au lieu de ses premiers gardes , son ennemi , le comte de Warwîck, avec une troupe nombreuse. On le plaça immédiatement sur une mule, et son arrivée au château de Warwîck fut annoncée par une musique militaire et des cris de triomphe. Là , les chefs du parti tinrent conseil sur le sort du prisonnier. A la proposition de lui laisser la vie, une voix répondit : « Vous avez attrapé le renard ; si jivous le laissez échapper, vous serez obligés de * le chasser encore. » Et il fut définitivement résolu qu'on n'aurait aucun égard à la capitulation , et qu'il serait mis à mort, conformément à l'une des ordonnances. Quand on lui prononça son jugement, Gaveston se jeta aux pieds du comte de Lancastre , et implora , mais en vain , la pitié et la protection de son « aimable lord. » On le conduisit à Blacklow-Hill ( maintenant Gaversike ) , et il fut décapité en présence des comtes de Lancastre , de Hereford et de Surrey ( 19 juin. ). La nouvelle de ce meurtre fut reçue par la nation avec étonncment et terreur. Les annales du royaume ne fournissaient aucun exemple d'une pareille exécution depuis la conquête.

Ceux qui rordonnèrent la regardèrent eux-mêmes comme une expérience très hasardeuse; et c'est pour cette raison que la victime avait été conduite dans un lieu qui se trouvait sous la juridiction du comte de Lancastre , qui , par sa grande puissance et par sa parenté avec le roi, semblait être à l'abri de tout danger. Mais ils se trompèrent , et la mort de Gaveston fut vengée, dans la suite, parcelle de son persécuteur (i).

Les premières nouvelles de cet événement jetèrent le roi dans de violents transports de douleur qui se changèrent, graduellement, en une résolution bien déterminée de se venger. Il s'était rendu d'York à Berwick; mais il revint immédiatement vers la capitale, et fut rejoint dans sa route par le comte de Pembroke. La conduite de ce seigneur donnait lieu à beaucoup dé soupçons. On croyait généralement que , comme il avait accordé une capitulation à Gaveston sans consulter les confédérés , il avait aussi , pour les satisfaire sans exposer son honneur, laissé prendre son château de Dedington par le comte de Warvirick. Il réussit cependant à convaincre le

(i) Rym. tu , 3^7, 320, 334- Mon. Malra. 121-124. Trokel, 13-17. Wals. 100, lOi. Le corps de Gavestou fut eDterre'par les moines dans leur église à Oxford. Le roi l'en fit retirer par la suite, et on lui consacra un tombeau dans la nouvelle église de Langley, Knyght. 2553. Lel. Coll. i , 248.

roi de son innocence , et prouva son assertion par son dévouement ultérieur à la cause royale. Edouard , à son arrivée à Londres, convoqua un parlement, sollicita l'assistance de la France, et assembla un corps considérable de troupes. Mais l'arrivée des barons à Dunstaple, et la résolution avec laquelle ils firent leurs demandes 9 le portèrent à écouter les exhortations pacifiques des légats du pape et des envoyés du roi dt France ( iSnov. ); et la naissance d'un fils et d'un héritier, qui arriva heureusement à cette époque, sembla presque avoir effacé de son esprit la mort prématurée de son favori. ( n nov. ) Les députés du roi et ceux des barons tinrent des conférences en présence des ministres étrangers ( 20 déc. ) ; et les conditions d'une réconciliation, sujettes à Tapprobation du comte de Lancastre et des chefs ses partisans, qui étaient absents , furent adoptées à l'unanimité (1). Un des articles reçut son accomplissement immédiat : c'était la remise au roi de la vaisselle plate et des bijoux qui avaient appartenu à Gaveston (2). ( i3i3, 7 fëvr. ) Mais les

(1) Bientôt après , le ii mai , mourut l'archevêque Winohesley, le grand conseiller des barons sous ce régne, comme il l^avait été sous le régne précédent. Ipsius Roberti hortatu. Higdon apud Bradj, m , i iQ*

(2) On peut juger des richesses de Gaveston par sa vaisselle plate et par »es bijoux , dont Tinveataire remplit cinf pages dans Rymer, uif 388^ SqS.

barons confédérés , pour leur propre sûreté, demandèrent qu'il fût déclaré traître, proposition qu'Edouard repoussa avec indignation. Deux parlements furent convoqués pour ratifier lé traité : les principaux agents du meurtre n'y parurent point , à raison de leurs craînteià. Enfin on surmonta toutes les difficultés. ( i6 oct. ) Lé roi se plaça sur son trône , dans la salle de Westminster : les barons , à genoux , lui exprimèrent le regret qu'ils avaient de l'avoir offensé ; une amnistie générale fut proclamée ; et le jour suivant plus de cinq cents amnisties particulières furent expédiées à des seigneurs et à des chevaliers qui étaient entrés dans la confédération (i).

Il est temps de revenir aux affaires de l'Ecosse. Tandis qu'Edouard combattait pour un favori , il réussissait à perdre une couronne. Là facilité avec laquelle le dernier roi avait souvent parcouru l'Ecosse avait persuadé que les indigènes ne pourraient jamais résister à la puissance supérieure de l'Angleterre ; et Ton regardait avec indifférence où mépris les progrès lents, mais constants, de Bruce. Une fois, à la vérité,

(i) Rym. lu , 404? 4^^ ) 44^ > 449* Mon. Malm. ia5, i54. Wals. 102. io3. On passa en même temps im acte d'indemnité en faveur de ceux qui avaient é{é les adh«rents de Gaveston, Stat. 7. Ed, ii. St. i.

460 HISTOIRE d'anGLBTERUE.

Edouard , et après lui Gavestoa , par ses ordres , avaient traversé la frontière ; mais le roi d'Ecosse s'était prudemment retiré devant eux , et Tun et l'autre étaient revenus en Angleterre sans presque avoir aperçu un ennemi. Dans le même temps , les habitants s'emparèrent successivement des forteresses qui commandaient la contrée. Le château de Linlithgow fut surpris par la ruse d'un paysan nommé Guillaume Binnock. (i3ii.) Il cacha sous des bottes de foin quelques hommes armés, qui, tandis que les chariots embarrassaient la porte, forcèrent la garde, et restèrent maîtres du poste jusqu'à l'arrivée de leurs compatriotes (i). Bruce lui-même surprit Perth pendant la nuit ( i3i2, 8 janvier.) : mie échelle sur les épaules , il traversa le fossé , et fut le second qui parvint sur la muraille (2). On prit Roxburgh par escalade, tandis que la garnison s'abandonnait aux excès du carnaval (3). ( x3i3, 28 février.) Le château d'Edimbourg fut le dernier à se rendre. A minuit, Randolf, comte de Moray, avec trente de ses soldats, parvînt à gravir le rocher ; l'alarme fut bientôt répandue : le gouverneur, qui se rendit précipitam^ ment au lieu du combat , tomba dans la mêlée

(ï) Barb. 199.

(2) Ford, XII, 18. Barb. 180.

(3) Barb. 2o5. Ford, xii , 19.

( 14 mars.), et ses troupes se rendirent aux vainqueurs (1). Effrayés de leurs pertes, les Écossais qui adhéraient encore aux Anglais sollicitèrent des secours , et les habitants des^oîs comtés septentrionaux se plaignirent de ce que le roi les abandonnait aux incursions déprédatrices de leurs voisins. (i3i4.) Enfin on apprit que Mowbray, gouverneur de Stirling, s'était déterminé à rendre cette importante forteresse, si elle n'était pas secourue avant la fête de saint Jean-Baptiste. Edouard, se voyant en paix avec ses propres sujets, pensa que l'occasion était favorable pour entreprendre une expédition contre l'Ecosse. Il somma ses vassaux militaires de venir le rejoindre àBerwick; il ordonna des levées d'infanterie dans le pays de Galles et les comtés au nord de l'Angleterre, et demanda du secours aux chefs des tribus irlandaises. Mais des dissensions intestines vinrent traverser ses projets. Dans une session de parlement qui dura sept semaines , les ordonnances auxquelles le roi s'opposait furent soutenues par les barons : le clergé de deux provinces refusa d'accorder un subside (iSjuîn.); et les comtes de'Lancastre, de Surrey, de Warwick , d'Arundel , et probablement beaucoup d'autres , entraînés par leur exemple , désobéi-

(i) Ford. XII, 19. Barb. an. Lei. Coll. 11, 546.

46a HISTOIRE D'ANGI^ETERRE.

rent aux ordres du roi. La semaine qui précéda le jour fixé pour la reddition de Stîrling, Edouard sortit de Berwick , et quoique l'armée fût encQ •brée par une longue suite de chariots de munitions et de machines de guerre , il atteignit néanmoins les environs de Stirliog la veille de la fête (i). Bruce avait employé

(i) Il est impossible d'affirmer quelles étaient les forces d'Edouard. Il est ridicule que Fordun les fasse monter à trois cent quarante mille cavaliers , et & un nombre égal de fantassins: mais les vers qu'il cite comme autorité peuvent avoir une autre signification. Ford, xii, 21. Comme les comtes les plus puissants ne prenaient point de service ( Wals. 104)9 et que plusieurs autres en étaient exemptés par les ordonnances du roi(Rym. iii^, 47^)' ^^ ^^' probable que la cavalerie était moins nombreuse qu'à l'ordinaire ; il paraît même que celle que l'on attendait dlrlande n'arriva pas. L'infanterie , exigée par les ordres adressés aux sheriffs montait à vingt-un mille cinq cent quarante hommes. Rjm. m , 481. Lord Hailes, en contradiction avec Hume, prétend que les gens de pied furent fournis par douze comtés et quelques seigneurs , et que si tous les comtes et les barons d'Angleterre eussent fourni leur contingent dans la même proportion, l'armée eût été immense. (Annals, 11,41*) ^^^& il n'y a aucune apparence que cela se soit fait ainsi. Les comtés dont nous avons parlé fournirent quatorze mille cinq cents hommes, parcequ'ils étaient les plus prés de l'ennemi. Quant aux sept mille quarante restant , ils avaient été pris dans le pays de Galles et sur les frontières, parceque le roi avait besoin d'hommes accoutumés à combattre dans les forêts et sur les montagnes, et capables de conduire l'ennemi à locis fortibus et morosis , ubi equitibus diffîcilis patebit accessus. ym. Hi) 4^1 •

le temps à faire les préparatifs du combat. Son armée , composée de trente mille hommes armés de piques, s'étendait depuis le village incendié de Bannocksur la droite, jusqu'au voisinage duchâtçau sur la gauche (i) ; et il était protégé en front par des fossés étroits, pratiqués dans la terre et cachés par des claies recouvertes de gazon ) assez fortes pour supporter un homme à pied , mais trop faibles pour résister au poids d'un chevalier tout armé. Douglas et l'intendant ou grand sénéchal ( steward ) commandaient au centre; Edouard Bruce dirigeait l'aile droite, et Randolf l'aile gauche ; les troupes d'Argyle , de Carrick, et des îles, formaient le corps de réserve ; et à quelque distance le roi rangea dans une vallée quinze mille hom^ mes qu'il n'osait conduire sur le champ de bataille , mais qui devaient paraître dans la cha-^ leur de l'action, comme une nouvelle armée accourant au secours de ses compatriotes (a). (23 juin. ) La veille de la bataille , il y eut un

(i) Plusieurs historiens prétendent que le front de Parmëe des Ecossais était placé au midi, ayant Stirling derrière eux. J'ai suivi lord Hailes, qui en parle d*aprés Tinspection du terrain (11 . 4^ )* ''^^ ^^i^ cependant faire observer t]ue Moor donne la même position aux Anglais. Us combattirent ayant en face le soleil levant , et ils eussent mieux fait d'attendre jusqu'à midi. Moor. 694*

(a) Ford. Cura Goodall, p. 256 , note.

464 HISTOIRE d'ANGIETEKRE.

engagement fort vif entre les partis avancés des deux armées , et qui se termina en faveur des Écossais. Bruce fendit , avec sa hache d*armes, la tête de Henri de Bohun , lun des chevaliers les plus distingués ; et ses troupes regardèrent cette action de leur souverain comme le présage de la victoire. Au point du jour, ils se rassemblèrent sur une éminence où Maurice , abbé dlnchaffray, célébra la messe (Q4juin.), et harangua ses auditeurs sur l'obligation de combattre pour la liberté de leur patrie. De bruyantes acclamations furent toute leur réponse ; et Tabbé, pieds nus , un crucifix à la main, marcha devant eux jusqu'au champ de bataille. Lorsqu'ils se furent formés, il les exhorta de nouveau , se mit en prière, et les Écossais le voyant dans cette attitude, s'agenouillèrent comme lui. « Ils sont à genoux , s'écrièrent quel- » ques Anglais , ils demandent miséricorde. — »Ne vous abusez pas, répliqua Ingelram de Um- • fraville , ils demandent miséricorde, mais c'est »à Dieu seul qu'ils s'adressent (i). »

Les écrivains écossais et anglais s'accordent si peu dans les récits de cette bataille qu'il est difficile d'en connaître les détails. Les Écossais , à peu d'exceptions près, combattaient à pied, armés de haches d'armes et de lances. Le roi pa-

(i)Ford. XI, 21.

EDOU^KD II. 4^5

raîssaît à leur tête et se servait des mêmes armes que ses sujets. L'infanterie et les archers de Tarmée anglaise commencèrent l'attaque : le choc fut si terrible , et la résistance si opiniâtre , que Ton douta long-temps de quel côté se fixerait la victoire. Bruce fut forcé d'appeler sa réserve, et ordonna, comme dernière ressource, à un petit corps d'hommes d'armes d'attaquer les archers en flanc. Ce mouvement décida du sort de l'infanterie anglaise. Elle s'enfuit en désordre : et les chevaliers, le comte de Gloceéter à leur tête, s'élancèrent pour renouveler le combat. Mais les chevaux s'embarrassèrent dans les fossés (i) : ils entraînèrent les chevaliers dans leur chute. Et les Ecossais sortant tout- à-coup de la vallée où ils étaient jusqu'alors demeurés , jetèrent l'épouvante dans les rangs des Anglais (a), Edouard, qui ne manquait pas de bravoure personnelle , piqua son cheval pour prendre part à la bataille : mais le comte de Pembroke s'y opposa prudemment, et le conduisit à quelque distance. Gilles d'Argentyr , chevalier célèbre ,

. (i) Quoique Barbour garde le silence sur ce fait, Fordun assure qu'il périt un grand nombre d'Anglais dans les fossés , xu , 30 ; et Moor. 594.

(1) Quibus ab Anglicis visis, putabant eos fuisse ezercitum. • . qui Ânglos ità stupidos , 9t hœrentes reddidit , etc. Ford. p. a56.

avait été chargé de veiller à la sûreté du roi ; le voyant hors de danger, il lui fit ses adieux, dirigea son cheval du côté de Tenneini , et retourna au combat. 11 cria , • un Argerityr» , puis 6*élançant au plus fort de la mêlée , il trouva bientôt la mort qu'il cherchait (i).

C'était dans la pleine conviction qu'il remporterait la victoire, qu'Edouard s'était rendu à Bânnock-burn : il s'en éloignait précipitamment, vivement poursuivi par un parti de cavalerie écossaise , et il n'osa s'arrêter que lorsque le comte de March le reçut dans les murs de Dunbar , d'où il fit voile pour l'Angleterre. Son sceau particulier et ses trésors , les machines de guerre et les vivres de l'armée , tombèrent entre les mains des vainqueurs (2). Il périt peu de monde dans la bataille; mais les fugitifs, sans chef et sans place de retraite, erraient dans la contrée ; et si l'espoir d'une rançon fit épargner la vie des

(i) Walsîsg. 195. Moor. Sg^. Lel. 11 , 547. Mon. Malm. 149, i5o.

