‹ Histoire d'Angleterre, Volume 3Chapitre 14 sur 21 · Marguerite îj= Alan · texte numérisé non relu

Marguerite îj= Alan

I Gall .

DerTorgild = John Baliol. BoUri Brure.

Jobn Baliol.

s. Itaix-Ile *9> Rob. Bruce.

dt eomie de Huoiingdon.

f . Ada «» Henri Bastmg*.

Henri Hatttin».

Joliu Il9»trrgs.

5l2 HISTOIRE ï> ANGLETERRE.

seconde fille, plus rapproché d'un degré. De nos jours, cela ne serait pas susceptible de discussion; mais, à cette époque, la loi de la descendance n'était pas observée d'une manière uniforme , et , dans beaucoup de cas , le pouvoir avait autant d'influence que la justice pour déterminer l'ordre de la succession. La perspective Aes maux auxquels la rivalité de tant de compétiteurs pouvait exposer l'Ecosse effraya tous ceux qui désiraient le bonheur de leur patrie ; et les états se déterminèrent sagement à soumettre la ^contestation au roi d'Angleterre , comme à un juge dont l'équité avait été reconnue par les plus grands princes de l'Europe , et dont le pouvoir jetait de nature à entraîner l'obéissance à sa décision (i).

Edouard accepta cet office avec plaisir, non toutefois comme résultant du choix des Ecossais^ mais comme un droit inhérent à sa couronne. La connaissance delà cause lui appartenait , prétendait-il, parcequ'il était le lord suzerain de l'Ecosse , dont les rois régnaient comme ses vassaux. Les écrivains écossais ont vivement déclamé contre l'ambition du prince , qui tenta ainsi d'imposer à leur pays la chaîne de l'assujettissement féodal : mais leurs invectives paraissent moins fondées sur de sages raisonnements p' ■ ' ■ ■ ' ■ ' ■ ■ i"i ■ I '■' "> .,. — ■ 1 1 . ,

EDOUARD 1"^'. 3l3

que sur la partialité nationale. Il est certain que, depuis près de quatre siècles, les rois d'Angleterre étaient accoutumés à recevoir Thommage et le serment de fidélité des rois d'Ecosse. L'objet de cet hommage était, à la vérité, un point de contestation. Les premiers le réclamaient pour la couronne d'Ecosse : les autres prétendaient ne devoir le rendre que pour les terres qu'ils tenaient sous la couronne d'Angleterre (i). Les deux parties étaient égale-

(i) On me permeUra de faire quelques observations sur cette question, qui fut si violemment débattue il y a un siècle, et qui n'est plus qu'un simple problème historique : I** si le lecteur se reporte à ce qu'il a déjà lu ( volume premier, pages 5o6, 3i8 , 5^3, notes SSj, 422), il trouvera ^ je le pense , de suffisantes raisons pour croire , d'après le témoignage des e'crîvains contemporains, ou presque contemporains, que les princes et les peuples de l'Écosse furent souvent obligés de se reconnaître vassaux des rois anglosaxons , et cela avant qu'ils tinssent des terres de la couronne d'Angleterre. 2° Si nous en croyons des historiens qui vivaient à cette époque et qui ne pouvaient ignorer le fait réel, Malcolm fit hommage pour sa couronne à Guillaume-le- Conguérant (Hist. 11, p. 58, not. i ) , et aussi à son successeur GuilIaume-lc-Roux (ibid. i4' ); mais quand il fut requis de paraître devant la cour de Guillaume, il répondit que les rois d'Ecosse n'étaient accoutumés de faire droit aux rois d'Angleterre que sur les frontières , et devant une cour composée des barons des deux royaumes (ibid. i43 ). 3° Sous Henri I", les familles royales des deux royaumes s'allièrent par des mariages croisés. David, roi d'Ecosse, vint fréquemment en Angleterre, rendit hommage à Henri, et assista h plusieurs grouds consriîs, comme Je premier des

3l4 HISTOIRE d'aNGLETERRE.

-ment opiniâtres ; et, généralement, afin d'éviter un appel à Tépée , Thommage était rendu et reçu

pairs. Des écrÎTains écossais , postërjeurs , soutiennent qu'il le fit comme comte de Huntingdon ; les ëcriTains anglais prë* tendent que ce fut comme roi d'Ecosse. 4^ Pendant les guer-* rea civiles entre Etienne et Matilde, il s'empara des trois comtes du nord , et les réunit à ses possessions ; mais son successeur Malcolm fut forcé de les restituer à Henri II. Il lui rendit hommage, et accompagna son seigneur le roi d*Angleterre dans son expédition en France. Guillaume succéda à Malcolm et rendit aussi hommage ; mais s'étant joint aux ûis de Henri dans leur rébellion , il fut fait prisonnier. Henri lui arracha un nouveau serment d'allégeance, par lequel il devint le vassal de la couronne d'Angleterre, contre qui que ce fût , suivant les nouvelles formes inventées par les jurisconsultes féodaux. On ne peut mettre en doutd qu'il n'ait fait hommage pour son royaume (Hist. ii, p. 44^)* 5« Il rachçta de Richard I" l'exemption de cette reconnaissance féodale, et remit ainsi la question dans le premier doute (ibid. Soi ); mais Jean, Henri et Edouard demandèrent toujours cet hommage, soit à lui, soit à ses successeurs , comme rois d'Ecosse ; et ceux - ci, tout en le rendant , s'arrangèrent de manière à pouvoir soutenir qu'il n'avait pas été fait à raison de leur couronne (His t. m , 33, 154? i36). 6^ De tout cela , le fait réel , selon mon opinion , est que les Écossais f comme les moins forts , furent obligés dans beaucoup d'occasions de se soumettre à la puissance de leurs voisins ; que leurs rois firent souvent hommage pour leur couronne, et souvent aussi profilèrent de l'avantage que leur donnait une succession disputée ou une guerre civile pour revenir à leur indépendance ; et que , tandis que les rois d'Angleterre, d'une part, faisaient constamment valoir leur droit de suzeraineté , les rois d'Ecosse, de l'autre, avaient soin de l'éluder ou de le nier toutes les fois qu'ils l'osaient.

EDOUARD l**. 3l5

SOUS des réserves mutuelles qui sauvaient les droits respectifs des uiis et des autres. Quand Guillaume-le-Lîon devînt le captif de Henri II , il fut obligé d'acheter sa liberté au moyen d'une reconnaissance donnée sous son propre sceau, et ceux des prélats et des barons écossais , par laquelle il déclarait tenir son royaume en fief du roî d'Angleterre r.mais la pauvreté de Richard le réduisît à rendre cette concession au prince, pour la somme de dix mille marcs , et à remettre les droits des deux couronnes sur l'ancien pied (i). Ses successeurs Jean et Henri III, non seulement affirmèrent leur droit , mais, si nous en croyons le dernier, forcèrent à le reconnaître de fait, et reçurent hommage, pour la couronne d'Ecosse , de Guillaume , d'Alexandre II et d'Alexandre III. La querelle se renouvela quand Edouard monta sur le trône. Alexandre résista quatre années : enfin il offrît de rendre hommage simplement et sans conditions. La proposition fut acceptée: et le roi d'Ecosse à genoux , et en présence des

(i) Dans la charte originale, Rîcbard requiert que Giiîllauine nobis facîat intègre et plenarie quîcqutd rex Scotî» Malcolmus frater ejus antecessorîbus nostris , de jure fecit et de jure facere debuît. Rym. i , 64. Dans la copie que nonsâ transmise Fordun , après antecessorîbus nostris , les mots pro ten'is suis in Angliâ sont intercalés. Ford. Scoti chr. i , 5oi . Il est certain que Fhonimage fut rendu long-temps avant que les rois «'cessais eussent possédé des terres en Angleterre,

3l6 HISTOIRE 0'ANGtETERRE.

prélats et des barons anglais , dit : « Moi , Alexan- »dre, roi d'Ecosse, je me fais homme lige de «lord Edouard, roi d'Angleterre, contre tous »les hommes. — Et moi, répliqua Edouard, je » vous reçois comme tel , sauf le titre et le droit »que moi et mes successeurs avons à votre » hommage et à celui de vos successeurs, pour le • royaume d'Ecosse, quand il nous conviendra de >le requérir (i). » La proposition d'ÉdouaM, dans la circonstance présente , ne pouvait donc paraître aux Ecossais ni nouvelle ni inattendue. Il ne demandait rien de plus que ce que ses prédéces^ seurs avaient soutenu comme leur droit. Il eût peut-être montré plus de générosité , s'il eut attendu, pour faire valoir ses titres, que le trône d'Ecosse eût un prince pour défendre ses prétentions. Mais on ne doit pas l'accuser d'injustice, parcequ'il saisit le moment le plus favorable pour l'exercice d'une prérogative qu'il croyait appartenir à sa couronne (2).

(i) Rym. II, 126.

(2) Le lecteur qui a suivi avec attention ce loug^ expose', tout en faveur des droits de l'Angleterre , ne sera probablesnent pas satisfait de cette conclusion ; il se rappellera le point de de'part des droits des souverains anglais et des rois écossais ; il remontera jusqu'aux bretwaldas; et, si je ne me trompe, dans celte longue énume'ration de princes, de conquêtes et de divisions de territoires, il aura quelque peine à dëjnêler Vorigine bien positive des droits de TAngle-

EDOUARD V\ 3f7

Le roi, par des lettres circulaires, avait annoncé ses prétentions aux prélats , aux barons et aux communautés d'Ecosse, et les avait sommés de se présenter à Norham, sur les frontières des deux royaumes. Edouard établit sa résidence dans le château , accompagné de ses barons des comtés du nord, (lagi* lomai.) Les Ecossais s'assemblèrent à Upsetlington , sur la rive opposée de la Tweed. Au jour fixé , dans l'église de Norham , Brabanzon , le justicier anglais, adressa aux états d'Ecosse, de la part du roi, un discours qui les informait qu'Edouard

terre sur rÉcosse. Ils existaient de fait à IVpoque d*Édouard P""; mais il me semble qu'ils n'étaient que le simple résultat de la situation respective des deux états, un envahissement du fort sur le faible. On trouve antérieurement, en effet, une suite d'hommages, mais ils sont tous forcés, et il a fallu combattre ou trahir pour les obtenir. Si les rois d'Ecosse avaient pu réunir des armées aussi puissantes que celles des rois d'Angleterre, et qu'ils eussent vaincu ceux-ci, il me paraît certain que l'indépendance du trône écossais n'eût pas été mise en doute. Le docteur Lingard est Anglais , et comme Anglais son impartialité réelle , ou systématisée par son esprit sage et réfléchi, n'a pu résister au désir d'excuser l'Angleterre aux dépens de sa rivale abattue et forcée de se soumettre. Le lecteur en aura sûrement pensé tout autant de Llewellyn et du pays de Galles, et répété avec La Fontaine :

Ah ! si les lions saTaient peindre l

Tels sont les hommes , telle est l'histoire.

( Note du traducteur . )

3i8 HISTOIRE d'Angleterre.

était venu pour décider la grande cause de la succession à leur couronne ; que ce prince désirait s'éclairer de leurs connaissances et de leurs avis, et requérait, comme préliminaire , qu'ils le reconnussent pour leur suzerain direct. Le )our suivant ( u mai. ) leur fat assigné pour donner une réponse : ils demandèrent alors un plus long délai , afin de consulter les prélats et les barons qui n'étaient pas encore arrivés. Cette demande leur fut accordée : on leur remit un acte qui contenait toutes les preuves de la suieraineté alléguée par les rois anglais, et ils furent requis de produire leurs objections, si aucune il y avait, le premier jour de juin, époque à laquelle Edouard serait prêt à leur faire justice (i). Le premier juin passé, aucune objection ou preuve contraire ne fut produite par les Écossais. Le u juin , l'évêque de Bath , chancelier , traversa la Tweed à Upsetlîngton , récapitula tout ce qui avait été dit ou fait précédemment , et ajouta que, puisque les titres du roi ne trouvaient pas d'opposition, Edouard allait exercer le droit qu'ils lui conféraient, en discutant la cause et en la décidant. Il interpella, en conséquence, Robert

(i) Le délai accordé était de trois iemaines, à compter du 10 de mai, et il expirait conséquemment le dernier jour du même mois. La suppositioii qu'il ne devait etptrer ^ue k i«' juia^ d^w^ lien, à ^elques méprises. Rym. ii » 544*

EDOUARD i''. 3ig

Bruce de déclarer s'il était préparé à recevoir la décision du roi d'Angleterre comme seigneur suzerain de rÉcosse. Bruce ( et il est remarquable que Bruce fut le premier ) répondit par l'affirmative. La même question fut posée de la même manière à tous les compétiteurs présents , et tous firent la même réponse. Balioi , cependant, ne parut point. Peut-être ne voulail-il assister ni participer à la dégradation de la couronne d'Ecosse , peut-être cherchait-il à briguer la popularité par un retard affecté. Lorsque le jour suivant ( 3 juin. ) on lui fit la même question, il hésita , se retira pour consulter ses amis , et revint donner un plein assentiment, mais en apparence contre son gré. L'assemblée se rendit immédiatement à l'église de Norham , où Edouard la rejoignit. Le chancelier, dans un discours préparé , afiirma les titres du roi , et déclara l'intention où était ce prince de faire stricte justice à chacun descompétiteurs; Edou ard répéta la même chose à peu près dans lesmémes termes : et les divers prétendants signèrent publiquement un acte , dans lequel ils déclaraient qu'ils accepteraient volontairement le jugement du roi , en vertu de son droit comme seigneur suzerain. (5 juin.) 11 fut unanimement résolu que chacune des parties fournirait, en première instance, ses preuves à un conseil, composé de quarante Ecossais nommés par Balioi et Comyn , de quarante

520 HISTOÏRK D^ANCiETERRE.

choisis par Bruce , et de vingt-quatre Anglais désignés par Edouard. Toutes les parties convinrent que ce conseil tiendrait ses séances à Berwick ( 6 juîn. ); mais comme elles se trouvaient d'avis différent relativement à l'époque , le roi s'interposa , et fixa la première session au 2 août. En même temps , afin qu'il lui fût possible de faire mettre son jugement à exécution , les régents et les gouverneurs des châteaux royaux résignèrent leurs charges respectives entre ses mains (i3jum.), et tous les tenanciers militaires de la couronne écossaise lui jurèrent fidélité , comme seigneur suzerain de l'Ecosse (i).

Au commencement de l'année suivante , Edouard envoya comme ambassadeurs à Rome Jean de Saint-Jean et Roger de l'Estrange, afin d'obtenir de Nicolas IV une confirmation de la reconnaissance des prétendants au trône d'Ecosse, établissant que la couronne écossaise était dé* pendante de l'Angleterre. Le pontife, après avoir consulté les cardinaux , répondit par un refus poli, mais positif. ( 1292, i mars. ) Il serait charmé , disait -il, de répondre aux désirs du roi autant que sa conscience pouvait le lui permettre ; mais la suzeraineté d'Edouard était une question délicate et dangereuse, qui pouvait entraîner des maux sérieux , et qui compromettait les in-

(i) Rjm. if| 542-580.

EDOUARD l**. 521

térêts d'un grand nombre d'ecclésiastiques et de laïques. Il ne devait approuver aucune mesure qui pût préjudicier aux droits des individus , et en particulier à celui i|ue l'église romaine possédait elle-même sur le royaume d'Ecosse (i). Cet échec n'arrêta point l'ambition d'Edouard , qui , à l'époque fixée , se rendit promptement à Berwick pour recevoir le rapport du conseil. Mais ses membres, divisés par des intérêts de parti ou des vues personnelles, embarrassés par je nombre des compétiteurs et la multiplicité de leurs réclamations , n'avaient encore pris aucune détermination. Pour abréger l'opération^ il leur ordonna de ne fixer d'abord leur attention que sur ce qui concernait Baliol et Bruce, et quand ils auraient classé leurs prétentions , de revenir à celles des autres prétendants. (i4octobr«. ) Après un intervalle de quatre mois , les délégués parurent au même lieu devant le roi , comme parlement des deux nations; et, en réponse à leur demande d'instructions, on leur dit que la succession à la couronne devait se régler d'après les mêmes lois que la succession auXs comtés , aux baronnies ou à toute autre tenure indivisible. Baliol et Bruce se présentèrent alors. Le dernier

(i) Nolentes quoque aliquorum jurl, et specialiter' jurî quod in regno ipso Romana habet ecclesia, derogari. Apud Raynald. ii , 456.

m. 5iî

3flâ HISTOIRE d'angle TERRE.

soutînt qu'en ce qui regardait l'hérédité des sujets , le premier né pouvait être préféré aux autres ; mais que dans la succession d'un royaume, héritage indivisible , la prérogative de la primogéniture devait, par la loi naturelle, céder à la proximité du sang : qu*il était d'un degré plus proche parent que Baliol , de David leur aïeul commun ; que Dervorgild , mère de Baliol, qui avait résigné ses droits à son fils , était à la vérité au même degré que lui , maïs que lorsque la proximité du sang était égale, on avait toujours préféré la branche masculine à la descendance féminine. Baliol prétendit au contraire que, par la loi et la coutume de l'Angleterre et de l'Ecosse, toutes les fois que l'héritage était indivisible , il devait appartenir successivement à tous les héritiers de la branche aînée , avant d'être dévolu à aucun membre d'une branche cadette : et qu'en conséquence , puisqu'il descendait de Marguerite , la sœur aînée , et Bruce d'Isabelle sa cadette , son droit devait l'emporter sur celui de son compétiteur (i).

Les délégués terminèrent alors leur rapport , et Edouard le remit au parlement uni des deux nations. Pour simplifier le sujet, on posa la questionréparée de savoir si la couronne descen-. dait dans l'ordre de la naissance , ou si elle

(i) Rym, 581-586.

était héréditaire par la proximité du sang (enov. y La réponse fut unanime en faveur dç la primogéniture , et cette décision fut fatale aux prétentions de Bruce. Deux des compétiteurs , Comya et Mandeville , n'avaient donné aucune suite à leurs prétentions ; les arguments des huit qui restaient occupèrent les onze journées suivantes ; et le 17 novembre» après une enquête qui avait duré dix*huit mois, une décision fut rendue au nom du roi, de l'avis et du consentement des prélats , des barons et des communes des deux royaumes. Par la retraite ou la noncomparution de la plupart des prétendants , ils étaient alors réduits à trois, Baliol, Bruce et Hastings, et les deux derniers s'étaient unis pour demander le partage du royaume, en disant que l'héritage de David devait être divisé entre les descendants de ses trois filles. Mais on décida que le royaume et ses dépendances étaient indivisibles ; et qu'en conséquence Jean de Baliol, l'héritier de David par sa fille aînée, le recouvrerait et en serait saisi avec toutes ses appartenances (1). (i9«iov. ) La régence fut dissoute ; on remit les châteaux royaux à Baliol ( 20 nov. ) , et ce prince jura vassalité à Edouard en ces mots : t Écoutez ceci, mon seigneur •Edouard , roi d'Angleterre , et lord suzerain du

(i) Id. 586.590.

3â4 UISTOIftE DANGIETERRE.

» royaume d'Ecosse : moi , Jean de Baliol, roi » d'Ecosse , je vous fais hommage pour le royaume » d'Ecosse, lequel je tieps etprétends tenir de vous: ». je vous serai fidèle et loyal, et ma foi et ma

• loyauté vous sont dévouées aux dépens de ma » vie et de mes membres , et de mes dignités de » ce monde, contre tous les hommes qui peuvent » vivre et mourir ; et je reconnais loyalement et «j'accomplirai loyalement les services qui vous

• sont dus pour le susdit royaume d'Ecosse. Ainsi «que Dieu me soit en aide, et ses saints évan- »giles. » Cinq semaines plus tard (aôdëc. ), il fut sommé de venir rendre hommage à Newcastle, où la cérémonie fut accomplie dans la forme ha-^ bituelle et par ces mots : t Mon seigneur, sir i> Edouard , roi d'Angleterre, lord suzerain du «royaume d'Ecosse, moi, Jean de Baliol, roi > d'Ecosse , je me rends votre homme lige pour »le royaume d'Ecosse et pour toutes ses appar-

• tenances et dépendances, lequel royaume je » tiens et dois de droit , et prétends tenir par hé- »ritage pour moi et mes hoirs, rois d'Ecosse, de

• vous et de vos hoirs, rois d'Angleterre. Et je

• voue foi et loyauté à vous et à vos héritiers , rois » d'Angleterre , de vie et membres , et de toutes 9 les dignités de ce monde , contre tous les hom- »mes qui peuvent vivre et mourir (i). » Ainsi se

(i) Rym. 11,590.595.

termina cette discussion noiémorable, dans laquelle le roi, quoi qu'on puisse penser de ses prétentions , montra la volonté la plus honorable de rendre justice aux différents cooipétileurs, et enfin adjugea la couronne au prétendant qui, sans nul doute , était le véritable héritier (i).

Balîol , pour obtenir la couronne , avait consenti à la porter comme vassal. Il connut bientôt quelles étaient les conséquences du vasselage , et , par une série de petites vexations , il apprit à regretter rhumble situation qu'il avait quittée. Toutes parties procédant devant ses cours , et mécontentes de la décision du roi, pouvaient en appeler à l'équité du seigneur suzerain. Edouard déclara qu'il était de son devoir d'administrer la justice avec impartialité, au plus humble comme au plus élevé de ses vassaux : et le roi d'Ecosse , dès la première année de son règne, reçut quatre citations pour répondre de-

(i) On ne peut douter en effet que la question ne fût résolue aujourd'hui de la même manière , le droit de primoge'niture ne faisant plus, dans Tëtat de la Idgislation , Fombre d'une difficulté. Mais il s'en faut bien que tous les historiens aient envisagé la question sous le même point de vue. Plusieurs de ceux qui sont le plus estimés n'ont parlé de Baliol que comme d'un usurpateur , et ne l'ont considéré que comme l'instrument passif de la domination d'Edouard , qui fut loin d'être agréable aux Écossais.