(1) Yoici ce qu'en rapporte Fordiin. Boum armenta^gregesque ovîum et pbrcorum, frumentum et hordeum cum molendims portatilibus, et vinum in doliii atque cadîfer» reis. • . . cum petnuriis et ligonibua , trabieul» et mango* neUis, scalis et ingenîis, paTÎUonibui et canopeif, fm* dit et bombardîa , ceterisque bellicîs machinià. Ford, xu , 21. D'aatrM aunuflor^ ajoutent tribuektti» et anetibva , p. a49-

lIOÛUAAD II. 467

cheraliers et des éeuyers, le sang moins précieux du soldat fut répandu sans pitié. Bruce traita ses prisonniers avec bonté ; et en échange du comte de Herefort, il obtint la liberté de sa femme 5 de sa sœur et de sa fille, de Tévêque de Glascow et du comte de Marr (i). Il crut le moment favorable pour proposer un traité entre les deux nations (â): mais comme Édou^^rd Idi refusa le titre de roi , TEcossais irrité mit fin aux négociations» assembla son parlement et s'occupa d'établir sa succession. Son seul enfapt était une fille nommée Marjory (Marguerite) qui n'était pas encore mariée : et pour éviter les dangers qui , dans les circonstances présentes » pouvaient menacer le règne d'une femme , on arrêta , du consentement de la princesse , que

(i) Rym. III 9 4^S, 49^' ^ ^œur de Bruce, mist alors en liberté , se nommait Christine, veuve de Christophe Sea* ton. Sa sœur Marie , échangée contre Walter Comjn , avait quitté le château de Rozburgh au commencement de Tannée i3io. Rym. m, 204. La comtesse de Buchan, restée prisonnière pendant sept années , avait été, au bout de ce tempSf niise en liberté , et placée sous la surveillance du lord Beaumont^en avrili3ï3.Rym.iii,4oi. Je dois dire que parmi, les prisonniers, se trouvait un moine carme, s'occupant de poésie, nommé Baston. Edouard Pavait forcé de le suivre, afin de célébrer sa victoire : Bruce le força, pendant sa captivité» de chanter la défaite d'Edouard. Son poëme , un des plus singuliers qui existent, peut se lire dans Fordun, xii, 32.

(a) Rym. 495.

468 HI8T0IKE d'aNGXETERKE.

si le roi mourait sans enfant mâle, la couronne passerait à soi> frère Edouard Bruce, et à ses héritiers mâles directs , à défaut desquels elle reviendrait à Marjory et à ses descendants (i). Mais les Écossais, non contents d'avoir assuré leur propre indépendance , voulurent délivrer rirlande du joug de l'Angleterre. Llrlande était alors partagée entre deux races d'hommes , différentes de langage , de mœifirs et de lois , et animées d'une haine mortelle l'une contre l'autre. Les districts les plus sauvages et les plus montagneux, et la majeure ^partie du Connaught et de l'Ulster , étaient occupés par les indigènes. Les Anglais s'étaient établis le long des côtes orientales et méridionales, et dans toutes les principales villes et cités. On doit entendre par Anglais, une réunion d'aventuriers venus de diverses contrées d'Angleterre, 4" pays de Galles et de la Guyenne; hommes ou descendants d'hommes sans espoir de fortune dans leur propre pays , et qui ne comptaient que sur leur épée pour s'en procurer une. Us avaient rendu foi et hommage à la couronne d'Angleterre; mais leur fidélité n'était jamais bien sincère. Depuis l'expédition de Jean, ils n'avaient vu chez eux aucun souverain : et la rigueur avec laquelle il avait puni leurs délits,

(i)Ford. wi,a4.

avait été bientôt oubliée. Éloignés de la cour, habitant une ile regardée comme étrangère , ils méprisaient l'autorité du monarque : et sous les murs de leurs châteaux, ils défiaient la sévérité des lois (i). Ils se suscitaient à plaisir des guerres entre eux , ou la déclaraient aux nationaux : les haines de famille s'y transmettaient de père en fils : et si l'on en excepte les environs de Dublin, où siégeait le gouvernement de la province, «le Pale (2)» était divisé entre une foule de petits tyrans , qui ne connaissaient d'autres lois que leurs propres intérêts , et qui joignaient aux avantages d'une civilisation commencée, la férocité des sauvages. Convaincus que les indigènes avaient été lès agresseurs originaires , ils les considéraient comme leurs ennemis.Ils réduisaient tous ceux qu'ils pouvaient atteindre à l'état le plus abject de servitude, et fatiguaient les autres par de continuelles excursions militaires. Mais leurs agressions

(i) Rym. I, 591 ; 11 , 1061 , 1062, Dans le procès intenté par Fitz-Warln, intendant du roi en Uister , contre Mandeville , pour le paiement de ses impôts, lés biens de ce dernier avaient été saisis. Pour se venger, ils rassemblèrent une armée, entrèrent dans les domaines du roi , brûlèrent cinq communes, trois moulins 9 et deux mille mesures de ï^lé.

(2) Tout le territoire situé hors de la sphère des places fortes , ou des villes occupées par les lieutenants du roi et ses tioupcs. ( Note du traducteur, )

4^0 HISTOItS d'akGLXTERKE.

éjceitèrent le ressentiment de leurs victimes : et la nécessité de leur propre conserratlon ^ leur souffla Tesprit de la plus implacable vengeance* Tous les Irlandais étaient compris sous la dénomination d'ennemis ou de voleurs : le meurtre d*un indigène n'était pas considéré comme un crime que la loi devait punir : et l'homme qui s'était montré le plus violent oppresseur des clans voisins , passait pour le plus distingué parmi ses égaux (i).

D'une autre part, les descendants des premiers habitants étaient également sans lois et également vindicatifs. Dans les annales d'Irlande , nous les voyons constamment, engagés dans des querelles et des guerres. Us combattaient quelquefois entre eux , et quelquefois contre leurs oppresseurs. On les voit implorer par occasion le. secours de l'Angleterre pour se venger de leurs propres concitoyens, et souvent marcher sous les bannières d'un baron anglais pour envahir les domaines de son voisin (2). Mais quelle que fût la cause qui les appelait aux armes, leurs pas étaient marqués par la désolation qu'ils en-

(1) Voye« Fordun , xn, 38 9 99 > 3o.

(a) Dans le procès dont nous avons parlé plus haut» daox rois irlandais prêtèrent secours aux Manderille , et six autreti à l'intendant. Ils finirent par tourner leurs armes les uns contre les autres. Rjm. 11, 1062.

EDOUAKD H. 471

traînaient après eux , et leurs victoires se célé« braient toujours par le meurtre et l'incendie* Enfin la soif du sang humain , Tespoir et le désir de la vengeance, animaient également Tindigène et l'étranger, et chacun d'eux était persuadé que la destruction de l'autre était essentielle à sa pro* pre conservation.

Lorsque Edouard, avant son expédition d'Ecosse, avait ordonné à ses vassaux de venir le rejoindre à Berwick , il y avait aussi invita ses « bien -aimés » les chefs des tribus irlandaises, les engageant à accompagner De Bourg, le comte d'Dlster, chargé d'amener une armée à son secours. Sa sommation fut négligée (i). Les Irlandais regardaient|les efforts des Écossais avec tous les sentiments qu'on porte à ses alliés. Les patriotes combattaient contre une nation qui les opprimait cruellement. Ils descendaient de la même race , parlaient un dialecte de la même langue , et conservaient , à beaucoup d'égards» les mêmes institutions nationales (2).

La nouvelle de la victoire de Bannock-Burn y

(1) Rym. tu, 47^' ^ ^^ certain , d'après la dlfiërence qnl existe entre, cette lettre et les sommations ordinaires k sei yasiaHX , qu'aucun des chefs irlandais ne lui avait jure fidélité. Il ne donne à aucun le titi^e de roi , mais celui de duc 4 TÎngt-six d'entre eux.

(2) Omnes reges minoris Scodae de nostrâ majore Scotiâ sanguinis originem sumpserunt , linguam nostram et condi«

fut reçue avec enthousiasme; et la conviction que les Anglais n'étaient pas invincibles fit concevoir l'espérance que l'Irlande pourrait aussi recouvrer son indépendance. Edouard découvrit que les habitants de l'Ulster entretenaient une active correspondance avec la cour de Bruce. ( i3i5,i4inars.) Alarmé pour la sûreté de ses domaines en Irlande, il envoya son trésorier, le lord Ufford, avec de* instructions , afin de traiter avec les chefs indigènes , les tenanciers delà couronne, et les corporations des bourgs (i). Mais, avant que ce seigneur pût exécuter sa commission , Edouard Bruce, le frère du roi d'Ecosse, était débarqué dans le voisinage de flarrickfergus sivec une armée de six mille hommes. (aSmaî.) Il y fut bientôt rejoint par les O'Nials, qui dirigèrent sa marche. Ils brûlèrent Dundalk, ravagèrent la majeure partie de Louth ( agjuîn.), et, à Atherdee, firent périr dans les flammes les habitants, hommes , femmes et enfants, qui s'étaient réfugiés dans l'église* Mais à l'approche de Butler ,

tiones nostras quodammodo retinentes. Mëmorial irlandais, apiid Ford, zii, 52.

(i) Rym. m, 5io. Il paraît qu'il y avait quatre villes gouvernées par des maires, Dublin , Waterford y Goric, et Ross : et trois bourgs royaux par des intendants ou baillis , Kilkenny, Drogheda et Trim. Les autres villes d'Irlande appartenaient à leurs seigneurs respectifs.

ÉDODARD 11. 473

te lord député (1) , et du comte d'UlsAer , les confédérés s'éloignèrent. Ils se retirèrent à Conyers, laissèrent dans leur camp leurs bannières flottantes, et, après un léger détour, ils tombèrent sur Tarrière-garde de leurs ennemis. La rencontre fut terrible , mais les Anglais furent dispersés ( M sept.) ; et Bruce, continuant sa retraite, envoya le comte de Moray en Ecosse ( iSsept.) pour demander du renfort (2).

Durant cet intervalle, Jean de Hotham, nommé plus tard évêque d'Ély , fut envoyé par Edouard, revêtu de pouvoirs extraordinaires, afin de réconcilier les barons et de traiter avec les habitants (3). Les dissensions qui régnaient entre les barons les avaient empêchés de réunir leurs forces, quelques uns même étaient accusés d avoir appelé les Écossais , et plusieurs furent secrètement soupçonnés d'entretenir des correspondances avec Bruce. Ce ne fut pas sans de grandes difficultés que Hotham parvint à former une association parmi les tenanciers de la couronne , qui s'engagèrent, sous peine de confiscation , à se secourir mutuellement pour résister aux efforts de

(i) J'adopte ce terme comme plus ea usage. L'ancien titre était le justicier.

(2) Annal, hib. apudCamd. ann. i5x5.

(3)Rym.ni,532.

474 HISTOIRE d'aNGLETEEKE.

leur eunemi. commun (i). Il fut moins heureux auprès des chefs indigènes. Ceux-ci détaillèrent tous leurs griefs , et se plaignirent de ce que la politique de leurs oppresseurs élevait une barrière insurmontable entre eux et le trône. Us consentirent néanmoins à tenir les terres que Yàn réclamait inunédiatement du roi , pourra qu'ils profitassent des avantages de la loi anglaisci ou à le prendre pour arbitre entre eux et ses barons » et s'en rapporter à sa sagesse pour régler les démarcations de leurs possessions respectives. Ils ne reçurent aucune réponse à ces propositions» et probablement ils, ne s'atten** daieotpas à en recevoir (â). ( i3i6, 26 janv. ) Bruce avait alors obtenu des secours de l'Ecosse : il pénétra jusqu'à Kildare, défit les Anglais à Arscoli 4ans ce comté ( ï4 f*^v. ) ; et comme il revenait, il remporta une seconde victoire à Kenlys, dans le Meath. Sa présence ranima les Irlandais de Leinster. Les O'Toole» les O'Brien , les O'Garrol et les Archbold coururent aux armes : Arklow, NevïTcastle et Bree furent brûlés, et le pays ouvert ne présenta plus qu'une scène (3) continuelle d'anarchie et de dévastation. Il est probable que pendant ces invasions les

(i) Rym. III, 547* Annal, hib. Ann. i3i5.

(2) Apud Ford, xii , 3 1 .

(3) Annal, hib. ann. i5i5.

lÊDOOARD II. 4?^

Écossais éprouvèrent des pertes considérables ; ils retourûèrent en Ulster reprendre leurs premiers quartiers, et envoyèrent demander de nouveaux secours en Ecosse. Mais en même temps un tjraité se concluait entre Edouard Bruce et Donald O'Nial, qu'Edouard, dans ses ordonnances, appelle prince de Tyrone, et qui prenait le titre de monarque héréditaire d'Irlande. Par lettres patentes, tous les droits d'O'Nial furent transférés à Bruce, qui se fit couronner immédiatement» et entra en exercice du pouvoir royal (i). Mais son inaction causa la perte dad tribus qui s'étaient jointes à lui durant sa dernière expédition, (a mai.) Deux cents habitants périrent à Dundalk sous O'Hanlan, trois cents furent tués à Munster, quatre cents succotnbèrent à la bataille de TuUagh, et huit cents têtes des O'Moores furent envoyées à Dublin par le lord député, comme une preuve de sa victoire. L'Ir-* lande aurait pu se relever de ses pertes : mais toutes ses espérances s'éteignirent au sanglant combat d'Athenree, oùPhelimO'Connor , roi de Connaught, attaqua lord Richard Birmingham. ( 10 août. ) Les indigènes, en masse etsans ordres s'élancèrent sur un ennemi discipliné et résolu. La bataille, ou plutôt le massacre, dura depuis l'aurore jusqu'au coucher du soleil; et parmi les

(i) Apud Ford, xii ,32.

47^ HISTOIRE d'aNGLETEEEE.

cadavres de onze mille morts, on trouva ceux de Phelim lui-même et de vingt-neuf chefs de même nom qui lui étaient subordonnée. La tribu des O'Connor fut presque détruite (i)-

Les transports que cette victoire avait excités se calmèrent bientôt ^ à la nouvelle qui parvint à Dublin, que Robert Bruce , roi d'Ecosse , était débarqué en Ulster avec une armée nombreuse. La garnison ( 12 sept. ) de Carrickfergus se rendit forcément après une vigoureuse défense. Les deux frères , à la tête de vingt mille hommes écossais et irlandais (iSi;, i" janv.) s'avancèrent jusque dans les comtés les plus 'méridionaux , et les citoyens de Dublin, pour leur sûreté, brûlèrent les faubourgs de la ville. Mais les Ecossais, qui n'étaient pas préparés à en faire le siège, ravagèrent le pays. ( 12 mars. ) Us campèrent successivement â Leîxlip , Naas et Callen , et pénétrèrent enfin jusque dans les environs de Limerick. Mais on était au cœur de l'hiver: un grand nombre périrent de besoin et de fatigue, ou victimes de l'intempérie delà saison, et les Anglais avaient réuni une armée à Kilkenny ( 3i mars. ) pour s'opposer à leur retour. Malgré tous ces obstacles, les deux princes écossais parvinrent à tromper la vigilance de l'ennemi et se retirèrent en Ulster par Cashel , Kildare et Trim. ( i**^ mai. )

(i) Annal, hib. ann. i3i(5.

Il n*est pas aisé de déterminer le motif de cette expédition romanesque, entreprise par une mauvaise saison , et qui ne présenta l'avantage d'aucune conquête permanente. Elle fut plus désastreuse qu'une défaite po\r les Écossais : et Robert Bruce, mécontent de son expédition d'Irlande, se hâta de retourner dans ses états (i).

Malgré les pertes cruelles qu'avaient éprouvées les indigènes, les exhortations de beaucoup d'ecclésiastiques nourrissaient énergiquement le patriotisme des Irlandais. Le gouvernement anglais se plaignit de leur conduite devant la cour de Rome ; et Jean XXII chargea les évèques de Dublin etde Cashel de prévenir ceux qui fomentaient la révolte qu'ils seraient tous excommuniés s'ils persistaient dans leur désobéissance. Cette commission produisit une vive sensation parmi les tribus : un mémoire qui justifiait leur conduite , et qui fut signé par O'nial et la plupart des chefs , fut remi^ aux cardinaux Joscelin et Fiesque, légats du pape en Ecosse, afin de l'envoyer au pontife. Cet acte important commence par établir que , durant quarante siècles , l'Irlande avait été gouveiçnée par ses propres monarques de la race de Milésius jusqu'en 1170, où un pape anglais , Adrien lY, conféra, contre toute espèce de droit , la souveraineté de cette

(1) Aniul. hibt ann. i3i6 , 1317.

478 HI8T0IAE d'aNGIETERII;.

tle au meurtrier de saint Thomas , Henri II , qui pour ce crime aurait plutôt dû être dépouillé de sa propre couronne (1); que depuis cette époque une guerre continuelle avait existé entre Tirlande et TAngleterre, et avait causé la mort de plus de cinquante mille hommes de chaque cdté; et que les Anglais avaient étendu leur domina«tion jusque sur les plus belles parties de Tile » tandis que les Irlandais étaient forcés de combattre pour conserver leurs frontières et leurs montagnes, seules possessions qui leur restassent de leur terre natale. Après cette introduction , on prétend que la concession originaire est nulle, parcequ'aucune des conditions stipulées n'a été remplie ; que Henri s'était engagé pour lui et ses successeurs à protéger l'église 3 et que cependant elle avait été dépouillée de la moitié de ses possessions; à établir de bonnes lois, et qu'il n'en avait donné que de contraires à toute notion de justice (â) ; à extirper les vices des indigènes , et

(1) On peut excuser les 4eoo 911s peiidaii^ lesquels ils pr^ sumcnt que leurs rois régnèrent successivement. Hais il est étonnant qu'ils ne se soient pas aperçus de Tanachronisnie qu'ils faisaient , en disant qu'Adrien vivait après le meurtre dt l'^chevéque > tandis qu'il était mort douze ans avant.

(a) Les lois dont ils se plaignent sont s i® que quoique les cours du roi fussent ouvertes à tous ceux qui intentaient une action contre un Irlandais , il arrivait cependant que si im indigène portait quelque plaiate» le faildt sa naiiittiM for-

ÉDOIJARD 11. 479

qu^on arâît introduit parmi eux une race d'hommes plus méchants qu'en quelques pays que ce fût sur la terre ; des hommes dontravidité était Insatiable , qui employaient indifféremment la force ou la trahison pour parvenir à leur but, et qui démontraient publiquement qu'assassiner un Irlandais n'était pas commettre un crime(i). C'était pour s'alfranchir du joug de ces tyrans qu'ils avaient pris les armes. Ils n'étaient pas rebelles au roi d'Angleterre, puisqu'ils ne lui avaient Jamais fait serment de fidélité : ils étaient hom« mes libres, déclarant une guerre mortelle à leur» ennemis ; ils avaient choisi Edouard de Bruce, comte de Carrick-, pour leur protecteur et leur souverain. Ils terminaient en montrant l'espérance que le pontife approuverait leur conduite.

iBftit obstacle à sa réclamation ^ 2® que si un Irlandais ëtait assassiné , quel que fdt son rang dans Téglise ou dans Fëtat, aucune cour ne voulait punir le meurtrier; 3^ qu*aucune veuve , si elle était Irlandaise , n'était admise à réclamer son douaire ; et 4** ^^ l^s testaments des indigènes étaient dé^ darés nuls , et que Ton disposait de leurs biens à la volonté de leurs seigneurs. Ford, xii , a8. .

(i) A l'appui de cette charge , ils produisent quatre exemples de trahison et de meurtre. Ford, xn , 39, 5o. Néanmoins, nous ferons observer que ces accusations sont celles d'un ennemi. On en a mentionné trois dans les annales , mais sans rendre compte de leurs motifs ni citer leors auteurs, AnnaL md ann. 1277 , fi8a , i3o5.

480 HISTOIKE b'âNGLETEEKE.

et défendrait au roi d'Angleterre et à ses sujets de les persécuter à l'avenir (i). Ce mémoire parut faire impression sur l'esprit de Jean , qui écrivit au roi (2) , et chargea ses légats de lui parler en faveur des Irlandais. Pressé par leurs remontrantes multipliées , Edouard chercha à se justifier en déclarant que si jamais ils avaient été opprimés , c'était à son insu et contre ses intentions ; et il promit de les prendre sous sa protection, et de donner tous ses soins à ce qu'ils fussent désormais traités avec douceur et justice (3).

Cette promesse était à peine donnée que la guerre d'Irlaûde se trouva terminée. Le gouvernement en avait été confié à sir Roger Mortîmer, et pendant l'année de son administration , quoiqu'il ne l'eût signalée par aucune victoire importante j il avait assuré peu à peu la suprématie des Anglais. Les barons accusés de favoriser les Écossais, et particulièrement les Lstcis, furent traduits en justite : on mit en libertéle comte d'Ulster qui avait été emprisonné , grâce à la loyauté des citoyens de Dublin ; et les O'briens et les Archbolds furent admis à la paix du roi. Les habitants du Connaught par leurs dissensions servirent la

(i) Voyez Fprdun, xn; a6-32.

(2) Buliar. , tom. I. Jean mi , const. iv.

(3) Rym. ni , 727-728.

cause de leurs ennemis ; et l'on prétend qu'il ne périt ,pas moins de huit mille citoyens pendant la guerre civile. Peu après le départ de Mortimer ( i3i8, 5 oct.), Bruce s'avança jusqu'à Faghcr dans le voisinage de Dundalk. Il y rencontra Jean lord Birmingham , et succomba dans la bataille, avec la plus grande partie de ses troupes. Son corps, partagé, comme celui d'un traître, en quatre morceaux , fut envoyé, aux quatre principales villes : le vainqueur présenta sa tête à Edouard , et il en reçut pour réconapense le titre et la dotation de comte de Louth (i). Avec Bru^ce tombèrent les espérances des patriotes irlandais : les Anglais reprirent tout leur ascendant ; et l'ancien système de déprédation et de vengeance recommença universellement. Une pétition, adressée au roi dans une assemblée du parlement , appela néanmoins son attention sur la situation de l'Ir- , lande ; elle exposait que , pour rétablir la tranquillité, il était nécessaire d'abolir les chartes de pardon pour le meurtre commis par des Anglais, et d'admettre les habitants à jouir des bienfaits de la loi anglaise et de la protection légale de vie et de membres. Ces deux points furent accordés ; et l'on arrêta ensuite qu'aucun officier

(i) AnD. hib. ann. i3i8. Ryni. m, yôy. Son opiniâtreté fat cause de sa mort. Il ne voulut pas attendre ses compagnons qui étaient très prés de lui, Lel. coll. ii. 5^j, III. 3i

royal ne'pourrait acquérir de terres dans retendue de^sou ressort, ou lever de provifiions que daos un cas de nécessité , avec la permission du cQn* tcil, et sur un ordre de la chancellerie (i).

Pour ne pas interrompre la chaîne des éyène^ ments, j'ai conduit la guerre d'Irlande jusqu'à la catastrophe d'Edouard Bruce x noua revien»^ drons maintenant aux affaires de l'Angleterre* Le peuple , au milieu des horribles calamités qui l'aecablaieqt, arait pçrdu le souvenir du désastre de Bannock-burn. Depuis trois ans , il gémissait sous les deux plus cruels fléaux qui puissent affliger le genre humain , la famine et la peste. Une récolte insuffisante, en i3i4> avait fait naître des craintes i les marchands de Nevireastle , et probablement ceux des autres ports , obtinrent du roi la permission d'acheter du blé en France et de l'importer en Angleterre. Mais le secours fut si faible, que le parlement, asseob» blé au mois de février (i3i5 , 3 «v,), fixa un maximum pour le prix des denrées (a). Cette mesure ne produisit aucun avantage.Malgré le règlement,

(i) Rot. pari. I, 386- Ryley , 56g , 574.

(2) Voici Ici prix tels qu'ils ftircnt fixés i

Un bœuf gras , nourri avec du blé , 24 sh. ; — nourri sans blé , 16 sh. ; une vache grasse , 12 sh. ; un cochon gras , de deux ans, 3 sh. 4 <^-t un moutpn gras avec sa toison, i sh. S d. tondu , I sh. D d. ; u^e oie gvuse , 2 dep, et doioi. ; un cb*^ pbn gras, a d. ; une poule gr«840 > 1 4* ; d^us pealtlA , 1 d. |

ÉDOUAED IX. 495

le prix de chaque article augmeùto rapidement t le froment 9 les pois et les fèfes se Tendirent jusqu'à vingt shillings le quarter : et la famiUf royale même trouvait difficilement le moyen de se procurer du pain pour sa table. Malheureuse* ment Tannée suivante fut extraordinairement pluvieuse et orageuse : la pluie endommagea les premiers blés, les autres ne parvinrent pas à maturité, et avant Noël la disette de Tannée pré<* eédente s*était doublée. Pour surcroît de cala*mité, une maladie pestilentielle se répandit sur le bétail : Tinsuf&sance de nourriture, jointe à la mauvaise qualité des aliments, développa parmi le peuple des dyssenteries et d'autres désordres épidémîques. (i3i6, a fév. ) L'expérience ayant ilémontré au parlement qu'il avait commis une erreur, il annula le maximum (i); et le roi, à la sol* licitation des citoyens de Londres , suspendit le roulement des brasseries à bière; mesure « sans la^ » quelle non seulement les indigents mais encore »la classe moyenne devait infailliblement mou- > rir de besoin et de misère. » Le prix des denrées continua pourtant à augmenter tellement, que le quarter de froment se vendit dix fois au-delà de sa valeur ordinaire ; et les pauvresse trouvèrent ré*

quatre pigeons, i d.; vingt-quatre œufe , i d. Wals. io6,i07> Brady, lao.

(i)Rot. parLi, 35i.

484 HISTOIIB D'ANGLETERRE.

duits à se nourrir de racines, de chevaux morts, de chiens etdes plus dégoûtants animaux. On prétend même , et , pour Fhonneur de la nature humaine, nous nous abstiendrons de le croire, que des hommes dévorèrent les corps de leurs compagnons, et des pères ceux de leurs enfants (i).

La continuité de cette horrible détresse avait appris à l'homme le plus extravagant à économiser ses ressources. Plusieurs seigneurs renvoyèrent de leurs châteaux une foule de domestiques et de dépendants dont ils étaient habituellement entourés. Ces infortunés, sans appui, sans secours, ne trouvèrent de moyens de subsistance qu'en pillant leurs premiers maîtres ou leurs voisins inoffensifs. Tous les comtés étaient infestés de bandes de voleurs , dont la rapacité désespérée ne pouvait être réprimée ni par la terreur ni par les punitions légales. Les habitants furent forcés de se réunir pour lem sûreté commune. Les associations s'opposèrent aux associations : on s'infligea de part et d'autre des châtiments sommaires ; la vengeance s'en mêla , et toute la contrée ne fut qu'un vaste théâtre de rapine, d'anarchie et de meurtres (2).

Durant cette période de détresse sans exemple, les Écossais, enhardis par leur dernière victoire.

(i) Wals. 107, 108. Trokel.37. Mon. Malins. 166. (a) Wals. 107, log.

et par la timidité de leurs ennemis, se répandirent plusieurs fois sur les frontières, et ravagèrent avec impunité les comtés situés au nord ; à Test ils étendirent leurs déprédations jusqu'yaux rives du Humber , et à Touest jusqu'à la rivière de Lune. Les efforts des habitants pour arrêter les progrés des pillards tournaient invariablement à leur destruction, et les dissensions qui existaient entre le roi et les principaux barons rendaient inutiles tous les projets de défense et de représailles formés par le conseil du roi. Les barons persistaient à demander et le roi à refuser Fexécution des ordonnances. S'il les sommait de remplir leur devoir au parlement ou de l'accompagner contre lesEcossais, ils alléguaient constamment que jusqu'à ce que les ordonnances fussent en vigueur leur présence pouvait amener des conséquences fatales pour eux-mêmes. Enfin, et pour le momentjcédant au poids des circonstances, Edouard parut y acquiescer. Le comte de Lancastre fut placé à la tête de l'administration (i) ; et les ba-

(i) Le 3 mars i3i6 , le comte consentit à ren^plîr les fonctions de président, en y mettant ces trois conditions : qu'il lui serait permis de se retirer si le roi refusait de suivre son avis ; que rien d'important ne serait fait sans qu'il eût été consulté ; et enfin que les conseillers inutiles , de temps à autre, seraient congédiés par l'autorité du parlement. D'après sa demande, ces conditions furent enregistrées. Rot. pari, i , 35a.

rons se flattèrent d'avoir emporté leur mesure favorite. Mais le roi , comme il lui arrivait souvent, profita de la première occasion pour s'affranchir de la domination de ses sujets ; et il trouva toujours parmi sa noblesse des amis dévoues, prêts à unir leur sort à celui de leur souverain. Les deux partis ne se virent plus qu'avec méfiance et aversion ; l'apparente harmonie dans laquelle ils vivaient, couvrait à peine leur animosité réelle ; él le plus léger incident, un procès, une querelle particulière , pouvait rallumer leur h^ine dans toute sa première fureur. De part et d'autre, on s'accusait d'avoir fait une alliance clandestine avec le roi d'Ecosse. Lancastre prétendait qu'en arrêtant un messager, il s'était rendu possesseur d'un acte original signé par Edouard lui-même. Il est difficile de croire qu'on ait été trompé par une fausseté si palpable. Les royalistes usèrent de représailles, et appuyèrent leur assertion de présomptions si grandes , que le comte jugea nécessaire d'offrir le gage de bataille à tout homme qui oserait renouveler Taccusatîoû.

Si le rpî d'Ecosse comptait snr ces divJsioDS pour la tranquillité de son royautbe, lorsqu'ils'embarqua pour Flrlande afin de porter des secours à son frère, ses espérances ne fqrent pas déçues. Edouard se rendit en toute hâte à York j fit les préparatifs nécessaires ; somma s^s te-

ÉDODAKt) II. 4^7

ââDciera militaires de le suivre à Newcastle ; mais les grandà barons lui désobéirent , et par cette désobéissance lui firent perdre une si précieuse occasion. Jje roi demeura dans le nord pendant quelques mois : et le projet d'invasion se changea en quelques incursions et quelques pillages, qui tournaient presque toujours au désavantage des agresseurs. Il revint à Londres ^ pour y rejoindre les cardinaux Joscelin d'Ossat et liUcas de Fiesque, les légats de Jean XXII. Ce prélat venait de monter sur le trône papal, et il désirait signaler les commencements de son pontificat ^ en terminant la guerre destructive qui, depuis plus de dix ans, était allumée entre l'Angleterre et rÉcosse. Les légats étaient porteurs de différentes lettres du pape pour exhorter les deux princes à la paix, et d'une bulle, dans laquelle, de sa propre autorité, il proclamait une trêve pour deux années , comme un acheminement à une paciGcalîop durable. Edouard se soumit respectueusement à un mandat qu'il avait probablement sollicité en secret , et il proclama immédiatement ses ordres pour la suspension des hostilités. Les cardinaux s'avance-* rent jusqu'à Durham(i), et envoyèrent deman«

(i) ïk étaient accompagnes de lord Henri Beanmont, et de son frère Louis , éhx évêqxus de Durham. Entre Kashiflbrd et Ferry - Hill, à six lieues de Darlington , ils furent attaqués

der un sauf-conduit à Bruce , qui était revenu dans ses états. Après beaucoilp de difficultés et de délais affectés , les messagers furent admis devant le roi. 11 les écouta avec un respect simulé pour l'exhortation du pontife , mais il refusa d'ouvrir les lettres des légats 9 sous prétexte qu'elles étaient adressées au noble lord Robert de. Brus ^ le gouverneur de l* Ecosse. I^s messagers lui firent observer que, puisque la discussion était encore pendante,, il ne convenait pas au saintsiége de donner i l'une des parties un titre qui pouvait préjudicier aux droits de l'autre : «Mais » vous me donnez , répliqua Bruce , un titre qui • préjudicie à mon droit. Je suis roi; les puis- » sances étrangères me reconnaissent pour roi. Je »ne puis recevoir des lettres qui ne me soient »pas adressées comme roi , et je ne puis répon- »dre à votre requête jusqu'à ce que j'aie consulté

par une bande de voleurs qui s'étaient cachés dans le boisd'Ache. Les cardinaux furent de'pouilles, mais ils purent continuer leur voyage. On retint les Beaumont jusqu'à ce qu'ils eussent payé pour rançon une somme exorbitante. Rym.>iii,663, 0^^ 669. Ang. Sac. i , jSS. Gilbert de Midleton, capitaine des voleurs, apprenant l'arrestation de son cousin Adam de Swinburn , appela sous ses étendards une foule de proscrits et d'aventuriers , et pilla impunément les comtés de Northumberland et de Durliam. Quelque temps après, il fut pris par trahison au château de Mitford , et reçut la mort à Londres comme traître. Scala , ohr. in. LeJ. Coll. u, 548.

t mon parlement. Vous entendrez parler de moi «après la fête de Saint-Michel (i)« » Les légatâ retournèrent à Londres , et long-temps après l'époque déterminée, ils reçurent une réponse signée par Bruce, par ses comtes et ses barons, établissant que jusqu'à ce qu'il fût reconnu roi d'Ecosse, il n'entrerait dans aucune négociation ni avec eux, ni avec leurs envoyés (2). Humiliés de ce refus, les légats publièrent à Londres, avec les solennités ordinaires , la trêve du pape , et ordonnèrent à Adam Newton , gardien des frères mineurs à Berwick , de notifier cette publication aux Ecossais. Newton exécuta cet ordre avec quelque adresse; il obtint* un sauf-conduit pour Old Cambus , où les Ecossais étaient occupés à faire des préparatifs pour le siège de Berwick. ( i6déc. ) Bruce refusa de le voir ou de recevoir ses lettres; mais il saisit cette occasion pour proclamer la trêve à voix haute, au milieu de la multitude qui l'environnait. On lui ordonna de partir sur-le-champ, en lui refusant le passeport qu'il demandait; et avant qu'il fût encore loin, quatre hommes l'arrêtèrent, lui volèrent

(i)Ryra* m, 661, 663.