{Note 4u traducteur,)

3â6 uisToîRE d'angcsterke.

vant la cour du roi d'Angleterre et y prouver la légalité de ses jugements (i). Il est difficile de concilier une telle jurisprudence avec la politique habituelle d'Edouard. Il ne pouvait pas ignorer que les Écossais supportaient avec impatience sa suzeraineté 9 et il lui était impossible de douter que son usage fréquent ajoutait à leur mécontentement, et provoquait leur résistance. Nous pou- Tons cependant l'acquitter entièrement du projet qu'on lui a imputé d'humilier Baliol par un sys* tème étudié de dégradation. Ces sortes d'appels étaient devenus communs alors partout oà pré« valait la jurisprudence féodale. Edouard lut-^

(i) Id. II, 6o5, 606, 608, 6i5. Edouard arrêta , d'aj»^ l'avis de son parlement, que dans tous les cas d'appel, si le roi d'Ecosse n*ayait pas répondu à la seconde sommation , ce prince perdrait le droit de connaître du fond de la cause et serait mis à Tamende <à Tamercïianient) , selon le bon plaisir royal : que s'il était convaincu d'avoir injustement dépossédé de leurs terres quelques personnes , il serait miê à Tamerciament, et que les terres seraient rendues à leurs propr^taires légitimes, qui^durant leur vie, )et celle d'Edouard et ée Balîol, Ub tiendraient de ia couronne d'Angleterre; et que pour mauvais jugements ou «mprisoiuieaients injitttes, il serait mis k ramérckmettt et passible de dommages. Rvt. pari. 1 , itû. L'introduction même de ces règlements prouve que , jusqu'alors , les appels des jugements des rois écossais Paient inconnus dans les cours anglaises. Mais Edouard était déterminé 4 rattachera sa suetrainetétous les droits que, comme duc de Guyemte , il éikH foroé <k recoiMuitR à k itouromie de FraBoe.

même , comme duc d'Aquitaine , avait été souvent assigné pour repousser les accusations de ses vassaux , ou pour accepter un gage de bataille à la cour du roi de France : et les juges royaux n'auraient pu rejeter impunément la ré^ clamation des appelants, quand elle était faite dans les formes prescrites par la loi. Sous tous les autres rapports, la conduite d'Edouard envers Baliol fut honorable et obligeante. Il lui remît fidèlement toutes les forteresses de l'Ecosse : il déclara, par un acte public, que, dans le cas d'une minorité , le roi d'Angleterre n'avait aucun droit à la tutelle ou au mariage de Théritier de la couronne d'Ecosse ; et, dans toutes les occasions, il se rendit avec plaisir à toutes les justes réclamations de son vassal royal , ou lufaccorda les faveurs qu'il demandait.

Le seul appel qui pût causer^ de l'inquiétude au nouveau roi fut intenté par Macduff , fils de Malcolm , comte de Fife. Pendant l'interrègne écossais, les régents, parle commandement du roi d'Angleterre (1293.), avaient pris connaissance de sa réclamation, et lui avaient adjugé la possession des terres de Reres et de Crey. Baliol , cependant, de l'avis de son conseil, et se fondant sur ce que ces propriétés devaient rester dans les mains, du roi pendant la minorité d'un autre prétendant, fit emprisonner Macduff, et cassa le jugement des régents: conduite qui

328 HISTOIRE D^ANGLETERIIE.

était certainement peu judicieuse, puisqu'elle avait l'apparence d'un outrage envers Edouard , sous l'autorité duquel la première décision avait été prononcée (i). Macdufif en appela à l'équité de leur seigneur commun , et Baliol fut sommé de répondre à sa plainte devant la cour du roi , aux séances de la Trinité. Il méprisa la première assignation ; mais la seconde , à lui délivrée dans le château de Stirling ( 2 août. ) par le sherifif du Northumberland , le citait pour répondre non seulement à l'appel de Macduff , mais sur le mépris qu'il avait montré de l'autorité d'Edouard (2). On doit cependant observer ici que sa présence individuelle n'était pas exigée : le demandeur, comme le défendeur, pouvaient, en pareil cas, se faire représenterpar leurs fondés depouvoirrespectifs(3). Mais Baliol, dans l'intention, à ce qu'il semble, de faire des observations sur la pratique des appels en général , se présenta au jour fixé ( 3o sept. ) , et dès que la plainte de Macdufif eut été lue (4) , il se leva, désavoua toute supposition de mépris envers son seigneur suzerain , et soutint qu'il

(i) Rym. H, 590, 598, 6i2, 619, 635.

(2) Id. II, 604, 606.

(5) Habeant attornatum secundum consuctudinem curîo! anglicanae, si sibi viderint expedire. Rot. pari, i, iio.

(4) Macduff évalue les dommages pour son emprisonnement injuste â 700 marcs, et pour le mëprls de l'autorild d'Edouard à io,ooo« Rot. parL i, 102.

n'était pas obligé de répondre à l'appelant. La cour se prononça contre lui, et Macduff supplia qu'on rendît jugement en sa faveur. Edouard fit observer à Baliol qu'il avait juré vassalité et fait hommage à la couronne d'Angleterre , qu'il était assigné légalement devant la cour de son seigneur suzerain , et qu'il était obligé de répondre ou de donner les motifs de son silence. Le roi d'Ecosse répliqua que c'était un point qui touchait aux droits de^sa couronne, et sur lequel il n'osait donner une réponse sans Tavis des hommes sages de son royaume. Quand on observa qu'on pourrait lui accorder du temps pour les consulter , il répondit qu'il ne demandait ni temps ni ajournement. Edouard prit alors l'avis des prélats, des seigneurs et des juges qui composaient son conseil : ils décidèrent que Baliol ne présentait aucune défense ; que la connaissance du fond de la cause était dévolue au roi d'Angleterj-e ; que Macdujff, en compensation de son emprisonnement , recevrait des dommages qui seraient arbitrés par la cour ; que le roi d'Ecosse, en refusant de répondre, quoiqu'il eût antérieurement soumis son droit à la succession à la décision de son seigneur suzerain , avait commis un acte de mépris manifeste , et de désobéissance ; et que , jusqu'à ce qu'il donnât satisfaction pour ce mépris et cette désobéissance , trois de ses châteaux en Ecosse, avec leurs pré-

330 UISTOIKB D'ANGLETERRE.

rogatives royales, seraient mis en séquestre dans les mains du roi. Mais , avant que ce jugement fût prononcé , Baliol s'adressa à Edouard de 1^ manière suivante : « Sir , je suis votre homme » lige pour le royaume d'Ecosse , et comme U 1 matière présente concerne mes sujets aussi bien »que moi-même» je fous prie de prendre pa- • tience jusqu'à ce que je les aie consultés , afin 9 que je ne sois pas surpris , à défaut d'avis. A » votre prochain parlement, après Pâques , je ré- »pondrai, d'après leur conseil, et je ferai envers » ?ous tout ce que je dois faire (i)« » La demande fut immédiatement accordée, et Edouard n^ parut conserver ancun ressentiment de sa conduite passée. ( agoct* ) Ses droits à la seigneurie et aux terres de Tynedale , de Penrith ^t de Sowerby , avec le tiers de la seigneurie de Huntingdon furent reconnus , et on l'exempta ^éné-

(i) Rot. pari. I, 1 15. Ryley , i6o-i65. Dans les cas de mépris ou de désobéissance , la sentence cvrdmalre était la saisie des terres du défendant, et son emprisonnement, au bon plaisir du roi. Après un certain temps il pouvait obtenir sa liberté en payant une amende arbitraire. Rot. pari, i , 70, 77. Mais souvent, avant que le jugement fût prononcé, le dé^ fendant soUiciuit la grâce du roi , et en obtenait un délai ou la mise au néant des procédures dirigées contre lui. Dans ces occasions il se soumettait en général sans réserve ( de alto et basso ) au bon plaisir du roi , et payait Famende qu'on lui demaïklait, quelle qu'elle fût. Voyez le cas de l'arcbevôque d'York. Rot. pari, i , 104.

EDOUARD I*'. 33l

reusement du paiement* du relief dû pour les domaines de sa mère Dervorglld , qui s'élevait à trois mille livres. Quant à la discussion entre Maeduff et lui » on ne la décida jamais. Baliol obtint ajournement sur ajournement, jusqu'à ce qu'enfin la guerre vint le priver de son royaume. Tandis qu'Edouard exerçait ainsi sur son vassal le roi d'Ecosse la nouvelle suprématie qu'il avait acquise, il se trouvait condamné lui-même à éprouver, comme duc d'Aquitaine , de pareilles mortifications de la juridiction suzeraine de son seigneur le roi de France. Le prétendu délit pour lequel ce monarque lui enleva la Gascogne tirait sou origine d'une querelle particulière entre deux marins dans une aiguade (lieu où l'on fait de l'eau ] sur la côte de France. Un Anglais et ua Normand s'y rencontrèrent par hasard , se disputèrent et se battirent. Le Normand succomba 5 l'Anglais fut secouru par sc^ camarades ; et les marins normands, pour venger la mort de leuc compatriote , abordèrent le premier navire anglais qu'ils rencontrèrent, s'emparèrent d'un marchand de Ba jonne , qui s'y trouvait comme passager, et le pendirent au haut du mât avec un chien aux talons. Des représailles eurent lieu : les marins des deux pays prirent parti dans la querelle : les Normands appelèrent à leur aide les matelots de France et de Gênes ;.les Anglais s'associèrent avec ceux d'Irlande et de Gasco-

gne, ell es mers furent couvertes d'escadres ennemies 9 qui , sans commission de leurs souverains , se faisaient la guerre l'une à l'autre , et dans leur fureur commettaient des cruautés inconnues aux guerres légales. Une flotte normande , forte de plus de deux cents bâtiments de toute dimension , après s'être promenée quelque temps en triomphe dans le canal , pilla la côte de Gascogne et Veo revint avec sa proie à Saint-Mahé, l'un des ports de la Bretagne* Les marins de Portsmouth et des Cinq-Ports, qui avaient réuni quatre-vingts forts navires , bien montés et préparés pour le combat, les y découvrirent. Un cartel fut proposé et accepté. ( 1293, i^avril.) Les flottes ennemies se rassemblèrent autour d'un vaisseau, amarré de consentement mutueidans un lieu particulier ; et la victoire fut contestée avec une telle opiniâtreté , qu'on trouverait rarement rien de semblable. Enfin la fortune ou la valeur des Anglais prévalut. Ils capturèrent tous les navires ennemis , et comme on ne faisait point de quartier , la majeure partie des équipages périt dans l'Océan. Les prises, au nombre de deux cent quarante, arrivèrent heureusement en Angleterre , et l'exagération éleva le nombre des tués et des noyés à quinze mille hommes (i). Cette défaite si meurtrière et si déshono-

(i) Wals. 60, 479' Heming. ï, 40» Trivct, ny/i.

rante provoqua le resseïitiment de Philippe. Il ne pouvait que demander redressement au roi d'Angleterre ; mais il avait droit de l'exiger du duc d'Aquitaine. On affirma, et probablement avec raison , que les marins de Bayonne avaient non seulement pris part à l'action , mais aussi tenté de surprendre le port de la Rochelle : et le lieutenant du roi d'Angleterre fut requis de faire arrêter, et de mettre dans les prisons françaises , un certain nombre des accusés. Il négligea la réquisition : et pour le punir de sa désobéissance , le sénéchal de Périgord eut ordre de prendre possession de toutes les terres appartenant à Edouard qui se trouvaient dans sa juridiction. Mais les militaires sous le commandement de sir Jean de Saint -Jean chassèrent les officiers civils ( 29 novembre.) : et la cour royale de Paris publia une sommation péremptoire , qui ordonnait à Edouard de comparaître trente jours après Noël, pour répondre de ces insultes et de ce mépris à l'égard de son suzerain (i). Le roi, qui vit le projet réel de Philippe, essaya d'apaiser son ressentiment. Il fit offrir, par son ambassadeur l'évêque de Londres , un dédommagement aux victimes du parti français , pourvu que les victimes anglaises obtinssent aussi compensation: et comme on s'y refusa , il proposa de référer de ce débat , - " ■

(i) Rym.n,6i7, 619,

334 HISTOIRE D'âNGLBTEKKE.

soit à des arbitres choisis par les deux rois , soit au pape , tdontroflSce était de maintenir la concorde entre les princes (i). » ATèTêque succéda un plus illustre négociateur, Edmond , frère du roi d'Angleterre, époux actuel de la mère de la reine de France. On espérait qu'il serait reçu avec plus de bienveillance : mais la simplicité de ce prince ne pouvait lutter contre tout l'art de ses adversaires. Philippe n'avait d'autre objet , lui disait-on , que de conserver son honneur : et on lui donna promesse que si la Gascogne était remise au prince pendant quarante jours , elle serait, après ce temps, fidèlement rendue, à la re* quête des deux reines. Un traité secret fut conclu à cet effet. ( 1294» »*' janvier.) L'épousc de Philippe le signa , Edouard y donna son consente-^ ment , et le monarque français, en présence de plusieurs témoins, promit de l'observer , sur sa parole de roi. On retira alors la citation faite à Edouard , et Edmond expédia des ordres pour que la possession légale , et en quelques points militaire, de la Gascogne fût remise aux officiers du seigneur suzerain (2).

On doit être surpris de ce que le roi d'Angleterre se soit laissé prendre si facilement à ce piège. Mais il fut entraîné par une autre consi-

(i) Walsing. 60,481.

(2) Rjm. II , 619-622.

dératîon , raccomplissement d'un traité de mariage entre lui et Marguerite , sœur de Philippe. Par ce traité , le duché de Guyenne était assigné aux enfants qu'il aurait de la princesse, et pour donner à cet acte provisoire son exécution légale, il était nécessaire que la Guyenne se trouvât résignée entre les mains de son suzerain, afin que , par une nouvelle inféodation , on la confirmât au roi et à ses héritiers de second lit. A l'expiration des quarante jours, Edmond rappela à Philippe son engagement ; et on le pria d'attendre jusqu'à ce que certains seigneurs , membres du conseil , eussent quitté Paris. Quelques jours après il renouvela sa demande , et reçut un refus positif. Philippe s'adressa à sa cour, rejeta les arguments des avocats d'Edouard, et quoique la citation eût été retirée , il prononça un jugement contre lui pour défaut de comparution (i).

Tel est le rapport fait par Edmond lui-même, et il paraît que la substance en est exacte d'après les récits des historiens français , qui , en relatant la cession de la Guyenne , sont totalement en défaut sur sa cause. Cette tromperie ne fut pas honorable pour le caractère de Philippe , quoique l'esprit séditieux des Gascons donnât à sa conduite quelque apparence de jus-

(i) Rym. u, 622-626. West. 421* Heming. 42 , 45.

336 HISTOIRE d'angiexerre.

tice. Ils ayaient à Bordeaux massacré les Normands , dont plusieurs étaient domiciliés depuis plus de dix ans dans cette ville ; à Freniac , ils avaient attiré les officiers de la douane française à bord d'un navire , et les avaient décapités sur le pont ; et, dans plusieurs forteresses, ils avaient pendu les sergents d'armes chargés de prendre possession au nom du roi de France. A ces causes (19 mai.) , Philippe somma encore une fois Edouard de venir répondre devant ses pairs (i); mais le roi , au lieu de se présenter à la barre comme un coupable , s'était préparé à faire valoir son droit à la tête d'une puissante armée, (i*' juiuet) II écrivit une lettre justificative aux barons et au peuple de la Guyenne , reconnaissant qu'il avait eu tort de résigner cette province au roi de France sans leur consentement; mais protestant qu'il avait été trompé autant qu'eux , et les assurant que sous peu de temps ils seraient affranchis du joug qu'ils abhorraient. Il envoya des messagers à Paris pour renier dans une forme légale la suzeraineté de Philippe. «Sire, dirent-ils,

• le lord Edouard, roi d'Angleterre , lord d'Ir- 9 lande et duc d'Aquitaine, vous rendit hom- » mage conformément à la paix conclue entre »vos ancêtres et les siens, paix que vous n'avez

• pas observée. Il fit avec vous un traité secret,

(i) Rym. 11,634,635.

» par les soins de son frère Edmond 9 traité que

• vous n'avez pas tenu. Il a trois fois demandé la «restitution de son duché de Guyenne, et vous »avez refusé de faire droit à sa demande. Il est » évident que vous ne le traitez pas comme votre

• homme lige; et en conséquence , son intention

• est de ne pas l'être plus long-temps(i). • Mais les éléments semblèrent avoir conspiré avec ses propres sujets pour rompre ses desseins. Pendant sept semaines , les vents contraires le retinrent à Portsmouth , et les Gallois qui pensèrent qu'il avait fait voile , s'insurgèrent dans toutes les parties de la principauté , surprirent et massacrèrent les Anglais , et se précipitèrent en grand nombre dans les marches. ( 10 octobre. ) Un corps considérable de troupes envoyé pour étouffer l'insurrection fut défait : et le roi , abandonnant l'expédition de Guyenne , se dirigea en toute hâte vers les Galles , afin de ranimer le courage de ses soldats.( 1295.) Favorisé par l'inclémence de la saison , les indigènes bravèrent Edouard, qui, dans une occasion, se trouva séparé de son armée par la crue soudaine du Conway, et forcé de subsister, pendant quelques jours, avec sa suite, de la plus chétive nourriture. Mais au retour du printemps toute résistance céda devant lui. Anglesey se soumit : il planta la bannière

(i)Id. 644,650.

336 HI6T0IKB D'ANGLETERRE.

royale sur le sommet du Snowdon. Les Gallois au désespoir s'élancèrent de nou?eau dans les marches (i) t et Madoc^ chef des insurgés , se jeta à Gaurscastle aux pieds du yainqueUr. Pour la seconde fois » la conquête des Galles fut ache* vée. Edouard condamna les chefs qui s'étaient joints à la rébellion à une détention très sévère dans des châteaux séparés ; et il donna leurs pro*^ priétés à leurs héritiers , en les menaçant d'un plus rigoureux châtiment s'ils imitaient la perfidie de leurs pères. L'avis ne fut pas oublié ; et depuis cette époque ^ dit l'historien , les Gallois corn*mencèrent à s'attacher à la cultuf e du sol 5 aux bénéfices du commerce et aux arts pacifiques (2). On était au milieu de l'été quand Edouard re*' vint dans sa capitale* Il se préparait de nouveau à recouvrer ses domaines d'outre^mer, quand il fut encore appelé à s'opposer à ses adversaires de l'intérieur de nie. Les barons écossais sou* piraient après l'indépendance de leur pays } mais avertis par le sort des insurgés gallois , ils songèrent à se fortifier de l'assistance du monarque français* L'esprit timide de Baliol chancelait. Il calculait la puissance d'Edouard^ et tremblait des

(i) Les marches, ainsi que nous Tavons d^jà expliqué 1 étaient les terres voisines des frontières.

{NoU du traducteur. ) (2) Heming. i , Sj. West. fyx5. Walsing. 63*

conséquences d'une défâitCé Enfin , il le hhêà entraîner au courant de l'opinion publique ^ et confia la direction de la guerre à un comité composé de quatre prélats « quatre comtes et quatre baronsi Une alliance ôfifensire et défensive fut conclue (fiSoct.) à la hâte avec la FrâncCé St Edouard essayait d'envahir TÉcosse, Philippe ^'engageait à employer toutes ses forces contre la partie la moins gardée des domaines de Ce prince t s'il transportait une armée en France , Baliol promettait d'inonder le nord de l'Angle-^ terre de ses Écossais : et en même temps ^ ponr cimenter l'union des deux couronnes , on con^* dut un accord de mariage entre Edouard , héritier de Baliol y et Jeanne $ fille aînée de Charles de Valois, et nièce de Philippe (i). Ces transactions ne purent être cachées à la surveillance d'Edouard. Il envoya en Guyenne un petit nombre de troupes sous les ordres de son frère Edmond , qui mourut peu après son arrivée et qui fut remplacé dans le commandement par le comte de Lincoln ; mais le roi resta en Angleterre pour reconnaître les mouvements et s'assurer, par sa propre expérience, des projets réels de son vassal écossais. Il appela d'abord Baliol à son aide pour l'expédition qu'il entreprenait en Guyenne ; il demanda ensuite les châteaux de

(i) Anderson , Diplom. Scot. Tab. m.

340 HISTOIRIS D'ANj&tETEaEE*

Roxburgh , de Jedburg et de Berwîck, comme sûreté pendant son absence ; et enfin il cita le roi d'Ecosse devant la cour qu'il devait tenir à Newcastle sur la Tyne ( 1296, mars.), au commencement de mars. Si Baliol eût obéi à cette sommation, il se serait trouvé au milieu d'une armée de quarante mille hommes (1) ; mais ses barons eurent soin de le retenir dans les montagnes (Highlands)5 et se préparèrent entièrement à tenter une invasion en Angleterre, Un accident donna aux Écossais la gloire ou le blâme de commencer les hostilités. Robert de Rps ^ lord de Werk, amoureux d'une dame écossaise 9 avait à sa persuasion embrassé la cause de ses compatriotes. Le frère de ce seigneur qui commandait en son absence , en avertit Edouard; et un corps de mille hommes qui marchait pour prendre possession du château , fut surpris dans la nuit et taillé en pièces, presque en entier- Edouard exprima sa satisfaction de ce que les Écossais avaient été les premiers à tirer l'épée, et s'avançant jusqu'à Werk ( 26 mars. ) , il y resta durant les fêtes de Pâques. Une faible tentative

(i) L'armée d'Edouard consistait en trente mille fantassins et quatre mille cavaliers. L'évéque de Durham le rejoignit avec mille fantassins et sept cents cavaliers, auxquels on doit ajouter un corps de Gallois et ui^ autre d'Irlandais. Heming. i , 85.

pour f obliger à quitter les frontières , en envahissant le CuB:iberlând , n'eut pas de succès. Le roi suivit son projet avec constance. L'armée anglaise investit Berwick : le jour suivant on le prit d'assaut, et sept mille hommes périrent dans le massacre (1). Les Écossais se consolèrent de cette perte en détruisant Corbridge et Hexham; et(5avriL) Baliol envoya au monarque anglais une renonciation formelle à l'hommage , en son propre nom et en celui de ses barons (2). « Fou

• félon!» s'écria Edouard » d'un ton de mépris et de pitié , «mais puisqu'il ne veut pas obéir à » notre sommation , nous devons marcher et le

• trouver. » Il dépêcha le comte de Warenne avec une force nombreuse pour assiéger le château de Dunbar qui appartenait au comte de March, partisan du roi /mais qui avait été livré par la comtesse aux Écossais ses compatriotes. La garnison convint de se rendre /si la place n'était point secourue dans trois jours , et le troisième jour l'armée écossaise parut , s'étendant le long d'une chaîne de montagnes au-delà de la ville. Warenne résolut de livrer bataille : mais, soit à

(0 Hemîng. 87^. Walsing. ^, 483. Trivet, 285, 288. Environ ce temps mourut Robert Bruce. Son fils refusa de se réunir à ses compatriotes contre Edouard; et ses biens y en conséquence, furent saisis et donnés au comte de Bucban. HemÎDgtôjy 85.

(a) Rym*U| 707.