(2) Rym. III , .798. Lord Halles s'est mëprîs sur l'objet de celte bulle. Elle autorisait les cardinaux à continuer la discussion , quoique leur légation fût terminée : elle contient plusieurs particularités historiques qui ne se trouvent point ailleurs.

49<^ UISTOItË B'AltaZ.«TEEftE.

M0 lettres , et le quittèrent après Ystoit mthraifè. Le frère cependant continua son chcBEiin pour Berwlck , glorieux d'avoir rempli Tobjet de sa mission (i). '

( i3ig. ) Malgré la trêve du pape , les Écossais continuèrent leurs efforts pour réduire Berwîcl : il n'était pas probable qulls fissent beaucoop de progrès durant la rigueur de lliiver ( «8 «ar*. ); mais les citoyens reçurent dans la tîHe un traître, nommé Spalding, qui entretenait une carres* pondance arec l'ennemi. Il lui livra le poste confié à sa garde : la ville fut surprise ; et peu de Jours après le cbâteau se rendît (a). La prise de Beirwick fut suivie de la reddition de Wark, Harbottlc etMîtford : Northallerton, Boroughbridge, Scarborough etSkîpton furent brûlées; etRippon eût éprouvé le même sort , si cette ville ne se fût rachetée au prix de mille marcs d'argent. ( juill. ) Irrités de cette conduite , les cardinaux déclarèrent solennellement que Bruce et seê partisans avaient encouru l'excommunication fulminée d'avance contre ceux qui violeraient la trêve ( 25 août. ) ; et prenant congé d'Edouard, ils retournèrent à la cour du pape à Avignon (5)»

On regarda la perte de Berwick comme un

(i) Rym. 683 , 79S.

(2) WaHs. m , Moor. Sgr. Barb. 347.

(3) Rym. 707 , 799 , 800 , 858.

malheiir pbblie; et le copte do Lancd»tre et $e» p^irtisans se réunirent à Edouard pour la repren«àve. On in^eatrt cette ville de tous côtés : efie était défendue par une nombreuse garnison , commandée par le sénéchal d'Ecosse. Bruce mit tons ses soins à faire leter le siège; mais déses^ pérant du succès-, il enroya quinze mille hom* mes commandés par Randolf et Douglas , afin de surprendre la reine Isabelle à York . et de rafager la contrée. Ils échouèrent dans leur premier dessein ; mais ils poussèrent si Wn là dévasta tion et le pillage , que l'archevêque, à la tête de la milice du corbté, se détermina à les combattre à Boronghbridge. Il fut défait. Trois cents ecclésiastiques, et dix fois plus de laïques, périrent , les ans par le fer de l'ennemi , les autres dans la rivière. Cette désastreuse nouvelle parvint bientôt an camp devant Berwick. Elle ranima les anciennes dissensions : les barons dn m^idi proposèrent de continner le siège ; maie lancastre se retira avec ses amis. Ildoward, affi^ bli par lenr absence , fit d'inutiles efforts pour empêcher la retraite des Écossais (1); et fatîgujé de ses pertes multipliées , il commença à désirer la paix, tandis qu« son ennemi jae désirait pas moins se réconcilier avec la cour de Rome. Les premières propositions de négociation vinrent

(i) Walls. 1 12. Ford, xii ,5y. ^

4gs HiSTOiBE d'Angleterre.

des Écossais : Bruce reocoçà à prendre letiu^e de roi, et Voa conclut une trêve pour deux ans, entre t Edouard, roi d'Angleterre, et sir Robert »de Brus pour lui et ses partisans (i). »

Le roi d'Ecosse profita de cette suspension d'hostilités pour essayer de faire sa paix aVec le saint-siége. ( 6avril, iSao. ) Il assembla un parlement à Aberbrothick , et une lettre signée de huit comtes et de trente-un barons fut envoyée au pontife par les messagers du roi , au nom de toutes les communes de l'Ecosse. Cette lettre disait que les Ecossais s'étaient établis au nord de la Grande-Bretagne, douze cents ans environ après le passage de la mer Rouge, et qu'ils avaient été convertis à la foi catholique par les prédications de l'apôtre saint André; qu'ils avaient toujours joui de leur indépendance jusqu'à ce qu'Édouatd V eût saisi, comme occasion de leur imposer le joug de l'Angleterre, le moment même où leur trône était vacant ; que de puis, ils avaient été affranchis du joug anglais psir Robert de Brus , que d'un consentement unanime ils avaient élevé aju trône , auquel il était appelé par la divine Providence qt ses droits légitimes d'hérédité qu'ils étaient déterminés à maintenir; mais que s'il les abandopnait , ils le traiteraient en ennemi, choisiraient un autre

(i) Rym. III , 806, 809.

roi , et défieraient la puissance de l'Angleterre aussi long-temps qu'il resterait encore cent Écossais vivants. La liberté était leur objet : et cette liberté , aucun homme sage ne voulait lui survivre. — Après avoir ainsi , datis le langage le plus énergique 5 exprimé leur résolution , ils demandaient au souverain pontife d'employer son influence sur le roi d'Angleterre , pour l'engager à se contenter de ses propres domaines , qui jadis paraissaient suffisants à sept rois; et à laisser aux Écossais leur sol stérile , la plus reculée des terres habitables , mais qui leur était Xîhére , parcequ'elle était à eux , et que leur but Inique était de la posséder en paix. — Ils coji*clu aient en ces termes : « Si toutefois votre sain- » teté écoutait trop favorablement les rapports de »nos ennemis, et persistait à favoriser les pré-

• teiittions de l'Angleterre, nous vous rendrions

• responsable devant Diea de la perte de notre »vie, de la damnation de nos âmes, et de toute » autre calamité qui pourrait naître de la continua- » tion de la guerre entre les deux nations. Nous «sommes vos enfants, respectueux autant que » notre devoir nous l'ordonne : nous avons pour »vous, comme le représentant de Dieu, l'obéisi sance qui vous est due ; mais à Dieu, comme au » souverain Juge, nous commettons la protection » de notre cause. Nous mettons tout notre espoir »en lui, assurés qu'il nous rendra capables d'agir

494 HISTOIRB d'aH^LCTERKE.

> vaiitûmment y et qu'il terrasseru tam not mm* »fnîi(i). •

C^tte lettre convainquît le pontife que la catise d*Édouard était désespérée. Il traita les envoyés avec bonté , et à leur requête il consentit à suspendre pour une année le procès intenté au ro! d'Ecosse , et à lui accorder ensuite tan délai supplémentaire de six mois. H écrivît une lettre au roi d'Angleterre, l'exhortant vivement â profi* ter de la circonstance pour conclure une paix utile et durable. Edouard y consentît : des commissaires furent nommés par le pape et lé roî de France , pour se réunir en congrès : et on attendît avec Tîonfiance un résultat favorable de ceU^ assemblée. Mais les conférences , sî on en .tînt ijuelques unes , traînèrent en longueur : le roi d'Angleterre était trop occupé de la révolte de «es barons pour se livrer â d'autres affaires ; et Bruce espérait , en aidant les rebelles , obtenir des conditions plus favorables qu'en traitant avec leur souverain (2).

Il était dans la singulière destinée d'Edouard, ou de ne pouvoir vivre sans un indigne favori, ou de n'admettre personne à son intimité sans blesser l'orgueil de ses. barons. Lancastre avait jadis obligé le roi d'adopter une de ses pro-

(i) Ford. »ii, ^f 3. Anderson» diplom. Scot. tab. tu. (a) Rym. ui. 8^6 , 848 , 867 , 884? 89 1 .

près oréatttfes pour rtmpUr l'office de cham» bdllan. C'était ud jeyine homme nomma Hugues Spenser , qui • par se» talents et son zèle , se fut bientôt concilié l'estime de son^souvemn. Il atw riva par degrés à disposer à Yolonté dies fa?euri du roi : et son mariage avec la ûUe du dernier comte de Glocester le mit en possession de la plus grande partie du comté de Glamorgan, t'ac^ eroissement de son opulence éreilla la jalousîâi de ses anciens supérieurs* On le représenta comme un homme hautain, avare et ambitieux, épithètes qui, dans la bouche de ceux qui las lui appliquaient, ne prouvaient peut-être autre ehose si ce n'est qu'en se dévouant au service de son^ prince, [il en avait été dignement récompensée Il arriva que Jean de Movirbray avait , sans demander l'autorisation royale, pris possession d'une terre appartenant à son beau-père , et contiguë au domaine du favori. Il prétendit avoir seule-» ment profité de la liberté des frontières, Spenser soutint qm par cette omission U fief était dé-* volu par la loi à la couronne. Les seigpQura des marches se réunirent aussitôt pour la défense de leurs droits : à la tête de huit cents hommes d'armes , de cinq cents cavaliers et de dix mille fantassins , ils pénétrèrent sur les terres du favori, s'emparèrent de ses dix châteaux, et brûlée rent, détruisirent, ou emportèrent tous les bfeqs meuble« d«3es viogt^rois manoirs. Après cet

49^ HISTOIIUES D'ANGLETERRE.

exploit, ils s'avancèrent dans le comté dTork ( aS juin. ) > et réclamèrent la protection du comte de Lancastre , le patron et l'instigatear de toutes les factions. On rédigea une convention , signée d'une part par le comte de Herefort et les seigneurs des frontières; de Tautre, parle comte de Lancastre, et trente-quatre barons et chevaliers. Par ce traité , dont le prétexte était la gloire de Dieu et de la sainte Église , le bien du roi et de sa famille , ces seigneurs s'engagèrent respectivement à poursuivre les deux Spensers père et fils, jusqu'à ce qu'ils fussent tombés entre leurs mains, ou qu'ils fussent envoyés en exil. Le malheureux père, dont le destin se trouvait ainsi lié à celui de son ûls , était un respectable gentilhomme, fort avancé en âge, qui, ce semble, n'avait commis d'autre crime que d'avoir donné le jour au favori, et peut-être exercé quelque influence au conseil du roi. Lancastre conduisit les confédérés vers la capitale , leur permettant de vivre à discrétion pendant leur marche , et de piller les biens qui appartenaient au vieux Spenser (i). Par un message qu'il envoya de

(t) Je transcrirai ici Pestiroatioii de leurs pertes , faite d'après le rapport des deux Spenser au parlement,. afin que le lecteur puisse se former une idée de ce qui constituait le bien d'un gentilhomme de ce temps.

. lie yieux Spenser .^-Le blé qui se trouyait dans les granges

Saînt-Alban à Edouard , il demandait le bannissement du père et du fils , et un acte d'indemnité pour les barons confédérés. Le roi répondit avec fermeté que le vieux Spenser était employé à son service par-delà les mers , et que son fils, avec sa flotte , gardait les cinq ports ; qu'il ne punissait jamais les accusés sans qu'ils eussent la possibilité de répondre à leurs accusateurs ; et que le serment qu'il avait prononcé à son avènement, au trône lui défendait de pardonner ^ux hommes qui troublaient la tranquillité de son royaume (i).

Le parlement était alors assemblé à Westminster ; et Lancastre, s'avançant vers Londres,

el le blë reste sur Taire ; TÎDgt-huit mille moutons; mille bœufs et gdaisses; douze cents vaches, avec leurs veaux de deux ans ; quarante juments; cent soixante chevaux de charrette; deux milJe porcs ; trois cents chèvres ; quarante tonnes de vin ; six cent une flèches de lard ; quatre-vingts pièces de bœuf et six cents de mouton dans l'ofilce ; dix tonneaux de cidre; des aimes et des armures pour deux cents hommes.

.Le jeune, — quarante juments avec leurs poulains de deux ans ; onze étalons ; cent soixante génisses ; quatre cents bœufs; cinq cents vaches avec leurs veaux de deux ans; dix mille moutons ; quatre cents porcs ; des armes et des armures poui^ deux cents hommes ; son blé sur Taire ; les provisions de ses châteaux , telles que vin, blé , miel , sel , viande salée , poisson salé; les redevances de ses tenanciers montant à mille 1. et ce qui lui était dd à trois mille livres. Voyez Rot. pari. lu^

(i) Wals. ii3, n4. Moor. SgS. Ad Murim. 55, m. 3t

49^ HISTOIRC D'ANGLETERRE.

ayaît cantonné ses troupes dans les environs de Holborn et de Clerkenwell. Les confédérés passèrent quinze jours en consultations secrèles. Enfin ils se rendirent à Westmfnster, remplirent la grande salle dliommes armés (19 tout.), et, sans faire connaître au roi leurs intentions, ils présentèrent un acte qui devait être lu. C'était Tacte d'accusation contre les Spensers, reposant sur onze chefs principaux (1), et leur

(1) Le premier article rapportait un ëcrit du jeuoe Spenser , et Ton pensa qu'il enseignait la trahison. Comme il est curieux , je vais le faire connaître.

« L*hommage et les serments d'allëgeance concernent la 3 couronne plus que la personne du roi , et lient plus à la «couronne qu'à lui-même: il résulte delà qu'avant d'être 1) couronnée, la personne n'a droit d'exiger aucun hommage, » et dans le cas où le roi ne serait pas guidé par la raison , 9 dans l'exercice des droits de la couronne , ses sujets liges

V sont obligés, par le serment à la couronne, de faire rentrer • le roi dans les limites de ses devoirs, sinon , ils ne rejnpli- » raient pas leur serment. Reste la question de savoir com- » ment le roi peut être ramené, par une poursuite légale ou par »la force? Par une poursuite en justice, nul ne le peut; car y si le roi ne peut avoir d'autres juges que ceux nommée par le » roi , il s'ensuivrait que si sa volonté n'était pas conibrme » à la raison , l'erreur serait maintenue et confirmée. U 3» résulte encore que, pour obéir au serment d'allégeance, 3» lorsque le roi ne veut pas réparer les injustices , et qu'il ne » change pas ce (fui est mal pour le peuple ou dangereux pour 1» la coùromie, on doit l'y amener par la force ; car, aux ternes B de leurs serments respectifs, le roi est tenu de gouverner son

V peuple > et ses sujets liges sont tenus de l'aider à gouveitier

imputant d'avoir usurpé le pouvoir royal ♦ d'à- Toiréloigné le roi des grands du royaume, nommé des juges qui ne connaissaient pas les lois « conseillé des mesures inconstitutionnelles, et misa prix les grâces que toutes personnes sollicitaient de la couronne. Il finissait par ces mots; c C'est » pourquoi, nous, les pairs de cette terre, comtes »et barons, en présence de notre lord, le roi , 0 faisons savoir que Hugues le Despenser , le fils, »et Hugues le Despenser, le père, sont déshérités

• pour toujours, et bannis du royaunje d'Angle-

• terre pour n'y jamais rentrer, à moins que le » roi, les prélats , les comtes et les barons, réunis »en un parlement dûment convoqué à cet effet, »n'y donnent leur consentement; et qu'ils aient

• à quitter le royaume, par le port de Douvres,

• avant la fête prochaine de saint Jean-Baptiste ; et

• s'ils n'avaient pas quitté l'Angleterre à cette époa que, ou qu'ilsy fussent rentrés, qu'ils soienteoa- » sidérés comme ennemis du roi et du ifoyaume,

• et traités comme tels. • Les prélats protestèrent contre cette sentence ; mais le roi et les barons qui lui étaient dévoués , intimidés par l'appareil hostile qui les entourait , y donnèrent leur

9 et de gouverner à son dëfaut.» Statuts et Lois. vol. x, app. p. i6. Rot. pari, m , 363. Il est étrange que les barons aient regardé cette doctrine comm* une trahison ftu momtill mémt où elle servait de réglé à leurs acti<ms.

500 HISTOIEE D'ANaiXTEEUE.

assentiment Le bannissement des deux Spensers fut dûment enregistré, et un pardon général accordé au comte et à ses associés, pour tous les délits commis par eux et leurs troupes depuis le commencement de février (i ).

Deux mois s'étaient à peine écoulés depuis cet événement, que le roi , qui sentait combien il avait porté atteinte à son autorité , trouva roccasion de s'en venger. La reine , dans un voyage à Canterburj, proposa de loger durant la nuit au château royal de Ledes. Edouard en avait confié la garde au lord Badlesmere , homme qui dernièrement avait vendu les secrets de son maître a«x confédérés, et avait obtenu , à leur sollicitation, un pardon spécial pour ses offenses (2). 11 était absent ; mais lady Badlesmere refusa de recevoir la reine ; et, durant la discussion qui eut lieu, plusieurs serviteurs du roi furent tués. Isabelle se plaignit hautement de cet outrage Les sentiments chevaleresques de la nation se réveillèrent , et le roi se vit forcé de demander et de poursuivre le redressement de cedélit. Badlesmere prit fait et cause pour sa femme, et les seigneurs des frontières s'avancèrent pour Tcniràson secours. (3ioci.)Mais Edouard s'empara du château , fit pendre Colepepper , le gouverneur, avec

(i) Stetuts , 18. Rot. pari, i , 564.

(3) Rjrm. in , 890. Stat. x , App. 19.

iDoxJARD 11. Soi

onze de ses chevaliers , envoya les autres à différentes prisons, et confina dans la tour lady Badlesmere et ses fennimes (i).

Cet acte de vigueur sembla donner une nouvelle vie aux amis du roi; un grand nombre vinrent lui offrir leurs services , et les deux Spensers rentrèrent successivement en Angleterre. Le jeune Spenser, pour obéir à la loi, se constitua prisonnier ; mais en o^me temps il représenta que le jugement déjà prononcé contre lui devait être cassé, i* parcequ'il n'avait jamais été appelé en cour et qu'on ne l'avait pas sommé de répondre , a® parceque le procès blessait les formes établies par la grande charte, et 3* parcequ'il avait été condamné par des hommes qui, au mépris des ordonnances du roi , s'étaient présentés à main arm^e au parlement. Edouard renvoya la pétition à l'examen des prélats , qui furent alors convoqués et rassemblés, et il requit leur avis. Ils répondirent qu'ils avaient toujours protesté contre le jugement, comme contraire à la loi , et qu'ils demandaient qu'il en fût rappelé. Les quatre comtes de Kent, de Richemond , de Pembroke et d'Arundel , se joignant aux prélats, déclarèrent que la crainte avait seule pu arracher leur consentement; et le mo-

(i) Rjm. III , 897 , 898. Wals, ii4 > ii5. Moor. SgS. Tro« k«t 52k Lel. Coli* 1 , 373.

Soi UI8T0IBI 1>'A1I€IBTER11S.

narque, fort de leur opinion , reprît avec joie 80U8 sa protection royale le favori et son père , jusqu'à, ce qu'un parlement s'assemblât pour casser la sentence qui pesait encore sur eux (i). La popularité du comte de Lancastre était depuis quelque temps sur son déclin. Il était évident que Topiniâtreté qu'il avait mise constamment à s^opposer aux mesures du gouyernemeût contre les Ecossais avait contribué à leur succès pendant leur désastreuse invasion. On était convaincu que s'il n'eût pas quitté précipitamment ràrméc devant Bcrwick , cette place eût été prise ; et que Bfuce avait acheté son départ au moyen d'un présent de quarante mille livres. Peutêtre cette accusation est-elle inventée paï ses ennemis ; mais, après le retour des Spensers, ses intelligences cHminelles avec les Ecossais sont prouvées par des documents originaux , encore existants. Il somma aussitôt touslesbaron^de son parti de le rejoindre en grand conseil à Doncaster (agnov.), et bientôt après il envoya un émissaire, Richard de Topcliffe, pour conférer avec Douglas au château de Jedburgh. ( 7 dëc. ) La fiève devait expirer dans quinze jours: les Ecossais, sous Randolf et Douglas , se jetèrent dans le No^ thumberland (ai déc.) , et Topcliffe reprît ses négociations à Corbridgé. Il fut enfin conclu qu'à

(1) Rot. pari. III , 36a., 363. Rym, m ,907.

tin jour fixé , lé roi d'Ecosse , Randolf et Bouglas, avec leurs troupes, se joindraient aux comtes de Lancastre et de Hereford, qu'ils épouseraient leur querelle à la vie et à la iport, qu'ils protégeraient leurs amis et lés vengeraient de leurs ennemis; mais que , sous aucun prétéxtfe , il» n'étendraient leurs conquêtes sur le royaume d'Angleterre : et que, d'une autre part, les comtes n'agiraient jamais contre les Écossais, mais qu'ils feraient de leur nlieux pour que Bruce restât paisible possesseur de ses domaines- A la même époque, le roi , prévoyant ce qui se passait , avait rassemblé ses forces. (iS janv. ) Comme il s'avançait , les seigneurs des marches brûlèrent Brîdgenorth , et se bâtèrent de rejoindre le comte de Lancastre. Le château de Tickhill fut assiégé par l'armée unie des confédérés. Ce château résista à leurs efforts jusqu'à l'arrivée d'Edouard ; alors les insurgés s'emparèrent de Burtonsurla Trent, et, pendant trois jours, ils défendirent un pont sur cette rivière. Mais les royalistes passèrent la rivière à gué ( i© mars.), et Lancastre se retira entoutehâte dans le comté d'York. Arrivéà Pontefract, il écrivit au roi d'Ecosse, en son propre nom et en celui de Hereford et de ses associés ( i), et il continua sa retraite avec sept cents hommes de cavalerie , dans l'espérance de rencontrer l'ar-

(i)Rym. 907 , 924, 938.

5o4 HISTOIRE d'Angleterre,

méç de ses alliés. A Boroughbrîdge , sir Simon Ward, gouverneur d'York , et sir Andrew Harclejf, gouverneur de Carliste, qui avaient réuni une force considérable sur le bord opposé de la rivière , s'opposèrent à ses progrès. Hereford essaya de se frayer un chemin à travers le pont, mais il fut tué par un Gallois posté au-dessous, qui, à travers une crevasse, passa sa lance dans le corps du comte. Lancaslre avait conduit sa troupe à un gué, mais elle fut repoussée par les archers sur la rive opposée. Il offrît des présents à Harcley , qui les refusa ; et alors il sollicita une trêve jusqu'au matin suivant. Un faible rayon d'espoir animait encore son courage. Il était possible que les Ecossais arrivassent pendant la nuit. Mais son espérance fut déçue : au point du jour son sort fut décidé ; et lorsqu'il reçut une sommation de se rendre, il se retira dans la chapelle, et, regardant le crucifix, il s'écria : « 0 mon Dieu I je jne rends à • toi, et n'espère qu'en ta miséricorde! » Les vainqueurs le conduisirent à York , et de là à son château de Pontefract (i). En général , lors-

(i) Ryra. m , 987 , gSi , 934 , gS; , 940. Knyghton , 254o. Lel. Coll. II > 4^4* il f^*^ probablement conduit à Pontefract, parce(|u'au retour d^Édouard du siège de Berwick , le comte et toute sa suite sortirent du château, et se moquèrent du roi qui passait par là. Acclamerunt in fpsum regem vilissime et contemptibiliter. Rjm. m, y58. Wals. 116.

que les rois d'Angleterre étaient parvenus à étouffer la rébellion de leurs barons, ils se contentaient des punitions féodales de la confiscation et de lexil; mais Edouard, irrité parles affronts qu'il avait supportés , et persuadé que sa douceur encourageait à la désobéissance, se détermina à effrayer les mécontents par sa sévérité. C^est à ce motif que l'on doit attribuer l'exécution de seize captifs. Le sort du comte de Lancastre fut peut-être aggravé par le souvenir de la part qu'il avait prise au meurtre de Gaveston. (aa mars.) H fut cité detantle roi, six comtes et les barons royaux ; aucun ne doutait de sa culpabilité; on pensa qu'il était inutile de parler pour sa^léfense : il fut condamné, comme traître, à être traîné, pendu et mis en quartier. Comme il était d'extraction rojale , Edouard commua ce supplice ignominieux; il ordonna qu'il fût décapité; mais les spectateurs et les ministres de la justice, pour faire preuve de loyauté, accablèrent d'indignités la malheureuse victime. Tandis qu'on lé conduisait au lieu de l'exécution , sur un petit cheval gris sans bride, son confesseur et un frère prêcheur à ses côtés, on lui jetait de la boue, on l'insultait du titre de roi Arthur, nom qu'il avait pris dans sa correspondance avec les Ecossais (i). « Roi du ciel,

(i)Rjm. ni,9a6.

5o6 HisToi&i d'angxiïeees.

tB*écria-t-îl , accorde-moi merci , car k roi de la »terrem*a abaDdonné. » La cavalerie s'arrêta sur une éminence hors de la fille , et le comte s'agenouilla , le fisage dirigé à Test ; mais on lui ordonna de se retourner au nord, afin de porter ses regards vers ses amis; et comme il était dans cette position, sa tête fut tranchée par uû exécuteur de Londres (i).

De Pontefract, Edouard revint triomphant à York , où le parlement était assemblé. Tous les membres étaient ou se prétendaient royalistes, et toutes les mesures proposées par la couronne passèrent sans opposition. Les ordonnances subirent un examen rigoureux : quelques unes furent confirmées comme avantageuses à la nation , et les autres déclarées inconstitutionnelles et portant atteinte aux prérogatives de la couronne. Pour prévenii désormais toute tentative semblable à celle des • ordonnateurs! on dé* cida qu'à l'avenir aucune disposition faite par les sujets du roi , en vertu de quelque commission que ce fût, ne serait valable , si elle portait préjudice aux droits du souverain : et que toutes les lois relatives « à la situation de la couronne, » du royaume et du peuple seraient proposées ,

(i) Rym. m , 939. W^ls. 116. Lel. Coll. r , 464,465, 474' £)ix-lïuit autres personnes furent exécute'es dans différentes villes.

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tdiscutées et confirmées par le roi'cn plein par* tlement, avec rassentîment des prélats, des com- /tes , des barons et des corporations ou commu- »nautés du royaume. » On s'occupa aussi des pétitions des Spensers : on y fit droit, et la sentence prononcée contre eux fut effacée des registres. Le père fut créé comte de Winchester ; il reçut en dédomma^ment de ses pertes plusieurs domaines provenant de confiscation. Le fils reprit son premier ascendant ; mais au lieu de se rappeler le sort de l'infortuné Gaveston, il se fit gloire de marcher sur les traces de ce favori, et il prépara sa perte et celle de son royal bienfai-* teur , par son ostentation et son arrogance.

La victoire qu'Edouard avait remportée sur ses ennemis domestiques lui donna l'espoir d'effacer la tache deBannock-Burn,et de reprendre st suzeraineté sur le royaume d'Ecosse. Dans cette intention , il assembla la plus nombreuse armée qu'on eût vue depuis long-temp^ en Angleterre. Mais cette force apparente ne prouvait que sa faiblesse réelle ; et l'impossibilité de fournir des provisions à cette multitude, déti*uisît bientôt les espérances du roi et de la nation. Les Écossais, en se retirant, ravagèrent tout le pays ( la août. ) qui se présentait à eux ; les Anglais ne pouvaient ni poursuivre l'ennemi qui fuyait, ni subsister dans un désert ; et Edouard , après s'être avancé jusque sur les bords du Forth , fut forcé de repartir sans

5oâ HISTOIBE ]>'Alf«I.ET£RRE.

avoir fait aucune action d'éclat , ou achevé la moindre conquête. Ce ne fut pas sa seule disgrâce : ayant nomnaé des gardes pour les frontières et licencié son armée, il se croyait en toute sûreté dans le comté d'York. Mais les Ecossais avaient formé le projet de le surprendre. Après avoir marché jour et nuit, ils panirent tout-àcoup devant l'abbaye de Biland ^ où le roi s'était retiré , ils attaquèrent les chevaliers qui l'accompagnaient (i4octobre.), et firent prisonnier Henri de Sully , gentilhomme français^ et Jean de Bretagne i comte de Rîchemond. Edouard s'enfuit précipitamment à York. Les Écossais l'y poui^suivirent ; ils restèrent jusqu'au soir aux portes de la ville, en défiant la garnison ; et à leur retour, ils ravagèrent la contrée, sans trouver d'opposition (i).

L'opinion générale était que quelque commandant des frontières avait facilité l'invasion des Écossais. Les soupçons du roi se fixèrent bientôt sur Harcley, qui avait été récompensé des services qu'il avait rendus à Boroughbridge par la donation du comté de Carliste, et la garde des marches de l'ouest. On découvrit qu'il s'était engagé dans une négociation avec le. roi d'Ecosse. Edouard l'ayant sommé de comparaître devant sa cour à York, il refusa d'obéir; et bientôt après sir

(i) Wals. 117. Moor» 5g6. Barb. 585 , 394. Ford, xni , 4*

Henri Fitz-Hugueslarrêta parle cotntnandement du roi. ( iSaS, 5 mars ) Dans son procès, il fut convaincu de s'être engagé par écrit et par serment à maintenir Bruce et ses héritiers sur le trône d'Ecosse ; d'avoir consenti, par traité ,"à ce que douze personnes , nommées d'un commun ac^ cord , réglassent les affaires des deux royaumes ; et en outre d'avoir entraîné des sujets du roi à jurer l'observation de ce traité. Si ces charges sont vraies , on doit en conclure que lëlévatiou de Harcley avait affaibli son entendement , ou qu'il avait consenti à être Tagent de la faction de Lancastre , qui, bien qu'elle se trouvât dans un état d'oppression , n'avait point abandonné l'espoir de la vengeance. 11 fut condamné à être dégradé , et à recevoir la punition des traîtres (i).

(i) Rym. m , 983 , 988 , 994, 999 , iooq. La sentCDce fut prononcée à York et envoyée aux juges. Elle contenait en substaiice ce qui suit : D*autaiit'plus que notre seigneur le roi , comptant sur la fidélîlë et la loyauté qu'il avait cru remarquer en vous , André Harcley , vous avait fait comte de Carlisle , et de sa propre main vous avait ceint l'épéc , vous avait donné un fief de comte avec châteaux /villes, terres et tènements pour soutenir le rang de comte , et que cependant vous avez traîtreusement, faussement et malicieusement promis à Robert Bruce de le maintenir , en opposition h la volonté du roi ; cette cour vous condamne à être dégradé ,, à perdre le titre de comte , vous et vos héritiers , à jamais ; à être dépouillé de votre épée , et à voir briser vos éperons d'or ; et d'autant que vous , André, l'homme lige de

SlO HISTOIRE 1>'aN«LBT£REE.

Cette jçuerre dé^astnieuse, qui, malgré quelques trêves, continuait denuis vingt^trois ans, qui axait accable de misère et arrosé de sangla moitié de rÉcosse et lé nord deTAngleterre, tirait à sa fiu. Bruce désirait ardemment que son royaume re^ trouvât un hmg intervalle de tranquillité, afin de réparer les maux causés par tant de batailles; et reïpérieiice avait enseigné à Edouard qu'il ne devait compter sur le succès d'aucune de ses entreprises pour rétablir sa suzeraineté.' Les préliminaires de paix furent proposés par les Ecossais: Bruce consentit à abandonner son titre dans le traité, et une suspension d'armes fut conclue pour treize ans entre lés deux nations. Elle devait durer jusqu'à l'expiration de ce terme , même dans le cas de mort de l'une ou de^ deux parties contractantes (i).

En paix avec les nations étrangères et sespro-

notre seigneur roi , contrairement à votre hommage , yotre foi et votre allégeance , vous vous êtes traîtreusement veodu à Robert Bruce,!e mortel ennemi de notre seigneur et roi, etc., cette cour vous condamné , à cause de cette n^éme trahison, • être traîné et pendu ; votre cœur , vos boyaux et vos entrailles, d'où sont sorties de si- perfides pensées, seront arrachés et réduits en cendres, les cendres jetées au vent; votre corps sera divisé en quatre quartiers , et votre tête placée sur le pont de Londres , afin d'apprendre aux autres qu'on ne doit pas commettre de pareilles trahisons envers son seigneur lige. Rym. 999.

(i) Rym. loaa , ioa3.

près sujets , Edouard devait espérer de jouird'un repos qu'il n'avait jamais conpu. Mais le parti de Lancastre n était pas éteint. Une conspiration tendante à surprendre et assassiner le vieux Spenser apprit au roi qu'il devait trembler pour les jours de ses deux favoris. Les soup- " çons et la vigilance des ministres du roi furent excités par le téméraire mais inutile projet d'ouvrir les prisons et de mettre en liberté les chevaliers pris à Boroughbrîdge. Un d'eux, cependant , Roger , lord Mortimer de Wigmore , l'homme dont on craignait le plus Tactivité et le ressentiment, eut le bonheur de parvenir à s'échapper. 11 avait été deux fois convaincu de trahison, deux fois le roi lui avait accordé la vie. Fatigué de sa réclusion ( i ), il parvint à corrompre la fidélité de Girard de Asplaye , l'un des officiers de la tour, qui, dans un repas donné aux gardes » mêla une drogue soporifique à leur boisson. Mortimer profita de leur sommeil ; il sortit de sa chambre par une ouverture pratiquée dans le mur , et se trouva dans la cuisine du palais. Une échelle de cordes lui servit à escalader et à descendre plusieurs murailles, et un bateau qui l'attendait sur le bord de la/ Tamise le porta sur l'autre rive. Là, il trouva ses do-

(i)Packîngton prétend qu'il avait été informéiqu'oa devait It mettre à mort. Lel. Coll. ii , 467.