%t HISTOIRE p'AN^lbSTBBRE.

depfîtiQ» 8qU è yaisop 4e la nature an ^tmUp il ordonna à ^ea troupes de faire un mouteoieot yétrQgradç* « Ha se saufent , » çrlèraat plwsiewa ^pU dQ3 baiiteura, et au bruit de$ acclamatiow q^aya^te mille bomme» se précipitèrent dans la Yallée pour écraser 1«» fugitifs imaginaires. A leur grand étounement , il» trou? èrent Teufieinî sV Tançant eu masse serrée. La consternation gagna de bannière en bannière ; les attaquants s'en^ fuirent» et les Anglais obtinrent une victoire qui leur coûta peu de sang. Les relations portent la perte des Écossais de quinze à vingt nodUe bom«me» : les calculs les plus modéréa la réduisent à la moitié de ee nombre. Mais TÉcoase fut encore subjuguée: Bunbar, Roxburgh et Jedburg our vrirent leurs portes ; Edimbourg ne fit que peu de résistance i Sthrling 6il abandonné par sa garnison et Pertb , Brechin ^ Forfac et Saint" Andrew se soumirent (t). L'infortuné Baliol» (aijuài.) monté sur un petit cbeval (agallotray), tenant à la main une baguette blanche, emblëo^ du vasselage , se rendit prèa de son vainqueur dans un cimetière , et lui exprima soin regret de &on alliance avec le roi de France» et de aa réb^lUon coBtrc son seigneur lige. Mais il ne changea rien à la résolution du roi d'Angleterre. Il

a?ait tefwé de teoir l'Ecosse d'Edouard , il élait donc indigne de la reeouTrer : et en conséquence (2 juillet,) U fut forcé de ligner à Kincardin un acte par lequel il reconnut le droit de son sci*gneur suiterai^ de rentrer en possession de son fief, d'après sa renonciation à l'homoiage» et lui transféra la vassalité que les barons et les francs-^tenanciers écossais lui avaient jurée (i). Le roi accorda au monarque déposé toutes les &feurs compatibles avec ses propres intérêts. Il eut la tour de Londres pour résidence 5 avec un train de prince 5 et il conserva la liberté de cir-» euler dans un rayon de vingt milles au-delà des murailles de la cité. Si nous en croyons Baliol luiHsaême » il quitta la couronne sans re^^. Les querelles héréditaires et la violence des Ecossais^ leur dis^mulation ^ leur perfidie , les attentats réitérés contre sa vie 9 avaient totalement éteint «on désir de régner, et sa seule ambition était de se retirer en Normandie et d'y mener une vie privée dans ses domaines patrimoniaux. Après trois années, ses vœux forent satisfaits. Il déclara solennellement quil ne se mêlerait plus désormais des affaires derÉcosse( la^ , i avr. ) (•)). Le

(i) Rym. u, 709.

(3) Tantam iBvenit în bomin^oi ejusdem regnî tnelitûm, ^«defR. . . . « . ÎBteBtioMk som non est praedictum regnum ingredi » seu de ipso regno aut pertiuenlits 9ui» p«r «e » vd

344 HI6T0IRB d'aNGJCSTERKE.

pontife se fit garant de rexécutîon de sa promesse ; et Baliol fut remis à Tévêque de Vicence, légat du pape ( 1299, i8 jQiJlei, ) , avec une protestation de la part d'Edouard, que , par cette délivrance , Boniface n'acquérait rien de plus que le droit de disposer de la personne de Baliol et de ses biens en Angleterre (i). L'exilé cessa bientôt d'être un objet de crainte , et sa mort , qui arriva six ans plus tard (i3o5.), n'eut aucune influence sur le cours des événements. Il a été condamné par ses compatriotes comme un prince faible et d'un esprit médiocre , et il me parait mériter autant de pitié que de blâme. Son règne avait cessé long-temps avant qu'il résignât le sceptre : et l'autorité souveraine était exercée par les seigneurs de son conseil, qui ne se ser- Taient de son nom que comme de sanction à leurs propres mesures. Eux seuls causèrent la guerre; elle fut conduite par eux, et ils étaient responsables de son résultat. Le roi, qui en prévoyait les conséquences, l'avait toujours condamnée : mais il attacha son propre sort au sort de la nation , et devint la victime de cette confiance

per alîum aut alios intromittere ullo modo. Voyez l'acte authentique, apud Prynne , 665, Brady , m. App. 28.

(i) Rym. II, 840, 847. Carte, par erreur, a représenté cet acte comme une recomiaissance par le pap^, dd la 6uze« raineté d*&louard.

EDOUARD 1*. 54s

qui provoqua sî témérairement la lutte , et de ce découragement qui la fit abandonner si vite. Ba- Kol perdit son royaume, et les véritables auteurs de la guerre recouvrèrent leurs dignités et leurs domaines , quelques uns immédiatement et tous les autres dans un court intervalle.

De Perth , Edouard se rendit à Aberdecn et d'Aberdeen à Elgin ; mais toutes les épées étaient daùs le fourreau» et tous les genoux prêts à se plier devant le suzerain d'Ecosse. Ne découvrant aucun ennemi, il revint vers le sud (i)» et convoqua à Berwick un parlement dans lequel tous les barons écossais , les prélats , les tenanciers de la couronne , tous les représentants des bourgs et des communautés^ rendirent hom-^

(1) Ona dît qu'Edouard détruisît toutes les preuves de Tîndëpendance écossaise qui existaient dans les archives des différents monastères ; mais lord Hailes avoue franchement qu'il n'a pu découvrir aucune preuve de cette assertion , si ce n'est que les Anglais détruisirent quelques chartes qui appartenaient à Fabbaye de Scone , et qu^ils arrachèrent les sceaux des autres. Ils emportèrent aussi les insignes de la royauté écossaise , et le fatal siège de pierre sur lequel les rois d'Ecosse s'asseyaient à leur couronnement , cft duquel on avait cru que

Scoti, qoocamqae locatam lùTenient lapidem , regq|«e tenentnr ibidem,

U fut placé dans l'abbaye de Westoupster. fiemm$. .37^ Ford, au, a5.

349 HISTOIBE D'AIiai&ETEIlRi:.

mage et jurèrent ?as$alité. Il ne fit aucune ith- Dovatlou dan$ les loi^ du royaume > ni dàm la nature dea teuureg; n'aliéna aucune propriété; conserva , à une ou deux e](çeption9 près » lea anciens gouverneurs dans la garde des châteaux royaux ; et s'il força les barons écossais le» plus dangereux à résider, durant quelque temps^au sud de la Trente il s'engagea à leur rendre une pleine liberté dès qu'il aurait conclu la paix avec le roi 4e Franee. Il investit des charges les plus élevées du gouvernement des Anglais qu'il plaça mm lets ordres du e<M»te de Sucrey » rev^to du titre de gardien du royaume (j).

Les insurrections répétées des Gallois aurai^it dû ^iseignor à Edouard que les seimenti de fir délité arrachés à un peuple conquis, n'imposent qu'une faible contrainte à l'amour de l'indépendance. Mais il comptait plus sur les craintes des chefs écossais que sur leur conscience. (iî>97») La rapidité de ses coxiquêtes a:vait démo^tcé U

(i) Rjift. 11, 723, 727, 73f. ïfcwinjp. iq5» xiB, Ford, ga, 37. Bouiface YM partit ne pas »voir a|^ouYi cette 00»quéte^ Dans une lettre au roî« il r4^orte h, ne pas 3e reodce aux suggestions d'hommes dont l'intérêt est de l'eulxiiîner à faire la guerre; et il ajoute que quoiqu'il possède maintenant et injustement FÉrâsse, il est de son devoir (du pape), comme il feu a ^ëjà informa , de Tobterar po«r lui d'une manière juste , sans diminuer sa bonne renommée , et sans s'ezf^set* atu dMi|^ de cemprom^tlre s#n salnti flyxn. «f So4# Je ne puis trouyer le sens de cette énigme.

supériorité de son pouvoir , et il jugea ayec raison que les ch&timeuts réservés à la trahison retiendraient dans leur devoir tous les homoiea dont les familles possédaient des propriétés ou des honneurs. A cette époque, à la vérité, l'Ecosse dut fort peu de chose aux efforts de sa noblesse* Ce fut un personnage obscur , le plus jeune des fils d'un gentilhomme campagnard , qui alluma et nourrit la flamme du patriotisme écossais. Les historiens conjecturent que William Wallace était né dans le voisinage de Paisley s et ils affirment que ses hostilités contre les Anglais tirèrent autant leur origine de la nécessité de sa propre conservation que de l'amour de son pajs. Il avait commis un meurtre : il évita dans les bois les poursuites de la justice ; et il y fut rejoint par its hommes dont la destinée était la même, qui cherchaient à échapper à la punition de leurs délits,Qu qui avaientrefusé de jurer fidélité au vailiqueur. Us ne subsistaient d'abord que du produit de leurs déprédations nocturnes : le succès accrut leur courage et multiplia leur nombre ( mal. ) ; et une rencontre fortunée dans laquelle fut tué William Hoslop , sheriff du Lanarkshire , donna de la célébrité au nom de Wallace. Il existait un autre chef de proscrits, sir William Douglas, qui avait été fait prisonnier à Bervifick , et qui 4evalt sa liberté à la générosité d'Edouard. Il rejoignit Wallace dana une tentative pour syjrpren-

dre à Scooe le chef de la justice, Ormesby, qui perdit ses trésors , mais que sauva la rapidité de sa fuite (i). Animés par leur exemple , ou mus par des causes de même nature, d'autres chefs indépendants se levèrent en divers comtés , attaquèrent les Anglais ou leurs partisans partout oCi ils purent le faire avec l'espoir de l'impunité , massacrèrent tous ceux qui tombaient entre leurs mains, et forcèrent leurs compatriotes à combattre sous leurs étendards. L'origine et les progrès de ces nombreux partis avaient été vus avec une satisfaction secrète par le sénéchal de rÉcosse, et par Wisheart, é?êquede Glasgow, qui se déterminèrent à les réunir en corps , et à donner à leurs efforts une commune direction, lisse déclarèrent ainsiles défenseurs de l'indépendance écossaise : ils invitèrent les différents ché£s à se rallier autour d'eux; et Wallace , Douglas > sir Alexandre Lindsay , sir Andrew Moray et sir Richard Lundy, obéirent à la sommation. On engagea le plus jeune des Bruce , comte de Carrick , à soutenir cette cause. Il ne savait comment se décider. Selon le parti qui pouvait réussir , il y avait à gagner ou à perdre une couronne. Il se ifendit d'abord à Carlisle, renouvela son serment de fidélité à Edouard, et ravagea les propriétés de sir William Douglas : alors il changea de sentiments; il

fc—— *— — w— I i.i il II ■■■■■m I -iiiiii i.i— iii ^mi^^ÊmÊmmmmmmmm

{%) Forduo, xiy ^8, Waking. 70, Ueming. 118, 119.

essaya en Tain de corrompre la fidélité des habitants d'Annandale, et il se .rendit en hâte , ayec tous ses partisans , au camp des patriotes (1). Edouard avait alors entrepris de recouvrer la Guyenne; et la crainte de se voir enlever l'Ecosse ne pouvait le détourner de ce projet. Il nourrissait Tespoir que ses lieutenants auraient les moyens d'anéantir les insurgés; et il était convaincu qu'il lui serait facile à son retour de reconquérir tout ce qui aurait été perdu. Le gouverneur et le trésorier se disposaient à partir pour en aller conférer avec le roi , quand ils reçurent Tordre de réunir les forces des six comtés du nord de l'Angleterre , et de rétablir l'autorité royale en Ecosse. On forma deux armées, l'une sur la côte de l'est , et l'autre sur celle de l'ouest. La dernière, sous les ordres de Henry lord Percy et de sir Robert Clifford , découvrit les Écossais près d'Irvine , sur la rive droite de la rivière. Mais l'ardeur des patriotes était glacée par les dissensions de leurs chefs ; et sir Richard Lundy abandonna une cause qui, dîsait-îl, ne pouvait prospé* rer tant qu'elle renfermerait en elle-même de si nombreux germes de discorde. Sa défection ou* vrit la plus sombre perspective aux autres chefs : (9 juillet.) Bruce, le sénéchal , l'évêque, Lindsay et Douglas s'empressèrent de capituler pour la

(i) Knyght. 2ii3, aSio. Walsing. 70. Heming. 119.

350 &ISTOIRB D*A!fÔl;£ TERRE.

sûreté de leut vie, membres et propriétés ; et fli signèrent un acte par lequel ils reconnaissaient leur faute, promettaient satisfaction, et s'engagèrent à user de toute leur influence afin de pacifier la contrée. Wallace et Moray, qui n'avaient rien à perdre , ne furent point compris dans la capitulation : et cette circonstance accrut leur popularité parmi les simples soldats, qui désapprouyaicnt la pusillanimité de leurs chefs. Us furent suivis par la plus grande partie de Tarmée dans leur retraite au-delà du Frith; et plusieurs nobles , qui affectaient de se parer de leur loyauté , encouragèrent secrètement leurs tenanciers à rejoindre les insurgés (i).

Le roi avait déjà ûiit voile pour le continent, et Warenne , avec une armée considérable , avait atteint la ville de Stirling. Wishearl et Douglas , dans Timpossibilité de remplir leurs engagements , se rendirent volontairement aux Anglais; mais le sénéchal et le comte de Lenox amusèrent le gouverneur à l'aide d'une prétendue négociation , jusqu'à ce que Wallace et Moray eussent rassemblé toutes leurs forces au-delà des montagnes, dans le voisinage de Gambuskenneth. Ils donnèrent alors pour réponse , que les insurgés ne voulaient admettre aucune condition à

(i) Rym. u, 774. Knyght. aSi5 i i5i6. Walsing. 70. Hening. iàa-ia4. Trivet, 5oo.

rîndépebdance ûatîoùâle, et ils promirent de rejoindre Tartnée royale lé lendemain matin avec Une suite de quarante chevaliers. Ce matin même ( 10 sept.), Warenne, contre Tavis de Lundy, commanda aut Anglais de traverser le Forth , au moyeu du pont qui était si étroit que deux hommes armés pouvaient â peine y passer de frôUL Wallâcê épiait leurs mouvements à quelque distance i et dès qu*il aperçut environ cinq mille cavaliers et gens de pied sur la rive gauche de la rivière , il ordonna à ses compagnons dé ô*élàncef des hauteurs et d'anéantir leurs ennemis. Warenué , dans Timpossibillté d'envoyer du secours, fut forcé de rester sur la rive droite, spectateur tranquille du massacre de ses soldats. Tous ceux qui avaient passé le pont, à peu d'exceptions près , tombèrent sous le glaive ou périrent dans la rivière. Parmi les morts se trouva le trésorier Cressingham; et les Écossais, pour montrer la haine qulls portaient à cet homme, écôrchèreut SoU cadavre , et firent de sa peau des sangles pour leurs chevaux» Ce désastre inattendu détruisît tous les plans du gouverneur. L'armée de l'ouest s'était déjà débandée : les nationaux se levaient sur ses derrières pour intercepter sa retraite; et sa seule ressource fut de brûler le pont, d'augmenter les garnisons de plusieurs châteaux , et de se retirer aussi vite que possible en Angleterre. Wallaeè et Môray prirent alors le

35a HI570IKII D'ANGLBTEKftB.

titre tde généraux» (yno^.), et leurs compagnons s'appelèrent trarmée de Jean,roîd'Écosse.ji Ils traversèrent les frontières avec des multitudes d'hommes qui les rejoignaient dans l'intention de piller ; et pendant un mois le pays ouvert du Northumberland et du Cumberland fut ravagé par une soldatesque licencieuse et vindicative (i), ^ Dès ce moment on perd de vue Moray. Son com-r pagnon Wallace paraît seul sur la scène, comme « conservateur ou gardien du royaume, et généjiral des armées d'Ecosse » (2), titre sous lequel il convoqua un parlement qui devait s'assembler à Perth. (1298.) Mais cet aventurier avait alors atteint le plus haut point de sa grandeur, et sa chute fut encore plus rapide que son élévation. Aussi long-temps que l'attention du roi fut occupée du recouvrement de ses domaines d'outre-mer, Wallace triompha; mais les efforts de Boniface VIII pour rétablir la paix entre l'Angleterre et la France étaient enfin couronnés de succès. Par l'adresse de ses légats, qui employèrent deux années en voyages et en conférences , Edouard et Philippe furent amenés à signer un traité préliminaire. Les deux rois consentirent à soumettre leur différent à l'équité de Boniface,

(i) Fordun, w, 29, Hemîng. 126- 136. Knyght. aSi6- 2622. Wal. 73. •

(2) Andersen, Diplom. Scot* Tab. xuv.

non comme pontife, mais comme juge privé choisi par les parties : et il publia immédiatement son premier arrêt, qui confirmait l'armistice, qui proposait le mariage d'Edouard , alors veuf, avec Marguerite, sœur de Philippe, et celui du fils d'Edouard avec Isabelle , fille du monarque français, et qui remettait en ses propres mains toutes les possessions que le roi d'Angleterre tenait en France, maintenant et avant la guerre, pour en disposer de lui-même en vertu de sa puissance comme arbitre , à moins que les deux rois n'en vinssent auparavant à un accommodement satisfaisant (i). Dès qu'Edouard se trouva dégagé de toute crainte du monarque français, il envoya l'ordre à Warenne ^ qui était à Berwick avec une armée consMérable , d'attendre son ar- ' rivée ; il débarqua à Sandwich, assembla son parlement à York ( i4 mars. ) , et se rendit à Roxburgh (25 juip.), où il se vit à la tête de huit mille cavaliers et de quatre-vingt mille fantassins , composés principalement d'Irlandais et de Gallois. De Roxburgh il se porta sur le Forth : aucun ennemi ne se présenta pour s'opposer à ses progrès; mais le défaut de provisions et leg ravages des maladies le forcèrent à un mouvement rétrograde ; et il avait presque atteint Édlm-

(1) Ryra. II, 669, 682, 685, 707, 734, y54, 791, 795, 809, 812,817, 819. .

354 HIBTOIRB o'ANGLEÏEaRE.

bourg , lorsque quelques navires chargés d'approvisionnements jetèrent l'ancre dans le Frith (i). Il fit rafraîchir son armée à Templelîsion , et il y reçut l'information que Wallace était , avec ses Écossais, dans la forêt de Falkirk, épiant l'occasion de le harceler dans sa retraite. Les Anglais se remirent immédiatement en marche , ils retournèrent dans les landes de Linlithgow, où ils passèrent la nuit sur les bruyères, et le matin suivant ils aperçurent l'ennemi rangé en bataille, derrière un marais(a). ( 22 juîi. ) Wallace avait divisé ses lanciers , la fleur de son armée, en quatre corps circulaires, liés entre eux par une ligne d'archers de la forêt de Selkirk. Il avait fai^planter devant eux une forte défense en palissades , et derrière eux, probablement pour prévenir leur fuite , il avait posté la cavalerie écossaise. Ayant ainsi imposé aux moins braves Tobligation de combattre , il s'écria d'un ton triomphant : «I haif brocht you to theking, >hop gif you can (3). « La première division des

(i) Le frith of Fortb, le détroit du Forth ; le Forth est la rivière d'Edimbourg. ( Note du traducteur. )

(a) Hemingford , i63 , et Walsîngham , 76 , nous apprentient qu'avant la baUille le roi eut deujc côtes cassées par un coup de pied de son cheval ; Knyghton dit qu'il piqua des deux avec une telle violence qu'il cassa deux côles à son cheval. 2757.

(3) Wals. 75. Ces mots signifient ëvid^mment : Jt vous al

Anglais , commandée par le comte maréchal , n'ayant aucune connaissance du terrain , s enfonça dans le marais ; la seconde , conduite par révêque de Durkam , tourna la position de Tennemi , et arriva en vue de la cavalerie. Le prélat ordonna alors à ses troupes d'attendre l'arrivée des autres corps. < A ta messe , évêquel lui cria

amenés au roi, allez- vous-en sans combattre , si vous le pouvez. To hop signifie danser ou courir çà et là , et on l'em* ploie encore, dans ce sens, dans les comtes du nord. Lord Hailes a change king en ring, surrautoritë delà version latine de Westminster , et rend ainsi cette phrase : Je vous ai amenés à la danse, dansez aussi bien que vous le pouvez : mots qui me paraissent n'avoir aucun sens. An. of. scot 258, nS^,*

* n est fort extraordiDaire qu'on n'ait pai encore expliqué convenablement la phrase adressée par Wallace & ses troupes. Ce guerrier n'était pas homme à leur parler de fuite ayant le combat , et j'aimerais mieux admettre la seconde version, où il leur ordonne de bien danser , expression de raauyals ton , mais fort connue « que la première, qui est presque une injure. Mais n'y aurait-il aucun antre moyen de l'expliquer f /lai/ y représente le mot hâve, kroehi celui de brought , gif celui de give , je ne vois pas pourquoi hop ne serait pas aussi éiope, et alors la phrase serait c Je vous ai amenés devant le roi , cela doit vous donner tout espoir.

Je ne hasarde cette observation d'ailleurs qu'avec une extréiae circonspection. Il pourrait paraître bizarre qu'un Français s'avisât d'expliquer ce que des Anglais instruits n'ont pas compris dans leur propre langue ; mais il est singulier aussi que "Wallace n'ait dit à SCS troopes, d'un air triomphent ^ que des mqts vides de sens.

J'ai consulté des Anglais instraits : ils ont approuvé mon explication ; mais ils m'ont fait une observation plus sérieuse. Ils disent que Wallace , ne parlant pas Anglais à ses troupes , ne s'est pas servi de cette phrase , et que d'ailleurs il ne donnait pas le titre de roi à Edouard puisqu'il ne reconnaissait que Baliol , ou , À son défaut , le {eune Bmce* ( NoU du trûéueUur, )

356 HISTOIRE i>'an«lbterbe.

un chevalier , » et il s'élança sur les Écossais. Ils s'enfuirent à la première charge : les archers furent écrasés ; mais les quatre corps de lanciers présentaient de tous côtés à leurs assaillants lin front impénétrable. Leur résistance toutefois ne retarda leur sort que de peu d'instants. Edouard fit avancer ses archers et ses machines de guerre s une ouverture fut bientôt pratiquée dans chaque cercle; et la cavalerie pénétrant à travers, acheva leur destruction. On dit que les Écossais perdirent de vingt à quarante mille hommes. Wallace s échappa. Mais son étoile avait disparu pour toujours ; il passa le reste de sa vie en fugitif dans les forêts , d'où il s'était autrefois élancé pour le châtiment des Anglais et la délivrance de sa patrie (i).

La pauvreté de l'Ecosse la protégea. Edouard', après sa victoire, la traversa dans différentes* directions ; ( i5 sept. ) mais l'impossibilité de se procurer des provisions pour son armée l'obligea à retourner en Angleterre , et le seul avantage qu'il retira de cette campagne fut la facilité de secourir et de fortifier les châteaux du Lothian. ( 1299. ) Toute l'Ecosse au nord des deux Frilhs (détroit) , ainsi que le Galloway, étaient indépendants ; et William Lamberton, évêque de Saint-Andrew , Robert Bruce, comte de Garrick,

(i) Fordun , XI , 34. Heming. i59-i65. Wals. y5.