5lA HI6T0IE1 d'aNGLBTEEKE.

mestiques et ses che?aux, se rendit sur les côtesdu Haaipshirc,et,s'embarquant dans un vaisseau qu'on lui a?aît préparé , il arriva promptement en France, Edouard, ignorant tous ces événements , donna plusieurs ordres pour l'arrêten Mortimer prit du service près de Charles de Valois , et peu de temps après il assouvit sa vengeance sur un prince qui lui avait accordé la TÎe , lorsque la loi la réclamait (i).

Charles -le-Bel venait de succédera son frère Philippe sur le trône de France. Il est impossible de se former une idée positive du véritable motif des querelles de ce prince avec le roi d'Angleterre; mais il est évident qu'il cherchait des prétextes de guerre. Il rejetait avec dédaia les propositions les plus équitables. Il se plai- •gnait de ce qu'Edouard n'avait point assisté à son couronnement, et ne lui avait pas fait hommage pour la Guyenne , et de ce que la ville de Saint-Sardos avait été illégalement détruite par le sénéchal du duché. Le roi répondit quil n'avait jamais été sommé de lui faire hommage; qu'il était prouvé que la ville de Saint-»Sardos, située dans ses propres domaines , lui appartenait; qu'il ignorait la conduite de son sénéchal, mais que si elle était répréhensible , il en ré-

(i)Rym.iT| 7, 9, 20, 22. Knjght. 2545. Moor , 596. Biànd. 84.

pondrait 3evant la cour de ce duché. En même , temps, il promit de faire hommage à jour fixe, si l'armée française évacuait la Guyenne , et de référer du sujet de leur querelle à 1 équité des pairs de France , ou à l'arbitrage du pape. Mais Charles fut inexorable. Son armée inonda TAgénois, et ce ne fut que par la reddition de la Réole, la dernière forteresse de cette province, qu'Edmond , comte de Kent , frère du roi , put acheter une trêve de quelques mois (i).

Durant cet intervalle , le pape employa toute son influence pour rétablir la paix entre les deux rois. Edouard , quoiqu'il eût fait ses préparatifs de guerre , se montra disposé à tous les sacrifices compatibles avec son honneur. Charles , au contraire, ne parlait que de conquêtes, et repoussait fièrement toutes les propositions. On persuada adroitement à l'envoyé du pape que, si la reine d'Angleterre venait à la cour de France , le roi pourrait accorder aux sollicitations d'une sœur ce qu'il refusait à un négociateur indifférent. Edouard tomba dans le piçgc. Isabelle vint en France( i325 , 8 mars. ), suivie d'une cour brillante, et (3i mai.) l'on conclut un traité, qui rappellera au lecteur toutes les déceptions pratiquées sous le dernier règne relativement au même duché. Les troupes de Charles devaient se retirer

(i) Rym. IV, 90,95 , 100. Wals, lao, 121, m.

5l4 HISTOIRE d'aNGLETERRE.

sur leur territoire, et celles d'Edouard aux environs de Bayonne : la possession de la Guyenne était remise au roi de France, qui devait nommer uu sénéchal a^réé par les deux parties, et rendre la province à Edouard dès qu'il aurait fait hommage , mais en retenant TÀgénois jusqu'à ce que son droit eût été reconnu par les pairs de France; et, si leur décision ne lui était pas faTorable, jusqu'à ce qu'il eût reçu des indemnités pour les frais de la guerre (i). Quand on communiqua cet ignominieux traité à Edouard, on exigea qu'il y répondît dans le courant de la semaine. Son conseil, craignant d'encourir le blâme , et jaloux de l'éviter , refusa de donner son avis sur un sujet qui exigeait la décision de son parlement (3o juin. ) ; et le roî, peu de jours après, approuva , quoiqu'à regret , les conditions qui avaient été stipulées par sa femme. 11 commença donc son voyage pour la France , afin de faire hommage à Beauvais ( a4 juin. ) ; mais se trouvaot retenu à Douvres par une maladie, il envoya un messager à Charles pour l'instryii'e de la cause de son retard (2). Nous ignorons entièrenoienl si le noir complot qui devait bientôt frapper d'étonnement toutes les nations de l'Europe était déjà formé ; mais on répondit à Edouard qu^

(i)Ryin. iT, i53.

(a) Ib. i63.

ÉDOtTAllD 11. SlS

sll voulait transférer la possession de laGuyennô et du Ponthieu à son fils, Charles, à la prière d'Isabelle, consentirait à recevoir hommage dtt jeune prince , aux mêmes conditions qu'il l'aurait reçu de son père. Quoique cette proposition dût inspirer quelque défiance, elle fut acceptée. Les résiguations nécessaires furent faites ; et le jeune Edouard , à peine âgé de douze ans, après avoir promis à son père de hâter son retour , et de ne pas se marier pendant san^abaence, fit voile pour les côtes de France avec un cortège nombreux (i). Mais, à Tctonnement général , quoique les cérémonies eussent étépromptement ternainées , plusieurs semaines s'écoute^ rent sans que la reine, ni le prince son fils, témoignassent le désir de revoir l'Angleterre. Mortimer avait rejoint Isabelle à Paris; elle le. créa surintendant de sa maison : et il fut ^^ientôt reconnu publiquement qu'une princesse, fille de France et reine d'Angleterre, avait abandonné son mari, pour devenir la maîtresse d'un rebelle et d'un banni (2).

Edouard aurait probablement supporté sans regret l'absence d'une femme infidèle ; mais son fils unique l'accompagnait , et sa cour était devenue le refuge de ses ennemis. Il lui réitéra en vain

(i) Rym.iT, i63 > 16S y 168 • (Q)Walf. 122.

5i6 HisToiBB d'Angleterre.

Tordre de revenir. Ses lettres au roî de France et à ses pairs , au pape , à sa dame et à son cher fiUy existent encore. Elles détruisent complètement le prétexte par lequel la reine prétendait justi^erson absence, ses craintes des desseins hostiles de Hugues Spenser. ( i" déc.) Le roi affirme que ces craintes sont chimériques ; qu'en Angleterre elle n'avait jamais témoigné de soupçons contre Spenser ; qu'à son départ elle en avait pris congé comme d'un ami ; et que, même depuis son absence, elle lui avait écrit des lettres de compliment et d'estime ;• que , depuis son mariage, elle avait toujours été traitée avec respect et tendresse ; et que si lui-mêqie avait quelquefois a employé des expressions de correction,! c'était toujours en secret, et parcequ'elle l'avait mérité par ses folies (i). Ses projets néanmoins

(i) Rym. IV , i8o, 194 , 200 , 210, Pour la satisfaction des curieux , je traduirai quelques letU*es qui furent écrites à celte occasion : i" Lettre de la reine à rarchevêque de Canterbury : « Très re'vér end père en Dieu , nous avons lu attentivement la lettre par laquelle vous nous invitez à retourner en la compagnie de notre très cher et auguste seigneur etann» et vous nous assurez que non seulement sir Hugues Spenser n'est pas notre ennemi , mais encore qu*il désire notre bien. Cela nous étonne beaucoup ; car , ni vous , ni aucun homme jouissant de sa raison, ne peut croire que nous abandonnions notre seigneur sans bonne et raisonnable cause , et seulement pour échapper au danger qui menace notre vie» et à la crainte que nous inspire ledit Huguef , qui gouverne

ÉDODARD 11. 517

se firent bientôt connaître. On leva des troupes en son nom : les barons de la faction de Lancastre reçurent Tordre de venir la rejoindre à

notredît seigneur et tout le royaume , et qui voudrait nous déshonorer du meilleur de son pouvoir , comme nous le savons par expe'rience , quoique nous dissimulions pour échap^ per au danger. Il n'y a rien certainement que nous désirions plus, après Dieu et notre salut, que de retourner dans la compagnie de notredit seigneur , et de vivre et mourir près de lui. Nous Vous prions to'utefois de nous excuser ; car, sans mettre notre vie en danger, nous ne pouvons nous rendre près de lui , ce qui nous cause plus de chagrin que nous ne pouvons l'exprimer. » A Paris, le mercredi d'après la Chandeleur. (Apol. ad. Orleton, 2767.) — 2« Le roi k la reine i «Madame, plusieurs fois avant et depuis l'hommage je vpus ai ordonné de revenir immédiatement près de nous , et sans y apporter aucune excuse. Mais, avant l'hommage, vous aU léguiez que votre présence était nécessaire pour la cohtiuuation de nos, affaires, et maintenant vous prétendez ne pouvoir revenir par la crainte que vous inspire Hugues Spenser. Nous en sommes extrêmement étonnés ; d'autant plus que devant moi vous vous traitiez en amis , et qu'à votre départ vous lui donnâtes des promesses , des preuves et des marques d'une amitié constante, et qu'ensuite vous lui envoyâtes, il n'y a pas encore long -temps, des lettres pleines de bonté ,. lettres qu'il nous a lues et montrées. Et véritablement, madame, nous soyons , et vous n'ignorez pas , qu'il vous a toujours rendu tous les honneurs et respects en son pouvoir , et que, depuis notre mariage, vous n'avez éprouvé ni chagrin ni 'disgrâce ; à moius peut-être que, vous l'étant attiré par votre faute ( si vous pouvez vous le rappeler ) , nous ne vous ayons parlé, comme nous le devions, ^e correction, mais en secret et sans aucune sévérité. Vous ne devez pour l'amOûr de Dieu et des lois de la sainte église , comme pour votre hon-

5ii HISTOIRE d'Angleterre-

son arrirée en Angleterre : les bruits les plus déshonorants pour le roi circulèrent à l'intérieur comme à lextérieur du royaume; et les seigneurs de la Guyenne reçurent du jeune prince des ordres opposés à ceux qu'Edouard donnait lui-même , comme administrateur pour son fils. l^armi les envoyés du roi à la cour de France, l'évêque d'Exeter, ministre d'une intégrité irréprochable, devint spécialement suspect au parti; et un attentat contre sa vie le força de yetourner en Angleterre. Il fut suivi de la plus grande

heur et le nôtre , pour aucune raison mondaine , désobéir k nos ordres , bien moins encore pour éviter notre société. C'est pourquoi nous vous commandons et ordonnons d'abandonner toutes vos feintes raisons et eircuses, et de revenir immédiatement prés de nous, et en toute bâte.» A WesHninstcr, i*' décembre. — 5<> Lettre du roi au prince. Après lui avoir donné ordre de revenir , et refusé son consentement a tout mariage, le roi ajoute le post-scriptum suivant : «Edouard, mon beau fils , quoique vous soyez encore dans un %ebicn tendre , prenez à cœur d'obéir à nos or/dres, et reraplissc*les promptement et bumblementpour écbapper k noUe colère et juste indignation , et poUr votre avantage et votre Iwnncur. We suivez aucun avis contraire à la voîonlé df votre père, ainsi que le sage roi Salcmpn vous renseigne , et faites-nous dire sur-le-cbamp ce que vous avez Tintentiondc faire : vous ayant prévenu que , si vous désobéissez à notre volonté ,.nous prendrons soin que vous sachiez que ce sera Je dernier jour de votre vie , et que les autres fils apprendront par votre exemple à pe pas dés9béir à leur seigneur •t pér«. » (Rym. IV , i8i , aia.)

BDÛCÂED U. 5l^

partie de ceux qui composaient la suite de la reine et du prince, qu'elle renvoyait actuellement, dans la crainte qu'ils ne fussent employés près d'elle pour espionner sa conduite. En mênàe temps le roi de France, afin de détourner l'attention et de multiplier les embarras du gouvernement anglais, envoya un corps de troupes qui fit des incursions en Guyenne. Edouard fut pleinement averti de son danger. Il ordonna d'arrêter tous les colporteurs de fausses nouvelles, et de saisir toutes les lettres qui viendraient des pays étrangers. (i3a6, i8 mars.) Décrivit de nouveau , et dans des termes très énergiques, à son fils et au roi de France, et, enfin, il lui déclara la guerre à raison de la dernière invasion en Guyenne, et de la détention de sa femme et de l'héritier présomptif de la couronne (i). (6 juillet. ) Charles, qui feignait ton joursd'ignorer le déshonneur de sa sœur, ' reçut une lettre du pape par laquelle , après lui avoir fait de sévères, mais justes reproches, le pontife l'engageait à l'éloigner de Paris ; mais il lui avait préparé secrètement un asile à la cour de Guillaume, comte de Hainaut, son vassal. Là elle mûrit tous ses plans, sous la direction de Mortîmer. Elle signa un coutratde maiiage entre son fils Edouard et Philippa, seconde fille du conlte : un corps de plus de deux mille hommes

(i)Ryna. iv, i83, 193, 196, «aô, aQj^, 2iit ai^»2i8«

520 HISTOIRE d'ANGLBTBRRE.

d'armes, commandés par Jean de Hainaut, fut Dais à sa disposition : tous les exilés de la faction de Lancastre environnèrent sa personne ; et, le 2^ septembre, elle aborda , avec ses partisans, à Orewell en Suffolk (i).

On prétend que le premier moteur de Tinnsion fut Adam Orleton , évêque de Hereford, qui , ayant trempé dans la conspiration de Lancastre, avait été dépouillé de tous ses biens temporels en punition de sa trahison (2). Ce politique, prudent et expérimenté , fondait ses espérances de succès sur la réunion probable des deux partis qui jusqu'alors avaient divisé la nation. 11 s'était assuré de l'assistance de ses anciens amis. Une révolution pouvait seule leur rendre leurs biens, ou leur fournir le moven d exercer leur vengeance. Les royalistes , quoique attachés au roi, voyaient avec peine l'ascendant de son favori ; et tous les vrais chevaliers regardaient comme un devoir de réconcilier avec son époux une jeune reine éloignée de la cour par lïnsolence d'un parvenu. Les projets ultérieurs des conspirateurs furent cachés avec soin ; et l'apparente intégrité de leurs protestations arracha beaucoup de personnes à leur allégeance. Le comte de Kent, frère d'Edouard, son cousin le comte de Rich-

(i) Moor, 598. Wols. 123. Rym. ï,y , aSi. Avesbury , 4- (a) Moor , 596 , 597. Rym. iy , aSj.

Digitiz^d by VjOOQIC

mond, lelord Beaumont et Tévêque de Norwich, qu'Edouard avait envoyés en France , se joignirent à Isabelle. Quoique le roi eût donné Tordre de réunir sa flotte à Orewel , trois jours avant l'arrivée de Tennemi, on la dirigea traîtreusement vers un autre port : et même, Robert de Watteville , qui avait été dépêché pour s'opposer aux rebelles, se rangea, avec ses troupes, sous les bannières de la reine et de son fils. L'infortuné monarque ne savait plus à qui donner sa confiance: et, craignant d'assembler les tenanciers militaires de la couronne, il publia des ordres pour armer les habitants des comtés voisins ; il déclara que tous ceux qui serviraient dans l'armée de la reine seraient traités en ennemis , à l'exception de sa femme, de son fils et de son frère (28 sept.); il offrit non seulement le pardon , mais encore une récompense de mille livres , à qui lui apporterait la tête de Mortimer (i).

Isabelle, à son débarquement, fut saluée comme libératrice du pays. Les seigneurs de Lancastrc se hâtèrent d'aller au-devant d'elle ; le primat la supplia d'accepter une somme d'argent pour payer ses troupes ; et un autre frère du roi , le comte de Norfolk , accompagné de trois évêques, se rendit à son camp. Afin d'attirer dans son parti tous les prélats et les barons, elle leur écri-

(i)Ryra. IV, 225, 23i, 233, 237.

Sud ,BI8T0IEB VANGtETEBKE.

vit pour leur exposer ses intentions , exagérant 1 elat de ses forces présentes et Télendue des secours quelle attendait du roi de France, son frère. Mais à Wallingford on fit des propositions* qui alarmèrent les auteurs réels de l'expédition. Les nouveaux alliés se déclaraient bien ennemis des Spensers ; mais ils voulaient qu'après avoir reconcilié la reine avec son époux , on le forçât de gouverner par les conseils do son parlement. Lés principaux d'entre eux furent immédiatement convoqués en conseil , dans lequel Orleton, par les ordres d'Isabelle , accusant le caractère emporté et vindicatif du roi, donna des preuves réelles ou prétendues de sa brutale conduite envers la reine , et affirma solennellement que, dans les circonstances actuelles, elle ne pouvait retourner près de lui sans un dao. ger évident pour sa vie (i). ( i5 octob. ) En même temps on publia une proclamation, dans laquelle^ tout en excitant la haine du peuple contre k favori , on gardait soigneusement le silence sur le nouveau mode de gouvernement. On y disait que la reine, le prince et le comte de Kent étaient venus pour délivrer la nation de la tyrannie de Hugues Spcnser, qui avait déshérité la cou-

(i) Apolog. ad Orlet. ^y66. Ses craintes prétendues de la vîoieDce du roi trouvèrent des personnes crédules , et plisieurs de nos historiens le^ ont répëtées.

]édoi;ard ii« $%S

ronne de ses droits , dépouillé l'église de ses possessions , irrité le roi contre la reine et son fils , corrompu , assassiné ou exilé les grands homiries du royaume, ravi les propriétés des veuves et des orphelins , et accablé le peuple par des exactions sans nombre. C est pourquoi, n'ayant d'autre but que l'avantage de l'église et du royaume, ils réclamaient l'assistance de tout bon et loyal éujet. Les émissaires chargés de distribuer cette proclamation avaient pour mission d'apprendre au peuple que le pape avait excommunié tous ceux qui portaient les armes contre la reine , qu'il avait relevé de leur allégeance tous lefe vassaux du roi , et envoyé deux cardinaux, pour donner à cette entreprise la sanction du siège apostolique (i).

La reine s'approcha de la capitale. Edouard, pour dernière ressource, voulut s'en remettre à la loyauté et à la pitié des citoyens. Leur réponse fut froide, mais intelligible. Les privilèges de la ville ne leur permettaient pas, disaient-ils, de suivre le roi sur le champ de bataille ; mais ils fermeraient les portes aux étrangers, et, dans toutes les occasions possibles, ils rendraient à leur souverain, à la reine et à son fils, tous les honneurs qui leur étaient dus. Edouard partit immédiatement , avec les deux Spensers, le chancelier Bal-

(i) Rym, IV , a36, Moor, 598.

dock et une escorte peu nombreuse. A peine étaitil sorti de la ville , que la populace se soule?a (i5 oct.), massacra levêque d'Exeter, s'empara de la tour , et mît les prisonniers en liberté. ( i6 oct. ) Le monarque fugitif se rendit en toute hâte vers les marches de Galles, où étaient situés les domaines de son favori. La garde de Bristol fut .confiée au vieux Spenser , comte de Winchester ; et, à Caerfilly(i9oct.), on essaya de faire une levée d'hommes parmi les habitants deGlamorgan. Mais les Gallois témoignèrent une égale indifférence pour la détresse de leur seigneuretcélle de leur souverain. Edouard, avec son favori, s'embarqua pour Lundy, petite île située à l'embouchure du canal de Bristol , et qui avait été fortifiée et abondamment approvisionnée(i). La reine se hâta de poursuivre son fugitif époux. En traversant Oxford, elle ordonna à Orleton de prêcher devant l'université. L'évêque choisit pour texte ce passage de la Genèse : « Je «mettrai inimitié entre toi et la femme, et » entre sa race et la tienne. Elle te brisera la • tête. » Ces paroles s'appliquaient à Isjibelle et aux Spensers ; mais beaucoup de personnes crurent découvrir dans ce sermon une allusion obscure, mais prophétique, au sort que Ton

(i)Aiig. sac. 1, 366. Wals. ia3, 124. Moor, 598-600. Rym. IV, 238.

destinait au malheureux Edouard. D'Oxford elle se rendit à Bristol (26 oct. ) ;»et le comt^ de Winchester, n'ayant pu calmer la haine des bourgeois, rendit la ville et le château, le troisième jour. Ses cheveux blancs , car il était âgé de plus de quatre-vingt-dix ans , ne furent pas respectés par seà ennemis : forcé de comparaître devant Guillaume Trussel, l'un des exilés , qu'Isabelle avait choisi pour juge, il fut accusé de s'être arrogé une influence criminelle sur l'esprit du roi , d'avoir exercé l'autorité souveraine , d'avoir rompu l'alliance entre le monarque et son peuple , et conseillé l'exécution du comte de Lancastre. Dans ces temps tumultueux, un prisonnier accusé de délit politique avait rarement la liberté de sa défense ; mais la notoriété des faits énoncés danis l'accusation était regardée comme une justificar tion de la sentence que l'on rendait immédiater ment. On conduisit le comte de la cour au lieu de l'exécution, où ses ennemis assouvirent leur vengeance du spectacle de ses douleurs. On lui arracha, vivant, les entrailles; son corps fut ensuite suspendu à un gibet pendant quatre jours^ et, au bout de ce temps , mis en pièces et jeté aux chiens (1).

On apprit à Bristol que le roi s'était mis eu mer ; et l'on fit à l'instant circuler une proclar

(i) ApoL ad Orlet. 2765. ;Wals. laS. Lel. Coll. u, ^68.

5âff HISTOIIE D'ANGLETERKE.

matîondans toute la ville ^ pour le sommer de revenir et de reprendre les rênes du gouvernement. Cette coûTjcdie n'était qu'im préliminaire à une décision importante, prise, dans l'intéïêt de la reine, par les prélats et les barons. (a6 8cpt. ) Ils s'arrogèrent le$ pouvoirs du parlement, et déclarant que le royaume ne pôntrait rester sans direction pendant l'absence du roi , ils nommèrent le jeune prince gardien du royaume, au nom et du droit de son père (i). ^^ malheur poursuivît Edouard sur la mer comme sur la terré. Il ne put atteindre l'île de Lundy: et, après avoir lutté pendant quelques jours contre un violent vent d'ouest, il aborda à Swnsea (lonov.), se retira à Neath, et chercha à se dérober aux techerehes de ses ennemis , en se cachant datis différents lieux, entre ce monastère et le château de CaerfiUy. Enfin, Henri, comte de leîcést^r , qui avait pris dernièrement le titi'e^'^ fion frère condamné, le comte de Lancasire, eorrompit la fidélité des habitants, et s'empara -de S|>enser et de Baldock ( tj nov. ), qui s'étaient retirés dans les bois, près du château de Lantressan. Edouard , dit-on , sortit immédiateflient de sa retraite , et se rendit volontairement a soo eousin,qui l'envoya à la forteresse deKenilwortb* On différa le sort qu'on lui réservait pour re-

(i) Ryra. rvta3>.

pondre aux intentions de^sa femme : les autres captifs furent sacrifiés, sans pitié, au ressentiment de leurs ennemis. Baldock , comme ec*clésîastique , renfermé d'abord dans la prison de révéque de Hereford , puis après dans celle de iNewgate, succomba bientôt aux rigueurs de: sa captivité ; Spenser fut cité à Hereford devant le juge dont les mains étaient déjà teintes du sang de son père. Les crimes dont on Faccusà forment la meilleure preuve de son innocencCé Selon Trussel, ilétait la cause de toutes les calamités qui avaient accablé le royaume depuis gon.retour de l'exil , des mauvais succès de Texpédition du roi en Ecosse, et de la réussite dës^ invasions écossaises en Angleterre. Non seule-*ment il avait persécuté le comte de Lancastre et ses adhérents jusqu'à la mort , mais encore, lorsque Dieu faisait connaître la vertu de ce seigneur par les cures surnaturelles qui se pra* tiquaient^ur sa tombe, il avait placé des gardes pour empêcher le concours du peuple et supprimer la publicité de ses miracle^ (i). Il avait

(i) On prëtendaîl que des miracles s'ëtaient opères sur sa tombe et sur la colline où il avait été Hécapfté. En conséquence, on y plaça une garde de quarante hommes â*armeê pour ôter au peuple tout accès en ce lieu. LeL Coll.ii, ^66, Peu de temps après le couronnement du jeune roi , à la requête da parlement» on écrivit au pape pour demander iâ •anonisation de Laneastre et de son ami Robert , arch«véfu«

5i28 HISTOIRE o'aNGLETEKRE.

constamment fomenté des dissensions entre Edouard et son épouse, avait aposté des meurtriers pour assassiner la reine et le prince pendant leur séjour en France ; et , à leur retour, ehlevé le roi et le trésor' royal , malgré les dispiositions de la grande charte « C'est pourquoi,, • continue ce juge équitable, tous les hommes » de bien de ce royaume, petits et grands, pauvres »et riches, vous condamnent d'une voix unas>nime, vous, Hugues Spenser, comme Toleur, 4> traître et banni, à être traîné, pendu, éventré, » décapité et mis en quartiers. Hors d'ici, traître! »ya,et reçois la récompense de ta tyrannie, scé- » lérat et traître convaincu ! » On l'affubla d'une robe noire avec les armes de sa famille renversées; on lui posa un rouleau d'orties sur la tête; on le pendit à une potence élevée de cinquante pieds, au milieu des acclamations et dés huées de la populace. A peu de distance au-dessous de lui, on suppliciait aussi Simon de Readirig, fidèle serviteur, qui avait toujours partagé les diverses fortunes de son maître. On décapita en outre le comte d'Arundel et deux autres gentilshommes: ils étaient restés neutres durant l'invasion ; mais on les accusait d'avoir consenti à la mort du comte de Lancastre. Aux yeux du public, tout

de Canterbliry. La requête fut rejete'e. Rym. iv, 268. Rot. ParLii,7.

leur crime était de posséder des terres conliguës à celles du favori de la reine , à qui elles furent bientôt données (i).

Isabelle , accompagnée de Mortimer et de son fils» quitta Hereford , pour se rendre à petites journées au parlement, à Westminster. La session s'ouvrit par uû long discours du plus adroit des politiques 9 Tévêque de Hereford. L'éloignement des deux Spensers de la personne du roi, seul objet ostensible du parti , était effectué : il était naturel de demander pourquoi Edouard ne reprenait pas les rênes du gouvernement , puisque le parlement avait été convoqué en son nom (2). Pour obvier à cette difficulté ( i3ii7,7jaiiv. ), Tévêque de Hereford peignit avec de vives couleurs les dispositions vindicatives qu'il lui plaisait d'attribuer au monarque captif, et il déclara solennellement , que le mettre actuellement en liberté serait exposer à une mort certaine une princesse dont la sagesse et le courage avaient délivré le royaume de la tyrannie des favoris royaux. H conclut en engageant le parlement à se retirer, et

(i) Knyght. a546-a549. Moor, 6oo. Wali. laS. L^l. Coll. u,

(2) Il ayait d'abord ëtë confoquë au nom du prince, comme gardien du royaume ; mais comme cela supposait qu'Edouard ëtait absent , ttn« seconde convocation fut publiée au nom du roi»

C^50 HISTOIRE d'aIIGLBTERIIE.

à revenir le jour suivant, pour préparer une réponse à Timportante question de savoir s'il valait mieux que le père conservât la couronne ou que le prince son fils lui succédât. A Theure fixée ( 8 janv.), le vestibule se trouva encombré des habitants de Londres les plus mal famés, dont to cris et les menaces se faisaient entendre dans la chambre où siégeait le parlement. Aucune voii ne s^éleva en faveur du roi. Ses meilleurs amis crurent donner une preuve de courage en gardant le silence. Le jeune Edouard fut déclaré roi par acclamation , et présenté sous cette qualité à la populace* Les pairs temporels , et quelques prélats , jurèrent publiquement fidélité au nouveau souverain ; l'archevêque d'York,, et les évêques de Londres , de Rochester et de Carlislc, quoique sommés par les justiciers , eurent asseï d'ënergie pour s'y refuser (i).

Ces actes irréguliers avaient probablement pour objet d'obtenir des membres du parlement un assentiment sur lequel ils ne pourraient plus revenir. Quoique le prince fût déclaré roi,so» père n'avait point abdiqué et n'avait pas ete déposé. Afin de remédier à ce qui était, impartit , Stratford, évèque de Winchester , pfégenta contre Edouard un bill en six articles, qui le taxait d'indolence » et l'accusait de b

■ ■ ' il, "■'■ '«■■■■liliW ■ I >l ■ II» M I"" I "*

(i) ADg* sac. 1,367.

imovkf^o lu 53i

pêne de la conron ne d'Ecosse , d'atolr violé le ferment de son couronnement , opprimé Tégliêô et persécuté les barons. Ces charges furent lues et approuvées en présence du jeune prince assis sur le trAne t et il fut arrêté que le règtie d'Edouard de Garnaryon avait cessé , et que le sceptre était duement placé dans les mains de son fils, Edouard de Windsor.

Quand on présenta cette résolution à la reine, elle tînt une conduite qui ne trompa personne. Avec l'expression delà plus vive douleur, elle déplora le malheur de son époux , déclara que le parlement avait outre-passé ses pouvoirs légitimes , et exhorta son fils à refuser une couronne qui appartenait à son père. Pour apaiser ses prétendus scrupules , on forma une députation composée de prélats , de comtes et de barons , de deux cheyaliers de chaque comté , et de deu3!C représentants de chaqtie bourg. Ils furent chargés de se rendre à Kenilworth pour annoncera Edouard l'élection de son fils, en obtenir une résignation volontaire de la couronne , et s'il s'y refusait , lui retirer leur hommage , et agir comme les circonstances l'exigeraient. I/évéque de Winchester, son ennemi public, et l'évêque de Lincoln, connu pour tel en secret, arrivèrent les premiers. ( ao janv. ) Ils employèrent tour à tour les ai^umentSi les promesses et les menaces peur obtenir le consentement de leur^nfor*

552 HISTeiRS D'ANGiETEERE.

tuné monarque ; ils lui parlèrent de la grandeur d'âme qu'il déploierait, et de la récompense qu'il mériterait, en renonçant à la couronne pour rendre la paix à son peuple. Ils lui promirent, pour prix de sa condescendance , la jouissance d'un reyenu de prince, et un établissement cout^ nable ; et le menacèrent , s'il refusait , non seulement de* le déposer 9 mafs de déposer aussi son fils , et de choisir un souverain dans une autre famille. Quand ils eurent assez excité ses espérances et ses craintes , ils le conduisireot, revêtu d'une robe noire, dans la chambre où Jadeputation était disposée pour le recevoir. A Taspect d'Orleton , son mortel ennemi , qui s'avançait pour lui adresser la parole, il se retourna et tomba sans connaissance ; mais en peu de temps il reprit assez l'usage de ses sens pour entendre le discours de ce prélat. Ses amis et ses adversaires rapportent différemment sa réponse. Les premiers prétendent qu'il répliqua qu'aucun acte de sa tolonté ne pouvait être considéré comme libre, tant qu'il serait prisonnier; mais qu'il ferait tousses efforts pour supporter patiemment tout ce qui arriverait. Les autres disent qu'il exprima sa douleur d'avoir provoqué son peuple à de telles mesures ; qu'il se soumettait à ce qu'il ne pouvait empêcher ; et qu'il remerciait le parlement d'avoir conservé la couronne dans sa famille. Sir Williams Trussel lui adressa immédiatement ces

Digitiz'ed by VjOOQIC

paroles : « Moi , WîllîamTrussel , procurateur des » comtes, barons et autres , ayant, pour ce, plein »el suffisant pouvoir, reprenons et retirons, »à vous , Edouard, jadis roi d'Angleterre , Thom- »mage et la vassalité des personnes nommées » dans ma procuration, et les en acquittons et dé- » chargons dans la meilleure forme que peuvent le » prescrire les lois et les coutumes. Et mainte- • nant je proteste en leur nom , qu'ils ne veulent » plus être sous votre vassalité ni allégeance, ne de- » mandent plus rien de vous comme roi , et ne » feront de vous désormais d'autre compte que «comme d'une personne privée, sans aucune » sorte de dignité royale. » Cette désastreuse cérémonie^ se termina par l'acte de sir Thomas Blount, l'intendant de la maison, qui, selon l'usage à la mort des rois, rompit le bâton de sa charge, et déclara que toutes les personnes engagées au service royal en étaient déchargées (1).