EDOUARD l**. 357

et John Comyn le jeune, formaient un conseil de régence qui gouvernait au nom de Baliol, qu'on reconnaissait toujours comme souverain légitime. Ils entreprirent le siège de Stîrling ; et Edouard n'était pas en position d'aller au secours de cette importante forteresse. Son parlement avait approuvé l'arrêt du pape ; et comme les envoyés des trois puissances devaient se réunir à Montreuil , on lui conseilla de rester dans le sud , afin d'être plus près du lieu où se faisait la négociation. Les mois d'été se passèrent : son mariage avec Marguerite , la princesse française, le retint pendant plusieurs semaines (1) ;et quand il rejoignit l'armée à Berwick ( nov. ), il fut obligé de céder aux remontrances de ses barons , qui refusèrent de s'exposer aux dangers d'une campagne d'hiver. Il avait déjà rejeté la proposition d'une trêve, et il perdit ainsi, par son obstination, le château- fort de Stirling (2).

Sous le court gouvernement de Wallace, les

(i) Ils furent maries à Canterbury, le la septembre. Le douaire de la reine était une rente annuelle de i5,ooo livres tournois (environ 3,760 livres sterling). Comme le jeune prince n'avait que treize ans et Isabelle seulement onze , leur . mariage ne fut contracté que par des fondés de pouvoir. Le douaire de la jeune princesse se montait à i3,ooo livres tournois (3,a5o livres sterling). Rym. n, 819. Wab. 77. Wesl.

(2) Rym. n, 84i , 847, SSg. Knygbt. aSaS.

353 HI8T0IRB D'ANGLETERRE.

Écossais ayaient sollicité la protection du pontife, qui, dans une lettre à Edouard, après lui avoir rappelé la sollicitude avec laquelle le saint-siége avait toujours veillé à ses intérêts ( 1298, lojuil,), l'exhorta vivement à vivre en paix avec ses voisins, et à ne point se livrer plus long- temps aux inspirations de son ambition (1). Il était facile de donner une réponse évasive à une requête conçue dans des termes aussi généraux ; mais les nouveaux régents expédièrent à Rome des envoyés qui intéressèrent fortement Boniface en leur faveur. Ils soumettaient à sa décision leur querelle avec le roi d'Angleterre, parcequ'il était le seul juge dont la juridiction s'étendît sur les deux royaumes : ils lui rappelaient que son indifférence permettrait à Edouard d'annexer à son trône un royaume qui, de droit, relevait du siège de Rome (2) : et ils lui produisirent une longue

(i) Rym. II , 827.

(a) La prétention que FËcosse relevait du siège de Rome est imputée , par nos historiens , à l'ambition de Boniface 9 qu'on accuse d'avoir forgé un faux titre pour s'attribuer la suzeraineté. Mais elle est certainement plus ancienne que ce pontife. Elle fut non seulement maintenue vigoureusement par les agents écossais à Rome (regnum Scotise prœcipuum et peculiare allodium ecclesiœ romanae — in temporalibus immédiate subditum ecclesite romanae. Fordun. xi , 5i , 54» 56, 57); mais les régents, dans leurs instructions fi leurs en- Toyés , déclarent qu'on en fit l'observation à Edouard, quand il fit valoir, pour la première foîs^ sa prétention ^ là suze-

KDOCABD 1". 35g

série de preuves que les rois d'Angleterre n'a^ valent et ne pouvaient avoir aucune suzeraineté sur les rois d'Ecosse. Ces représentations déterminèrent Je pontife à intervenir : et on écrivit à Edouard une lettre dont le contenu était à peu près le même que celui de la note écossaise. ( 1299,37 juin. ) Boniface commençait par affirmer, et il prétendait que le roi devait le savoir, que rÉcosMe avait relevé , dès les temps les plus anciens, et relevait encore de plein droit, du siège de Rome. Il prouvait alors que ce royaume n'était point un fief de la couronne d'Angleterre, par les exemples suivants : i"" lorsque Henri 111 , dans ses guerres avec le comte de Leicester, reçut l'assistance du roi d'Ecosse , il reconnut par des

rainelë (licet romana ecclesia tUDC pro parte îpsius regni fuisset nominata domina regni ejusdem coram ipso, sicot erat, ipse tamen rex allegationem hujusmodi non admisit. Ford. XI y 53 ). U est certain que Nicolas lY , quand Edouard lui demanda, en 1290, de confirmer la prétention de la couronne anglaise , répondit qu'il ne pouvait le faire, parcequ'il priverait le siège romain d'une suzeraineté qui lui appartenait. Se non posse in regno Scoti^ sedi apostolicae obnoxio ecclesiae romanae derogare, ejusqne fiduciaros régi anglo submittere. Spond. ad ann. 1290, ex regist. vatic. ep. 102. Je ne puis découvrir Porigine de cette pre'tention : mais je soupçonne qu'elle fut d'abord mise en avant par les Écossais, pendant leurà longues contestations avec l'archevéque d'York sur l'indépendance de leur église , qui se terminèrent par la décision que les prélats écossais relèveraient immédiatement du pape.

36o HISTOIRE d'Angleterre,

lettres patentes que c'était comme faveur, et non comme service féodal ; 2** quand Alexandre III fit hommage à Edouard pourTynedale et Penrîth, il protesta qu'il ne le faisait pas et qu'il ne le devait pas pour la couronne d'Ecosse ; 3* à la mort de ce prince , ni la tutelle de sa fille Marguerite ni la garde du royaume ne furent réclamées par Edouard; 4** dans le traité de mariage entre le prince d'Angleterre et Marguerite , on déclara que le royaume d'Ecosse resterait à jamais libre et indépendant^ et qu'en cas de mort de la princesse , on le remettrait dans ce mêmç état à son plus proche héritier. Le pontife, en conséquence, exprimait son espoir que le roi, se désistant d'une agression injuste, voudrait bien rendre à la liberté les évêques, les autres membres du clergé , et tous les Ecossais qu'il retenait en captivité ; et que , s'il croyait avoir quelque droit sur la totalité ou sur une partie de ce royaume , il ferait valoir ses prétentions , dans les six mois suivants , par-devant le saint-siége. Il terminait avec le ton de l'autorité, en évoquant, et réservant à sa propre décision, toiis les procès ou contestations qui pouvaient exister entre le roi d'Angleterre et le roi ou le peuple d'Ecosse (1). Ce document extraordinaire fut inséré dans une lettre adressée à Winchelscy,

(1) Rym. 11,844-846.

ÉDOU/LRD 1". 36l

archevêque de Cauterbury , et elle lui ordonnait, sous peine de suspension, de la présenter à Edouard. Par quelque délai inexplicable , douze mois s'écoulèrent avant que la missive fût remise au primat , qui se rendit immédiatement à Carlisle. Mais le roi était déjà parti pour Kircud*bright , et le pays intermédiaire se trouvait au pouvoir des Ecossais. L'archevêque erra pendant six semaines sur la frontière , craignant de s'avancer, et dans une détresse profonde à défaut de provisions ; il apprit enûn que l'armée revenait , et , traversant les sables , il trouva Edouard campé dans les environs de Caerlavarock. Il remit la lettre, qui fut lue publiquement, en latin et en français , à tous les barons en présence du roi ( î 300,26 août.). Elle arrivait dans le. moment le plus critique. La paix avec la France,n'était pas encore conclue , et la Gascogne se trouvait toujours en séquestre dans les mains du pontife. Disposé à ne point offenser celui dont la bienveillance lui était si nécessaire, le roi d'Angleterre prit du temps pour délibérer , et se contenta de répondre en ce moment que , sur une matière qui concernait les droits de sa couronne , il était de son devoirMe consulter ses autres conseillers ; qu'il assemblerait son parlement sous un bref délai , et qu'après avoir pris son avis , il donnerait une réponse satisfaisante au pontife. L'archevêque s'en retourna : il fut

36a HI6T0IB1 I^'AN«&BT£RRE.

suivi par Edouard ; et , à la requête du roi de France 5 on accorda un armistice aux Éco6-sais (i).

Pour répondre à la lettre de Boniface, un par^ lement fut coDToqué à Lincoln. Les universités reçurent l'ordre d'envoyer six jurisconsultes, et les monastères de fournir tous les documents en leur possession qui pourraient éclairer la ques* tion. Après quelques débats , on convint d'une réponse qui fut signée et scellée par cent quatre comtes et barons , au nom du peuple d'Angle** terre, et qui mérite d'être transcrite, en ce qu'elle montre ayec quelle précision nos ancêtres distin^ puaient l'autorité spirituelle du pontife de son autorité temporelle. ( isoi , la fôyr. ) Après avoir exprimé leur étonnement de la teneur du rescrit papal, et soutenu que TEcosse n'avait jamais relevé, pour ce qui concernait le temporel, du siège de Rome , ils décrivent ainsi l'autorité que le

(i) West. 435, 437-459. I^rd Halles dît que Rymer a commis une erreur en donnant k la bnlle la date de 1299 ( Annals. 267); maïs elle porte la même date, anno quînto p dans Hemingford , Westmiuster et Fordun. Par la réponse de Parcbevéque au pape , il paraît qu'il avait éié vingt jours dans son voyage à Carlisle, qu'il était resté sur la frontière six semaines, et avait rejoint le roi le 26 août. Il devait donc conséquemment avoir reçu la bulle à la fin de juin : et comme elle portait la date dii 27 de ce mois > elle avait dû être écrite Tannée précédente.

ÉDOUÀHD ï^. 363

pape 8*étaît arrogée à lui-même de décider la contestation par un procès juridique : « Par une » coutume observée inviolablemcnt dans tous les » temps, privilège provenant de la prééminence »de la dignité royale , les rois d'Angleterre n'ont «jamais plaidé ou n'ont été tenus de plaider re- »lativement à leurs droits au royaume d'Ecosse, »o« à tout autre droit temporel , devant aucun » juge ecclésiastique ou séculier. C'est pourquoi »cecî étant, et, par la grâce de Dieu, devant » toujours être, notre résolution commune et » unanime est , quant à ce qui touche les droits »de son royaume d'Ecosse ou autres droits temvporels, que notre susdit seigneur, le roi, ne » plaidera pas devant vous , ne se soumettra en » aucune manière à votre jugement, ne souffrira «pas que son droit soit mis en question par au« »cune enquête, et n'enverra ni agents ni pro- » cureurs à cet effet à votre cour. Car de telles

• façons de procéder seraient un renoncement » manifeste aux droits de la couronne d'Angle- » terre et de la dignité royale , une subversion » évidente de la stabilité du royaume, et un dom- »mage réel aux libertés, aux coutumes et aux

• lois dont nous avons hérité de nos pères, à

• Tobservance et à la défense desquelles nous «sommes tenus par nos serments, que nous sou- » tiendrons de tout notre pouvoir, et qu'avec » l'assistance de Dieu nous défendrons de toutes

364 HISTOIRE d'ahgletehre.

»nos forces. Nous ne devons, ni ne voulons, et »ne pouvons non plus permettre que notre

• susdit seigneur, le roi, fasse ou essaie de » faire , lors même qu'il le désirerait , aucune

• des choses ci -dessus mentionnées, phoses

• dont on ne parla jamais, qui ne furent ja- »mais réclamées, et qui sont si préjudiciables »à ce royaume (i). »

Quoique Edouard se refusât à reconnaître le pape comme juge, il voulut lui expliquer son droit comme à un ami. Il écrivit (7 mai.) une longue lettre , et fit remonter la suzeraineté de ses prédécesseurs au temps reculé d'Élie et de Samuel. Ce fut alors que Brutus, le Troyen, ayant délivré Tile des géants 5 ses habitants primitifs, la divisa entre ses trois fils Locrine, Albanact et Camber, mais à la condition que les plus jeunes tiendraient leur portion en fief de leur frère aîné. Locrine , Taîné , s'établit à Trinovant , depuis appelé Londres , et la prééminence dont il jouissait fut exercée et maintenue par tous ses successeurs , particulièrement par les fameux monarques Dunwall , Beline et Arthur. De ces fictions de roman , il passa enfin à l'histoire réelle, énuméra toutes les circonstances qu'il put rassembler relatives à l'hommage rendu par les rois d'Ecosse aux princes saxons et normands, et pré-

(0 Rym.ii,873«875.

tendit, avec le ton du triomphe, que tout ce qu'il rapportait formait la justification la plus satisfaisante de sa conduite, et la réfutation complète des fausses insinuations de ses adversaires (i). (juillet. ) Les réponses du roi et du parlement furent remises par le pape à Baldred Basset, l'envoyé d'Ecosse , et transmises par ce dernier au conseil de régence. Les instructions qu'il reçut eu retour, et le mémoire qu'il remit à Boniface existent encore. Baldred Basset oppose fiction à fiction, histoire à histoire. Les Écossais, dit-il, ne se soucient guère de Brutus ni de ses institutions. Ils sont issus deScota, fille de Pharaon» qui débarqua en Irlande, et dont les descendants arrachèrent parla force des armes la moitié nord de la Bretagne aux descendants de Brutus. Ds ne doivent donc aucune sujétion aux Bretons. Et si quelque prince saxon a pénétré par hasard en Ecosse, la chose n'a aucune importance. Edouard ne peut rien réclamer au nom des Saxons. Il descend des Normands, et jamais les rois d'Ecosse ne firent hommage aux rois normands, à l'exception de Guillaumele-Lion, pour autre chose que pour les terres situées en Angleterre, comme il est évident parles faits même insérés antérieurement dans la lettre papale , et par le refus d'Innocent IV d'accorder

(i) Rym. 11,885-888.

366 HisToiRB d'angletbrre.

à Henri III les dîmes d'Ecosse, ou d'approuver son interposition dans le couronnement des rois écossais. En réfutation de la réponse du parlement, il observe que si Edouard décline la juridiction du pontife , c'est qu'il connaît trop bien la faiblesse de ses prétentions : mais qu'il ne doit pas être partie et juge dans la même cause ; que les deux royaumes sont égaux et indépendants ; et que dans toutes les difficultés entre eux , ils doivent avoir recours à un tribunal plus élevé , c'est-à-dire à l'église de Rome. 11 ajoute que nonobstant l'assertion contraire des Anglais, il est notoire que l'Ecosse est la propriété , le fief particulier du saint -siège ; que ses habi« tants, à compter de l'époque de leur conversion 9 ont toujours reconnu la suzeraineté di<« xecte de l'église romaine sur leur pays , au temporel comme au spirituel ; et que cette suzerai* neté lui fut confirmée par Constantin-le-Grand, quand il fit à la chaire de saint Pierre donation de toutes les îles de l'Océan occidental ; qu'en conséquence il espère que le pape étendra sa puis-* santé protection sur ses fidèles et dévoués vassaux, les habitants de l'Ecosse (i).

Mais le temps était passé où Boniface , s'il en aTait eu la volonté , eût osé combattre pour ces

(i) Fordun, xx , 46»63.

vassaux. Une longue succession de basses et mutuelles injures avait aigri l'esprit du pontife et celui du roi de France^ et leurs dissensions avaient graduellement pris la forme d'hostilités ouvertes. Boniface excommunia son adversaire et menaça de prononcer la sentence de déposition j et Phi* lippe en appela à un futur concile , accusa le pontife d'hérésie, et par l'activité de ses partisans le retînt trois jours captif* Durant le progrès de cette querelle , chacun des deux désirait obtenir ou conserver l'amitié d'Edouard. Le pape cessa de soutenir la cause des Écossais : Philippe , qui les avait portés par ses promesses à se révolter contre le roi d'Angleterre , se contenta d'obtenir pour eux quelques courtes et inutiles suspendions d'armes. Edouard profita de la circonstance pour presser la conclusion de la paix entre TAngleterre et la France. ( i3o3 , ao mai. ) Il recouvra la Guyenne } le comte de Lincoln jura fidélité en son nom ; et un traité de commerce scella Tarnîtié dés deux nations. Les envoyés écossais exprimèrent leur surprise de ce qu'aucune stipulation n'était faite eti leur faveur ; mais on fit cesser leurs plaintes en promettant que, dans une prochaine entrevue entre les deux souverains , Philippe lui-même plaiderait leur cause, et solliciterait, de la générosité de leur ennemi, des conditions plus avantageuse^ne celles qu'on

pourrait obtenir d'AmbassadoK 'ljé« par des in

368 HISTOIRE d'anoieterre.

structîons écrites, 11 est inutile d'ajouter que cette promesse ne fut pas remplie (i).

Avant le printemps, une armée anglaise, commandée par John de Segrave , avait reçu l'ordre de marcher de Berwick à Edimbourg. Dans un pays qui avait été long-temps tenu en respect par des garnisons anglaises, ce général ne devait pas s'attendre à rencontrer un ennemi ; cependant la première division de son armée fut surprise , près de Roslin , par une force supérieure sous les ordres de John Comyn et de Simon Fraser (a4 fëv. ). Si Segrave s'était retiré sur le reste de ses troupes , il eût évité le danger ; mais il dédaigna de fuir , et s'élançant sur l'ennemi, il fut blessé et fait prisonnier avec vingt autres chevaliers. Les Écossais, poursuivant leurs succès, tombèrent sur la seconde division , qui n'échappa à sa destruction que par l'arrivée de la troisième. La bataille recommença alors, et les Anglais, ayant repris leur général, se retirèrent (2). La victoire fut naturellement réclamée par les Ecossais. Son importance fut accrue par J'amour- propre national, et une trompeuse lueur d'espérance ranima la cause de la liberté. Mais Edouard franchit bientôt les frontières à la tê te d'une armée , contre laquelle il eût été dérai-

(i) Rym. n,925|

(2) Heming. i97.^Hf9* 87. Ford, xii, 2.

sonnable aux patriotes écossais de vouloir lutter(i). Ils conservaient cependant lespoir qu'on pourrait en arrêter les progrès sur les bords du Forth,et ils campèrent sur le lieu même, qui était consacré à leurs yeux par la première victoire de Wallace. Mais le roi se porta au-delà du pont qui avait été si fatal àCressingham , et traversa la rivière à gué à une distance de quelques milles. Aussitôt qu'il parut sur la rive gauche, l'armée de ses adversaires disparut : toutes les villes étaient remplies d'habitants loyaux, empressés de saluer l'arrivée de leur souverain , et le petit château de Bréchin fut la première place dont les portes ne s'ouvrirent pas devant lui. Le vingtième jour de siège ( 9 août.), Mauld. le gouverneur, fut tué par une pierre lancée parles machines; et la garnison sollicita la clémence du vainqueur, Edouard recommença à s'avancer : il se porta dans le Caithness par Aberdeen et Banfif ; et à son retour il fixa sa résidence d'hiver dans la grande abbaye de Dumfermlin (2). Ce fut dans cette place que

(i) Outre plusieurs faveurs spe'ciales, le roi permit à de certaines classes de ses tenanciers militaires, comme ecclésiastiques, veuves ou infirmes, de rester chez elles moyennant le paiement d'une amende de 20 livres pour chaque fief de chevalier. Rym. n, gaS.

(2) West. 44^- Ford, xii , 3. Dumfermlin ëtait une place importante et d'une force remarquable. Outre l'église et le couvent, elle contenait plusieurs grands édifices à l'usage du III. 24

les Écossais s'empressèrent de faire la paix ; et après quelques consultations un traité très étendu fjut conclu entre Edouard et Comyn , gardien ou régent de l'Ecosse. ( i3o4, 9 fév. ) On convint que tous les prisonniers et les otages des deux côtés seraient rendus ; qu'on laisserait à Comyn et à ses partisans leur vie , leurs membres , leur liberté §t leurs propriétés, mais qu'ils seraient cependant passibles de certaines amendes que déterminerait le prochain parlement; que, pour la tranquillité du royaume , Fraser et Boys , à jnoins qu'ils n'obtinssent leur pardon , s'exîJe^ raient pendant trois ans dans une contrée étrangère, la France exceptée ; que l'éyêque de Glasgov^, James lord intendant, et John Soulis, résideraient pendant deux ans au sud de la Trent ; que Graham et Lindsay se retireraient en Angleterre pendant six mois ; et que Wallace, si cela lui plaisait , se soumettrait au bon vouloir et à la faveur du roi, son souverain seigneur. Tous acceptèrent ces conditions : Wallace seul préféra la vie d'un proscrit , sa première profession ; et chercha à éluder la vigilance de ses ennemis en

parlement écossais. Pendant la guerre cet édifice avait offert fréquemment des retraites aux différents corps des maraudeurs patriotes, et les Anglais le détruisirent à cette époque : les habitations des moines furent épargnées. West, «bid.

ÉDOUàED l*'. 571

se cachant dans ses montagnes et ses forêts natales (1).

La seule place qui bravât encore la puissance d'Edouard était la forteresse de Stirlîng. Il laVi.It sagement négligée Tannée précédente , afin d'avoir le loisir de réduire le reste du royaume ; mais actuellement il en requit le gouverneur >* sir William Oliphant, de la remettre à l'instant entre ses mains. Cet officier demanda la perpaîssion de consulter sir JohnSoulîs, jadis régent d'Ecosse 9 et qui lui avait confié cette place, (mai. ) Edouard repoussa cette proposition avec mépris. Un conseil 4q barons anglais et écossais s'assembla , et rendit une sentence 4e proscription contrôle gouverneur et §a garnison. Mais la réduction d'une forteresse bâtie sur un rocher élevé , et défendue par des hommes d'une valeur ^prouvée , demandait des efforts peu communs. Les machines royales ne causaient aucun dégât sur les défenses extérieures : si les pierres qu'on jetait sans cesse sur les habitations intérieures les détruisaient (2), la garnison trouvait un abri dans les cavernes taillées dans le roc : Pendant quatre-vingt-dix jours, Oliphant fit échouer toutes les tentatives de l'ennemi, et, ce

(i) RyL Plac, Par. 36g. Rot. pari, i, aia, ai3, (3} L^s pierres qu'on jetait dîuis )a ville pesa Mût chocilite deux k trois quintaux. B.emin^ ao5.

5'J2 HISTOIRE D'ANGLETEKRE.

qui était plus difficile encore , il résista à toutes les sollicitations de ses amis. Pendant le siège , le courage ou la témérité d'Edouard exposèrent ce prince au danger le plus éminent. Il reçut une flèche dans ses vêtements, son cheval fut abattu par une pierre : mais il répliqua aux supplications respectueuses que lui adressaient ses chevaliers , qu'il combattait dans une guerre dont la justice était reconnue, et que sa vie était sous la protection du ciel. Enfin le courage et les ressources de la garnisou s'épuisèrent : elle s'abstint pendant trois jours de toutes mesures hostiles ; et de fréquentes conférences eurent lieu au pied des murailles, entre Oliphant et quelques barons anglais. Le matin suivant, les portes s'ouvrirent ( 24 juiUet.), et l'on vit descendre, à pas lent, de la montagne, le gouverneur avec vingtcinq de ses compagnons , tous pieds nus , en chemise, les cheveux épars et une corde au cou. Quand ils arrivèrent devant Edouard, ils tombèrent à genoux, et, levant leurs mains au ciel, ils implorèrent sa grâce. « Je n'ai point »de grâce à vous accorder, leur répondit- il; dvous devez vous Tendre à mon bon plaisir. » Ils y accédèrent. «Hé bien, dit-il, mon plaî- »sir est que vous soyez pendus comme traî- »tres : il faut vous y résoudre ou retourner au » château. — Sire, reprit Oliphant, nous re- » connaissons notre faute ; notre existence est

ÉDOUAKO 1*'. 373

• à votre disposition. — Et qu'en dites -vous ?

• ajouta le roi, en s'adressant aux autres. — Nous

• sommes tous coupables, s'écrièrent-ils : nous » nous abandonnons à votre miséricorde. » Le roi se détourna pour essuyer les larmes qui coulaient de ses yeUx, et ordonna de les conduire prisonniers en Angleterre , mais sans les charger de chaînes (1).

La reddition de Stirling complétait la soumission de rÉcosse. Le roi licencia son armée , ordonna aux cours de l'échiquier et du banc du roi , qui s'étaient tenues depuis sept ans à York, de retourner à Westminster , leur ancienne résidence, et s'appliqua à réformer les abus qui s'étaient glissés dans le gouvernement de ses états d'xingleterre. Wallace était le seul homme dont le patriotisme ou l'inimitié pût lui causer encore de l'inquiétude; et, peu de mois après , Wallace fut amené captif à Londres. Le lieu de sa retraite , ainsi le crurent ses contemporains, avait été dénoncé par un de ses compagnons dont il avait tué le frère. Il fut surpris dans son lit par John Monteith , gouverneur de Dunbarton , placé à la barre de la salle de Westminster avec une couronne de laurier sur la tête , et accusé de trahison, de meurtre et de pillage.

(i) West. 44s, 45o. Rjm. 11, gSo, gSa, Heraing. i, aoS ,

374 HISTOIKE d'aNGLETERRK.

n ndinit ces deux dernières charges; quant à cell » de trahison , il soutînt qu'il ne s'en était point rendu coupable, parcequ'il n'avait jamais promis vassalité au roi d'Angleterre, (aS^qût.) Il fut condamné, sur le verdict d'un jury composé de gentilshommes, et subit la peine de^ traîtres (i). J'offenserai peut -être l'amour -propre national de quelques uns de mes lecteurs; mais je soupçonne fortement que Wallace dut autant sa célébrité à sa mort qu'à ses exploits. De tous les chefs écossais qui méritèrent et qu'éprouvèrent l'inimitié d'Edouard , ce fut le seul qui périt sur l'échafaud : et, sous ce rapport, sa destinée appela et réunit sur lui seul tous les regrets de ses compatriotes. Ils le révérèrent comme le martyr de leur indépendance : son sang répandu les excita à le venger; Içs chaumières et les vallées, les forêts et les montagnes qu'il avait fréquentées , devinrent pour eux des lieux consacrés : et, comme le souvenir de ses exploits réels s'éteignait graduellement , on employa le secours de la fiction pour embellir et immortaliser le caractère du héros. Si nous en croyons les auteurs écossais qui vécurent un siècle ou deux après sa mort , sa stature était gigantesque , et il surpassait tous ses contemporains par la force de ses membres et le mépris de la fatigue. 11 n'avait

(f) West. 45 1. Stow 209.

EDOUARD l". 375

d'autre passion que Tamour de sa patrie. Son âme était au-dessus de la séduction et de l'insulte : et, à la voix de la liberté , il était prêt à servir dans les rangs de Tarmée comme à la commander. Son courage était un pouvoir magique qui portait ses compagnons à tenter et à exécuter les entreprises les plus hasardeuses ; ainsi qu'on le vît à Staînmoor, où il obligea le roi et l'armée d'Angleterre à fuir sa présence, avant même de commencer l'action. Sous un chef si brave et si accompli, l'Ecosse pouvait être sauvée: elle fut perdue par la jalousie de ses nobles, qui aimèrent mieux ramper dans les chaînes aux pieds d'un despote étranger, que de devoir leur déliv rance à un homme de basse extraction, suivant eux(i). De tout cela, une partie peut être vraie, mais elle ne repose pas sur des autorités suffisamment dignes de foi, et une portion plus grande doit être fausse , parcequ'elle est contredite par la réalité de l'histoire. Les seules grandes batailles dans lesquelles il soit reconnu que Wallace ait combattu , sont celles de ;btirling et de Falkirk. Il fut victorieux dans la première: mais il doit partager la gloire de l'action avec sir Andrew Moray , qui était certainement son égal dans le commandement , s'il n'était pas son su-

(i) Voy. Fordun, Boece , Buchanan et les Exploits de Wallace par Blind Harry.

périéur (1). Dans la seconde il fut défait, et rÉcosse n'éprouva jamais de défaite plus désastreuse. Dans l'histoire des cinq années suivantes , son nom est à peine rappelé; mais quand le reste de ses compatriotes fit la paix avec Edouard , ses intérêts ne furent pas oubliés. ûOn convint que lui aussi pouvait se soumettre » au bon plaisir et à la faveur du roi , s'il le ju- • geait à propos (2).» Il ne le jugea pas convenable ; et c'est à cette résolution, résultat du patriotisme ou de l'opiniâtreté , qu'on doit attribuer sa condamnation. 11 avait été sommé de comparaître à un parlement des deux nations tenu à Saint- Andrew s; et, comme il négligea de s'y rendre,

(i) Fordun nous dît que sir Andrew Moray fut fu^ dans l'action (Ford, xi, 29). S'il en est ainsi , il fut immédiatement remplacé dans son commandement par un £ls du même nom; car dans les deux lettres de sauvegarde , accordées le 7 novembre au couvent d'Hexham , Andrew Moray est réuni à Wallace , et dans les deux pièces son nom se trouve le premier. Andréas de Moravia et Willelmus Wallensis duces ef ercitus scotiae. Heming. i55. Knyght. 2621.

(2) Et quant à M. Guilliam de Galeys est accordé , qu'il se mette en la volonté et en la grâce de nostre seigneur le roi, si lui semble que bon soit. Ryley. 370. Lord Hailes pense qu'il y a lieu de douter si les mots , si lui semble , se rapportent à Wallace ou au roi. Mais ils concernent évidemment Wallace. L'offre est faite de la même manière à Tévêque de Glasgow, à l'intendant, etc. si leur semble que bon soit. Rot. pari. I, 21 3.

on prononça, suivant les lois écossaises, une sentence de proscription contre lui , contre Andrew Fraser et contre la garnison de Stirling (i). Edouard ce|fendant n'était pas, comme on Fa représenté, un tyran altéré de sang (2); il accepta encore la soumission de Fraser , et se contenta de la captivité d'Oliphant et de ses compagnons, quoiqu'ils l'eussent inutilement exposé à beaucoup de dangers et entraîné dans de grandes dépenses. Si le sort de Wallace fut différent de celui des autres, c'est une preuve qu'il y avait dans sa position quelque chose de particulier qui le rendait moins susceptible de pardon.

(i) Quorum petente rege judicium secundum jurîs processum et leges scoticanas, omnes qui conyenerant) concordi sentenUâ pronuntiarunt eidegatos. Trivet , 338.

(2) Les seules cruautés dont ou Pnccuse sont le massacre de Berwick et le traitement qu'il fit subir aux prisonniers faits à Dunbar. Mais on devrait se rappeler que Berwick fut pris d'assaut, et que la vengeance des vainqueurs avait été probablement excitée par des provocations antérieures , peut être par les barbaries même commises peu de jours auparavant par les Écossais dans le Gumberland (Heming. 87. Rjm. ii, 887 ), peut-être par la conduite même des habitants de Berwick, qui, bien|que leur ville se fût rendue à Edouard quel^ ques mois avant (Rym. ii, 692), s'étaient, on ne sait comment, affranchis de la garnison anglaise et avaient pris les armes contre le roi. — Quant à ce qui regarde les prisonniers de Dunbar , cette histoire ne repose que sur Tautorité douteuse de Fordun, xi, 24» dont le langage équivoque a encore été embrouillé par les préjugés d'auteurs plus récents. Voy. lordHailes»i|348.

376 HISTOIRE D'ANGtBTERRE.

( i3o5, 26 mars. ) Pour asseoîr le gouvernement de sa dernière acquisition, Edouard voulut bien demander et suivre les avis de Wi^heart , évê- (jue de Glasgow , de Robert Bruce et de John Moubray, Écossais qui s'étaient distingués par leur attachement à la cause de Tindépendance. D'après leur conseil , il convoqua un parlement écossais à Perth, où Ton choisit dix commissaires pour suivre les conférences avec le roi en personne, à Londres (1). On leur adjoignît dix Anglais avec plusieurs juges, et tous firent serment de donnerle meilleur avis qu'ils pourraient» sans se laisser entraîner par aucune considération d'amitié, d'inimitié ou d'intérêt (aS sept.) Le résultat de leurs délibérations fut que Jean de Bretagne, neveu d'Edouard, serait nommé gardien du royaume, et qu'il aurait pour adjoints le chambellan et le chancelier maintenant en exer* eice , tous deux Anglais ; que , pour le mieux de l'administration de la justice, l'Ecosse serait divisée en quatre districts, le Lothian, le Galloway, le pays situé entre le Forth et tes montagnes, et les hautes-terres (high-lands), à chacun desquels on assigna deux justiciers, Tun Écossais , l'autre

(i) Ryiej. 343. Les députés furent pris dans tous les ordres, deux évéques, deux abbés , deux comtes , deux barons et deux roturiers , un de la partie sud et l'autre de la partie nord du Forth. Voyez aussi id. 5o5. Leurs appointements devaient être payés par le trésor du royaume.

EDOUARD l". 379

Anglais ; que certaines personnes quç l'on nommait seraient sheriffs et esclieators (1) dans les différents comtés; que le gardien et le chambellan pourraient les remplacer par d'autres à leur volonté, excepté dans les provinces où ces emplois étaient tenus par droit d'héritage ; que le« châteaux de Roxburgh et de Jedburgh seraient remis dans les mains du gardien ; que les gouverneurs actuels seraient conservés dans ceux d'Edimbourg, de Stirling et de Dunbarton ; et que Bruce confierait le château de Kildrumny à une personne de la fidélité de laquelle il serait responsable. Quant aux lois , on décida qu'on abolirait immédiatement la coutume de Scots et Brets (2) ; que les statuts de David, roi d^Écosse, avec les additions et les changements que les autres rois y avaient faits, seraient lus, dans une assemblée , au bon peuple d'Ecosse ; et que les

(i) L'eschealop percevait tous les droits d'aubaine, dé confiscation, d'amendes, de hériots, etc. H surveillait et prenait possession des fiefs tombes en dëshërence, des tutelles, gardes-nobles, etc., et rendait compte au roi.

( Noie du tmâueêeur, )

(2) Ordonné est , que Fusage de Scot et de Bret desoren-^ droit soit défendu , si que mes ne soit usez. Ryley. 5o6. C'était probablement quelque vieille coutume nationale, qui, comme le tanistry des Irlandais, était incompatible avec les principes de la jurisprudence féodale. Par les Brets j'entends les peuples du Galloway, qui desçendaieul des Pictcs, anciens habitants de la Bretagne.

38o HISTOIRE d'Angleterre.

lois et les coutumes que Ton jugerait contraires aux lois de Dieu et à la raison seraient amendées sur-le-champ : mais que, s'il s'élevait des points de diflScullé, on choisirait des députés pour consulter le roi, et qu'on les autoriserait à consentir, au nom du peuple, à sa décision (i). ( i5 oct. ) Cet arrangement fut suivi d'un acte d'indemnitéoude pardon conditionnel. Tous ceux qui s'étaient engagés dans la rébellion, et qui s'étaient soumis ensuite, furent garantis de vie et de membres, et quittes d'emprisonnement et de confiscation , à condition qu'ils paieraient les amendes suivantes : le clergé, une année du revenu de ses propriétés; ceux qui s'étaient soumis avant Comyn, deux années ;-Comyn, Gordon et l'évêque de Glasgow, trois années; William de Baliol , Simon Fraser et John Wisheart, quatre années ; et Ingelram de Umfraville, cinq années. On devait à cet effet les remettre sur-le-champ en possession de leurs biens : la moitié du revenu leur était abandonnée pour leurs nécessités, et l'autre devait être remise au roi jusqu'à l'entier paiement des amendes. En même temps, on rapporta l'ordre du bannissement temporaire de Comyn, deGraham,et derévêquedeGlasgow(2).

Si l'on considère que ces personnes avaient don-

(i) Ryley. SoS-Soj. Rot. pari, i, 267, 269.

(2) Rym» 968-970. Rot, pari, i, 211. L'argent provenant

né des preuves réitérées de leur haine contré Edouard , qu'elles lui avaient juré fidélité et y avaient renoncé, qu'elles avaient renouvelé leurs serments et les avaient encore rompus, on trouvera plus de raisons pour applaudir à sa modération que pour accuser sa sévérité. Le monde a vu beaucoup de conquérants; mais il est difficile d'en citer un qui , après de telles provocations, ait déployé une aussi grande douceur.

Nous avons examiné jusqu'à présent la conduite d'Edouard dans ses relations avec les puissances étrangères ; nous l'avons vu arracher la province de Guyenne des mains du roi de France , et étendre son autorité sur le royaume d'Écossaet sur la principauté de Galles. Il e^t temps de por- ,ter quelque attention à la manière dont il gouverna ses domaines patrimoniaux , de remarquer les améliorations qu'il y introduisit , les nouvelles lois qu'il établit , et les expédients dont il se servit pour faire face aux dépenses de ses nombreuses Ccimpagnes.

La plupart des améliorations de la constitution anglaise sont plutôt dues à des vues d'intérêt personnel qu'à une politique éclairée. Dahs l'enfance des institutions féodales , le guerrier était tout , le marchand et l'artisan rien. Mais

de ces amendes devait être dépensé en Ecosse pour l'aTan-» tagedu royaume*

5&2 HISTOIRE DANGLETERRE.

ce« derniers , par les progrès de la civilisation , acquirent graduellement des propriétés : les pro- J)rjétés donnent de la considération ; et pendant les guerres civiles du dernier règne , les deux partis avaient trouvé Tassistance des principales villes et cités au moins aussi importante que celle des plus puissants barons. Le comte de Leicester, comme on Ta vu , avait osé appeler leurs représentants au parlement : et son exemple fut suivi par le conseil à la mort de Henri III. ( 1 27 3, i4 janvier. ) Outrc Ics lords Spirituels et temjporels , quatre chevaliers de chaque comté et quatre citoyens de chaque ville furent convoqués à Westminster, afin de jurer fidélité, en présence des commissaires royaux , au nouveau roi qui n'était pas encore revenu de la Terre- Sainte (1). Edouard laissa passer dix ans avant d^avoîr recours à leurs services; mais, en i285, pendant la guerre dans les Galles, il obligea tout nomme possédant en terres un revenu de vingt livres par année à rejoindre Tarmée ou à fournir un remplaçant ; et afin de se procurer le secours des hommes qui avaient de moindres propriétés, il convoqua un parlement composé seulement de deux états , le clergé et les communes. Le premier devait se former à la manière accoutumée , le second consistait en quatre che-

(1) Wavericy, 1127.

iDO0AKD 1*'. 3^3

valîers de chaque comté, et deux représentants de chaque cité , bourg ou ville à marché. Pour leur plus grande convenance, on les divisa en trois parties : le clergé et les communes du sud de la Trent s'assemblèrent à Northampton ; ceux des comtés du nord à York, à Texception du clergé et des communes deTévêché de Durham, qui se réunirent dans celte ville probablement en vertu de quelque privilège qui lui appartenait, comme comté palatin. Les trois assemblées furent ouvertes par des commissaires du roi, qui se trouvait alors dans les Galles; et nul inconvénient ne résulta de la division du parlement en corps séparés, siégeant en différents lieux, puîsqu 'aucun d'eux n'avait d'affaire à traiter, que d'accorder un subside de la part de ceux qu'il représentait (i). Environ huit mois plus tard, à la conclusion de la paix, le roi convoqua un autre parlement : mais le nombre des cités et des bourgs qui renvoyèrent des députés fut réduit à vingt, et les ordres cessèrent d'être expédiés aux shcriffs des comtés; on les expédia aux maires, aux baillis et aux prud'hommes desdites cités et bourgs. Le parlement fut autrement divisé. Les lords tinrent leurs séances à Shrewsbur^, et s'occupèrent du jugement de David , prince de

(j) Yoyez lea différents ordres à cette occasion dans Hody, 372,378,380,382*

384 HISTOIKE d'ANGIETEREE.

Galles ; le clergé et les communes s*assemblèrent à Acton Burnel, et donnèrent le célèbre statut sur le recouvrement des dettes (i). De cette époque » Edouard semble être revenu à Tancîenne coutume de lever des impôts par des tailles ; et il s'écoula onze ans avant que les représentants des cités et les bourgs fussent encore convoqués en parlement: mais en 1296 il fit expédier des ordres à cent vingt villes au moins , dont plusieurs étaient trop pauvres pour payer les dépenses de leurs députés , et qui obtinrent pour cette raison d'être exemptes d'un honneur aussi coûteux. Le roi eut lieu cependant d'être satisfait de cet essai : si les barons et les chevaliers des comtés lui donnèrent un onzième y les nouTcaux membres votèrent un septième de leurs biens meubles. Ce précédent était d'une trop grande importance pour qu'on le laissât tomber en désuétude : les députés des villes furent alors convoqués régulièrement ; et leurs dons, comme si la proportion en eût été déjà fixée, se montaient ordinairement à un tiers de plus que ceux des ordres plus élevés. C'était véritablement la seule raison pour laquelle on requit leur présence. Ces hommes, dans leur humble situation , ne pouvaient être familiers avec les affaires de Tétat , et on les renvoyait

(i) Kym. II) 349. St. ii« Ed. i*

souvent, tandis que les pairs continuaient à tenir leurs séances. Mais ces députés tirèrent un grand avantage de leur réunion : ils purent conférer entre eux sur leurs griefs ; ilseurent la facilité de les faire connaître à la couronne ; et en accordant des fonds, ils présentaient généralement des pétitions pour obtenir de grands redressements. Les formes que Von suivait dans ces anciens parlements sont peu connues. A l'ouverture de celui qui fut tenu en i3o5, une proclamation fut faite, par les ordres du roi, dans la grande salle de Westminster, à la barre de la chancellerffe , devant les cours du banc du roi et de Téchiquier, à Guild-Hall ou la maison de ville , et à Westchepe ou la chapelle de Touest ; elle était conçue en ces termes : « Apprenez , tous »tous qui désirez, présenter des pétitions à ce » parlement , que vous pouvez les délivrer , de » jour en jour, jusqu'au premier dimanche de ca- »réme (pendant une semaine) au plus tard, à »sir Gilbert de Roubiry, maître John de Caam , »sir John de Kirkeby, et maître John Bush, ou

• àTundeux, lesquels sont désignés pour les re-

• cevoir au temps susdit, et au plus tard(i). »

(i) On nomma encore les mêmes personnes pour recevoir les pétitions , et elles furent appelées à cet effet à un autre parlement tenu en septembre. Le délai pour remettre les pétitions fut fixé du i5 septembre au 3 octobre. Rym. n^

lit, 25

386 HISTOIBE D'AHeiSïERRE.

 la fin de la session j le parlement fut dissous par la proclamation suivante : « A tous les arehe- Dvêqnes, évêques et autres prélats, comtes,

• barons, chevaliers des comtés, citoyens et

• bourgeois, et tous autres membres des com-

• munes , venus à ce parlement par le com- » mandement de notre souverain seîgnepr le roi. »— Le roi les remercie de leur présence, il

• veut qu'actuellement ils retournent chez eux ,

• et qu'ils reviennent incontinent et sans délai

• toutes les- fois qu'ils seront rappelés, excepté

• les évêques , les comtes , les barons , les juges » de paix, et tous les autres membres du conseil » du roi , qui ne doivent pas partir sans sa per-

• mission spéciale. Loisir est accordé à ceux qui

• ont des affaires, de rester et de s'en occuper. Et

• les chevaliers qui sont venus pour les provînt

• ces, ainsi que pour les cités et les bourgs, peu- •vent s'adresser à sir John de Kirkeby, qui leur » donnera des mandats pour recevoir leurs ap-

• pointements dans leurs comtés respectifs (i)-»

Le lecteur a déjà remarqué l'état de détresse du revenu royal sous Henri IIL Dès qu'Edouard eut mpnté sur le trône , il nomma dans son pre*mier parlement des commissaires pour s'înfor-

966. On désigna d'autres personnes pour recevoir les pétitions d'Écfosse, d'Aquitaine y d'Irlande et de Guemesey. (i) Rjley. 24t. Rot. Pârl. i, ï5g.

mer de l'état des fiefs provenant de la 60 uronne» et, par cette mesure > il obtint plusieurs confiscations d'une valeur considérable. Biçntôt après, les officiers judiciaires de la couronne adressèrent des ordonnances de quo warranta aux juges d'assises, les invitant à s'informer de quel titre les propriétaires fonciers tenaient leurs propriétés , et à réclamer les libertés et les immunités dont elles jouissaient. Cette enquête fut la source de beaucoup de vexations, et d'un mécontentement général. Dans le laps des an** nées , et au milieu des changements de propriétés , beaucoup de familles avaient perdu leurs titres originaux; et, dans ce cas, leurs terres furent adjugées au roi , et arrachées de leurs mains , jusqu'à ce qu'elles en eussent racheté la restitution par une amende arbitraire. Lors raême que les actes originaux étaient produits, on n'admettait pas leur validité, jusqu'à ce qu'ils eussent subi l'examen le plus rigoureux , et passé par toutes les épreuves que l'industrie des légistes pouvait imaginer. A la fin , le roi eon*. sentit à mitiger la rigueur de ses premîères^ instructions ; et la possession sans trouble depuis le pègne de Richard P* fut regardée comme la barrière légale des prétentions de la cou* ronne(i).

(t) Waver. a55, iS. Ed. i. St. a.