Après trois jours ( 24 janv. ) , la députation revînt de Kenilworth , et le matin suivant l'avènement du nouveau monarque , qui était dans sa quatorzième année, fut proclamé par les hérauts d'une façon inaccoutumée : « Sôit notoire à tous, » que sir Edouard , dernier roi d'Angleterre , a , ndc sa bonne volonté et du commun avis et as-

(0 Moor, 600, 6ox* Wals. ia6* Knyght. 254y*

534 HISTOIRE d'an Gît ETE KB£.

» sentiment des prélats , comtes » barons et i^titm » nobles, et de toutes les communauté» du royau'^ Ame,, abdiqué lui-même le gouTcrnement éa » royaume, et qu'il a accordé et voulu que le ^u* »vernement dudit royaume appartienne à sir «Edouard, son fils et son héritier, et qu'il goo* »verne le royaume et soit couronné roi, poui« «quoi tous les seigneurs lui ont fait hommage.

• INous annonçons et publions la paix de notre* » dit seigneur sir Edouard le fils , et nous corn- » mandons strictement, et enjoignons , sous peine »de péril et de déshérence, et de perte de la vie » et des membres, qu'aucun ne rompe la puixde »notredit seigneur le roi. Car il est et sera tou« » jours prêt à rendre justice à qui que ce soit du s royaume , les petits et les grands , sur tœitel X choses et contre tous. Et si quelqu'un a quelque

• réclamation à faire contre un autre, il peut le » faire par voie d'action judiciaire» et non par vioilence ou par force. » On ne rougit pas de réjpéter au couronnement du jeune prince que le dernier roi avait abdiqué de sa propre volonté et 4u eonsentement du parlement (i).

(i) Rym. IV» 34^34^. Les dépenses de son ceuroonement sVlevércnt à aSSS J. 18 s. a. 3/4 <!.> ainsi qu'il suit:

liv. «. d.

Aiftpanaetter • ..«..• 4^ j^^ 6

Au soinn)diter«,^««..%^,. ...... t.89 14 3 1^

BDOUAEB 11. &3&

(]«fëT.) Edouard deCarnarron (car c'edt ainsi que nous devons le oommer désormais ) était destiné à augmenter le catalogue des princes pour qui la perte de la couronne n'est que le prélude de la perte de la vie. L'attention que le comte de Laneasire mettait à adoucir les souffrances de son captif n'était pas d'accord arec les vues de la reine et de son amant ( son paramour) (i).On je coDifia alors à la garde de sir Jean de Maltraversy qui, par ses anciennes persécutions^ avait prouvé

Ht. s. d.

Gfùsiiie et Tolaille. »... 5S4 lo 4

Salaisons et sauces 2i5 » »

Grande garde-robe. iSôj 5 7 i/a

Garde-robe particulière 216 18 5 3/4

Solon et ehafnlHre ao i i

Écuries. i5 85 i /4

Gages ^ 10 Z

Pour faire trois salons 179 12 »

(i) On ne me saura pas mauvais gré, je l'espère , de faire remarquer ici que la langue anglaise , qui s'est formée, ât partir de h conquête , d'un grand nombre de mots français et latins , mêlés à des' mots saixons , tous singulièrement ccmt'» rompns par ce mélange même et la prononciation, a conservé des expressions françaises, non pas simples et revêtues d'une désinence nouvelle ou dénaturées par contraction, mois unies aux articles , aux conjonctions et même aux adverbes ; singulières' agrégiations qui forment aec^ellement des substantifs simples. Ainsi , par exemple, on parle ici de la reine et de son « paramour. » Oh trouve ailleurs i'adverbe <i alamode » ; le substantif « beaumonde i> , etc • ( Note du tradeteteia** )

536 HISTOIIB I>'AIf6L£TXltRE,

son attachement au parti. Afin de laisser ignorer le lieu de la résidence d'Edouard , on le transféra successivement de Kenilworth à Gorfe » à Bristol et à Berkiey ; et, par les indignités qu'on lui fit éprouver et les rigueurs dont il fut l'objet , on travailla à le priver de sa raison et à abréger son existence. En vain cet infortuné monarque sollicita une entrevue avec sa femme , ou qu'on lui permit de jouir de la compagnie de ses enfants: Isabelle n'avait ni le courage de voir un époux qu'elle avait si cruellement outragé , ni la volonté de conduire ses fils à leur père. Quoiqu'elle possédât le souverain pouvoir , encore était-elle tourmentée par de cruelles appréhensions. Elle savait que» dans plusieurs parties du royaume, des associations s'étaient formées, dansTintcntion avouée de rendre la liberté à l'illustre captif; que des ecclésiastiques , dans leurs sermons, avaient fait connaître ses liaisons scandaleuses avec Mortimer;'et elle eut lieu de craindre que l'église, par ses censures, ne la forçât à habiter avec son époux. Pour prévenir cet événement, elle eut recours à son expédient ordinaire. Tandis que son fils conduisait une armée contre les Ecossais , elle convoqua une assemblée de prélats et de barons à Stamford ( a3 avril. ); leur exposa les raisons qu'elle prétendait avoir pour redouter la vengeance sanguinaire de son époux , et obtint d'eux de déclarer qu'ils ne lui permet-

traient plus dliabîter ayec Edouard de Carnar- ▼on , même quand elle le désirerait (i).

Thomas, lord Berkley, propriétaire du château de Bcrkley, avait été adjoint à sir Jean de Maltrayers pour la surveillance du monarque captif. Le premier fut retenu à son manoir de Bradley (ai septembre.) par une maladie dangereuse, durant laquelle le soin de garder le roi fut confié à deux de ses officiers, Thomas Gourney et William Ogle. Une nuit , tandis qu'il était sous leur dépendance, les habitants du château furent alarmés des cris qui sortaient de son apparte-* ment : le matin suivant , on invita les gentilshommes du voisinage et les citoyens de Bristol à venir voir le corps. Aucune trace de mort violente ne s'y faisait apercevoir, mais la contraction de ses traits témoignait assez qu'il était expiré dans une horrible agonie ; et le bruit se répandit bientôt, mais confidentiellement, *qu'on lui avait introduit un fer rouge dans les intestins. On ne fit cependant aucune recherche, et le corps fut enterré, comme celui d'un particulier, dans l'église de l'abbaye de Saint -Pierre à Glocester (n).

(i) Apol. ad Orlel. 3767. Rym. nr, 3o4. Moor, 6oi.

(a) Rot. pari, u, 5a, 54- Rym. iv, 3 1 a. Koyght, a55 1 . Morlin. 70, 7^1. Moor, 6o3. Moor pense que la mort du roi a étë conseillée par Orleloni 10919 cvtte açcusatioii e^i probable*

539 HISTOIAI P-AII«|.Ba:EltRB.

Le pre aiier Edouard ayait mûntié le cânetm d'un tyran. Toutes les fois qu'il l'osa, il jbula aux pieds les libertés et s'empara des biens de ses su- )ets ; et cependant il mourut d%m son lit^ respadi

ment sans fondement , puisqu'il était, depuis quelques mois, retenu hors du royaume par une ambassade à la cotrr<hi ]^ape(Bym. r? , ^y^)iqm le priva de son ^vécbë, eto* suite le dédommagea en lui remettant le siège de Worcester» (Ang. sac. i, 533. ) On a prétendu aussi , d'après Moor, que ies meurtriers d*Édouard étaient Maltravers et Goorney; mais quoi^fve Maltravers fût eoBdaittnë par lé ttéme parle* m^U qui condamna les meurtriers y il le fut poiff ua ermt fort différent : ce qui fait présumer qu'il était innocent de celuî-cî. (Rot. pari, ii, 53.) Selon le jugement de îactaintrc des pairs , eii i53o , ee fut Mortîmer ( il Fatotta Inî-méin* avamt sa i»ore , â>id. , 6a ) fui coAiBianda à Gtmnej f^ ^ Ogle de commettre l'assassinat. Mortimer subit sa 8ente]|ce de mort , les deux autres s'échappèrent du royaume ; maison offrit une récompense de loo liv. pour Tarrestation deGonfnej » ou loe marcs pour sa téte^ et une autre récompense^ lOO marcs pour l'arrestation, et de 4^1. pour la t^te de 0^ ( Rot, pari. II , 54. ) On ne sait ce que devint Ogle ; Gournej s^était retiré en Espagne , et il fut arrêté parles magistrats de Burgos. A la requile du roi d'Angleterre , ife l'iiilerrogèrent deunnt ym envoyé anglais. Les révélalions qv'il fit reitéieil secrètes y. mais nous pouvons supposer qu'elles compromet' taient des personnes d'un rang élevé, et les messagers çpu l'avaient en leur garde reçurent l'ordre de le décapiter, làtiqu'ils seraient en mer pour revenir en Angleterre (Rym- ^^i 488 , 489, 490 , 49' •) Quaût à lord Berkiey , il fut interrog<5 sur sa demande, devant un jury de chevaliers, et acquitta* Le roi néanmoins ordonna qu'il serait placé sous la garde de sir Ralph Nevill , jusqu'à ta prochaine assemblée dfl parlement^ pour avoir mis ^ près de $on fè^ » des officiels

<^e 866 barons et admiré de ses coBtempordiûSi. Edouard II, son fils, ayait un caractère moins impérieux i ses plus grands ennemis même ne purent lui imputer aucun acte d'injustice ou d'op* pression; cependant il fut renversé du trône» et assassiné dans une prison. Nous ne devons accu-r ser que les mœurs et le caractère du siècle de la différence qui existe entre le sort du père et celui du ûls. Us régnèrent Tua et Tautre sur une no-N blesse fière et factieuse, jalouse de ses privilèges, mais sans égard pour les libertés des autres ; et qui, bien qu'elle respectât le pouvoir arbitraire d*un monarque aussi bautain , aussi violent qu'elle-même , méprisait l'administration plua douce et plus équitable de son successeur. Ce successeur , naturellement facile et indolent « passionné pour la chasse et les plaisirs de la table» se reposait volontiers sur lea autres des soins et des travaux du gouvernement. Mais dans un âge , 0<1 l'on ne connaissait pas l'expédient moderne de la responsabilité d'un ministre, les barona regardaient l'élévation d'un favori comme leur propre abaissement , et son pouvoir coonme une

d'un mainra^ maHirel ( Rot. pari. 11^57 ) ; miiiscc pariemcnt » à la requête des Iqrds , prononça sa mise en liberté , juac^u'à ce qu'on pût apprendre la v^ritë de Gourney , qui était tou" fours existant ( Rot. pari", n , 6a. ) D'après ces mots, il est probable qu'Ogle mourut ayant TarrestatioA 4e Gomvief .

540 HISTOIIS D*AHaL£tEA&ï.

infraction à leurs droits. Le résultat fut, comme nous Tavons yu , une série d'associations qui eurent originairement pour objet réloignemcnt de la personne du prince des mauvais conseBlers, comme on les appelait , mais ensuite Tenvahissement graduel des droits légitimes de la couronne, et enfin la déposition et l'assassinat du souverain. Quant à la part que prit Isabelle à cette tragédie, il serait impossible de l'excuser. L'appréhension des dangers qui menaçaient sa vie, moyen par lequel elle cherchait à cacher ses projets réels, reposait sur des bases trop faibles pour en imposer à ses partisans les plus dévoués. En accusant son époux d'infidélité, elle ne put pallier^a liaison adultère avec Mortimer(i).Mais peu d'années après elle fut punie par Texécration générale de la société. Elle vît expirer son amant sur un gibet , et passa le reste 'de ses jours dans l'opprobre et l'obscurité.

Je ne dois pas terminer le règne d'Edouard sans parler de l'abolition des chevaliers du temple. Cet ordre célèbre avait été fondé en in8> par le patriarche de Jérusalem ; et dans son origine, il était composé de neuf pauvres chevaliers» vivant en commun, près du lieu où était situe l'ancien temple , et s'rmposant l'obligation volontaire de veiller sur les routes et les environs

(i)Moori 6oik

liDOUARD il. S4l

de la ville , et tle protéger les pèlerins contre les insultes des voleurs et des infidèles (i). Par degrés, le nombre en augmenta d'une manière surprenante. Partout où il y avait du. danger ils paraissaient toujours les premiers : leurs services militaires excitèrent la reconnaissance de la chrétienté^ et cl^ez toutes les nations on fit des legs et Ton accorda des terres aux templiers. Mais leurs richesses et leur puissance eipigenr drèrent un esprit d'orgueil et d'indépendance qui exaspéra les autorités civiles et ecclé^iasU^ ques. Aussi long-temps, à la vérité , que les chevaliers s'employèrent contre les infidèles , leuirs exinemis furent réduits au silence; mais, après leur expulsion de la Terre-Sainte , ils s'abandonnèrent au luxe et à la mollesse , et les bruits les plus préjudiciables à la réputation de l'ordre se répandirent et s'accréditèrent. Philippe-k-Bel les dénonça plusieurs fois au pape Clément Y; et enfin, impatient de ses délais, il ordonnai ( i3o7« 12 oct. ) que tous les chevaliers domiciliés dans ses domaines fussent arrêtés. Les ayant fait interroger, il obtint de plusieurs d'entre eux la confession des pratiques les plus choquantes et les plus infâmes. Clément fut mécontent de la précipitation du roi ; mais c'eût été se procla* mer lui-même le protecteur des coupables que

<i)WiLTyr.ai, 7.

^4^ HISTOiirS »'A1I6£2TCREI.

d'arrêter la pi'océdare, et il se réserra de continuer le» poursuites des enquêtes au siège apostolique. Dans plusieurs bulles adressées aux sott- Terafais de la chrétienté , il détailla les charges de débauches, idolâtrie et apostasie portées contre l'ordre ; il demanda que les cheraliers, dans leur territoire respectif, fussent mis en prison; et il nomma des juges pour examiner s'ils étalent innocents ou coupables (i). En Angleterre et en Irlande , ils furent arrêtés le même jour, et placés sous une survéîHknce rigoureuse, mais honorable (2). Leur procès ne dura pis «oins de trois ans , si l'on peèt en juger ptt les Informations prises en Angleterre. On devait en condamner quelques rriembres, mais bien certainement acquitter Tordre en général (3). U résultat des enquêtes faites en différentes contrée* fut placé sous les yeux du pontife au concile devienne; et, après de grandes délibérations, il publia une bulle qui supprimait l'institution ,

(t) RynuiBySoy 101.

(9)I7ii des seci^taires du roi porla au sherlffde eh>q« CQmtë l'ordre d'assembler un certain nombre d!homva»à^ bien et de loyauté, et de leur faire jurer d^ezecuter, conjointtmeni «Teo eux, les ordres cacàetés que le porteur leur (^ mettrait. Q^nd on les ouvrît, 00 Ttl qu'ils suterissieDtfi^ restation des templiers. Rym. m , 54 , 43.

(3) On peut voir tout le procès dsns WilkînS| n|3)}- 4oo.

ittOCÀRD II. S45

nùh par yno' iénil^ce jurfd^fU^iélâfeKssàtirèâ eùlpabilllé ( tam rtt^ mws. ) , maisrtiien <i« !« )^ nitude de son pouvoir , et dd«iitie nne n^èurè 4'atîUtQ plutôtque dç justice ^i)>il ordonna que , pour remplir les intentions de^doqajteurs, les propriétés des templiers passeraient aux cheyaliers hospitaliers (amaî. ); mais lorsque la bulle du pape qui contenait cette ordonnance parvint en Angleterre ( i»' août. ) , Edouard en suspendit TeKécnitioiih pendatit plil« d'une année ( i3i3, 24y(iov. ); et s'il y consentit plus tard , ce ne fut qu'après avoir protesté qu'il le faisait pour l'utilité nationale , et sans abandonner ses propres droits ou les droits d'aucun de ses sujets sur les possessions dont il était question (2). Onze ans plus tard il consulta les juges , qui répondirent que , d'après les lois du royaume, tous les biens des templiers devaient revenir comme aubaine aux seigneurs des fiefs ; et le parlement dressa immédiatement un acte par lequel il les

* (i)Non permodum dilEaîtiyae sententiae , cum eam super hoc secundum inquisittonem , et processus super his habitos non possemus ferre de jure , sed per yiam provîsionîs seu ordinatîonis apostolicae. Rym. m, 323.

(2) Rym. m, J^Si , 457. Le roi avait ordonna qu'il serait alloué au grand-maître des templiers , en Angleterre , deux shillings par jour , et, aux autres chevaliers , quatre pence par jour pour leur entretien , indépendamment de leurs anciennes propriétés. Rjm. III f 327 I 349» 4?^*

544 HISTOlltE D*A«rGLBTERlL]U

assignait aux hospitaliers , afin de remplir le but qaV>n.8'était proposé en le» donoaut originaire-" ment aux templiers (i)«

(i) Stat. complets, z. Âpp. a3*

HN DU TROlSliU tOIUMB.

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