Les guerres dans lesquelles Edouard s'engagea l'entraînèrent nécessairement à des dépenses considérables ; mais les mesures qu'il employa pour subvenir à ses besoins , tout oppressives qu'elles furent à cette époque , finirent par tourner à l'avantage des sujets, en provoquant cette résistance qui renferma la prérogative de la couronne dans des limites plus étroites. Sous prétexte d'entreprendre une croisade pour délivrer la Terre-Sainte , il obtint du pape Nicolas IV le dixième de tous les bénéfices ecclésiastiques, pendant les six années suivantes : et afin que ce don fût très productif, on leva cette taxe d'après une nouvelle évaluation, faite sous serment. ( 1294, juillet. ) En 1294» il se détermina à faire des efforts sérieux pour recouvrer la Guyenne ; et afin de couvrir les dépenses de la prochaîne campagne , il eut recours à un expédient aussi hardi que despotique. Des commissaires furent nommés pour rechercher les trésors des églises et des monastères : les sommes qui s'y trouvèrent déposées, soit qu'elles fussent la propriété des corps monastiques et cléricaux, soit qu'elles y eussent été placées pour plus grande sûreté par des particuliers , furent enregistrées aux rôles de l'échiquier; et sous la dénomination d'emprunts , on emporta les parties les plus considérables pour l'usage du roi. Quelques mois plus tard, les citoyens de Londres, assemblés en con-

seil de commune , furent amenés, par des prières ou des menaces, à lui accorder un. sixième de leurs biens personnels; et Ton enyoya des commissaires dans toutes les autres cités et dans les bourgs , pour les engager à imiter la capitale. Les lords et les chevaliers des provinces lui donnèrent à contre-cœur un dixième : mais il harangua lui-même les membres du clergé, et finit par requérir la moitié de leurs revenus , tant de leurs fiefs laïques que de leurs bénéfices. A cette demande , qui n'avait pas d exemple , ils furent frappés d'étonnement. Une vigoureuse opposition semblait se préparer: mais leur chef, l'archevêque de Canterbury, avait préalablement quitté le royaume ; le doyen de Saint-Paul, qu'ils avaient envoyé pour faire des représentations au roi, expira soudain en sa présence ; et un chevalier, sir John Hawering , pénétrant inopinément dans la salle où ils délibéraient , leur parla en ces termes : « Révérends pères, s'il en est un parmi vous » qui ose contredire la volonté royale , qu'il s'a- • vance , afin qu'il soit connu et désigné comme »un homme qui a rompu la paix du roi (i). » A cette menace , ils se soumirent ; et le succès de cette expérience porta le roi à la renouveler Tannée suivante. Les représentants des cités et

(i) West. 422. Wikes. 126. Walsing» 65. Kny^hton , 25ou Duos. 629. Hemmg. 52^ 54*

3gO UISTOIRB d'ANGIiBTERRE.

des bourgs furent donc appelés au parlement , et lui Yotèrent un septième. Les lords lui accordèrent un onzième. Il demanda au clergé un tiers ou un quart. Le clergé se déclara dans Timpossibîlîté de le donner , mais lui offrît un dixième, qui, après un refus méprisant et un délai de deux mois , finit par être accepté. Alarmé par des exactions si fortes et sî répétées , le clergé commença à chercher des protecteurs. Edouard avait récemment employé l'autorité papale pour obliger au paiement du dixième destiné à la guerre sainte ; les ecclésiastiques eurent recours à la même autorité pour se mettre à TaBrr 6eê^ exactions royales (1296,24 fëvr.): et Boniface VllI, à leur prière, publia une bulle qui défendait au clergé de tous les pays chrétiens de concéder à des laïques les revenus de ses bénéfices, sans la permission du saint-siége(i). (3novemb.)Sousce

(i) Le pape excommumAÎt par «a bulle toutes les pei> tonnes <{uî imposaient des fardeaux illicites au clergé, et tous les ecclésiastiques qui s\ soumettaient (R^m. n,7o6) ; mais l'année suivante (sa juillet 1397. ) ^^ déclara , dans une bulle explicative , que sa première prohibition et sa censure pe s'étendaient pas aux secours volontaires accordés par le clergé , ni aux cas de nécessité , lorsque ces contributions étaient indispensables pour la sûreté du royaume , nécessite de laquelle le roi et son conseil étaient les juges naturels; ni à la diminution d'aucun droit, liberté ou coutume dont le roi , les barons ou autres seîgneui-S temporels étaient eu possession légitime. Spond. 522. Brady. m, 54*

prétexte ) les ecclésiastiqueg anglais résitèreBt, au mois de noveoibre suivant, à la demande que leur fit le roi d'un cinquième i et ils obtinrent un délai jusqu'en janîier, durant lequel on apposa le sceau royal sur leurs granges. (i297> '5 janv.) Au jour fixé, des commissaires furent envoyés pour demander leur réponse, et l'archevêque se levant , leur parla en ces nâots : « Vous savez , »sirs, que sous Dieu tout-puissant nous avons «deux seigneurs , l'un spirituel, l'autre tempo- «rel. L'obéissance est due à tous les deux, mais

• plus encore au seigneur spirituel. Nous dési- 3>ron& faire tout ce qui est en notre pouvoir , et »nous allons envoyer à nos frais des députés »pour consulter le pontife. Nous vous prions de

• porter cette réponse au roi ; car nous n'osons

• lui parler nous-mêmes. » Edouard avait déjà pris sa résolution. Il consulta ses pairs laïques , fit paraître une sentence de proscription contre le clergé régulier et séculier , et prit possession de ses fiefs laïques , de ses blés f troupeaux et biens meubles, au profit de la couronne (1). Le lord, grand juge du banc du roi, en annonça ainsi les conséquences en pleine cour : « Vous «qui ête» présents, procureurs et avocats des

• archevêques , évêques , abbés , prieuis et au-

• très membres du clergé , sachez et faites sa-

(1) Âpud Bradj« m. App« n? iS*

5g2 HISTOIRE d'angieterre.

• voir à vos maîtres que désormais aucune «sorte de justice ne leur sera faite dans les cours »du roi, pour aucun dommage ou injure, quel-

• que graves qu'ils soient ; mais que cette jus- »tice sera rendue par nous à toute personne

• qui la requerra contre eux (i). »

Avant que l'arrêt du roi fût publié ( 6 fëv. ) , l'archevêque d'Yorck, avec son clergé, avait composé* pour le don d'un cinquième , afin de se soustraire au déplaisir royal (2). Dans la province de Canterbury, les officiers de la couroTine prirent possession de toutes les propriétés cléricales mobilières et immobilières, à l'exception de ce qui se trouvait contenu dans l'enceinte des églises et des cimetières : et l'on prévint en même temps les propriétaires des objets saisis que tout ce qui ne serait pas dégagé avant Pâques serait confisquer irrévocablement au profit du roi. Un synode s'assembla le dimanche de la mi-carême. Il se divisa, suivant une ancienne coutume, en quatre corps, composés des archevêques et des évêques , des abbés et des prieurs , des doyens et des archidiacres » et des procureurs du clergé paroissial. Avant de commencer leurs délibérations (26 mars.), ils reçurent un message royal qui leur défendait, dans

(i) Thorn. 1965. Knyghton, ^^ji» Heming. 107, 108* (a) Brady, m. 4 pp. n** 19.

EDOUARD I*t 595

les termes les plus menaçants, de procéder à aucune mesure préjudiciable aux droits de la couronne; ou de prononcer aucune censure contre les personnes employées au service du roi, ou contre celles qui s'étaient déjà soumises à sa volonté (1). En même temps, on leur fit remarquer qu'Edouard ne leur demandait plus un subside , mais qu'il exigeait une forte amende pour le mépris qu'ils avaient montré de l'autorité royale. Ce fut en vain qu'on mît en avant cette distinction nominale pour ouvrir un chemin à la soumission. Aussi long-temps qu'ils restèrent ensemble, leur constance fut inébranlable ; ils s'en tinrent à leur première résolution , et se déterminèrent à souffrir toutes les privations avec patience. Mais dès l'instant que le synode fut dissous, un petit nombre s'empressa de rechercher la faveur royale : leur exemple fit bientôt des prosélytes ; quelques uns payèrent Tamende; d'autres déposèrent des sommes d'argent dans des lieux où elles pouvaient être saisies par les officiers de Téchiquier ; d'autres encore achetèrent à des prix arbitraires des lettres de protection. Cependant, il en resta un certain nombre qui se refusèrent à descendre à de tels expédients , et qui pensèrent conjurer la tempête à l'aide de leurs parents ou de la

(1) Brady, m, App. n^ a3.

394 uisToïKB d'augleteree.

commisération de leurs roisins. L'arehe?èque, homme d'une résolution inflexible $ se retira avec un simple chapelain dans une cure de campagne , où il remplit les fonctions de ficaire, et subsista des aumônes des paroissiens. Parmi ses suffragants , l'évêque de Lincoln fut le seul qui suivit son exemple. Mais les amis de ce prélat souscrivirent Tolontairement pour la sooune exigée par le roi , et obtinrent qu'on lui rendrait son temporel (i).

Si Edouard eût borné sa rapacité aux biens du clergé , il eût peut-être pu continuer à mépriser ses remontrances : mais les subsides qu'il ayait leyés annuellement sur les franc-tenanciers, les taxes qu'il avait si souvent demandées aux cités et aux bourgs, et les droits additionnels qu'il extorquait des marchands , avaient excité un esprit de mécontentement général. La laine et les cuirs étaient les deux grands articles de commerce : les marchands étrangers seuls pouvaient les exporter , et une loi bornait cette exportation à onze ports seulement en ÀDgleterxe, et trois en Irlande. Au commencement du règne d'Edouard le droit sur chaque sac de laine avait été porté à un demi-marc : mais les besoins du trésor royal s'augmentaient journellement ; et

(i) Dunst. 65i-655. West. 429. Wals. 68 > 69. Heming, 109, 110,

pendant ses débats avec le roî de France il requît cinq marcs par sac de fine laine, trois par sac de laine commune , et cinq marcs pour chaque last de cuirs (i). Dans une occasion, il arracha des marchands un emprunt de la valeur de toute la laine qu'ils exportaient ; dans deux autres circonstances , il saisit et vendit à son profit la laine et les cuirs. Il étendit même ses mains avides sur le produit du sol, sur la nourriture nécessaire de ses sujets : et pour approvisionner son armée en Guyenne, il donna l'ordre à chaque sheriff de percevoir, par cotisation entre les propriétaires territoriaux de son comté , un certain nombre de bestiaux et deux mille quarters (2) de froment (3). Quoique cette réquisition fût accompagnée de la promesse d'un paiement futur, la patience de la nation s'épuisa. On commença à tenir des consultations secrètes ; et Ton fit des préparatifs de résistance. Edouard avait rassemblé deux corps de troupes : il se proposait de faire voile pour la Flandre avec l'un d'eux, et destinait l'autre à renforcer l'armée de Guyenne. (1297, H février.) A Salisbury,

(i) Environ deux tonneaux, ou vingt quintaux mdtriques.

(Note du traducteur, ) (a) Le quarter est de huit boisseaux , ou d'environ trois hectolitres. {Note du traducteur,) .

(5) Knyght. aSoi. Oun* v, 4ïS' Wals, 69. Hem* 110, m.

596 HISTOIRE d'anGIÉXKRKE,

il donna le commandement du dernier corps à Bohun , comte de Hereford , connétable » et à Bigod, comte de Norfolk, maréchal d'Angleterre : mais ces deux seigneurs refusèrent ces emplois, donnant ':j>our raison que par leurs fonctions ils étaient seulement tenus à suivre la personne du roi. Edouard , dans un accès de colère, s'écria, en s'adressant au maréchal : « De par Dieu éternel, sire comte, vous irez, ou

• vous serez pendu. — De par Dieu éternel ,

• sire roi, repartit Bigod, je n'irai ni ne serai «pendu. » Hereford et Norfolk partirent immédiatement : ils furent suivis de trente bannerets et de quinze cents chevaliers ; et les officiers royaux, intimidés par leurs menaces, cessèrent de lever ces approvisionnements. Edouard vit qu'il était nécessaire de dissimuler , et somma ses teinanciers militaires de le rejoindre en armes à Londres (i).

Les deux comtes, de concert avec Winchelsey, archevêque de Canterbury , avaient combiné leur plan de résistance contre les exactions royales. Au jour fixé , le connétable et Jean de Segrave , comme délégué du maréchal ( Bigod étant retenu chez lui par maladie ) , se rendirent à la cour du roi : mais quand on les requit

(i) fieming. 112.

de remplir leurs fonctions respectives (1) (s juîl.), ils donnèrent un refus écrit, basé sur la raison qu'ils n'avaient pas reçu de sommation légale , mais seulement une invitation générale. Edouard nomma un nouveau connétable et un nouveau maréchal ; et pour diviser et affaiblir ses adversaires, il s'occupa d'apaiser le clergé et d'émouvoir la commisération du peuple, (u juillet.) Il reçut le primat avec bonté , ordonna qu'on lui rendît ses terres , et le nomma au conseil du prince Edouard, qu'il avait établi régent. Monté sur une plate-forme placée devant l'entrée de la salle de Westminster, accompagné de son fils , de l'archevêque, et du comte de Warwick , il harangua le peuple. ( 4 juillet. ) Il avoua que les fardeaux qui pesaient sur lui étaient lourds; maïs il protesta qu'il n'avait pas éprouvé moins de peine à les imposer que ses sujets à les supporter. La nécessité faisait seule son excuse. Son but avait îté de se préserver , ainsi que ses hommes-liges , \e la cruauté et de la rapacité des Gallois, des écossais et des Français, qui non seulement bnvoitaient sa couronne , mais encore étaient Itérés du sang de son peuple. Dans une telle tconstance , il convenait mieux de sacrifier

f) Leur devoir était d'appeler tous les tenanciers miKt^s devant eux, d'inscrire leurs noms, le nombre de leurf spants, le tei^ps qu'ils devaient servir , etc. Rym. ii| 7«3.

508 HISTOIRE d'a1!«GI.£T£RRE.

une (partie, que de perdre le tout t Voyeii « dîtlil eu concluant, je Tais m'expoacr moi-mêtne »au danger pour vous. Si je reviens, recevez- »inoi encore et je vous rendrai satisfaction : si >}e succombe, voici mon fils; placez-le sur le

• trône, et sa reconnaissance récompensera votre 9 fidélité. » A ces mots le roi fondit en larmes : l'archevêque était également affecté ; la contagion gagna la multitude ; et des applaudissements qui témoignaient l'attachement et l'approbation persuadèrent à Edouard qu'il pouvait encore compter sur le dévouement de son petHpie, (3i juiUet. ) Cette scène fut suivie par des ordres adressés aux sheriffs qui leur prescrivaient de protéger le clergé contre toute injure, et de le maintenir dans la possession de fies terres (i).

• 11 se hasarda alors à se rendre jusqu'à Winchelsey , dans sa route pour la Flandre. Mais là il fut alarmé du rapport qu'on lui fit sur les pi'ojets de ses adversaires , et il ordonna d'envoyer des lettres dans chaque comté ( " août. ) , pour expliquer l'origine de sa querelle avec les deux comtes, maintenir qu'il n'avait jamais refusa aucune pétition en redressement , et promettre de confirmer la charte des libertés et la charte

(i) Comparez Hemingforcl, 1 13, i44- West. 70. Knyglitoii, 3Sio,avecles ordres dans Ry mer, 11, 763, et avec Bradj, ui«^Afp*ii*^' 39,30.

ÉDOUARO I". 3gg

des forêts, en retour du subside volontaire d'un huitième accordé par le conseil de Londres (i). Peu après, on lui remît un acte contenant les remontrances des archevêques, des évêques, deà abbés , des prieurs , des comtes , des barons et de toute la communauté d'Angleterre. Us s'y plaignaient de ce que la dernière sommation avait été faite dans des termes ambigus ; qu'elle les appelait pour accompagner le roi en Flandre , contrée dans laquelle ils n'étaient pas obligés de servir d'après leurs tenures ; et que lors même qu'ils le seraient , ils étaient tellement appauvris par les subsides, les taxes et les saisies illicites, qu'ils ne pouvaient supporter la dépense de cette campagne ; qu'on avait souvent violé les libertés accordées par les deux chartes ; que le « mauvais péage » ( le droit) sur la laine montait à lui scnl à un cinquième de tout le revenu de la terre ; et quïl était imprudent d'entreprendre une expédition en Flandre dans les circonstances présentes, puisque ce serait exposer le royaume aux incursions des Gallois et des Ecossais. Edouard répliqua qu'il ne pouvait donner répoïîse sur des matières d'une telle importance, sans l'avis de son conseil , dont une partie avait déjà fait voile pour la Flandre ; que si les auteurs des remontrances voulaient raccompagner , il

(i) Rjm.ibid.

400 HISTOIRE D'aNGLËTEERÉ.

accepterait leurs services comme une faveur; que s'ils refusaient j il espérait qu'ils ne causeraient aucun trouble pendant son absence. Avant son départ (19 août.), il établit des commissaires dans chaque comté, avec le pouvoir de requérir caution de toute personne , pour le paiement des subsides dus à la couronne , et d'emprisonner les publicateurs de faux rapports , les perturbateurs de la paix , et les membres du clergé qui se permettraient de prononcer des censures contre les officiers royaux, à raison de l'exercice de leurs fonctions (1).

Enfin le roi mit à la voile, accompagné des barons et des chevaliers qui avaient embrassé sa cause ; et, deux jours après (22 août.), Bohun et Bigod f avec une suite nombreuse, se rendirent à l'échiquier. Le connétable , en présence du trésorier et des juges (24 août), se plaignit des vexations du roi » de ses saisies illégales de pro-^ priétés particulièjtes , et des droits énormes imposés sur la laine; et leur défendit, au nom du baronnage de l'Angleterre, de lever le dernier huitième accordé par le grand conseil , parcequ'il avait été voté sans qu'il en eût connaissance, et sans son concours ni celui de ses

(i) Hemîbg. ii5^tiy, Knyght. aSii. Wals. 71. Rjm. 11,

amis (i). De l'échiquier, ils se rendirent àThôtelde-ville, où ils invitèrent les citoyens à se joindre à eux pour la cause commune , et les aidçr à arracher la confirmation des libertés nationales^ d'un souverain haineux et despotique. Les pleurs que leti habitants de Loi^dres avaient versés pendant la harangue d'Edouard, étaient maintenant séchés : les considérations de Tintérêt l'eroporr tërent sur les mouvements de la pithé .*: et ils d^O* nèrent l'assurance de leur cwpér^tion aux barons, qui s'en retournèrent immédiatement dans leurs confîtes respectifs. Dans leur voyage pour se rendre dans la capitale , et à leur retour , ils marchèrent en ordonnance militaire; mais ils eurent soin en même temps de con^rver. la paix, et menacèrent , par des proclamations, de punir tous les agresseurs injusteA, par l'amputation immédiate d'une main ou la perte de la tête» suivant la nature du délit (2).

Le roi fut bientôt informé de tout ce qui s'était passé , et il ordonna aux barons de l'échiquier de ne faire aucune attention à cette défense. Mais ,

(i) Edouard dit qu'il avait ëtë accorde par les grands seigneurs qui étaient avec lui : les graunt seigneurs qui n'adguerS furent ove lui (Rym. ii, 784): Bohun objecta que ses amis n'en avaient pas connaissance : de conscientiâ suc* rum non émanasse. West. 4^i.

(a) West. ibid. Heming. 117. Knyght. aSxa. Wals. 7a.

4^^ UISTOIfl£ l>'AKei.£t£RRE.

quékjù^ semaines *prè« ^ sùù obstînafion fut âfbattue par une série d evènemeiits tnaW^areirx. te f^tfple et le elefgé fetoHsaîenl totaîemeûf la datise des comtes : les Éco^aî^, stptès la victoire de Stirling, avaient iDondé les comtés du notd : et Bdopard lui-même se ti'outait à Gandiiû Flandre, dani^ ritUposêilHlité de revenir pour protéger le royttume, et trop faible pour eombetltre les forcer supérieures du roi de Fhlacew Djads Ces eireon* stances, les I^irds qui composaient le conseil di* Jetitte jirlnce îfivîtèrénf Tarchefvêque , sAii prélats^ vingt-tfoîa abbés et prîeurs, le conuétable^ le maréchal et huit barons, à traiter avee eux des ili«tîèrés lés plus pressantes pour l'instant, et îk ct>ft-* tôqtiéredt un parlement qui devait s'assemblet 50US huîtâîne à Londres ( 3o sèpumh. }, et être té*» inolb delà corffirmatioti des deux chartes (i). Dans les crfhftrences qui pféèédèrent , les deux

})arties, quoique opposées en apparence, avaient eS' ntêmes intérêts et les mêmes vueS : rfne foi-ûore dé pai< (elle fut ainsi appelée) fut prdmptetiient arrangée: et, aux anciens artlrfes dés chartes, on ajouta les additions importantes qui puivent : « Aucune taxe ou subside ne sera déisorniaî» établi ou levé par nous ou par nos hé- • ritîers, dans notre royaume, sans le bçn vouloir »«l rassentiment^ unanime.dies archevêques, des

(i) Brady, Hist. m. App. n* S5, Rjm. n, 793.

iévêques et autres prélats , des comtes i des ba* f rons, chcTaliers, bourgeois et autres hommes U- » bres de notre royaume. — Aucun de nos officiers, » ou de ceux de nos héritiers^ ne prendra ni blé, ni «laine, ni cuir ou ^autres marchandises, de qud-

• que personne que ce soit, sans le bon vouloir > et le consentement du propriétaire de ces biens. » — Rien ne sera prélevé à l'avenir sur le sac de » laine, sous le nom ou prétexte de mauvais péage »(evil toU). — Nous voulons aussi et accordons, 1 pour nous et nos héritiers» que tout le clergé, et »tous les laïques de notre royaume, jouissent de »leurs lois, libertés et privilèges, aussi librement >et complètement qu'au temps où ils en ont le » mieux joui ; et si quelques statuts ont été faits, iou quelques coutumes introduites par nous* ou »par nos ancêtres, qui leur soient contraires, on lâ aucun article de la présente charte , nou« » voulons et nous accordons que ces statuts et »€es coutumes soient nuls et abolis à jamais. »*^Nous remettons en outre au comte, conné^ »table, au comte maréchal, à tous teun corn-» ipagnons, et à tous ceux. qui ne nous ont pas 1 suivi en Flandre ,. toute rancune, mauvais » vouloir, et toutes espècei? d'offenses qu'ils pour««

• raient avoir commises contre nous ou les nô-

• très, avant de faire la présente charte, — Et, •pour plus grande garaqtîe de ceci, nous voûtions et accordons, pour nous et pour nosiié-

4o4 HISTOIRE d'ANGLSTEERE.

Dritiers, que tous les archevêques et évêques » d'Angleterre , après avoir fait deux fois Tan , à

• l'avenir, la lecture de cette charte dans leur

• église cathédrale, excomniu nient et fassent » excommunier, dans leurs églises paroissiales,

• tous ceux qui, à dessein, feraient ou occasio- » neraient quelque offense que ce soit contre la

• teneur, puissance et l'effet d'aucun de ses ar-

• ticles (i)..»

(looct.) Quand le parlement s'assembla, ces articles additionnels à la charte furent reçus avec enthousiasme ; et , sous la condition que le roi les approuverait j les laïques lui votèrent un huitième , le clergé de Canterbury un dixième et celui d'York un cinquième. Le prince, par un acte public, prit les comtes et leurs adhérents sous sa protection : et les lords du conseil s'engagèrent à les garantir des effets du déplaisir royal. Une lettre fut écrite en commun au roi, pour le solliciter d'apaiser tous les différents par son consentement, et pour l'assurer que ses fidèles barons étaient prêts à le rejoindre en Flandre à son commandement, ou à marcher contre ses ennemis en Ecosse ; m ais cette lettre requérait en même temps, du ton de la défiance, une réponse pour le 6 dé-

(i) Heming. i4i. Dans les statuts imprimes , ceci est placé par erreur dans la trente-quatrième année du règne du roîi

EDOUARD 1*'. 4o5

cembre. Il en coûta beaucoup d'efforts au caractère altier d'Edouard pour se soumettre ainsi. Trois jours furent employés en délibérations inutiles , et en lamentations ; mais enfin il signa, d'une main désespérée, la confirmation des deux chartes avec les articles additionnels, et un pardon séparé pour les comtes et leurs partisans (i). Ce fut peut-être la plus importante victoire qui jusqu'à présent eût été remportée sur la couronne. En investissant le peuple du seul droit de lever les subsides , il se trouvait armé d'un grand pouvoir pour réprimer l'extravagance et arrêter le despotisme des monarques. Quoique l'on pût douter des intentions d'Edouard, sa conduite eut d'àbor4 l'apparence de la sincérité. ( 1298, 14 mars. ) 11 revint en Angleterre dès qu'un armistice eut été conclu entre lui et le roi de France, et il nomma des comniissaires pour s'infotTuer des saisies illégales faites avant son départ. ( 4 avril. ) On les divisa en deux classes. Lorsque les officiers avaient agi sans ordre (warrant), ils durent indemniser à leurs dépens les personnes lésées ; lorsque les marchandises avaient été saisies par des ordres royaux, on devait en affirmer la valeur à l'échiquier , chargé de la rembourser sans

(i) Stat. 25. Ed. I. St. I. Brady , m. App. n® 54. Knyght. a5aa-a524. Heming, i38-i43. Wesi. 43x» Wals. 73, 74.

4o6 HISTOIRE d'aNGIETERRE.

délai (i). On soupçonnait toujours que le roi n'attendait qu'un moment favorable pour annuler les concessions que la nécessité lui araît arrachées ; et l'on murmurait à Toix basse qu'au milieu de ses amis fntimes , il en ayait plaisanté comme n'étant d'aucune valeur, puisqu'elles avaient été faites en pays étranger, où il ne possédait aucune autorité. Quand il parut à son parlement dTTorck , les comtes de Herefort et de Norfolk le requirent de ratifier la confirmation des chartes. Il objecta la nécessité de marcher projmptement contre les Ecossais : il promit solennellement de faire droit à leur requête à son retour, et Tévêque de Durham et trois comtes, s'avançant, jurèrent «sur leur âme» que le roi remplirait fidèlement ses engagements (2). La victoire de Falkirk et une longue suite de succès donnèrent du lustre à ses armes ( mars, 1299. ) ; m?iÎ8 quand le parlement s'assembla l'année suivante , on rappela au roi sa promesse. Sa répugnance employa tous les artifices pour tromper la vigilance ou fatiguer la patience des deux comtes. Il se retira du parlement en colère ; il y revint , et proposa des modifications : à la fin il ratifia ses premières concessions, en y ajoutant la clause « sauf lés droits de la couronne, »

(i) Byip. jB, 8i3.

(2) Wals. 76. Hemîng. iSg.

EDOUARD l^. 4^7

qui annulait virtuellement tous te» avanta^a stipulés en faveur de se» sujets. Bohun et Bigod partirent à Tinstant avec leurs adhérents ; et le roi, pour s'assurer de l'opinion du peuple, ordonna aux sheriffs d'assembler les citoyens dans le cimetière Saint-Paul , et de leur lire la nouvelle confirmation de la charte. Cette lectujre fiit interrompue par de^ applaudissements répétés : mais quand on vint à lire la clause qui rendait tout le reste illusoire, l'air retentit d'expressiens de mécontentement et de malédictio© sur la tête du prince qui trompait ainsi l'attente de son peuple. Edouard prit l'alarme : ii convoqua un nouveau parlement sous quinzaine ; accorda toutes les demandes ; et nomma une commis^ sîon de trois évêques, trois comtes et trois barons pour fixerles limites réelle» des forêts royales (i).

Quoique le comte de Hereford fût mort peu après la dissolution du parlement , ses partisans ne ralentirent point leurs efforts. A la sàîvanie -session , ils se plaignirent de ce que la loi n'était qu'une lettre morte ; et que les officiera royaux refusaient delà mettre à exécution. Pour les satisfaire, Edouard fut forcé de renouveler ses concessions ( mars, i3oo. ), et d'accorder des articles additionnels par lesquels il arrêtait que les char-

(0 We«t. 43i. Heming. 168. Ste*. 27, Eà^u St. i»'.

4o8 HI6T0IKE DANGLETEHRE.

tes seraient lues publiquement par les slierîffs quatre fois Tan, et que les francs-tenanciers nomoieraîent , dans chaque comté , trois chevaliers , qui seraient chargés par le roi de punir sommairement'tout délit auquel il n'aurait pas été pourvu par le droit coutumier (i). La visite des forêts fut terminée dans Tannée ( 14 févr. , i3oi. ) , et Ton statua, dans le parlement qui suivit, que, «tout » ce qui serait déclaré, au rapport des examina- »teurs^ être situé hors des forêts, serait reconnu 1 comme tel, et tout ce qui serait désigné comme »se trouvant dans leur enceinte, serait à jamais • considéré comme terre forestière (2). »

Malgré la facilité avec laquelle Edouard avait consenti aux demandes de ses barons , il nourrissait en secret Tespérance de revenir un jour sur les prétendus droits qu'il avait été forcé de reconnaître, par la nécessité d'apaiser ses sujets. En i3o45 l'Ecosse fut subjuguée. Il avait déjà intimidé ses premiers adversaires, en les punissant .successivement, pour s'être opposés à ses intérêts. Le comte maréchal et le fils du comte connétable avaient été réduits à lui remettre leurs biens et leurs dignités (3) ; et les principaux

(i) Stat. 28. Ed. I. St. 3.

(2) Brady, m, 72,

(3) Edouard rendit ses bîens et ses honneurs au comte de Norfolk) mais il les borna à sa descendance par sa femme

parmi les barons patriotes s'étaient vus forcés de lui faire des présents considérables {i). Comme si ses concessions et les confirmations des chartes n'eussent jamais existé, il envoya, de Stifling, des commissaires pour lever sur les cités et les bourgs de son domaine une taxe proportionnée à leur richesse ou à leur étendue, soit par une capitation, soit par un impôt en commun, comqfie ils le jugeraient plus avantageux. On ne résista point à cette mesure illégale, et Ton ne parut pas en conserver de ressentiment. Au parlement suivant, il réduisit au silence les plaintes des

Alice. Il mourut trois ans après, sans enfants, ainsi ils re« vinrent de nouveau à la couronne. Bohun remit ses domaines et ses dignités le 8 octobre i5o3. Us lui furent rendus deux ans après, lors de son mariage avec Elisabeth, septième fille du roi , et veuve du comte de Holland. Brady , m , 74 , 76.

(i) West. 4^2. Winchelsey eut l'honneur d'être proscrit vec ses amis. Edouard accusa le primat d'être entre dans un complot de haute trahison durant son séjour en Flandre. Le pontife le suspendit provisoirement de ses fonctions, et le somma de venir plaider sa cause en cour de Rome. U resta deux ans en exil ; mais il revint avec honneur, après la mort du roi. Bircbington le loue de sa résistance aux exactions d'Edouard , et de sa constance à défendre les droits du peuple. Regemr in parliamentis et consiliis super suis abusionibus redarguit , et ad omne bonum quod potuit, monuit et induxit , non permittens ipsum errare , quatenus' scire potuit , quin ipsum reprimeret , ut ab oppressionibus populi et exactionibus desisteret, et bonis operibus inhœreret. Ang. Sac, i, 17.

4lO HISTOIHE d'aNGIETERBE.

barops,- en leur accordait la permission de lever une taxe semblable sûr leurs propres tenanciers (i). Avant de quitter TEcosse, il envoya tinfe députation au pape. Son objet fut un profend secret à cette époque, mais la réponse du pape l'a révélé à la postérité. Les envoyés informèrent sa sainteté que, durant le voyage du roi en Flandre, une conspiration avait été formée contre lui par ses barons , qui en avaient arra- Êbé d'injustes concessions, en violation du serment qu*ils avaient fait à son couronnement ; et lui présentant une copie certifiée de la bulle par laquelle Clément lY avait annulé les divers traités passés entre fleuri III et le comte deLeieêster , ils le supplièrent de vouloir bien imiter Texempledeson prédécesseur, (agd^c, i3o5. ) La réponse avec laquelle ih s'en revinrent déclara nulles toutes les. conceâsious faites par le roi : mais cette déclaration était basée sur la supposition que ees concessions étaient contraires aux droits de la couronne , que le roi avait juré de transmettre à sa postérité ; et elle était accompagnée d'une clause qui conservait à ses sujets tous les droits dont ils étaient auparavant en possession (a). Soit que les limites posées par le rescrit du pape n'eussent pas été conforoïes à ce

(i) Brady , ni, 97. Rot. Pari. 1, i6r. <2) Rym, 11, 971,378.

que le toi dësîraît , soît qu*îl fût effrayé de la rébellion des Ecossais , il ne lit point part au public de son contenu ; mais il souffrît que ces concessions , qui lui semblaient si améres , restassent sur le registre des statuts i sa mort , et des* cendissent aux futurs souverains comme loi du pays reconnue (i). Ainsi prévalut, avec de longs débats , et contre les efforts d*un puissant monarque, le plus précieux des privilèges dont jouissent aujourd'hui les communes d'Angleterre. On le doit au patriotisme du cardinal Langton et des barons assemblés à Runnymead , les auteurs de la grande charte ; on le doit également à Tarchevêque Wînehelsey , et aux comtes de Hereford et de Norfolk. Les premiers élevèrent une barrière contre les abus de Tautorîté souveraine; les seconds fixèrent les libertés des sujets sur une base certaine et durable.

Mais si le roi trouvait de l'opposition dansées tentatives de pillage , il existait une race d'honi* mes à qui il semblait permis de piller et d'opprimer avec impunité. Les Juifs s'étaient originairement introduits en Angleterre sous Guillaume-le-Conquérant; et quoiqu'ils fussent liés par de grandes re3trictions , sujets à beaucoup d'extorsions , et souvent égorgés par la populace,

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(i) Stat. 34. Ed. I. St. 5.

4l2 HISTOIRE d'âMGKETERRE.

ils avaient , dans le cours de deux siècles , considérablement augmenté en nombre et en opulence. Ils étaient établis dans toutes les villes commerciales ; mais leur principale résidence était un quartier de Londres distingué par le nom de « Juiverie. » Ils obéissaient , sur toutes les affaires spirituelles , à un grand-prêtre de leur choix , confirmé par une patente de la couronne ; pour le temporel , ils se trouvaient places sous la juridiction d'un officier chrétien, nommé par le roî , et appelé le justicier des Juifs. On a déjà dit qu'ils prêtaient de l'argent à intérêt ; et les amendes , les confiscations , les tailles et subsides des gouveri^ements féodaux , leur donnaient de nombreuses occasions d'exercer leur industrie favorite. Ils avaient trouvé un protecteur dans le roi Henri , quoiqu'il leur en eût coûté des sommes énormes. Edouard, et il est difficile de rendre raison de sa politique, avait toujours passé pour leur ennemi et leur persécuteur. Il est aisé d'expliquer la haine du peuple, qui les regardait comme de race maudite, descendants de ceux qui avaient crucifié le Sauveur, et comme usuriers, accaparant les richesses et même le nécessaire des chrétiens. Mais pourquoi le roi , supérieur, comme il semblait l'être, aux préjugés du vulgaire , se montrait-il leur ennemi plus qu'aucun de ses prédécesseurs , et se privait-il lui-même d'une ressource qu'ils avaient si souvent

BDOtJARD I*". 4l3

employée avec tant de succès? Dans la première année après son couronnement, on défendit aux Juifs d*éJever des synagogues, de tenir aucun fief, ou aucun franc-tenement , et de prendre aucun intérêt pour prêt d'argent. Tout Israélite, dès l'âge de sept ans, dut porter, sur la partie la plus apparente de son vêtement, deux bandes de drap jaune de six pouces de long et de trois pouces de large, comme marque distinctive: et les individus des deux sexes furent, dès l'âge de douze ans , assujettis à une capitation de trois pence, qui se payait annuellement à Pâques (i). Exclue de toutes les sources de bénéfices , cette race adopta d'autres expédients pour faire de l'argent : elle se mit à rogner les monnaies , dér lit dont la découverte fut difficile tant que dura l'usage légal de couper les pence d'argent en demi -pence et farthings. Ce crime doit avoir été général dans leurs familles, $1 nous en ju-

(i) Rym. n , 83. S4at. complet, x. App. p. 28. Dunst. 429, 43i. Wikes. io5.Ge symbole éuit celui des deux tables de la loi. Waver. 25i.La taxe était payée pour i*ecoima!tre qu'il étaient esclaves du roi , <c au roi que serfs ils sont. » St§t. ib. Ils ne pouvaient plaider , ni être appelés à plaider que dans les cours du roi , parcequ'ils étaient ses esclaves. — Us ne payaient aucune taxe , h raison de leurs biens, avec les atitfes marchands y mais au bon plaisir du foi comme étant ses esclaves. — Gomme cependant il était de la volonté de la sainte église qu'ils vécussent et fussent protégés , il les prit sous sa protection et leur accorda sa paix. Ibid.

4l4 UISTOtBE D'ANGt&TEKRE.

geoDS par le châtiment. (1279, ) Le même jour^ tous les Juifs soupçonnés de quelque délit furent arrêtés : le peu d'argent rogné que Ton trouva çh&L eux fut regardé comme la preuve évidente de leur culpabilité : une commission spéciale s'occupa de les >uger pendant plusieurs mois : on en pendit à Londres deux cent quatre-yingta deg deux sexes ^ et peut-être un bien plys grand nombre dans le reste du royaume : et Ton confisqua au prgfit de la cotironne leurs maisons et toutes leurs propriétés (1).

Ce peuple malheureux n'avait cependant .pas encore fourni assez de victimes. £n 1287, à un |o^r marqué (smai) 9 tous les Juifs de l'An- ^elerre, sans distinction d'âge ni de sexe^ fu* xefxt arrêtas, jetés dans le* prisons , et retenus an cachot jusqu'à ce qu'ils eussent racheté leur liberté par un présent de douze mille Uvres ^unds) pour le roi (^)« Trois années après, leur sort fut fixé. (3iaoût.) Il fut ordonné par une proclamation à toute la race de quitter le royaume à jamais , dans le court «space de deux mojs , et 8OU8 peine de mort. Le nombre des exilés

<a) WedC 409* I>niis. 45o. Wah. 48. Plusieurs dkeéiiem furent aussi soupçontiés-du même déHt : quelques vms furetit exécutés ^ d'autres se radie tèrent. p€fU après oh ^tt uôc noo* vcHe monnaie/ West' tbid.^Wikes. io8« Duss. 453.

(a) Wike»»ïr4* *

à qui le roi doûoa des passe-ports et accorda un secours suffisant pour leur voyage^ s'élora à soixante mille cinqt^ent on^. Mais leurs maisons et leurs terres $ leurs trésors et leurscréances,' tout fut confisqué au bénéfice de la couronne/ On dit que, durant le passage^ il en périt un grand nom* bre par la haine ou l'avidité des mariniers 5 do&t plusieurs Mrent ensuite convaincus^ et subireiit la pbine de leur crime:

Malgré ces tristes exemples d'oppression $ Edouard a reçu le nom de Justinien anglais 5 à raison 'des améliorations qui se firent durant éoii règne au code national et k Tadministration de la justice i améliorations que son peuple dut peutêtre beaucoup plus à la nécessité qu'à sa sagesse; car elles furent ton jours accordées éur les instantes demandes du pariement , et achetées par le vote d'un^ subside considérable. Afin quisles cours du banc du roi , de Téchiquier et des plaidé communs n'empiétassent plus les unçs sur les autres , on définit avec soin les limites de leurs juridictions respectives 1 et pour que les cours chrétiennes ne s'arrogeassent plus une connaissance indue des droits temporels 1 on les réduisit aux causes matrimoniales et teslamen"* taires, au non paiement des dîmes accoutumées, au parjure, à la diffamation , aux legs pieux, et à l'application des pénitences publiques» On conserva l'institution des juges ambulants; et,

4i6 HI8T0IEE d'Angleterre.

pour que radmînîstratîon de la justice se fît plus promptement , on statua que deux d'entre eux , aidés par un ou plusieurs discrets chevaliers , tiendraient les assises dans chaque comté , trois fois par an. Ces officiers ne manquaient ni de savoir ni de talent, mais il y a de fortes raisons de douter de leur intégrité: avec de très faibles salaires, ils amassaient de grandes richesses; et quand le roi , après une absence de trois ans ^ revint en Angleterre, en 1289*, ^^^^ ^^^ juges furent arrêtés et accusés de corruption. Deux seulement furent acquittés. Weyland, chef de la justice du banc du roi, se trouva coupable d'avoir engagé ses domestiques à commettre un meurtre, et de les avoir mis à l'abri du châtiment. Il abandonna le royaume et toutes ses propriétés, que l'on adjugea au roi (1). Stratton, baron président de l'échiquier, condamné à un long emprisonnement, fut privé de ses fie/$,et

(i) L'biatoîre de WeylaDd est curleu9e : il s'échappa de la prison , se déguisa , et fut admis comme novice parmi les frères mineurs de Saint-Ëdmondsbury. On découvrit cependant sa retraité; mais, comme il était dans le sanctuaire, on lui accorda quatre jours , selon la loi , après lesquels on prohiba l'introduction de toute provision dans le couvent. Les frères l'abandonnèrent de détresse : Weyland les suivit et on le conduisit à la Tour. On lui donna , dans le conseil du roi , l'option d'attendre à son jugemeikit , d'être emprisonné pour la vie, ou de quitter le royaume. U choisit ce dernier parti ,

EDÛUÂftD l*'. 4*7

paya une amende de trente - quatre mille marcs. Sîr Ralph deHengham, le grand justî* cîer et récent pendant l'absence du roi, fut mis à merci pour une somme de sept mille marcs : les autres pour de moindres sommes , qui s'élevèrent ensemble à trente-quatre mille marcs.

Afin de.conserverïa tranquillité, on donim le célèbre statut de Winchester, qui Taisait i*evîvre la coutume ancienne de prendre des cautions pour les étrangers et ceux qui les logeaient; qui établissait des patrouilles et des Surveillants, depuis le coucher jusqu'aujever du soleil, daiaà toutes les villes et les bourgi; qui régularisait la clameur de haro (the hue and cry)„ et ordonnai^ que toutes les haies et les taillis fussent éclaircis à la distance de deux cents pieds de chaque côté des grandes routes allant de ville en yitleVafia qu'ils ne donnassent point d'abri aux voleurar. Ces règlements cepéndaut furent mal observés, jusqu'à ce que le roî commissionnât certains chevaliers dans chaque comté, et les autorisât à exécuter vigoureusement ces statuts , et à appeler à. leur aide le pouvoir des sheriffs toutes les fois qu'ils le jugeraient ftécessairet L'utilité de ces

et marchant télé nue et pieds nus , jusqu'au bord de )a mer^ on le déporta immédiatement. Voj. Dunst. 573, 577. Wike^; 118,119. .

4l8 HISTOIHIS p'a^GIJSXERRE.

coma)is8âire$ fut l)ientôt reconnue : oq les arma successivement des pouvoirs les plus étendus; et, au lieu de conser¥ateurs , ils furent enfin appelés juges de paix. Mais, pendant les expéditions d'Edouard en Écosge, il leur fut impossible d'arrêter les bandes de voleurs qui s'assemblèrent de différents lieux , se louant eux-mêmes aux plus offrants , et devenant les exécuteurs des vengeances particulières, ou les ministres de Tavidité de certaines personnes^ Leurs excès cessèrent à répoque de ja soumission des Écossais. Une coia^ mission de juges de « tray-le-bâton » (i) (on les nommait ainsi à cause de la verge quj marquait leur emploi) se rendit de comté en comté 9 ett condamnant quelques uns des liélinquants au gibet, après un jugt^ment sommaire, intimida si bien les autres , qu'ils quittèrent précipitamment le royaume (2).

On fit, sous le règne d'Edouard, plusieurs changements dans les.^lois relatives à la trans* mission ou à Taliénation de la propriété réelle, qui existent encore aujourd'hui en partie ou en totalité. On donnait, dans l'origine , les terres à l'individu ou à ses héritiers directs, et , à défaut

(i) Porte-bâtOD, traîne-bâton. Ce singulier sobriquet montre as$f 35 combiw peu U justice imprimait de respect è c«t^e

(a) Ryley. aSo.

de ceux-ci) ^lles retournaient au donateur : mais il avait été entendu par le^ juges que la naissarnee d*un seul héritier remplissait la condition. Le preneur de fief ^ le feoffée , pouvait alors aliéner à volonté ; et il avait soin , en général , de faire de ce fief un bien personnel , afin qu'il pût descendre à ses héritiers 9 selon la loi commune. Les barons se plaignirent de ce que cette mé* thode contrevenait à la volonté du donateur, et lésait les droits de ses successeurs. On rendit donc une loi qui ôtait au feoffée ou donataire la posstt)ilité de disposer de ses terres , et qui ordonnait qu elles suivissent la ligne de descendance indiquée par la concession originaire, afin qu'à défaut d'héritiers , elle retournât au donateur ou à ses représentants. L'objet de ce statut était de conserver les droits du seigneur : ses effets , quoiqu'il nous semble qu'ils n'aient pas été aper« çus par la législature , furent d'assurer la trans* mission des biens à travers les générations d'une même famille , en privant le possesseur actuel du pouvoir de les vendre (i).

Un autre changement très important concernait la cession des terres. Au commencement du règne d'Edouard , tout tenancier qui possédait des francs- fiefs par héritage pouvait convertir ses propriétés en manoirs , arec cours (justice )

(i) Stai«i3. &Li,c. I.

4aO HISTOIRE D'ANGLETERRE.

de manoirs, profits et immunités, en concédant ou vendant une portion de son franc-fief à un ou plusieurs individus, pour être tenue par eux et leurs hoirs à toujours , sous condition de service libre où militaire. Par ce système dé sousinféodatîon, les manoirs se multiplièrent outre mesure : et les grands barons s'aperçurent qu'ils étaient privés des aubaines, reliefs et tutelles des petits francs-tenanciers , qui , par la condition de leurs tenures, réservaient ces droits aux lords immédiats dont ils iepaient leurs terres. Leurs plaintes répétées donnèrent naîs- Sfince au statut de la dix-huitième année de ce prince : statut qui prohiba la création de tout nouveau manoir, et ordonna que , dans toutes les ventes ou concessions de terres à l'avenir, le nouveau feoffée, ou possesseur de fief, ne le tiendrait point dé l'individu qui le lui aurait doBJié ou vendu, mais du seigneur suzerain du fief. De là vient qu'à l'époque actuelle aucune réclamation de. droits de manoir ne peut être admise 9 si elle ne date au moins de l'année 1290(1).^

Je ne mentionnerai plus qu'un changement qu'il parait que le roi avîiit fort à cœur, et qui comprenait utje grande mesure que déjoua l'adresse de ses adversaires: je veux parler des sta-

(i) Stat. 18. £d. I, c, t. Rot. P«rU tom. i^.p. 4>*

tuts préparés afin d'empêcher les corporiitîons ■ecclésiastiques ou séculières d'acquérir des terre$ en main -morte. Comme ces corps ne poit^ vaient mourir, les seigneurs imo^édiats des terres étaient privés de^ aubaines, reliefs , tutelles et autres avantages féodaux, provenant à l'ordinaire du décès des individus propriétaires. Pour remédier à cet mconvènient , les corporations avaient été long-temps reconnues comme incapables d'acquérir des terres sans le consens tement du seigneur lui-même et celui du rqis mais on avait trouvé de» moyens d'éluder la prohibition , en les prenant à fef me pour de très loDgues années, ou en achetant des biens que l'on tenait des vendeurs mêines, bonâfide. En 1279 , on rendit ua arrêt par lequel toutes aliénations en main-morte, paj- quelque moyen ou sous quelque prétexte q\i ''elles fussent effectuées, furent défendues, squs peine de confis? cation ati profit du lord immédiat, ou à sou dé* faut^ après une année, du seigneur suzerain, ou 9 au défaut de tous les deux , an bénéfice du roî (1). Mais on trouva bientôt. uû ^utre expér dient pour éluder les. dispositions de ce statut ;

(i) Stat. 7« Ed. I. St* 9. Il exbté cepenJant plusieurs esempleft dé circonstances dams lesquelles le roi accordait des licence^ pour •aliénation de terrqs en làaiQrn^orte.Voj. Rjm. Il 1 664 } 1 004»

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4sil HISTOIRE D'Alf6I.BT£IlllE.

un arrangement secret avait lieu entre les parties ; la corporation qui voulait obtenir la terr6 présentait un titre fabriqué, et le propriétaire réel , par collusion , souffrait qu'un jugement le condamnât. Telle est l'origine des retours coutumiers (comtnon recoveries), dont on use encore aujourd'hui. Le roi fut indigné quand il se TÎt trompé de cette manière; et, en iâ85, il rendit un nouvel arrêt qui soumettait ces cas au jury I et toutes les fois que la fraude était découverte , la terre était confisquée au profit de son seigneur immédiat (i). Encore l'adresse du clergé, qui avait le plus grand intérêt à ces débats ^ n'en fut-elle pas épuisée. 11 distingua entre la posijession et l'usage : lès biens ne furent plus transportés aux corporations, mais à d'autres pour leur usage; et bien que la saisine de la terre se trouvât faite à un feoffée nominal, tous ses profits et revenus revenaient à ceux de qui le vendeur ou le donateur l'avait originairement entendu (2).

Edouard avait employé treize années à forger tes fers de l'Ecosse : en moins de six mois, elle devint libre de nouveau. Pour comprendre cette importante révolution, il faut en revenir aux maisons rivales de Bruce et de Baliol. Baliol

(i) Stat. i3. Ed. ï,c, 52.

(2) Voy. Stat. i5. Ricb, u, c, 5.

était mort ; et, avant de mourir, il a^aît plul d'une fois renoncé, pour lui-même et ^ postérité, à tous ses droits à la couronne. Comme cette renonciation (itait sortie de sa captivité, et qu*elle était le résultat de la force, il est probable que les Écossais ne lui donnèrent aucune taleun Mais son ÛU unique était détenu dans la tout de Londres ; et la tâche de défendre \eê droits de sa famille était dévolue à des plus proches héritiers, Jean Comyn de Badertoch, le fils de Marjory (Marguerite ) , sœur de Baliol , homme d'honneur, déjà distingué par ses efforts pour recouvrer Tindépendance de «on pays. Depuis la fatale bataille de Falkirk, jusqu'à la dernière expédition d'Edouard, il avait dirigé, comme gouverneur , les conseils de TÉcosse. Il était depuis long -temps l'objet des soupçond du roi d'Angleterre : on avait prononcé contre lui à la dernière pacification une sentence de bannîsseîiierit temporaire; et si cette sentence avait été téformée, on ne l'en avait pas moins condaiïiné à une amende qui s'élevait à trois fois son ré* vèttu annuel.

Les prétentions de Robert Bruce , le compétiteur primitif, étaient passées à son petit-fils , de même nom , et âgé d'environ vingt-trois ans. Les Bruces , animés d'un esprit d'opposition contre les Baliols, avaient jusqu'alors fait peu de choses pour leur pays. Le graûd-père avait été le premier

4^4 HlSTOlKE d'aNGLETEKRE.

à reconnaître la suzeraineté du roi d'Angleterre; le fils, quand Baliol leva lete^ndard de Tindé- {>endaneje9 s était hâlé de rejoindre là bannière ho^^tile d'Edouard, et le petit-fils, incapable de discerner son véritable intérêt , avait constampjent balancé, entre les deux partis. Dès'qu*ua iéger çuccés relevait les espérances des patriotes , il &e réunissait de son plein jpré à cette samte cause ; et à Rapproche d'Edouard, l'apostat était toujours empressé de faire sa paix avec le conquérant , et de rachpt€r sa déloyauté passée par de nom e^ijx services. 4 l'époque actuelle, il jouissait de la faveur et de, la confiance de ce prince, qui l'avait consulté sur la dernière formation du gouvernement ^e l'Ecoiss^, et lui avait remis le paiement du relief qu'il devait pour les biens que son père tenait féodâlemexit en Angleterre.

{ iSoSj.ioFëvr. ) Le hasard fit que Copayn et JBruce arrivèrent A Dumfries à peu près au B[iême te^mps, probablement pour rencontrer les nouveaux justiciers qui tenaient leur cour dans la ville,. Bruce lui demandavune tîonference particulière dans le chœur de l'église des minorités ; et le choix même du lieu justifia îe soupçon que les deux chefs araient des motifs pour se méfier l'un de l'autre. On ignorera toujours si ce fut la conséquence d'une trahison préméditée ou ♦seulement l'emportement irréfléchi de la colère : mais ils se rencontrèrent, la conversa-

tion s'échauffa » et Bruce plongea sa dague dans la poitrine de Conoyn, le vit tomber^ et'se précipita vers la porte de 1 église. Il était pâle et agité , et répondit aux questions des personnes de 9a suite : « Je crois avoir tué Comyn. » Vous le croyez seulement! s'écria l'onç delleà, en s'élançant avec ses compagnons jdans Téglise. Coaiyn respi* raK encore, et il eût survécu avec quelques soins. Les moines l'avaient porté derrière l'autel, et son oncle , sir Robert Comyn , avait été appelé à son secours. A l'approche des assassins , sir Robert tira son épée , et fut tué par Christophe Seatoû , bçau-^rère de Bruce. Kilpatric s'élança sur Comyn, et plongea son poignard dans le cœur d'une victime, qui ne pouvait lui opposer auôune j^sistance (1).

. Voilà tout ce que l'oa (5onn?ît , et pcut-êtrç plus que ce que l'on connaît réellement de la cause et des circonstances, du meurtre. Maïs les historiens écossais soiit mieux informés. Us nous disent que Comyn s'était engagé, par serment et par contrat , à soutenir les prétentions de Bruce

) (i) Comparez Hem. 219. West. 455. Knygbt «494- Walsing. 91. Ford, xn , 7. HMeSf i > 292. La cause assignée f^ar rancien poêle, dont Fordun a conserva lés Vers, est Tan* cienne querelle entre les deux familles :

Gaïua Bux mortis vêtus est discoirdia fortis. ^ ,

4^6 HISTOIRE D'ANGLfitËRKE.

à h couronne ; qu*il en divulgua ensuite le secret à Edouard, qui un soir, ayant la tête prise de vin , révéla son intention de faire périr toute Id famille ; que le comte de Glocester apprit à Bruce le danger qu'il courait , en lui envoyant une paire d'éperons et douze pence d*argent } que le patriote , afin qu'on ne reconnût pas sei traces sur la neige, ordonna de placer les fers de ses chevaux à rebours j qu'il se rendit de Londres k Lochmaben en sept jours , et qu'ayant rencontré sur la route un voyageur à pied , d'une appa«rence suspecte, il l'avait tué, et avait trouvé sut sa personne des lettres de Comyn à Edouard ; qu'il arriva immédiatement à Dumfries, et fit dire à Comyn de venir le trouver dans l'église; qu'il lui montra les lettres interceptées, et que recevant die lui tin démenti , il égorgea le traître (i). La reconnaissance et la partialité

(i) Fordun, xii, 5-7. Boece, xu. Buch. vm. Le génie de Hume a augmenté et embelli ce coote. Il dore preiniérement les éperons envoyés par le comte de Glocester , et change eik une bourse remplie d'or, le chétif présent de douze pence. Ensuite , ayant conduit le héros à Dumfries , avec ies annaliste! ëc«Sflais y il adopte l'opinion des écrirain* anglais , que la querelle était relative à la succession de k courons^ ; c'est pourqufipî il introduit Bruce dans un conseil de nobles écossais , assemblé par la providence â ce méflac m^tÊttM ; il les remplit d'étonnement de la beauté , de l'adresse et de l'éloquence du jeune patriote; il ini compose une barangue élégante, et piac* mt suite d'objections fallacieuses dans la

diu peuple écossais adoptèrent loûg-tcmpg cette fable romanesque i mais les écrivains modernes de la même nation ont prouvé que toutes ces circonstances sont susceptibles d'objections sérieuses, et que la plupart sont contredites par révîdence la plus positive. On ne doit guère douter que ce ne soit une fiction inventée pour iaver Robert P* du sang qui tache son caractère, et pour justifier un fait qui amena le recouvrement de l'indépendance écossaise.

Edouard parut plus irrité qu'alarmé en recevant celte nouvelle. Qu'un meurtre aussi odieux pût renverser son autorité > était une idée qui n'entrait pas dans son esprit : mais, af* faibli déjà par l'âge et les maladies , il voyait avec peine la possibilité d^une guerre. Il envoya des ordres h son lieutenant Aymar de Valence, comte de Pembroke , afin de punir la présomption de Bruce ; et toute la jeune noblesse d'Angleterre fut convoquée pour recevoir, avec le prince Edouard, Tordre de la chevalerie. Il admit les plus distingués de ses membres dans son palais ; on éleva des tentes dans les jardins du temple pour loger les autres ; et tous reçurent de la garde-robe royale des habits de soie et

bouche deComyn. L'assemblëe se sëpare : Bruce ^ dansPin^ dignation du patriotisme, poursuit Gomyiiy et le meurtre est commis. •*- Mai^e n*est, hélas ! qu^une fictioii.

4^8 HISTOIAB d'aNQLETERKE.

des manteaux de pourpre et d'or. Le roî ëtaît trop faible pour s'exposer à )a chaleur causée par la foule. Il conféra l'ordre de la chevalerie à son fils daqsla sdUe du palais ; et le jeune pdace ût le mêipe hoonçur/dans l'église de l'abbaye» à deux cent soixante-dix de ses compagnons. L'usage était que tout nouveau chevalier devait faire un Yfieu, doot l'objet était généralement suggéré par les circonstances de l'époque* Les vœux de la chevalerie ne se faisaient pas sur les évangiles, mais > tout ridicule que cela puisse paraître, en prestance d'un paon y d'un faisan ou de fout afitre oiseau d'un beau plumage. Durant le banquet royal , les ménestrels placèrent sur la table djeux cygnes dans des filets d'or. Le roi aussi&dt fit veeu, deyant Dieu et devant les cygnes , de venger la mort de Oomyn ^ et de punir la perfidie des rebelles ; et «'adressant ensuite à la coo^pagnie , il conjqra les chevaliers» au cas qu'il mourût dans l'expédition , de ne point enterrerson cprps jusqu'à ee qu'ils eussent mis son fils en état d'acjcomplir son vœu. Le fils jura de ne pas dormir (deux fois dans le même lieu jusqu'à ce qu'il fût entré en Ecosse pour exécuter les ordres de son .père. Le reste applaudit à son serment , et imita son exemplel Le lendemain matin, le prince, avec les chevaliers ses compagnons, partit pour les frontières : Edouard lui-même s*y rendît à petites journées; et ses tenanciers militaires re-

curent ordre de le rejoindre à Carlîsle au commencement de juillet (i).

Bruce, par le meurtre de Comyn^ avait tota* lement hasardé sa vie ; il ne pouvait se sauver qu'en se saisissant du sceptre, H prit dono le titre de roi , appela les Ecossais sous son étendard , et fut couronné sans aucune opposition à Scone. (39 mars.) Quand sa femme, fille du comte d'Ulster, fut informée de son couronnènoent, elle osa exprimer l'espérance que celui qui était roi en été ne serait pas un exilé en hiver. Ces mots furent remarqués comme une prédiction; mais il n'était pas nécessaire d'avoir 1 esprit de prophétie pour prévoir les désastres qui attendaient les premiers efforts du nouveau moùarque/ Six de ses plus braves chevaliers furent faits prisonniers par Peinbroke ( 19 juin. ) , dans le bois tJç Méthuen , etilans le voisinage de Perth ; çt Bruce lui-même , jeté bas par son cheval , çût partagé leur sort, s'il n'avait été délivré par Seaton. Les monts Gramplans offrirent une retraite aux fugitifs. Les daims^ des forêts et le» poissons, de* ruisseaux fournîsÉaient à leur nourriture: ils des* ccndaîent quelquefois dans les basses terres , et s*en retournaient toujours à l'approche des. Anglais ; et ils errèrent pendant àeux mois, comme des proscrits, lentre Breadalbane et Athol. Maia

(i) West. 453. Trivet, 343. Rym* ir, loSa. Ad. Murim, 5jl

430 HISTOIRE D'ANGLBTERRE.

leurs soufiFrances étaieni; adoucies par les soIds de leurs parentes 5 qui, sous la direction de Nigel, frère de Bruce, étaient tenues partager le sort de leurs pères, de leurs frères et de leurs maris. Ils furent ,flécouverts près de» bords de Loch-Tay, par Alexandre, seigneur de Lorn, marié à une Comyn. ( n aoAt.) Celui-ci convoqua son clan : Bruce et ses compagnons furent défaits 5 et il devint nécessaire à leur sûreté de se séparer. Les dames furent conduites à cheial au château de Kildrummj : le rm, avec deux ou trois compagnons seulement, se dirigea à pied vers le Loch-Lomond, le traversa dans un bateau, et reçut l'accueil le plus hospitalier au château de Dunavarty, appartenant au lord de Kintyre. Après trois jours de repos, il s'embarqua sur un petit navire, fit route pour le nord de l'Irlande, et se déroba, pendant l'hiver, à la connaissance et aux poursuites de ses ennemis, dans l'île peu fréquentée deRachrln (i).

L'état de faiblesse d'Edouard l'empêchait de quitter le voisinage de Carlisle ; mais il assista aux délibérations de son conseil, et donna àes

(i) Barbotir, 29-61. Ford, xii, a. West. ^55. Les aventures de Bruce sont roroantiquet et intéressantes dans Bar* bour. Fordun rend témoignage de son exactitude; mais Barbour était poëte, et profitait évideounent diipciTilége de sa profession.

ÉDÛUAEO I". 43 1

instructions pour la punition des prisonniers. On décida que les meurtriers de Comyn , leurs com* plices, et ceux qui les avaient recelés, seraient traî* nés à la potence et pendus; qu'on pendrait ou décapiterait tous les rebelles pris les armes à la main ; qu'on enfermerait les plus dangereux de ceux qui se rendraient, pour tout le temps. que le roi jugerait convenable ; que le reste , avec leé personnes qui auraient rejoint forcément les insurgés, et le bas peuple, seraient punis à la discrétion du lieutenant du roi. En conséquence quelques prisonniers furent jugés , condamnés tt exécutés. Parmi les plus distingués se trou^ ▼aient le comte d'Athol, Nigel frère de Bruoe, Christophe Seaton avec son frère Alexandre , et deux Anglais , Simon Fraser et Herbert de Norham. Si l'on considère ces infortunés comme les défenseurs de la liberté, ils ont droit à toute notre ÇÎtié ; mais leur exécution ne peut faire accuser Edouard de cruauté. Quelques uns étaient des ïneurtriers , tous avaient rompu à diverses reprises leurs serments de fidélité, et déjà leur pardon leur avait été plusieurs fois accordé (1). Trois ecclésiastiques se trouvaient au nombre des prisonniers ; c'étaient h$ évêques de Saint- Andrew et de Glasgow, et l'abbé de Scone, La plupart des femmes qui avaient rejoint si héroï-

(0 Rjlty. $10. Xrivtl, 344, 54s. Wen. 4S5, 4M.

432 HISTOIRE D'ANGLBTERRK.

quemi^nt le» proscrits dans les montagne»^ par^ tageaîent le même sort. Les premier» avaient été pris complètement armés ; ils ,fureni enfermé» dans des châteaux séparés en Angleterre. Les awtres lombèrent dans les tnains du roi par la prise d% Kildrûmmy , ou par la TÎplalion du sanctuaire de Taîn dans le Ross-shire. Edouard assigna pour résidence à l'épouse de Bruce son manoit de Brunswick , avec un établissement convensH ble à son rang de comtesse de Carrick(i). PJusieurs de ses compagnes furent dispersées eii différents couvents, et placées sous la garde des religieuses. Deux des prisonnières , la corritesse de Buchan, qui du droit de sa femille avait placé là couronne sur la tête de Bruce , et sa sœur

(i) Le§ inslpuctions du roi sont curieuses. Son établissement devait consister, i* en deux femmes du pays, d'un âge raîsoiînable , très calm«6, et d'une conduite sans reproche, l'une comme compagne , l'autre comme femme de chambre; 2° en deux va têts d'un âge raisonnable et rassis, l'un appartenant à son pèle , le comte dTlstei-, l'autre du pays, pour découper ses mtets ; 3° un laquais «pourresteF<lans sa cbara- » bre , homme sobre et point querelleur, devant ftire son Iil y» et autres choses nécessaires au service de la chambre ; » 4*> un maître d'hôtel pour prendre soin de ses clefs , de sa paneterie et de son cellier ; et aussi un cuisinier. Elle devait avoir en outre trois lévrier» pour chasser dans la garenne ^ et dans le parc, quand elle le désirerait; «autant de venaison «t de poisson qu'elle en aurait besoin ; la maison qu'elle aimerait lé mieux, et la liberté de se promener à cheval dans toute l'étendue du ntanoir. Bjm.ibf ioi3f ioi4* .

EDOUARD l**. 433

Marie , qui avait dû mériter cette distinction par sa conduite , furent traitées avec une plus grande, sévérité. Oh les envoya aux forteresses deBerwick et de Roxburgh , où on les enferma dans une cage étroite en treillis. La première ne sortit de sa prison qu'après sept ans de détention, et la seconde après quatre années (1).

Vers la fin de Thiver^les exilés sortirent de leur retraite. Thomas et Alexandre Bruce débarquèrent avec un corps d'Irlandais à Lochrain ; ils y combattirent Duncan Macdowal , qui les fit prisonniers et les envoya à Carlisle, où ils furent exécutés. ( 9 fév. ) Le roi eut plus de bonheur que ses frères. Il fit voile pour la côte de Carrick , surprît les Anglais dans le voisinage de Turnberry 5 et gagna à la hâte , pour sa sûreté , les montagnes et les forêts. ( 10 mai. ) Il fut rejoint peu à peu par ses anciens vassaux , battit Pembroke , et confina Ralph deMonthermer dans le château

(i) Quelques uns de nos écrivains disent qu'elles furent exposées, dans une cage, aux yeux du peuple. Les ordres du roi prouvent le contraire. Les cages devaient être construites dans une des tourelles du château , et personne ne devait s'en approcher, à l'exception de la servante. Dans chaque cage devait se trouver tout ce qui était nécessaire « à une chambre décente.» Rym. n, 1014. Je soupçonne qu'une grande chambre était divisée en deux par une forte cloison de treillis , et que l'une de ces divisions était appelée cage, et désignée pour l'usage de la prisonnière.

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d'Ayr. Il mît même le ^iége devant cette place; mais il eut la sagesse, à l'approche des forces aa** glaises, de se retirer encore une fois dans les montagnes (i).

Les succès de son antagoniste , quelque légers qu'ils fussent, devinrent pour Edouard une source continuelle de contrariétés. Il éprouva en juillet une amélioration sensible à sa santé, et ordonna à son armée d'avancer en Ecosse* Mais le seul effort qu'il fit pour monter à cheval le rejeta dans son premier état de faiblesse : son voyage , pendant quatre jours, se borna à faire six milles t et dans la soirée du cinquième ^ il expira (7 juillet. ) à Burgh sur les sables, dans la soixante-neuvième année de son âge, et la trente** cinquième de son règne (2).

Edouard s'était marié deux fois. Sa première femme était Éléonore de Castille , fille de Ferdinand III, et, après la mort de sa mère, héritière de Ponthieu. Eléonore mérita et posséda l'aflfection de son mari. On la représente comme élégante dans sa personne et gracieuse dans ses manières ; pieuse , prudente et charitable ; s*abstenant de toute intervention dans les affaires d'état , et employant son autorité à secourir les opprimés et à réconcilier les partis divisés. Elle

(i}^Barbour, ga-iSj. West, 4^7, 4^3. H«m. 225. ^.(2)RyBi. u, io5g.

donna à Edouard quatre fils et onze filles 5 dont plusieurs moururent dans leur enfance, et dont on ne connaît que trois qui aient survécu à leur père. Elle mourut près de Lincoln, en 1290. Le roi suspendit son expédition d'Ecosse , afin de pouvoir suivre ses funérailles à Westminster; et il ordonna qu'une croix magnifique serait élevée à sa mémoire dans tous les lieux où son corps s'arrêterait pour passer la nuit (1), Sa seconde femme était Marguerite de France, de laquelle il eut une fille qui mourut dans son enfance 9 et deux fils qui lui survécuTent.

(i) Quelques unes de ces croix existent encore et sont (Tune grande élégance. Son but eu les ëievànt ne fut pas seulement de conserver sa mémoire, mais encore d'engager le» passants à s'arrêter et à faire des prières pour le repos de son âme. Wals. 54. Dans la circulaire qu'il envoya en cette occasion aux différents prélats et abbés , il désire que l'objet de ces prières soit : Ut si quid maculae non purgatae in ipsA ^ forsan oblivionis defectu vel alio modo , remansit , per utilia orationum suffragia , juxtà divinas misericordiœ plenitudtnem abslergatur*' Hjm. u, 49^»

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HISTOIRE OANGI.ETE&RB.

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